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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
ÉTAT ISLAMIQUE – Entretien exceptionnel (1/3) – « Pour Dieu et pour Raqqa ! »

Le Courrier du Maghreb et de l’Orient, Juillet-Août 2017

 

Le politiquement correct qui prévaut dans le courant médiatique dominant n’a laissé que peu d’espace d’expression (voire aucun) aux partisans de l’État islamique (EI), auquel l’Occident a déclaré la guerre en août 2014.

Ainsi, les rares témoignages de combattants de l’EI diffusés par certains médias ont jusqu’à présent systématiquement plaidé à charge du mouvement islamiste, à propos duquel courent par ailleurs nombre de légendes, comme par exemple celui du massacre des Chrétiens d’Orient. Ces rares « témoignages » ont été recueillis auprès de djihadistes capturés et emprisonnés, et qui, manifestement, soit cherchaient à donner le change pour affirmer leur repentir et négocier les conditions de leur détention, soit, le plus souvent, ont été interrogés dans des geôles sous contrôle des combattants kurdes de Syrie ou des forces armées turques, et n’étaient donc pas libres de leurs propos.

C’est, par exemple, principalement sur ce genre de « témoignages » que s’est construit le scénario de la série britannique The State (réalisée par Peter Kosminsky) qui fait polémique depuis sa diffusion fin août par Channel 4 et par Canal+ en septembre 2017 : une étrange polémique, puisque la série présente une image très négative et presque caricaturale de l’État islamique, confrontant de manière naïve et incongrue les valeurs des sociétés occidentales à celles de l’Islam salafiste ; mais peut-être le trait n’a-t-il pas été assez forcé encore pour correspondre à la doxa médiatique en la matière. Le fait est suffisamment symptomatique pour être épinglé.

Dans ses précédentes éditions, la rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient avait déjà estimé qu’il était non seulement utile et nécessaire à l’information de ses lecteurs, mais également déontologiquement impératif de donner la parole aux Salafistes adeptes du djihad armé et supporteurs de l’EI. Notre reporter Pierre Piccinin da Prata avait à l’époque rencontré des partisans de la cause djihadiste, à Paris et à Bruxelles, ainsi qu’un imam d’obédience salafiste, lesquels avaient eu l’opportunité d’exprimer leur point de vue sur les événements et d’exposer librement leurs motivations.

Après la chute de Mossoul (Irak) et à l’heure où la capitale du Califat, ar-Raqqa (Syrie) est assiégée, le CMO a donc choisi de diffuser l’interview d’un combattant de l’État islamique, contacté par notre envoyé spécial et rencontré dans la bourgade d’Hawi al-Hawa, située à 4 km de la ligne du front occidental à Raqqa.

Parti d’Europe pour la Syrie à la fin de l’année 2012, Ismail a d’abord combattu dans les rangs de Jabhet al-Nosra (la branche syrienne d’al-Qaeda), avant de rejoindre l’État islamique au printemps 2014.

Cet entretien, réalisé en août 2017, a été rendu possible grâce à la coopération de proches du djihadiste, lesquels ont régulièrement communiqué avec ce dernier. Pour des raisons évidentes de protection des sources, les noms des personnes impliquées ne sont pas révélés dans l’interview ; les détails et les lieux relatifs à la préparation de cet entretien ne seront pas non plus mentionnés.

La rédaction tient à préciser que son envoyé spécial n’a pas pénétré le territoire encore sous le contrôle de l’EI. L’extrême porosité de la ligne de front a en revanche permis à Ismail de le rejoindre à Hawi al-Hawa, zone déjà libérée par les Forces démocratiques syriennes (FDS – majoritairement kurdes).

Les deuxième et troisième parties de cet entretien exceptionnel seront publiées dans les éditions de septembre et octobre 2017 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

 

Pierre PICCININ da PRATA – Ismail, tu étais ingénieur informaticien et, parallèlement, tu préparais un doctorat. On est très loin du profil de « jeune paumé en décrochage social » que la plupart des médias n’ont cessé de véhiculer à propos des personnes qui ont pris la décision, à un moment de leur vie, d’abandonner leur existence, souvent confortable, en Europe notamment, pour rejoindre les rangs de l’État islamique et se consacrer à cette cause. La question est simple, mais elle s’impose : pourquoi ce choix, de renoncer à la carrière prometteuse qui s’annonçait pour toi, mais aussi de t’éloigner de tes parents, de ta famille, et cela pour un destin incertain et en tout cas très dangereux ?

Ismail – Tout d’abord, je te remercie de me laisser m’exprimer. Mes Frères et moi, nous avons bien compris que cette soi-disant « liberté d’expression », un principe dont les journalistes occidentaux se vantent à plaisir, n’existe que lorsqu’on dit ce que tout le monde a le droit d’entendre. C’est probablement pour cela que nos médias –je veux dire : les médias de l’État islamique- sont systématiquement censurés par Google, Youtube, Facebook et tous les réseaux d’information soi-disant « libres »…

Alors… Ta question est intéressante, tout d’abord parce qu’elle me permet de répondre à un point qui est particulièrement irritant pour nous. C’est cette image, en effet, que tu décris… Moi, je n’ai vu tout autour de moi que des gens généreux, courageux, des héros… et pas des « paumés », comme ils disent.

Mais avant de te répondre, je voudrais préciser que, au départ, je ne me suis pas engagé avec l’État islamique. Non, pas du tout. J’ai d’abord voulu simplement aider  « mon peuple ».

Qu’est ce que j’entends par « mon peuple » ? Les Musulmans.

Car les Musulmans forment un peuple. C’est ce qu’on appelle en arabe « l’Oumma ».

En Syrie –puis j’ai compris que c’était la même chose en Irak, où les Sunnites étaient victimes des méfaits des Chiites, qui ont abandonné le chemin de Dieu-, les Musulmans se sont révoltés contre un système oppressif qui n’avait que trop duré. Ils voulaient rendre cette terre à l’Islam. Et la réponse de ce système a été de massacrer tous ceux qui s’y opposaient, mais aussi leur famille, leurs enfants, leurs sœurs, leurs mères, mon peuple… Comment quelqu’un de sensé –je veux dire : quelqu’un de raisonnable et qui a la foi, qui reconnaît l’existence de Dieu et admet que Mohamed est son Prophète (la paix et la bénédiction sur lui)- pouvait-il rester inactif et fermer les yeux ? Ou bien secouer la tête en disant « Quel malheur ! » mais en n’agissant pas, et en s’en retournant ensuite comme si de rien n’était à ses petites habitudes ? Comment, si ce quelqu’un prétend qu’il est « musulman » ?

Ça, ça a été ma première réaction.

Puis, pour être cohérent avec ce que j’en pensais et ne pas me faire plus hypocrite encore que les autres, j’ai bien dû renoncer à ce confort –par ailleurs tout relatif- que mes parents m’avaient construit. Ça a été une décision logique, mais je mentirais en faisant l’orgueilleux et en disant que ça a été facile… Bref… Il ne faut pas être un ouléma sorti d’al-Azhar [ndlr : l’Université islamique d’al-Azhar, au Caire, est l’un des centres majeurs de la pensée islamique] –tout au contraire, en fait- pour comprendre que le seul moyen de venir en aide à notre peuple, c’était d’aller combattre avec ceux qui se défendaient des ennemis de l’Islam. Si tous les Musulmans du monde s’étaient levés au lieu de se donner de bonnes raisons de continuer à mener leurs petites affaires lucratives, mesquines et impies, on n’en serait pas là aujourd’hui…

Mais que pouvais-je faire seul ? Donc, j’ai cherché une structure combattante solide et je l’ai rejointe. En Syrie, Jabhet al-Nosra m’est apparu correspondre à ce que je savais du Coran, de la vie du Prophète (la paix et la bénédiction sur lui) et de la religion de mon père et de ma mère, l’Islam…

 PPdP – En effet… Car tu n’as pas seulement un diplôme d’ingénieur, mais tu as aussi étudié les sciences islamiques…

Ismail – Oui, c’était aussi quelque chose de logique ; je veux dire : qui avait sa place dans ma vie… En tant que Musulman… Cela dit, ce peut être décevant… Selon qui enseigne et ce qu’il tente de prouver… Le plus souvent de se prouver à lui-même… Mais c’est un autre débat…

Donc, j’ai rejoint Jabhet al-Nosra… Mais leur idéologie m’est très vite apparue biaisée : le but n’était pas d’accomplir le dessein de Dieu, tel que le Prophète (la paix et la bénédiction sur lui) l’a communiqué, tel qu’il est bien défini dans le Coran… Alors, quand l’État islamique s’est affirmé, je me suis intéressé à sa doctrine. Elle m’a convaincu parce qu’elle correspond point par point à ce qu’exige et implique la révélation ; et comme ma katiba –le groupe de combattants que j’avais intégré- a répondu à l’appel du Calife de restaurer l’Islam dans sa splendeur et, par-dessus tout, dans la vérité du Coran, je l’ai suivi.

Mon choix avait des conséquences… Mais, si tu as véritablement la foi, alors, tu as un guide : le Coran.

Il suffit de lire ce que Dieu a dit au Prophète (la paix et la bénédiction sur lui), et de suivre ce guide ; et sans essayer, chaque fois que quelque chose te choque ou t’inquiète, de le contourner en te soustrayant à ton devoir.

Dieu a dit que les hommes, parfois ...

 

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PPdP, envoyé spécial à Raqqa (Syrie)

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
MALI - Victoire djihadiste sur l'ONU

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, août 2017

 

L’assaut mené sur le quartier général de la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation du Mali – ONU) dans le centre de Tombouctou par un groupe armé, ce 14 août 2017, constitue peut-être un tournant significatif dans la guerre qui se prépare au Sahel.

Le choc subi par les forces onusiennes -et la non-intervention des forces françaises de l’opération Barkhane pourtant situées à 5 kms de la zone des combats- montrent clairement que l’Occident ne peut pas maîtriser les insurrections qui se pérennisent dans le nord et le centre du Mali, menaçant la capitale Bamako, et qui s’étendent à toute l’Afrique de l’Ouest, un mouvement de révoltes qui animent plusieurs ethnies et présentent un fort ancrage islamiste, comme dénominateur commun et qui n’entre pas en conflit avec les traditions locales.

Curieusement, la presse occidentale (française, en particulier) semble minimiser les événements.

Mais le fait que les djihadistes aient eu à la fois le nombre de combattants nécessaire et les informations utiles pour pénétrer jusqu’au centre du camp des forces onusiennes et provoquer l’évacuation de la mission civile à Tombouctou démontre que la situation échappe désormais à tout contrôle.

En outre, cette importante attaque sur le QG de la MINUSMA à Tombouctou aurait été coordonnée avec celle qui a eu lieu le même jour à Mopti, dans le centre du Mali, contre une autre base onusienne. Le bataillon du Togo y a subi des pertes…. Et avec une autre attaque encore, le même jour, contre la base de l’ONU à Douentza.

À Tombouctou, les djihadistes ont apparemment choisi le moment du déjeuner pour attaquer, lorsque le personnel originaire de la ville avait quitté la base et que le personnel étranger était rassemblé dans le réfectoire, de sorte à tuer un maximum de personnes et à frapper le plus grand nombre de nationalités possible.

L’attaque a été menée par deux commandos et a mobilisé une dizaine de djihadistes, qui ont investi le centre de Tombouctou : ils sont descendus de deux véhicules, un tout-terrain blanc et un pick-up, en provenance de l’est. Le premier commando était constitué de quatre hommes : ils ont approché avec beaucoup de calme l’entrée de la base de l’ONU, une zone fortifiée autour de l’hôtel Hendrina Khan, réquisitionné pour loger le personnel onusien, avant de soudainement découvrir leurs armes et d’ouvrir le feu sur les agents contrôleurs du check-point ; les assaillants se sont ensuite précipités en direction des blocs préfabriqués qui abritent les bureaux de l’administration en arrosant les installations de balles qui ont traversé les parois de tôle, criblant le mobilier par-dessus les têtes des agents de l’ONU couchés au sol.

Un second commando suivait le premier ; il s’est immédiatement dirigé vers l’hôtel, où une grande partie du personnel était réunie dans le réfectoire, au cœur de la base. Un des djihadistes a détruit le centre des communications par un tir de roquette, isolant dès lors la base du « super-camp » où sont stationnées les troupes de la MINUSMA et des forces françaises de l’opération Barkhane, situés en dehors de Tombouctou, à côté de l’aéroport.

L’armée française avait toutefois été informée des événements dès le début de l’attaque et avant la coupure des communications. Selon des militaires français interrogés, « les véhicules et les hommes ont été très rapidement mis en ordre de marche, mais il fallait le feu vert de l’état-major qui a mis plus d’une heure pour parvenir à l’unité » ; c’est donc une heure et quarante cinq minutes après le début de l’attaque que les blindés français sont arrivés sur les lieux.

Tandis que le premier commando occupait les casques bleus, un des hommes du second commando s’est rué en direction du réfectoire et a jeté une grenade dans la pièce, avant d’être abattu par un des membres de la sécurité onusienne ; l’engin n’a pas explosé : lorsque le djhadiste a dégoupillé la grenade, l’anneau s’est détaché de la goupille qui, par chance, est restée en place…

Il apparaît ainsi que les djihadistes connaissaient parfaitement la configuration des lieux ; et certains enquêteurs en concluent qu’ils disposaient d’informateurs au sein du personnel auxiliaire engagé localement.

L’échange de tirs entre les assaillants et les casques bleus burkinabés qui gardaient la base a duré près de deux  heures. Sept djihadistes ont été tués et des militaires maliens en ont capturé un, lequel avait tenté de fuir après avoir jeté son arme ; toutefois, selon certaines rumeurs persistantes (et non démenties), l’individu aurait été exécuté et ne pourrait donc plus être questionné.

Des corps gisent sur le sol, des filets de sangs coulent dans le sable…

Le bilan est de ...

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PPdP, envoyé spécial à Tombouctou

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Cela fait une petite semaine, déjà, que je vais et viens avec les Forces démocratiques syriennes (FDS) sur les différentes lignes de front qui cernent Raqqa (Syrie), la capitale de l’État islamique où, peut-être, le Calife Ibrahim tombera bientôt, les armes à la main…

Avec lui, l’aventure djihadiste la plus irrévérencieuse de l’Histoire contemporaine s’achèvera, dernier sursaut « héroïque » de « l’Islam authentique », écrasé sous les bombardements des armées de l’Occident coalisé.

Une chose m’intrigue : je n’ai rencontré aucun journaliste étranger ; il n’y a sur le front que les jeunes correspondants improvisés du service de presse du YPG, dont les chaînes de télévision du monde entier reprennent les images. Il est vrai qu’il n’est pas aisé d’entrer en Syrie, et que la zone est particulièrement inconfortable et dangereuse.

Depuis quelques jours, je me suis fixé sur le front-est. C’est le plus actif.

Bien que ceux que les miliciens kurdes, chrétiens et arabes des FDS appellent avec mépris « Daesh » se savent certainement déjà vaincus et voués à une mort prochaine, ils ne lâchent pas un pouce de terrain sans se battre avec un courage qui force le respect, quoi qu’il en soit de la cause qu’ils défendent, et avec détermination, sans la moindre concession ; et c’est sur le front-est que les héros du Califat ont récemment lancé une contre-offensive meurtrière. Les attaques sur les positions des FDS y sont quotidiennes.

Je m’attendais, cela dit, à un après-midi assez « commun » : bombardements de la coalition internationale sur le centre-ville (je suis installé en première-loge, avec la brigade du YPG, les forces Kurdes de Syrie, qui m’accueille au troisième étage d’un immeuble dont toutes les fenêtres ont été soufflées et qui, désormais béantes, s’ouvrent toutes grandes face aux vestiges de l’antique muraille d’ar-Raqqa, derrière lesquels commence ce qu’il reste encore du territoire du Califat) ; répliques de l’ennemi par des tirs de mortiers qui, en réalité, s’ils font beaucoup de bruit, se révèlent peu efficaces (on les entend siffler de loin, ce qui nous laisse le temps de nous abriter pour éviter les éclats de shrapnels tranchants comme des couteaux qui seraient projetées dans l’air) ; et, parfois, une ou l’autre infiltration dans nos lignes par des djihadistes prêts à quelques escarmouches aussi inutiles que sanglantes, dans les rues avoisinantes…

On me dépose ainsi, comme chaque matin à l’aube, au poste de premiers secours qui a été implanté un peu en retrait du front, dans une ferme abandonnée. C’est là que m’attend habituellement un Hummer, qui me transporte à travers les ruines des quartiers déjà reconquis jusqu’aux positions où s’est déployée ma brigade. L’entrelacs des bâtiments dévastés et désertés par leurs habitants offre aux djihadistes un terrain de guérilla urbaine particulièrement propice et, en dépit des efforts mis en œuvres par les FDS pour « nettoyer » les décombres (par ailleurs truffés de mines), des snipers ennemis s’y déplacent encore régulièrement, et des petits groupes de combattants infestent ces zones dévastées et se dissimulent dans les décombres, émergeant des nombreux tunnels que l’EI a creusés dans le sous-sol d’ar-Raqqa, comme il l’avait fait à Mossoul.

Aujourd’hui, je suis arrivé un peu en retard au dispensaire. Hier, j’avais quitté le front bien après minuit, après une journée harassante dans une ambiance surchauffée (53°C à l’ombre)… Profitant de l’obscurité, un groupe de djihadistes infiltrés dans notre secteur a occupé les gars jusque tard dans la nuit ; impossible pour moi, dès lors, de regagner l’arrière avant que la zone fût à nouveau sécurisée. Aussi, je me suis accordé une grasse matinée…

Du coup, plus aucun Hummer n’était disponible dans les parages quand je me suis présenté au commandant de la zone (en fait à « la » commandant ; singularité du YPG…).

Mais qu’à cela ne tienne… Un vieux de la vieille, Kamiroun, qui a fait la campagne de Manbij avec le YPG, me propose (« si tu n’as pas froid aux yeux », me lance-t-il) de me transporter dans sa camionnette… contre une poignée de dollars américains ; la guerre génère ses bizness, et il n’y rien de nouveau sous le soleil.

Le gars se montrant insistant et certain de son coup, j’accepte ; mais en refusant cependant que Bedir, le jeune interprète kurde que j’ai embauché, nous accompagne dans ce qui m’apparaît tout de même s’apparenter à une forme de folie.

Rien à faire, toutefois : le jeune homme (19 ans), très courageux –comme il allait en faire la preuve en ce jour-, rescapé de la bataille de Kobanê, n’entend pas être exclu de l’équipée et monte avec nous dans la vieille Hunday qui démarre en soulevant des trombes de poussière et fonce à toute allure à travers les ruines désolées, sursautant à chaque trou d’obus et grinçant de toutes ses articulations lorsqu’elle rebondit sur les gravats. Sur le pare-brise, un « sticker » : Apo (c’est le surnom affectueux que l’on donne ici à Abdullah Öcalan, le « gourou » du PKK et du YPG) scrute les vestiges d’ar-Raqqa en fronçant des sourcils menaçants.

Alors que nous ne sommes plus qu’à quelques dizaines de mètres de notre objectif, à la limite des quartiers d’al-Mashlub et d’al-Sinâa, un véhicule tout-terrain armé d’une mitrailleuse nous coupe la route, surgissant d’une rue perpendiculaire à la nôtre, et, poursuivant sa course, s’engouffre dans l’impasse où nous le suivons pour y rejoindre l’unité du YPG.

Notre camionnette n’a pas encore effectué complètement son virage que, soudain, une déflagration saisissante nous surprend : trois ou quatre secondes plus tôt, et le tout-terrain se désintégrait devant nos yeux… Kamiroun donne alors un brusque coup de volant tout en freinant pied au plancher, et la camionnette, qui se renverse presque sous l’effet du souffle, retombe lourdement sur ses roues et s’immobilise en travers de la route, tandis qu’une pluie de débris caillasse le toit et le flanc de notre véhicule.

Je fais glisser d’un geste la portière latérale, et je commence à filmer et cours m’abriter derrière le coin d’une habitation contre le mur de laquelle j’aperçois un premier blessé, étourdi par l’explosion.

Bedir saisit une autre caméra et me suit, alors que des tirs nous prennent pour cible.

Nous commençons peu à peu à réaliser ce qui se passe et à prendre conscience du désastre, lorsque Bedir, appelé à l’aide par un combattant kurde du YPG, s’élance vers une autre victime, les jambes ensanglantées, couchée à côté de la voiture piégée en flamme.

Le « car-bomb » a soufflé la façade de la maison dans laquelle nous nous rendions ; le milicien nous informe que des journalistes locaux du YPG s’y trouvent aussi. Je les verrai une petite heure plus tard, au dispensaire, lorsqu’un autre véhicule les y amènera : l’un d’eux, Farhat, était sur le toit de la maison et il a filmé l’arrivée du « car-bomb », sans se douter de ce dont il s’agissait ; il croyait avoir affaire au YPG. Mais un des deux djihadistes qui conduisaient le « car-bomb » a ouvert le feu en sa direction, et il s’est alors enfui vers l’arrière de la toiture, ce qui l’a sauvé de l’explosion. Par contre, les deux autres, Ala et Redwan, étaient au rez-de-chaussée, à l’intérieur du bâtiment ; le premier a été gravement touché aux jambes, Redwan s’en sortira avec quelques blessures légères et complètement assourdi…

Si les balles continuent de siffler, l’épaisse couverture de fumée noire que dégagent les pneus qui brûlent nous rend invisible aux snipers de l’EI qui ne peuvent pas nous viser. Je continue dès lors de filmer Bedir, notre jeune héros, et le milicien qui embarquent les blessés dans notre camionnette et nous filons sans plus attendre au dispensaire où, cet après-midi-là, vont se succéder pick-up et blindés, déversant leur cargaison de corps.

Dure journée pour ceux qui se battent contre le Califat, à Raqqa, en Syrie.

- Reportage complet et analyse prospective de la situation à Raqqa et en Syrie dans l’édition d’été (sortie fin août) dewww.lecourrierdumaghrebetdelorient.info
Sur Facebook : www.facebook.com/lecourrierdumaghrebetdelorient.info

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
IRAK (reportage exclusif) – À Mossoul… L’horreur !

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juillet-Août 2017

 

La grande majorité des médias, européens et états-uniens du moins, ont habitué leur public à couvrir avec beaucoup de complaisance les guerres menées par l’Occident au Moyen-Orient ou en Afrique.

Ce fut le cas en Irak, en 1991, puis en 2003 ; il en fut de même en Libye, en 2011 ; au Mali, depuis 2012 ; et il en a été ainsi également de la bataille de Mossoul, en 2016 et 2017.

Très peu de « reporters de guerre » ont osé dénoncer les événements qui se produisaient à Mossoul après qu’eut commencé l’assaut des forces armées irakiennes et des milices chiites sur la ville, appuyées par l’aviation des États membres de la coalition menée par Washington et par les unités spéciales déployées au sol par plusieurs de ces pays.

Très peu d’entre eux, parce que, principalement, la majorité des correspondants et des envoyés spéciaux écrivaient leurs « reportages » ou intervenaient dans les journaux-parlés depuis Erbil, au Kurdistan irakien, sans jamais s’être risqués à se rendre sur le terrain des opérations, à Mossoul même, un des théâtres de guerre parmi les plus dangereux du moment. Ils en ignoraient donc toute la réalité, se contentant de répercuter les « informations » que leur communiquait le service de presse des forces armées engagées contre l’État islamique. Au mieux quelques-uns s’aventurèrent-ils dans les villages libérés de la plaine de Ninive, étonnés d’y découvrir tant de ruines, mais satisfaits de pouvoir se montrer en « terrain de guerre » devant la caméra.

Quant à ceux qui se frayèrent un chemin jusqu’au champ de bataille, ils hésitèrent à décrire ce qu’ils y voyaient pourtant, édulcorant au mieux leurs propos, afin de ne pas paraître trop à contre-courant de la sacro-sainte doxa dominante qui formate le discours de tous les journaleux soucieux de na pas mettre leur carrière en danger. C’est ainsi que fonctionne dorénavant la presse « mainstream » : il faut dire tout comme tout le monde, de peur d’avoir raison tout seul, ce qui ne rapporte que l’ostracisme et la mise au ban du système.

Aussi, rares furent ces « correspondants » et « envoyés spéciaux » qui mirent en garde ceux qui les écoutaient contre les risques pourtant évidents du massacre qui se préparait ; trop occupés à vanter l’efficacité des frappes de la coalition et à chanter la victoire de la communauté internationale et de l’armée irakienne sur l’État islamique, sans se poser les bonnes questions, sans voir ce qui se jouait dans les faits.

Aujourd’hui, cependant, il n’est plus possible de cacher l’horreur et les plumes se délient forcément, toutes ensemble et trop tard ; le mal est fait, et la presse n’a une fois encore pas jouer son rôle qui est d’informer et d’alerter l’opinion publique.

Si le tiers oriental de Mossoul a été plus ou moins épargné, principalement habité par une population kurde et surtout arabe chiite, la majeure partie de la ville a quant à elle disparu, peuplée de familles pour la plupart sunnites, entièrement rasée sous les bombes des avions de la coalition.

J’avais vu les ruines de Syrte, en Libye, détruites par les bombardements de l’OTAN ; j’ai assisté aux bombardements sur Homs et Alep, comme reporter « embedded » avec les brigades rebelles de l’Armée syrienne libre et de Jabhet al-Nosra… Mais je n’avais jamais rien vu de tel que les ruines de Mossoul, où même l’ossature en béton armé des immeubles les plus modernes n’a parfois pas résisté à l’extrême violence des armements mis en œuvre pour venir à bout des combattants de l’État islamique.

Or, face à ce spectacle de destruction totale, la question qui m’est immédiatement venue à l’esprit, c’est : « Mais où sont donc les 250.000 hommes, femmes et enfants qui n’avaient pas évacué Mossoul-ouest ?! »

Et ce, moins parce qu’ils étaient contraints par l’EI de servir de « boucliers humains » (les mythes de la propagande de guerre ont de tous temps la peau dure) que parce qu’ils craignaient les représailles des Chiites de Bagdad (l’armée irakienne est composée de plus de 90% de Chiites), car ces familles sunnites avaient, en 2014, accueilli les djihadistes en libérateur lorsque leurs 800 combattants chassèrent de Mossoul les 65.000 soldats de l’armée (d’occupation) irakienne.

Où sont-ils passés, tous ces gens ?!

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Un film de Pierre Piccinin da Prata et d'Anass El Azhar Idrissi

 

Deux heures de film, haletant, passionnant, des images inédites filmées au coeur des combats et au péril de la vie d'un journaliste engagé...

La révolution syrienne a commencé en mars 2011.

D'abord divisée, la population syrienne a massivement rejoint la contestation du régime dictatorial du parti Baath au pouvoir lorsque, en mai 2012, ont eu lieu les « élections libres » annoncées par le président Bashar al-Assad.

La promesse faite à son peuple par le jeune chef d’État syrien, dans lequel beaucoup avaient placé leur confiance, n’a pas été tenue.

Rapidement, les manifestations pacifiques, durement réprimées par le régime, se sont muées en une révolution armée. Les révolutionnaires ont été encadrés par des officiers supérieurs dissidents : l’Armée syrienne libre (ASL) était née.

Le 17 juillet 2012, l’ASL lançait une grande offensive à Damas et, le 21, une autre, à Alep. La bataille d’Alep commençait.

Ce film-documentaire n’a pas la prétention de retracer l’historique de cette bataille.

Il s’agit pour ses auteurs d’évoquer une ville en guerre, devenue le symbole de la révolution syrienne.

Par des images et les voix des protagonistes, filmés par Pierre Piccinin da Prata lors de différents reportages qu’il réalisa à leur côté, le film conserve les mémoires de ces hommes et de leur ville, pour que ne disparaissent pas tout à fait, sous les ruines, le fantôme de leurs espérances défuntes…

 

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Plus d'info : ALEP - Mémoires d'une ville en guerre (L'Harmattan Vidéos)

 

FILM (DVD) - Alep, mémoires d'une ville en guerre

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

La Bataille d'Alep, Chroniques de la révolution syrienne

Un documentaire de Pierre Piccinin da Prata et d'Edouardo Ramos Chalen

Documentaire - La Bataille d'Alep

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
ISLAM - Un projet politique né dans la violence...

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juin 2017

 

« Le but de tous les vrais Musulmans, c’est le Califat ! »

Cette simple phrase, relevée au hasard sur les réseaux sociaux, résumerait-elle –fût-ce d’une manière assez abrupte- le message délivré au Prophète Mohamed, dans sa dimension politique en tout cas ?

C’est ce que laisse penser la lecture, qu’elle soit historique ou religieuse, du seul document fondateur de l’Islam, du seul référent considéré comme authentique par les « Croyants », les Musulmans, la seule source où est précisée la « volonté de Dieu » : le Coran.

Et ce indépendamment des conditions dans lesquelles les paroles du Prophète ont été conservées, par la tradition orale, écrites parfois sur divers supports et à différents moments de sa vie, ou de la manière dont le Coran a été assez tardivement compilé.

Car c’est bien le point de vue du « Croyant » qui importe en la matière ; et c’est donc le Coran dans sa forme finale qu’il convient de considérer pour comprendre l’Islam et en définir les objectifs, une forme définitive, universelle et intemporelle, comme le Coran lui-même le stipule, que les « Croyants » reçoivent comme la parole de Dieu révélée et comme la vérité en fonction de laquelle ils agissent (ou devraient agir) dans le monde. Ce Coran-là (outre les Hadiths qui ont conservé la mémoire des actes du Prophète et de ses compagnons) est le seul référent tangible et incontestable qui (devrait) fonde(r) l’action des Musulmans ; et toute autre considération qui serait en contradiction avec le texte sacré ne serait qu’hérésie vouée aux gémonies.

Le Califat, donc, comme but ultime de tout « Croyant » ? C’est du moins ce que révèle incontestablement une lecture neutre de ce texte, dont plusieurs pans se déclinent tel un véritable programme politique à mettre en œuvre sur le long terme, très éloigné des assertions d’un Islam « modéré » qui prévaut un peu partout aujourd’hui, tant dans le Monde arabe qu’en Occident, et qui réaménage le livre saint en prétextant d’une « réinterprétation nécessaire » de la parole divine.

L’Islam est incontestablement politique

D’un point de vue strictement historique, la naissance de l’Islam au VIIème siècle a pour contexte le milieu tribal des entités bédouines, belliqueuses à l’extrême et divisées, politiquement et religieusement, polythéistes, jalouses chacune de ses avantages commerciaux et territoriaux liés au cadre hostile et pénible du désert de la Péninsule arabique ; et l’objectif avoué de son fondateur, Mohamed, transparaît clairement tout au long du Coran, mais aussi des Hadiths qui rapportent les faits et gestes du Prophètes et des premiers Musulmans, à savoir l’unification des tribus par le biais d’une religion que le « messager de Dieu » avait apprise des communautés chrétiennes et juives établies dans le nord de la péninsule et dont il s’est inspiré pour créer un moyen de coercition moral et social.

En effet, le caractère théocratique de l’Islam centralise l’autorité autour du représentant d’un dieu unique dont la vénération constitue la trame et la finalité de l’existence. L’Islam impose ainsi à la fois un code civil unique, une foi unique, un comportement sociétal unique, auxquels l’individu ne peut échapper sans se mettre de facto en marge de la société et devenir un « autre », celui qu’il faut « réformer » et par la force, par la violence si nécessaire.

L’Islam ne se présente pas à travers son texte fondateur comme une philosophie ou une spiritualité, conception islamique propre au Soufisme qui constitue indéniablement une dérive qui fut fonction de surinterprétations ou de mésinterprétations arbitraires du texte, parfois empreintes de sophistique ; l’Islam est tout au contraire cartésien, légaliste, procédurier, et en tout cela totalitaire.

Il était dès le départ évident que, dans le contexte évoqué, ce projet politique ne pourrait s’accomplir sans un recours régulier à la force, et le Coran le justifie dès lors sans la moindre équivoque, tandis que, sur les plans social et sociétal, il impose des lois rigoureuses et des règles drastiques dont le but, déclaré dans plusieurs versets du Coran, est de structurer la société et de forger une identité commune et de canaliser à la fois les velléités individualistes et le sentiment tribal d’appartenance à un groupe séparé du reste de la communauté. Bref, il s’agit d’inventer « l’Oumma », la « Communauté des Croyants » (un objectif qui, manifestement, n’a pas été atteint, les différentes écoles islamiques s’étant très tôt déchirées en fonction des aspirations politiques des pouvoirs locaux et du contexte socioculturel des régions dans lesquelles elles se sont développées).

C’est ainsi que, si l’Islam s’impose d’abord par la persuasion, malheur à ceux qui ne se laissent pas convaincre, car la violence, contre l’individu, ou la guerre, contre les peuples, suit inévitablement l’approche « amicale » par le verbe ; le processus est intrinsèque à la « révélation » et, en dépit de tout « effort de réinterprétation, nécessaire, de la parole divine », le texte est à ce propos sans ambiguïté et les Musulmans ne peuvent échapper à l’injonction céleste, pas même au XXIème siècle.

Mohamed, chef de guerre et chef d’État

Entre l’Hégire (622), qui marque la fondation de l’Islam, et la mort du Prophète Mohamed (632), les campagnes militaires (« gazwa » est le mot arabe qui les désigne dans le Coran ; au sens propre : « conquête » ou « invasion ») se sont multipliées avec un rythme accru au fur et à mesure que la nouvelle religion gagnait du territoire.

Dès les premiers moments de l’Islam, Mohamed a ordonné la guerre, et d’abord contre la tribu des Qorayshites qui contrôlait La Mecque, principale ville du centre de la Péninsule arabique et cœur religieux du polythéisme arabe où se dressait la Kaaba, bâtiment qui renfermait les statues des dieux des différentes tribus. Or, c’est cette ville de premier plan, politiquement et économiquement, que le Prophète avait désignée comme « ville sainte de l’Islam ». L’écrasante majorité des Mecquois n’adhérant pas à l’Islam, attachés à leur prérogatives en matière religieuse et aux énormes avantages commerciaux que leur position leur procurait, les Musulmans ont donc été « contraints » d’user de la violence et de mener plusieurs campagnes militaires pour « conquérir » et « envahir » La Mecque, dont ils finiront par s’emparer en janvier 630.

Maints exégètes, qui tentent de démontrer que la communauté des premiers adeptes de l’Islam, « religion non violente », ont eu recours à la guerre uniquement dans un cadre « défensif » considèrent que cette campagne fut nécessaire, de par la faute des Qorayshites, qui refusaient l’accès de La Mecque aux pèlerins musulmans. Mais, outre qu’il y a là une forme de sophisme évident, la conquête de La Mecque ne fut pas le seul fait d’armes des Musulmans, qui, depuis la fuite de Mohamed à Médine, attaquaient régulièrement, avec plus ou moins de succès, le commerce caravanier mecquois. Une pratique de la razzia d’ailleurs assez répandue dans le comportement des tributs bédouines de l’époque. Certes, l’exégèse voudrait que ces razzias fussent elles aussi « défensives », puisqu’elles auraient répondu à la confiscation par les autorités qorayshites des biens des partisans mecquois du Prophète qui avaient fui avec ce dernier.

Ces campagnes, pour « défensives » qu’on puisse les prétendre, ne se sont pas moins conclues pour autant par l’expansion territoriale d’un « État islamique », dont le centre politique fut d’abord Médine, puis La Mecque, et dont le souverain autocrate était le Prophète Mohamed, agissant, commandant et ordonnant au nom de Dieu et en vertu du Coran, qu’il composait au fur et à mesure que se développait son royaume, légiférant, jugeant et ordonnant par ce biais, dictant sourate après sourate, en abrogeant même certaines des paroles divines, lorsqu’elles ne correspondaient plus aux impératifs politiques, militaires ou sociaux du moment.

Ainsi en va-t-il ne nombreux passages du Coran qui réglementent la guerre avec précision et codifient les comportements à adopter envers les prisonniers, les non-combattants, les biens privés, mais aussi les questions de succession des guerriers décédés, d’héritage, etc.

Les Hadiths rapportent que Mohamed avait mis en place un réseau d’espionnage efficace qui lui permettait de préparer ses campagnes, dont il prenait généralement lui-même le commandement : si le commandement de quelques batailles a été laissé au soin de proches en qui il avait confiance, notamment de son oncle Hamza, le Prophète a directement conduit près d’une quinzaine de guerres.

Mais la liste des expéditions armées ordonnées par Mohamed est longue et il n’est pas utile d’en faire état au-delà de quelques exemples à dessein d’illustrer le propos, et de faire mention dans cette perspective de la guerre menée en 627 contre la tribu juive des Banu Qorayza, qui s’étaient alliés aux Qorayshites, laquelle se termina, après un siège d’un mois, par l’anéantissement de la tribu ennemie et la décapitation de plusieurs centaines de ses guerriers… Ou bien la bataille de Mutah, village chrétien du nord de la péninsule, qui fut envahi en 629, où l’armée de Mohamed défit le corps expéditionnaire byzantin envoyé à la rescousse des Ghassanides, tribu arabe chrétienne vassale de Constantinople ; très satisfait de la victoire, le Prophète ordonna plusieurs jours de fête et décora le commandant de l’armée, Khalid Ibn al-Walid, du titre éloquent de « Seiful Allah » (« l’Épée de Dieu »).

Plus simplement encore, il suffirait de faire état du livre de l’historien arabe Abdullah Muhammad al-Waqidi, lequel rédigea au VIIIème siècle une « vie du Prophète », sous le titre évocateur d’Al-Kitab al-maghazi (Le Livre des batailles)…

Mohamed sut par ailleurs habilement exploiter le contexte politique bédouin et jouer sur les alliances intertribales et, inversement, sur les querelles ancestrales pour contrer ses ennemis. Ainsi en fut-il, entre autres, des accords passés avec les tribus juives de Médine, avant qu’elles fussent par la suite expulsées du Califat naissant.

Mohamed n’est pas un prophète dont « le royaume n’est pas de ce monde » et qui sépare « ce qui est à César et ce qui appartient à Dieu » ; il a passé sa vie entière à soumettre les tribus de la Péninsule arabique dont le territoire, à sa mort, était unifié en un État centralisé où le pouvoir politique et la religion...

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
KURDISTAN – Interview (2/3) – Ibrahim Biro: “Turkey is the big neighbour of the Syrian Kurdistan and we need a good relationship with Erdogan”

The Maghreb and Orient Courier, June 2017

 

Rarely taken into account in the analyses made about the future of the Syrian Kurdistan (Rojava), an opposition exists to the dominant Kurdish current represented by the PYD-YPG (Syrian political arm of the PKK).

The Maghreb and Orient Courier met Ibrahim Biro in a hotel in Erbil.

He is the head of the Kurdish National Council in Syria (KNCS), exiled in the Iraqi Kurdistan.

The first part of this interview was published in The Maghreb and Orient Courier’s May 2017 issue

Pierre Piccinin da Prata (MOC) – The Patriotic Union of Kurdistan (PUK), one of the two main parties in Iraqi Kurdistan, refuses contact with the Kurdish National Council in Syria because they are supporting the PKK and its Syrian branch, PYD-YPG. Contrariwise the Kurdistan Democratic Party (KDP), leaded by Massoud Barzani is supported by Turkey against the PKK… What are your relations with KDP, the other big Kurdish party in Iraq?

Ibrahim Biro – We have a good relationship, and we know they help us a lot. Of course, we have a relationship through the Kurdish regional Government (KRG) in Iraq and through President Barzani. We sense that we get more support from KDP. We aren’t deliberately approaching the KDP, but we get more support from them. Of course, our liaison is through the President’s office.

PPdP – Can we speak a little bit more about Turkey?

Ibrahim Biro – Turkey? Of course! It is a big neighbour. Our border is completely connected to Turkey. Our land-connection with Turkey is something that doesn’t even exist in Iraqi Kurdistan.

This is why we say that we cannot oppose Turkey. If we would, it would be bad for the Kurds of Syria.

The PYD and the PKK have tried to show that all the problems in Syria are because of Turkey and not because of Bashar al-Assad. This is what the PYD constantly projects to the locals in Rojava.

We know that the party, which displaced the Kurds, took away their rights and took away their citizenship, was Bashar al-Assad. You know, Kurds in Syria don’t have citizenship; they don’t have rights. As far as I know, the ones who displaced the Kurds, took away their citizenship and denied their rights, were the Assad family.

PPdP – Recently, because of the revolution, Bashar al-Assad gave passports to the Kurds.

Ibrahim Biro – How many?

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
EDITORIAL - L'Islam va-t-il mourir à Mossoul?

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juin 2017

 

L’Islam va-t-il mourir à Mossoul ?

Qu’ont fait les Musulmans du projet politique de l’Islam ?

Comment les « Croyants » envisagent-ils, au XXIème siècle, d’accomplir la grande œuvre initiée par Mohamed et ses compagnons quatorze siècles plus tôt, envoyés dans le monde par l’injonction de l’Archange Gabriel, messager de Dieu ?

L’Islam est-il encore politique ou bien les Musulmans, désormais « modérés », ont-ils renoncé à cet aspect intrinsèque inscrit sans équivoque dans le Coran et gravé dans l’histoire par les actes de guerre du Prophète et des « Salaf al-Salih », les « pieux ancêtres » ?

L’Islam a-t-il encore aujourd’hui l’ambition du Califat ou n’est-il plus qu’une religion de confort, une spiritualité, voire une philosophie de vie assez lâche comme le conçoivent certains Soufis ?

Amputé de sa dimension politique, l’Islam est-il encore l’Islam ? Et sa pratique a-t-elle encore du sens ?

Autant de questions qui se posent avec intensité à l’heure où le Calife Ibrahim (alias Abou Bakr al-Baghdadi) voit s’effondrer sous ses yeux les reliquats d’un État islamique que, marchant dans les pas du fondateur de l’Islam, il avait fait revivre l’espace d’un « printemps arabe » dont l’évaporation est désormais avérée.

Pour les combattants du Califat, le choix avait été fait …

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Will Islam die in Mossul?

What did the Muslims do of the political project of Islam?

How do the “Believers” of the 21st century plan on accomplishing the great project initiated by Mohammed and his companions 14 centuries ago, sent into the world by the archangel Gabriel, the messenger of God?

Is Islam still political, or have the Muslims, as of now “moderate”, renounced to that intrinsic aspect, included without equivocation in the Qur’an and engraved in history by the acts of war of the Prophet and of the “Salaf al-Salih”, the “pious ancestors”?

Does Islam still have the ambition today of a Caliphate, or is it now only a religion of comfort, a spirituality, even a philosophy of life, quite weak as some Sufis perceive it?

Mutilated, without its political dimension, is Islam still Islam? And does its practice still make sense?

Many questions are asked with intensity, at the time when Caliph Ibrahim (aka Abu Bakr al-Baghdadi) sees the remains of the Islamic State crumble in front of his eyes. A state, which he had been able to revive for the time of an “Arab spring”, whose evaporation is now verified.

For the fighters of the Caliphate, the choice had been made without ambiguity …

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ماذا فعل المسلمون بالمشروع السياسي للإسلام؟

كيف يتصور ʺالمؤمنونʺ في القرن الحادي والعشرين إكمال المهمة العظيمة التي بدأها محمد وصحبه منذ أربعة عشر قرناً، حيث أُرسِلوا للعالم بأمرٍ من كبير الملائكة جبريل المرسَلُ بدوره من قِبل الله؟

هل ما يزال الإسلام ʺسياسياًʺ أم أنَّ المسلمين ʺالمعتدلينʺ تراجعوا عن هذا الجانب الجوهري الوارد بوضوح في القرآن ومحفور كنقش في التاريخ من خلال حروب الرسول وʺالسلف الصالحʺ؟

هل ما يزال لدى الإسلام طموح إقامة الخلافة؟ أم أنه أصبح مجرد دين كمالي وروحانيات، بل فلسفة حياة رخوة كما يراه بعض الصوفيين؟

هل سيبقى الإسلام إسلاماً بحرمانه من بُعدهِ السياسي؟ وهل سيبقى لممارسته أي معنى؟

أسئلةٌ كثيرةٌ مطروحة في هذه اللحظة الدقيقة حيث يرى الخليفة ابراهيم أبو بكر البغدادي بقايا دولته الإسلامية تنهار، هذه الأخيرة، التي مشت على خطى مؤسس الإسلام، عادت للحياة بفضل ʺربيع عربيʺ أصبح من الماضي حالياً.

أما بالنسبة لمقاتلي الخليفة فقد اختاروا طريقهم بوضوح وبدون مساومة. سواءً جاؤوا من ضواحي المدن الأوربية الكبيرة أو من البلدان العربية والإسلامية، معظمهم لم يمتلك مواصفات الشخص ʺ الضائع أو المعزول أو المخدوعʺ كما دأب التيار الإعلامي المسيطر على المبالغة في تقديمهم لنا؛ لقد كان دافعُ هؤلاء مختلفٌ تماماً كما أيقنَ على الفور من قام بمقابلة أتباع الإسلام السياسي المصممين هؤلاء على الأرض.

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
KURDISTAN – Interview (1/3) – Ibrahim Biro: “PKK and YPG are the same totalitarian Stalinist systems, dealing with Bashar al-Assad”

The Maghreb and Orient Courier, May 2017

 

Rarely taken into account in the analyses made about the future of the Syrian Kurdistan (Rojava), an opposition exists to the dominant Kurdish current represented by the PYD-YPG (Syrian political and arm of the PKK).

The Maghreb and Orient Courier met Ibrahim Biro in an hotel in Erbil.

He is the head of the Kurdish National Council in Syria (KNCS), exiled in the Iraqi Kurdistan.

The liberal philosophy of the KNCS breaks with the Marxist lines of the PKK, as does the proposal of Ibrahim Biro for a reconciliation and pragmatic attitude towards Turkey.

Ibrahim Biro does not hold back his words about the intentions of the fighters of the YPG, of whom the West has made heroes opposing the Islamic State.

Pierre Piccinin da Prata (MOC) – What exactly is the Syrian National Council?

Ibrahim Biro – So… The Kurdish Council oversees 13 Kurdish political parties. It also has a number of female members, women. And also many social figures: people who are well-known in Syrian Kurdistan. It was established in November 2011, after the Syrian revolution started. The members, the parties, the organisations, in the Syrian Council have for many decades exercised political activities against Bashar al-Assad’s regime. For decades! And civil activities as well. As you know the Syrian regime oppresses the Kurdish people in Syria. And even before the Syrian revolution, one of the activities we had was a civil movement and protests against the regime.

Dozens of our members in different parties were imprisoned by the regime. I’m one of those, I was also imprisoned by the regime. Once the Syrian revolution started, we as the Kurdish movement, the Kurdish political parties, thought it was in our interest to come together, under one umbrella.

PPdP – This umbrella is the Kurdish National Council?

Ibrahim Biro – The Kurdish National Council in Syria. This is the title. In Kurdish it is “ENKS”. Similar to all the other groups in Syria, we were divided. One part of us joined and took sides with the regime, and the other half went into the opposition.

PPdP – Which part joined the regime?

Ibrahim Biro – The PYD. The PYD itself created other organisations. To give an example: they created a council called the “People’s Council in Rojava”. Then they changed their name to “Democratic Civil Movement”. The PYD is the political face of the YPG and closely linked to the PKK…

I should have explained this in the beginning: one of our colleagues, Abdel Hakim Bashar is a member of the leadership in the Kurdish National Council, and he is the deputy to the official Syrian opposition. So, we are officially part of the Syrian opposition to Bashar al-Assad.

Of course, he is also a member of the High Negotiations Committee. Every time Bashar al-Assad speaks to the opposition, the opposition is represented by a number of individuals. Our colleague is a member of that negotiation committee.

There were three rounds of Geneva talks. The first one was neither attended by the opposition, nor by Bashar. At the second round, the opposition did attend, and he was a member of the negotiation committee. Between the opposition and the regime.

PPdP – Who is Abdel Hakim, the representative of the Kurdish National Council? Is he in Damascus?

Ibrahim Biro – The High Negotiation Committee is in Riyadh, but he is based in Erbil. He is not in Erbil today. The Syrian opposition’s official headquarter is based in Istanbul.

By the way, I’m from Qamishli, from Syrian Kurdistan. Four months ago, I tried to go back, but PYD arrested me and kicked me out.

PPdP – At the beginning the Kurdish National Council was 13 parties, right?

Ibrahim Biro – Yes, they were…

PPdP – But now a lot of them have left to join the PYD to support YPG, isn’t it?

Ibrahim Biro – You’re right. But the parties were divided. Some individuals decided to stay with us, some have joined the PYD.

To give an example: One of our party’s secretaries left and joined the PYD. The leadership and the members… The party is broken! But, no party has entirely left the Kurdish Council.

PPdP – All the parties in the Kurdish National Council refuse to support the YPG?

Ibrahim Biro – There is no doubt! We have big differences between us.

PPdP – All refuse to support the YPG… There is no discussion?

Ibrahim Biro – There were three agreements that we had with PYD, under the auspices of Massoud Barzani, the president of the Kurdish Regional Government in Iraq. The latest one was in Dohuk. They called it the “Dohuk agreement”, signed in 2014. But PYD couldn’t implement the agreement because of two reasons.

The first reason is that the PYD is clearly part of PKK. PYD, as part of the PKK movement and its organisation, its ideology, is part of the Stalin kind of movement. It’s because of this that they cannot work in partnership with anyone else.

The second thing is the PYD agreement with the regime… Their objective, or their plan, is to look at Syria as a whole.

PPdP – Is it an agreement between the PYD and the regime?

Ibrahim Biro – Just after the Syrian revolution started, the regime asked…


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