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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

La Bataille d'Alep

La Bataille d'Alep, Chroniques de la révolution syrienne

Un documentaire de Pierre Piccinin da Prata et d'Edouardo Ramos Chalen

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Irak – Reportage exclusif au cœur du Califat de l’État islamique  - Le martyr de Fallujah…

    

(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juillet 2014) 
        
Falludjah 2 
        
Au-delà des analyses géopolitiques virtuelles qui résument le conflit irakien à une « guerre par procuration » opposant l’Iran chiite aux monarchies sunnites du Golfe persique, la réalité du terrain se révèle beaucoup plus complexe et nuancée : à Fallujah, la population sunnite se bat pour sa survie sous les bombardements de l’armée irakienne, ordonnés par le gouvernement pro-chiite du premier ministre irakien Nouri al-Maliki ; mais elle lutte aussi pour son indépendance, face aux djihadistes de l’État islamique, qui ont envahi les régions sunnites de l’Irak et y ont proclamé la renaissance du Califat.
Reportage et analyses exclusifs de notre envoyé spécial à Fallujah, au cœur d’un Irak devenu celui de tous les extrêmes…
        
 
Le troisième martyr de Fallujah
 
D’Erbil à Fallujah, une course folle à travers le désert irakien
J’avais rencontré Ahmad en prison. Ahmad, c’est mon guide, ici, à Fallujah.
C’est à Damas que je l’ai connu, en mai 2012, à Bab al-Moussala, un centre d’incarcération du régime de Bashar al-Assad.
Pour une raison jamais élucidée, j’avais été arrêté par un des nombreux services secrets syriens, alors que je réalisais un reportage pour le magazine Afrique-Asie sur la rébellion armée qui commençait à se répandre dans le pays. Torturé et passé à l’électricité dans leur centre de Homs, j’avais ensuite été transféré dans plusieurs cachots, avant d’échouer dans un sous-sol de Bab al-Moussala.
J’y étais arrivé assez mal en point, blessé. Ahmad, qui avait un certain ascendant sur les autres prisonniers, m’avait immédiatement pris en charge : les gars ont fait chauffer de l’eau, m’ont aidé à me laver, m’ont donné à manger et m’ont soigné, avec ce qu’ils avaient.
Une semaine plus tard, je réussissais à signaler ma position grâce au téléphone portable dégoté par un de mes codétenus, un Palestinien, et le Consul de Belgique me sortait enfin de ce trou à rats.
Je laissais Ahmad derrière moi, et tous les autres… J’ai bien essayé de demander le concours de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, pour les aider à mon tour. En vain… Il faut dire que la plupart des fonctionnaires onusiens, en Syrie, sont des employés locaux, presque tous proches du régime et corrompus jusqu’à la moelle ; ils n’interviennent jamais, si les détenus ne savent pas payer de pots de vin…
Quelques mois plus tard, j’ai eu des nouvelles d’Ahmad : il s’en était sorti et avait finalement trouvé refuge à Amman, en Jordanie, où il vit aujourd’hui, partageant son temps entre ses affaires, d’une part, des boutiques d’informatique et une entreprise de construction, dans les Émirats arabes unis, et, d’autre part, sa ville natale, Fallujah.
Ahmad, c’est le fils d’un des principaux notables de la ville ; il y connaît tout le monde et il y  a toutes ses entrées.
Il y a deux ans, nous nous sommes retrouvés à Beyrouth, pour y passer ensemble le nouvel an. Ahmad m’a alors raconté son histoire : en 2003, quand les Américains ont attaqué l’Irak, il est entré dans la résistance. Il a pris la tête d’une petite unité et a commencé à harceler les soldats des États-Unis qui avaient envahi son pays. Plusieurs fois, il a attaqué leurs convois, au bazooka, à la grenade. Il a parfois été blessé.
Il n’a jamais supporté la dictature de Saddam Hussein. Il n’a pas davantage accepté la mainmise de Nouri al-Maliki sur l’Irak, le premier ministre chiite, supporté par Washington et qui s’est progressivement aliéné les Sunnites du pays à cause de sa politique communautariste : minorité favorisée sous Saddam Hussein, les Sunnites, depuis l’invasion américaine, ont fait l’objet de nombreuses mesures vexatoires ; les Chiites, sur lesquels les États-Unis se sont appuyés pour contrôler le pays, ont rapidement pris leur revanche sur le passé.
Plus tard, quand la résistance a été décimée, Ahmad a dû quitter l’Irak. Il y était recherché pour « terrorisme ».
Un terroriste, Ahmad ? Non. Un « résistant », comme il insiste lui-même à le dire. Un Sunnite islamiste ? Un fanatique ? Il n’a rien d’un « fou de Dieu », mon ami Ahmad. C’est vrai que, lors de nos retrouvailles, il a vu d’un assez mauvais œil que je commande une bouteille de vin, pourtant si fameux au Liban… Lui, il ne boit pas d’alcool. Mais, en fin de soirée, il me payait un verre de whisky. C’est un croyant, sincère… et tolérant.
Lorsque, soudainement, l’État islamique d’Irak et du Levant a commencé à se répandre sur la Syrie et dans les régions sunnites irakiennes, Ahmad m’a appelé : « Il faut que tu viennes voir ce qui se passe ici ! Le gouvernement bombarde les maisons et tue les gens ! Où sont CNN, la BBC, al-Jazeera !? Il n’y a personne, ici ! »
Je lui ai demandé s’il était certain de pouvoir assurer ma sécurité. « C’est sur ma vie que je te garantis la sécurité », m’a-t-il répondu. « Pas avec mon argent, ni avec les armes des hommes de mon père, mais sur ma vie ! » Je lui ai dit : « D’accord. Je viens. »
Quelques semaines plus tard, j’étais à Erbil, au Kurdistan irakien, dans le nord du pays. Fallujah est plus au sud, au cœur de l’Irak. Mais, dans cette partie-là de l’Irak, les lignes de front du gouvernement de Bagdad sont trop hermétiques pour être franchies. En revanche, les check-points des Peshmergas, les combattants kurdes, laissent passer les véhicules qui vont et viennent, reliant Erbil et Kirkouk aux territoires conquis par Daesh (c’est le nom que l’on donne ici à l’État islamique, d’après son acronyme en arabe), à Mossoul et au reste de l’Irak.
J’avais rendez-vous avec Ahmad à Kirkouk. Il m’y attendait à l’heure convenue, dans un véhicule tout terrain blanc, accompagné de deux hommes de sa tribu. « Pas d’armes ? » « Les Peshmerga ne nous laissent pas entrer au Kurdisatn avec des armes, Pierre ; déjà, ils n’aiment pas les Arabes, alors… Une autre voiture nous attend de l’autre côté, avec des hommes de mon père. Et des armes. »
Il fait très chaud. L’Irak est probablement le pays arabe le plus chaud que j’aie parcouru ; sauf, peut-être, la haute Égypte… Les muezzins ont à peine achevé de chanter l’appel à la prière de la mi-journée. Il faudra cinq heures de pistes pour gagner Fallujah. Cinq heures de désert. Nous y serons dans la soirée. Inutile de voyager de nuit ; ce serait suspect. Cette nuit, je pourrai rencontrer les habitants de Fallujah. Demain, une prudente sortie dans la ville. Puis, retour au Kurdistan.
« Incha’Allah », précise tout de même Ahmad… Mais, avec lui, je n’ai aucune crainte : c’est un vrai Musulman ; s’il m’a promis que je reviendrais vivant, c’est que rien ne m’arrivera de dommageable. Il ne me fera courir aucun risque inutile et tout se passera bien.
Nous ne devons pas perdre de temps et prenons la direction du sud. De Kirkouk, seulement 300 kilomètres nous séparent de Fallujah. Mais il faut traverser des territoires contrôlés par les djihadistes de l’État islamique, tout en évitant les check-points de l’armée irakienne. Nous bifurquons d’abord légèrement vers l’est, vers la frontière iranienne, pour rouler le plus longtemps possible dans la zone encore contrôlée par les Kurdes. Mais, à la hauteur de Tikrit, il faut virer vers l’ouest et franchir la frontière du Califat. Plus au sud, en effet, ce sont la région de Bagdad et les lignes des forces gouvernementales, qui ne nous laisseraient pas passer en zone contrôlée par l’EI.
À présent, le tout-terrain file à vive allure sur la piste de sable et de roches qui coure à travers le désert. Je dois me dissimuler au mieux : mes traits sont trop européens ; impossible de passer inaperçu dans le paysage. Ahmad me coiffe d’un élégant keffieh vert et noir (le vert, c’est la couleur du Prophète Mahomet), dont il arrange les pans pour me cacher le visage. C’est habituel, ici ; ça protège du soleil et de la poussière de la route, et Ahmad et ses hommes sont affublés de même. « Maintenant, tu es un vrai Irakien ! », me lance-t-il en souriant de toutes ses dents d’un blanc intense. Ahmad est beau, le visage sec, le nez fin ; il est fier d’être arabe et il a raison de l’être.
Le risque, à présent, c’est de tomber sur une patrouille de djihadistes, un commando isolé, qui nous prendraient en charge dans l’un de leurs superbes pick-up flambant neuf.
Par contre, les Daesh ne possèdent aucune aviation : le vaste désert irakien est donc très poreux ; ce n’est pas comme en Syrie, où les chemins secondaires que j’ai empruntés en compagnie des rebelles sont régulièrement survolés par l’aviation gouvernementale et où un hélicoptère de combat peut surgir à tout moment.
Nous progressons entre Tikrit et Baiji, qui se trouve plus au nord. Un des hommes d’Ahmad connaît un pont, où franchir le fleuve Tigre ; un pont qui n’est pas gardé par Daesh. L’armée irakienne mène en ce moment une offensive entre Tikrit et Samarra, ville située plus au sud, offensive qui nous empêche de prolonger encore notre route en territoire kurde, ce qui aurait pourtant raccourci notre parcours dans le Califat, et donc limité les risques.
Le Kurdistan est maintenant derrière nous…
 
Le Kurdistan (bientôt) indépendant : la « petite Suisse du Moyen-Orient » 
Au Kurdistan, relativement épargné par l’État islamique, le front est interdit aux journalistes, qui traînent dans les hôtels de luxe d’Erbil, accrochés aux climatiseurs ; dehors, il fait 43°C à l’ombre…
Mais j’ai un atout dans ma manche, un ami de notre correspondant à Erbil : Barzan. Il connaît tous les chefs militaires kurdes. Pour nous, les check-points sont ouverts. Cela ne m’a pas coûté cher : Barzan ne m’a pas demandé d’argent ; il voulait seulement le maillot officiel de l’équipe de France… Et j’en ai trouvé un in extremis, dans la « duty free zone » de l’aéroport de Bruxelles… Le « foot » est décidément la nouvelle religion mondiale.
C’est un front diffus, mal défendu. Voilà peut-être la raison pour laquelle les journalistes n’ont pas l’autorisation de s’y rendre. Les Peshmergas, les célèbres combattants de la résistance kurde à toutes les oppressions, sont de redoutables guerriers. Mais, sans matériel lourd, ces fiers soldats, habitués à se battre dans les montagnes, ne pourront pas grand-chose si l’État islamique décidait de s’attaquer au Kurdistan, dans les plaines de la région de l’antique Ninive. Les Peshmergas sont en outre fort peu nombreux. Lire la suite...
 
 
 
 
     
Lien(s) utile(s) : Le Courrier du Maghreb et de l'Orient  
 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Syria - Inside Syria… Three years later:Tal-Biseh (Homs)

    
(The Maghreb and Orient Courier, July 2014) 
        
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A journey into war, inside a country economically and socially destroyed, where those who demanded democracy now fight,not only against the dictatorship of Bashar al-Assad,but also against hundreds of fanatic Islamist groups...

For Pierre Piccinin da Prata, reporter for The Maghreb and Orient Courier, it is a return to the land, where he spent five monthsas a hostage of the al-Farouk Brigades, one of the numerous jihadist groups fighting in Syria. It is a new courageous departure, to againmeet the revolution’s first militants, which he followed in 2011on the misadventure of the Syrian spring.

The first reportage of a series that will bring us deep... inside Syria.    

 

SYRIE--Alep----Juillet-et-aout-2012 0104.AVI.Still002A devastated land, deserted by the Western media, too risky for journalists who are targetsfor the bands of brigands who, under the uniform of rebellion, plunder and ransom people already bled by war but also prey forjihadist factions, sometimes rivals, who seized the land and confiscated the revolution,which the citizens organized through theFree Syrian Army...

A box with a lid, barelyopened by some daring reporters, but suddenly closed again, one day, in the increasingindifference of the worldwide public opinion on Syria, which has almost disappeared entirely from television screens.

It took me several months, almost a year, before I returned to the perilous paths of the Syrian fields.

With the help of friends, those from the very beginnings of civil insurrection, I managed to enter Syria via circuitous routes, which are necessary to guarantee safety as much as possible, limiting the danger and risk of being spotted on such a short journey into this war-ridden country. None details about the road to enter Syria. Nothing about people who helped me. Not even about the dates of my journey... I have to keep silent.

It once again engulfed me, making me realise the extent of terror and unimaginable realities and stories that I am covering for The Maghreb and Orient Courier.

Why do I go back? Because it is improper to speak of suffering without having lived with those who endure it; because realities on the ground can only be known through experience and cannot be invented, nor developed in the comfort and safety of a newsroom.

Back in Syria, pursuing the trails of the actors of the democratic revolution; those people I had met in 2011 were enthusiasticand confident that victory was at hand.

I returned to the governorate of Homs a few months after the fall of the city in May. Thisshort journey revealed a perplexing reality.

I found Ammar, twenty-eight years old, studying computer science.

May 17, 2012, I left Damascus very early, by car. I went to Homs to film the largely destroyed rebel neighbourhoods. A few kilometres north of Homs, whilst I followed theroad to Hama, I saw a small town along the highway. Partly surrounded by the regular army; already ruined by artillery fire plan. I bypassed the checkpoints; I entered Tal-Biseh. The rebels stopped my car and welcomed me with open arms. There, I met Ammar for the first time.

Three years later, a touching reunion ... and a face to face conversation without illusions... Read more...

 

 Carte---Syrie---Tal-Biseh---Juillet-2014.gif

 

 

 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Monde arabe - Les « affaires » arabes n’excitent plus le voyeurisme de l’opinion...

    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juillet 2014) 
        
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PPdP-copie-1

Les « affaires » arabes n’excitent plus le voyeurisme de l’opinion, ni n’en aiguisent désormais les fantasmes comme naguère. La passion s’est éteinte ; le public international s’est habitué à la surenchère qui ravage l’Orient…

Mais ce désintérêt manifestement désabusé ne s’explique pas seulement par l’actualité footballistique dominante, qui mobilise l’attention de bandes d'imbéciles inconscients se trémoussant frénétiquement à la sortie des stades ou, pour les plus courageux, dans leur salon, le cornet de pop-corn sur les genoux et une mousse à la main. Tout ça parce que onze types en culotte courte -qui s'en mettent plein les poches pour pousser la baballe- ont remporté un « match », dans un pays, le Brésil, où des centaines de milliers de miséreux manifestent chaque jour contre ce scandale financier et social qu'on qualifie ainsi : le « Mundial ». Ces tarés, les « supporters », qui ignorent tout, apparemment, des inégalités effarantes qui structurent la vie socio-économique brésilienne, s'imbibent de bière et se couvrent de vomis, dans une joie simple et hébétée…

Mais, non, le « Mundial » n’explique pas tout…

Il s’agirait plutôt d’une forme de déception ou, plus encore, de lassitude (comme après avoir trop mangé de chocolat on lui préfère les fraises), symptôme d’un ennui profond, provoqué par la routine totalitariste et « corruptiviste » à laquelle sont retournés les peuples du Printemps.

Pendant ce temps et toute cette énergie dépensés en rigolade, la guerre civile fait rage en Irak -c’est à peine si les mass médias y font écho- et, mine de rien, la région subit une refonte géopolitique aussi discrète que sensible, l’Iran et les États-Unis d’Amérique s’accordant enfin sur la partition d’une danse macabre, orchestre improvisé face à la surprise provoquée par une insurrection islamiste débridée en mode « tache d’huile » et dans lequel résonne en grosse-caisse le silence attentiste d’Israël. Lire la suite...

 

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The Arab « business » does not excite the opinion voyeurism anymore. Nor does it sharpen fantasies any more. Passion is gone; the international public is henceforth used to the overstatement, which ravages the Orient …

But this disinterest cannot only be explained by the current football-dominated media, which mobilises the attention of hordes of imbeciles, unconsciously wiggling about at the stadium’s exits. The bravest sit in their living rooms, popcorn in reach and a pint in their hand. All this because eleven guys in short pants – laughing all the way to the bank for kicking a ball – have won a “match” in a country, Brazil, in which hundreds of thousands of miserable protest every day against this financial and social scandal – nicknamed the “Mundial”. Thesecretins, the supporters, who apparently ignore everything about the alarming social inequalities structuring economic life in Brazil, become saturated with beer and cover themselves in vomit, in a simple and blank joy…

No, the “Mundial” does not explain everything … It would rather be a form of deception or even weariness (like after eating too much chocolate preferring strawberries), a symptom of a deep boredom caused by the totalitarian and “corruptivist” routine to which the people of the Spring have returned.

Simultaneously to all this energy being spent on leisure, civil war is raging in Iraq – the mass media barely even mention it – and casually the whole region is going through a geopolitical remoulding, as discrete as it is sensitive. Iran and the USA finally agree on the partition of a macabre dance; an improvised orchestra inview of the surprising rise in Islamist insurrections – oil stains – accompanied by the great resounding of Israel’s wait-and-see silence. Read more...

 

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  "الشؤون" العربية لم تعد تثير المتلصصين و لم تعد تشحذ الاستيهام كسابق عهدها. انعدم الشغف، فرأي العام الدولي اعتاد على المزايدات التي باتت تنهش المشرق.

 

و لكن عدم الاكتراث هذا ليس فقط نتيجة مباريات كأس و الاخبار الرياضية لتي أصبحت الشغل الشاغل لمجموعات من الحمقى الذين ليس لديهم أدنى وعي و الذين يهزهزون بجنون عند خروجهم من الملاعب أو أمام شاشتهم في حضنهم طبق من الفشار أو البوشار و في يديهم زجاجة البيرة و كل ذلك لفوز فريق يتكون من احدى عشر لاعباً مرتديين السراويل القصيرة و يجرون وراء كرة تجعلهم يجنون الكثير من الأرباح. بينما البلد الذي تقام به بطولة العالم لكرة القدم هذه، و هو البرازيل يعاني من تفشي الفقر و البؤس الذي يدفع الآلاف للتظاهر ضد هذه الفضيحة المالية و الاجتماعية و التي تدعى "المونديال". فهؤلاء العاهات "المشجعون" كما يبدو يجهلون تماما عدم المساواة الاجتماعية المروعة و التي تشكل الحياة الاقتصادية في البرازيل كل ما يهمهم فهو شرب البيرة و من القيء بأجواء من الفرح البليد...

 

المبرر لهذه اللامبالاة ليست فقط أجواء "المونديال".,, و إنما نتيجة نوع من الإحباط أو بالأحرى الضجر (فمن يكثر من أكل الشوكولاته بالنهاية يفضل الفراولة عليها) و يعتبر ذلك من أعراض الملل العميق الناجم عن الروتين الشمولية و الفساد الأخلاقي التي باتت عرضة له شعوب الربيع العربي.

 

بينما تهدر تلك الطاقات عبثاً فإن الحرب الأهلية جاشت في العراق لا تكاد تجد لها صدى في الإعلام حين أن المنطقة تعاد هيكلتها جغرافيا و سياسيا و كل ذلك بتكتم و حساسية. و أخيرا فقط اتفقتا ايران و الولايات المتحدة الامريكية على توليفة الرقصة المروعة، جوقة مرتجلة نتيجة المفاجأة الناجمة عن تمرد الاسلاميين مطلق العنان "كبقعة الزيت"  (التي تتمدد على سطح الماء) و في ظل ذلك يبدو واضحا أن هناك صمت انتهازي من قبل اسرائيل.

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Syria - Interview with the Jihadist who held me hostage for five months…

    
(The Maghreb and Orient Courier, June 2014) 
        
Piccinin da Prata libéré à Rome

Interviewed by Pierre PICCININ da PRATA

 

On the 6th of April 2013, Pierre Piccinin da Prata entered Syria for the eighth time since the beginning of the troubles, as reporter for The New Times, followed by Domenico Quirico, an Italian journalist of La Stampa.

Two days after he crossed the Syrian border, on the 8th of April, he was kidnapped in the city of al-Qusayr by an Islamist group - the Abou Omar brigade - linked to the “moderate” jihadist organization named “al-Farouk”.

Pierre Piccinin da Prata spent five months in Syria as a hostage. Two months kept in al-Qusayr, under siege by the Syrian army and Hezbollah’s forces; three other months, hidden by the jihadists across all Syria. He was freed on the 9th of September 2013.

One year after his misadventure, he succeeded in finding one of the jihadists who caught him. Face to face, he met him, injured and exhausted, in a dirty room, at the Lebanese border…    

 
   
Alaa 1Pierre Piccinin da PrataVery strange to meet you again… How are you, now? Did you go back to al-Qusayr?

 

JihadistStrange? Why? We are friends, now… I was injured. I didn’t go back to al-Qusayr. It is not possible to go back to my village. Hezbollah and the army are everywhere. It is under control of the Syrian regime. And, like you see, I’m wounded; I have to rest in Lebanon before I continue to fight this regime…

 

PPdP – Where is your katiba (brigade)? Are you still fighting with your friends?

 

JihadistNo, no… I left them… Some problems… I left them after the withdrawal of al-Qusayr, one month after… Now, I’m fighting with another Islamic katiba… Katiba al-Bashar al-Nasser. It means “Hope of Victory”. They are from al-Qusayr, but, now, they fight near Aleppo. When I will be better, I will join them again.

 

PPdP – What do you mean by “problems with them” ?

 

JihadistThey don’t have any strategy in their war against the regime. They just fight for themselves... Sometimes, they… they didn’t dedicate their time only to our goal, to fight the regime… It was not correct. And they didn’t really respect the rules of Islam. They have bad behaviour. So…

 

PPdP – Do you mean that they are like “bandits”? Did they loot the civilian population?

 

JihadistNo, no… but… Some problems like that, yes...

 

And because of your kidnapping… And the kidnapping of your friend… I forgot his name…

 

PPdP – Domenico.

 

JihadistYes, Domenico... I didn’t agree when you were not liberated after we succeeded in leaving al-Qusayr. I know that you were kept as hostages three months again after we crossed the lines of the regime. At the end of the siege of al-Qusayr, Abou Omar promised you your freedom… That was not correct… Because of many reasons, I left them…

 

I have a question: you, and Domenico… When you turned back to Europe, you said that the opposition used chemical weapons… I read that on the Internet. Did you write that? Is it true?

 

PPdP – Yes, I did. We learned some facts, during the three months we stayed in Syria after the siege of al-Qusayr. We have evidence that the chemical attack on the suburbs of al-Gouta, on the 21th of August 2013, was not decided by the Syrian government, but was organized by a group of rebels, to provoke an intervention of the International community.

 

JihadistNo, no! The opposition, the Free Syrian Army, doesn’t have chemical weapons!

 

PPdP – Not the Free Syrian Army. I keep good contacts with FSA; I have many friends in the FSA and I continue to support them. But some Islamist groups ; we don’t know exactly whichone. And, following the inquiry of an American journalist, Seymour Hersh, it seems that Turkey helped this group in providing Sarin gaz.

 

JihadistI didn’t know. We thought that you wrote that to take revenge on us, because we caught you for money… So… OK… OK.

 

PPdP – Do you want to go back to Syria, to fight again?

 

JihadistYes, yes! Of course, of course! Because we… I mean: the opposition, the fighters… We are right! The Syrian regime is on the wrong side. It is logical that the dictatorship of Bashar al-Assad will collapse. God will never give the victory to them. Sooner or later, it will collapse.

 

But, for the moment, the West, European countries and the United States of America, don’t want that the Syrian people take their freedom from this regime, because the regime of Bashar al-Assad supports and protects Israel. Not directly. But it doesn’t fight Israel any more and doesn’t leave Palestinian fighters cross the Golan border. Do you know that the Golan border is protected by the Syrian army, not against Israelitroops, but to forbid Palestinian refugees in Syria to go to fight against Israel?

 

Imagine if we succeeded in taking power in Syria… What about Israel?

 

PPdP – But the regime’s army is conquering ground: after it won the battle of al-Qusayr, it took Yabroud, all the Lebanese border… and now, Homs, a symbolic place for the revolution…

 

JihadistYes, that’s true. Bashar al-Assad had many victories. Because the Islamic groups and the Free Syrian Army don’t have any efficient support from outside Syria ; and because they don’t have a common strategy.

 

On the contrary, Iran and Russia (and the West, in a certain manner) support al-Assad’s army.

 

But we will get the victory. It is only a question of time…

 

When European countries and the United States of America will stop supporting Bashar al-Assad, we will immediately win. I promise!

 

PPdP – Are the fighters of your new katiba all friends from al-Qusayr? Or did you meet them fighting?

 

JihadistYes, yes! I met them in al-Qusayr.

 

PPdP – How were you injured?

 

JihadistI was in Yabroud, where we left you… al-Assad’s army conquered the place… Do you know it? And I was injured because of bombing… Missiles and rockets… and my legs were crashed. I mean… The bones… It was the 22nd of August 2013… Last year.

 

PPdP – To begin, just one thing that I would like to make very clear: you –and your friends-, when I was your prisoner, you don’t hide that you were working for the al-Farouk brigades.

 

JihadistYes! Yes! It is right…

 

PPdP – I ask you this question, because, after I turned back to Belgium, I denounced al-Farouk, but they contested, saying they didn’t know you and they never knew anything about the katiba Abou Omar.

 

JihadistI don’t know why they told you that, because our group was part of the al-Farouk brigades. Our katiba worked for al-Farouk brigades in al-Qusayr and our leader, Abou Omar, received his orders from al-Farouk.

 

PPdP – As you know, more and more journalists were kidnapped in Syria…

 

JihadistYou mean « arrested »!

 

PPdP – As you want… German, Swedish, French, Spanish journalist and photographers… They were kidnapped after I was caught myself. By Islamist groups. For money. This phenomenon began with us, one year ago… And, now, no more journalists will go to Syria to report on what happens there. Except, perhaps, from the government’s side… So, TVs, in Europe, don’t speak any more about your people. What do you think about that?

 

JihadistYou know, Pierre… Yes…

 

I will tell you my point of view.

 

At the beginning of the Syrian revolution, when we began to fight the regimeseriously, after the elections of 2012, there were journalists inside Syria, to cover the conflict. And activists from the opposition welcomed these journalists. You know it very well. You were in Syria with the Free Syrian Army and also with Islamist fighters. Weren’t you welcomed by them? So.

 

We met with the journalists and we spent time with them; we ate with them; we sat and spoke with them; we answered all their questions and told them everything they wanted, about all subjects. And we gave them a lot of information, to help them to understand the conflict.

 

But, after some months, we had doubts; we noticed some details, and we had evidence that some of these journalists were spies, for the moukabarats [Syrian intelligence services], for the regime, or for western countries. We understood that numerous TV channel sent reporters working for the Syrian regime. It was the case, for example, of many channels from Iran: their journalists were working for Iran, who support al-Assad’s regime. They came inside Syria to get information to help the regime. It was the same for American TV channels, like CNN, who share their information with the Syrian regime, to help them against the opposition.

 

So, the fighters of the opposition arrested many journalists, because they were spies. And the opposition took money for their liberation, instead of executing them, like you and your Italian friend… nobody helps the opposition, and we need money.

 

PPdP – But! Domenico and I, we were not spies!

 

JihadistNo! No! But, look, Pierre… We had doubts and we arrested you, because we thought you were spies.

 

PPdP – But, after you understood that we were not… That we were friends of the revolution… You kept us, nevertheless. During five months! And you asked money for our freedom.

 

JihadistYes… It is right…

 

OK. I tell you…

 

On the other hand, journalists were absolutely not useful for the opposition. Even though they wrote and spoke about the conflict in Syria, the West didn’t do anything to help us. And the situation is that we need money to buy food and weapons.

 

God will forgive the Islamic opposition for that...   Read more...

 

 

 

 

 

Usefull link : The Maghreb and Orient Courier   
 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

MAROC – Ali Aarrass, histoire d’un Belgo-Marocain dans les geôles de Mohammed VI : entre désespoir et oubli… (Interview avec Farida Aarrass)

    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juin 2014) 
        
Amnesty International - Maroc - Juin 2014

      propos recueillis par Pierre PICCININ da PRATA

 

 

En juin 2011, il y a trois ans, j’avais participé à une mission de soutien au Belgo-Marocain Ali Aarrass, libraire à Bruxelles, accusé à tort, de toute évidence, d’association terroriste dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Casablanca (qui avaient ébranlé le Maroc en mai 2003), puis, plus simplement, de trafic d’armes.

Il avait été incarcéré par le régime marocain, après que le gouvernement espagnol avait accepté de l’extrader depuis l’enclave de Melilla, dont il était originaire et où Ali Aarrass s’était rendu pour visiter son vieux père et finalement s’établir. Une extradition qui avait eu lieu en dépit d’un dossier d’instruction vide de charges et de l’avis négatif du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU.

Abandonné à son sort par le ministère des Affaires étrangères belge, torturé à plusieurs reprises (violé au moyen d’un bâton et de bouteille en verre, frappé sur tout le corps –ses jambes étaient bleues et il a perdu l’usage d’une oreille-, sur la plante des pieds ; injections de produits chimiques corrosifs, décharges électriques sur les parties génitales ; verre cassé dans la bouche…), puis condamné au terme d’une série de parodies de procès-spectacles destinés à impressionner, Ali Aarrass est aujourd’hui encore détenu au Maroc. J’ai contacté ses avocats marocains, qui n’ont pas répondu à notre sollicitation, manifestement désintéressés par la cause, à l’instar de plusieurs responsables de l’AFD International, une ONG droits-de-l’hommienne, lesquels s’étaient un temps préoccupés du « cas Aarrass », mais nous opposent aujourd’hui de vagues considérations d’agenda et se dérobent…

J’ai donc rencontré Farida, la sœur d’Ali, qui vit à Bruxelles et a accepté de faire le récit, complet et détaillé, du calvaire que vivent son frère et sa famille, pour Le Courier du Maghreb et de l’Orient. Ali Aarrass, entre désespoir et oubli…

 

 

 

Farida AARRASSLe Courrier du Maghreb et de l’Orient – La première demande que je voudrais vous adresser concerne l’enfance d’Ali, son arrivée en Belgique, son adolescence… La presse belge a peu parlé de son cas, puis l’a oublié. Notre public international ne le connaît pas…

 

Farida AARRASS Je vais vous raconter… Depuis le début… Nous sommes nés, mon frère et moi, à Melilla. C’est une petite enclave espagnole, au nord du Maroc. Ali avait cinq ans et moi deux ans, lorsque nous avons été placés par notre mère dans un internat tenu par des sœurs espagnoles, les Sœurs de la Charité, à Melilla. Ça s’appelait la Gota de Leche (la Goute de Lait, en français). Ali a donc été élevé par les religieuses.

 

Parce que ma mère, qui était divorcée de mon père, a décidé de partir en Belgique où elle avait du travail.

 

Quand Ali a eu quinze ans, notre mère nous a fait venir en Belgique…

 

CMO– Ali est donc de nationalité marocaine ?

 

F. AARRASS Oui, parce que les autorités espagnoles n’accordaient pas la nationalité aux habitants d’origine marocaine. Nous avions une carte de résidents, mais un passeport marocain.

 

Mais, plus tard, à sa majorité, comme on n’avait plus aucun lien avec le Maroc –nous avions été élevés en espagnol, par les sœurs, et nous ne parlions même pas l’arabe ; seulement un peu le dialecte, que nous pratiquions avec notre mère-, Ali a demandé la nationalité belge. Et il l’a obtenue rapidement, en 1989, puisqu’il vivait et travaillait en Belgique.

 

Il avait appris le français en Belgique, aux cours du soir, et il travaillait dans la construction : quand il a vu que notre mère travaillait beaucoup, il n’a pas voulu continuer ses études et la laisser seule gagner notre vie. En plus, ma mère avait en charge sa mère, ma grand-mère, qui vivait à Melilla, avec une autre de ses filles qui avait deux enfants et que son mari avait quittée ; elle leur envoyait donc un peu d’argent chaque mois, pour les soutenir... Ali a donc décidé de se sacrifier pour elle et pour moi et il a cherché du travail…

 

Il était très courageux ; c’était un bosseur ! Alors, il a été engagé sur des chantiers de construction, en région flamande. Il partait très tôt le matin, dans la nuit, en train, pour aller sur les chantiers… Il a commencé par un travail où on lui demandait d’arracher des clous des planches, pour démonter des échafaudages, à longueur de journée. Tout ça à quinze ans… Il a aussi travaillé, par exemple, à la construction du centre commercial City 2, à Bruxelles… Au temps où le Cirque Bouglione se trouvait à Bruxelles, il a réussi à avoir un boulot : c’est lui qui allait chercher la viande, dans les abattoirs, pour les tigres et les lions… Il a toujours eu du travail. Après, il a travaillé dans une usine de désossement de viande de porc, pendant cinq ans. Puis il a fait d’autres métiers ; il a aussi été relieur : il reliait des livres. Il acceptait tous les emplois, même mal payés.

 

C’est quelqu’un de très responsable, de très débrouillard… Et tout ça, avec le cœur sur la main ; parce qu’il faisait ça pour aider notre mère.

 

CMO– Votre mère vit toujours avec vous, en Belgique.

 

F. AARRASS Oui, oui. Vous l’aviez rencontrée quand vous étiez venu à une audience du procès à Rabat, pour soutenir Ali…

 

CMO– Oui, en effet, je me souviens…

 

F. AARRASS Pour elle, c’est très très dur de savoir son fils, qui a tant fait pour elle, dans ces conditions, là-bas… Nous avons aussi une petite sœur ; et je me rappelle, quand nous revenions de l’école, s’il était là, c’est lui qui nous préparait à manger : il ne voulait pas que notre mère travaille toute seule. Ça lui faisait mal au cœur de la voir trimer pour gagner un peu d’argent…

 

Et puis, comme notre mère travaillait dans une maison de retraite et n’avait qu’un week-end sur deux, c’est lui qui nous gardait le week-end ; il faisait le ménage, la lessive…

 

Il était devenu le pilier central de notre famille.

 

C’était aussi un sportif ; il faisait de la boxe, avec des amis. Il avait un très bon niveau, mais il a arrêté ; il aimait bien l’entraînement, mais pas les matchs. Il n’était pas à l’aise de devoir se donner en spectacle en frappant sur quelqu’un…

 

CMO– Et, plus tard, il s’est lancé dans le commerce ; il a ouvert une librairie à Bruxelles, si je ne me trompe pas…

 

F. AARRASS Oui, il avait réussi à mettre un peu d’argent de côté et il a repris une librairie. Il l’a agrandi en ajoutant un rayon papeterie, puis informatique. Il n’y avait pas encore de commerce de ce type à Molenbeek-Saint-Jean, à Bruxelles ; c’est un quartier pas très riche, où il y a beaucoup de familles de l’immigration maghrébine.

 

Sa librairie se trouvait rue de l’École ; un nom prédestiné : ses rentrées des classes étaient extraordinaires… Comme il regrettait de ne pas avoir pu faire d’études, il encourageait les jeunes du quartier à bien travailler à l’école. Il leur donnait des conseils quand ils venaient s’approvisionner chez lui.

 

Et j’ai même appris plus tard, par des mères du quartier, qu’il faisait des prix très bas pour ceux qui avaient des difficultés d’argent et, parfois, il donnait gratuitement, des cahiers, des stylos, des crayons… Ce sont des femmes du quartier qui me l’ont dit, par la suite, lorsqu’elles ont appris qu’Ali avait été arrêté et torturé… Il voulait que les enfants du quartier aient le matériel nécessaire, pour ne pas qu’ils baissent les bras.

 

CMO– Et Ali déclarait ses activités commerciales ? Payait-il ses impôts, en bon citoyen ?

 

F. AARRASS Mais bien sûr ! Il se sentait citoyen belge à part entière !

 

CMO– J’avais aussi appris qu’il avait même fait son service militaire en Belgique…

 

F. AARRASS C’était en 1993. La dernière année du service obligatoire… Il a été appelé à se présenter et il a fait son service militaire, à Liège.

 

CMO– En fait, il était complètement intégré en Belgique ; et on peut même dire qu’il n’avait jamais réellement connu d’autre pays, à l’exception de l’internat des sœurs espagnoles…

 

F. AARRASS Oui ! D’ailleurs, les rares fois où j’ai pu lui téléphoner dans sa prison au Maroc, il m’a parlé de la Belgique ; il me parle de la nourriture qu’il aimait, les moules surtout.  Il me taquine avec ça pour essayer de me faire oublier qu’il souffre…

 

Un jour, j’avais pu aller le voir et il m’avait demandé de lui apporter des spéculoos et du chocolat… Des gaufres… C’est dur de parler de tout ça…

 

CMO– Alors, en 2005, Ali se rend à Melilla. Plus précisément, même, il décide de s’y installer, avec sa famille, sa femme et sa petite fille… Pour quelle raison décide-t-il d’y retourner.

 

F. AARRASS Tout simplement pour retourner auprès de notre père, qui commençait à devenir très vieux ; cela faisait des années qu’il en parlait. Il a toujours gardé une relation très profonde avec notre père. Et, Melilla, ce n’est pas le Maroc, c’est l’Espagne ; il pensait que c’était une bonne idée…

 

CMO– Il y avait trouvé du travail ?

 

F. AARRASS Il a créé son propre travail.

 

D’abord, il a ouvert un petit restaurant, une sandwicherie, avec l’argent qu’il avait obtenu à la remise de sa librairie en Belgique. Mais les affaires n’étaient pas très bonnes ; l’emplacement de son commerce était trop désaxé et il n’y avait pas assez de passage. Après un an, il a dû fermer, parce qu’il n’arrivait pas joindre les deux bouts...

 

Il a alors repris l’entreprise de vente de matériaux de constructions de notre demi-frère. Lui, il était gravement atteint par le diabète ; et il était devenu presqu’aveugle. Ali a donc pris la direction de ses affaires. Il conduisait des camions pour approvisionner les chantiers. Comme il avait travaillé tout jeune dans la construction, il connaissait bien le secteur.

 

C’était une période où il vivait un réel bonheur, avec sa femme et sa petite fille.

 

Jusqu’en novembre 2006 ; jusqu’au 3 novembre, quand on est venu l’arrêter…

 

CMO– Par les autorités espagnoles ?

 

F. AARRASS Oui, par la police espagnole…

 

CMO– C’est là que tout bascule… Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qu’on lui reproche ?

 

F. AARRASS D’abord, il est emmené à Madrid, dans un centre pénitencier ; et on l’accuse d’avoir participé à un trafic d’armes. On l’interroge pendant trois jours ; plusieurs juges l’interrogent et, finalement, ils déclarent qu’il n’y a aucune charge contre lui et qu’il peut être libéré sous caution.

 

La caution se montait à 26.000 euros ; mon père a vendu un de ses terrains pour la payer. Et mon frère devait rester à Melilla ; il ne pouvait pas quitter l’Espagne et devait se présenter chaque semaine aux autorités à Melilla.

 

Il a continué à travailler… Le 1er avril 2008, ils sont venus l’arrêter à nouveau, sur son lieu de travail. Et, là, c’est le cauchemar qui commence…

 

CMO– Ce sont toujours les Espagnols ?

 

F. AARRASS Oui, et il est encore emmené à Madrid ; mais, cette fois, il est mis en isolement presque complet, 23 heures sur 24. Et, pour le peu qu’il pouvait en sortir, il nous a dit qu’il ne préférait pas… Parce que c’étaient toujours des humiliations, des brimades, des insultes…

 

On l’emmenait dans une petite cour où, de toute façon, il n’y avait pas de soleil ; mais, le problème, c’était quand on le ramenait en cellule : on le soumettait systématiquement à une fouille complète et très dégradante… Vous voyez… Le garde l’insultait en enfilant ses gants ; il lui disait : « Moro de mierda ! » (« Sale bougnoule ! »), « Regarde ce que tu m’oblige à devoir faire ! » Alors, il préférait ne plus aller à la cour…

 

CMO– Combien de temps est-il resté ainsi en isolement complet ?

 

F. AARRASS Deux ans et huit mois !

 

CMO– Mon Dieu… Toujours à Madrid ?

 

F. AARRASS Non… De Madrid, il a été emmené à Badajos. Il m’a dit que c’était le pire ! Puis ils l’ont déplacé à Algésiras. On le rapprochait petit à petit du Maroc...

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 Torture - dessins Ali Aarrass

 

 

 

 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Monde arabe - Immuabilité, terreur et oubli...

    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juin 2014) 
        
   
PPdP-copie-1

De la vague démocratique, qui, tremblement de terre annoncé, devait rénover  une « nation » de quatre cents millions d’Arabes, il ne reste aujourd’hui qu’un murmure léger, étouffé par l’intolérance religieuse et le claquement des bottes, et qui s’épuise et s’amenuise comme, au matin, s’essouffle le Sirocco qui n’aura hurlé que l’espace d’une courte nuit.

Les « printemps arabes », ainsi, continuent de faire peine et donnent définitivement raison aux pessimistes de la première heure…

Mais l’instant n’est pas à triompher, pour les rares analystes qui avaient anticipé tous les avatars qui renversent aujourd’hui les assertions péremptoires des mass-médias euphoriques de l’époque.

Les « chaos arabes », de coups d’État militaires en affrontements civils, de censures en exécutions sommaires, de massacres fanatiques en meurtres rituels (en Syrie, on crucifie des Chrétiens sur des croix de bois), entraînent dans leur sillage des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui, emportés par le torrent furieux de la guerre et de la répression tous azimuts, en Syrie, en Irak, en Égypte, en Libye, au Yémen, au Mali, en Afghanistan bientôt (où les talibans attendent le moment de reprendre l’initiative et regrettent que Washington a décidé de prolonger la présence de ses troupes jusqu’en 2016), tendent les mains vers le ciel et poussent le cri déchirant des désespérés, tandis que, au Maroc ou au Bahreïn, d’autres malheureux hurlent dans les prisons où l’on torture pour faire taire, à l’ombre du vernis luisant de monarchies absolues agréées par les démocraties du Couchant.

En Occident, en effet, apeurées par l’islamisme militaire galopant, les chancelleries ont rangé au placard leurs discours enthousiastes et enchanteurs des débuts, toutes ces belles envolées qui ont naguère justifié l’intervention libyenne.

Chacun se replie dorénavant dans ses retranchements et élève le niveau de sécurité intérieure face au phénomène que constitue le départ, de tous les pays d’Europe, de milliers de jeunes Musulmans, candidats au martyr, recrutés pour le djihad en Syrie, dont, très tacitement et discrètement, les gouvernements de l’Ouest, à l’instar de Washington, qui s’étaient jusqu’à présent abstenus de soutenir la révolution, ont commencé à réhabiliter le dictateur au pouvoir, meilleur cheval pour la sécurité internationale que le seraient les fanatiques de la Charia.

Les régimes autoritaires du Monde arabe en profitent dès lors pour se renforcer : au Qatar ; en Égypte, où l’armée a balayé et caché sous le tapis les débris d’une révolution éphémère et où les Égyptiens, tous ou presque, par peur ou par intérêt, tentent d’oublier ce mauvais rêve et de se convaincre que rien n’est jamais arrivé sur la place Tahrir ; au Maroc, destination de nombreux vacanciers européens inconscients, où la pratique de la torture connaît une spectaculaire recrudescence, à tel point qu’Amnesty International y consacre sa nouvelle campagne ; au Bahreïn, où une répression folle a succédé à un printemps réprimé sous les yeux clos des militaires de la Cinquième Flotte US ancrée dans le port de Manama, une répression (enlèvements, disparitions et tortures) qui n’a pas faibli et frappe quotidiennement encore la résistance civile, laquelle refuse de courber la tête et se demande comment il a été possible que Lewis Hamilton et l’écurie Mercedes aient eu l’indécence d’accepter la coupe du sang versé, en avril dernier…

Le Monde arabe bégaye… et la volatilité médiatique étant ainsi faite, les chaînes de télévisions occidentales, les quotidiens de l’Ouest, tous se sont détournés de ces causes perdues, déjà passées de mode, et que les vacances d’été qui s’approchent relègueront un peu plus encore dans le profond tiroir des affaires classées…

 

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Stability, terror and oblivion …

 

Of the democratic wave, which was supposed renew a « nation » of four hundred million Arabs and was announced as an earthquake, only a slight whisper is left today, smothered by religious intolerance and the sound of marching boots. It is fading away, as does the Sirocco in the morning, running out of puff after howling one short night.

 

Hence the « Arab Springs » continue to have considerable trouble achieving anything and definitely prove those right, who were pessimistic about the thaw from the very beginning…

 

But the moment is not one for triumph for those few analysts who had anticipated all these misadventures, now overturning the pre-emptive assertions of the mass-media euphoria of the first days of the uprisings.

 

The « Arab chaos » leaves behind hundreds of thousands of men and women, who now hold out their hands up to the sky and cry out in despair and out of a torn apart world. Military coups, civil conflicts, censorship and summary execution, fanatic massacres and ritual murders (in Syria, Christians are being crucified on wooden crosses) have carried away raging warriors in all-out furies across Syria, Iraq, Egypt, Libya, Yemen, Mali and soon in Afghanistan (where the Taliban wait for the right moment to seize power and regret Washington’s decision to prolong the presence of US troops until 2016). In Morocco and Bahrain other miserables howl in prisons where they are tortured to be silent, in the shadow of the shining glaze of absolute monarchies, tolerated by the occident.

 

Indeed, in the West, the fear of military Islamism is galloping and the governments have put away their enthusiastic speeches about the delight of new beginnings and all these beautiful departures, which formerly justified Libyan intervention.

 

Everyone is folding back into their trenches and domestic security levels are raised, facing the phenomenon of an exodus of thousands of young Muslims, martyr candidates, heading from all over Europe into Syria, recruited to fight in the holy war. Whilst the Western governments, headed by Washington, had so far withheld support for the revolution in Syria, they have now begun restoring the dictator to his power – recognising it is the safest bet for international security, in view of Sharia fanatics.

 

The authoritarian regimes of the Arabic world are hence using this time to strengthen themselves; in Qatar; in Egypt, where the army has swept up the debris of an ephemeral revolution and brushed its remains under the carpet. The Egyptians, all or most of them, try to forget the bad dream in their own interest or out of fear and convince themselves that nothing ever happened on Tahrir Square. In Morocco, a popular destination for numerous unconscious European holidaymakers, torture is common practice and has known such an important resurgence recently, that Amnesty International devotes its new campaign to the situation in this country. In Bahrain, where a crazy repression followed the suppression of the local Arab spring – under the closed eyes of the Fifth US fleet, anchored in the port of Manama. It is an incessant repression with kidnappings, disappearances and tortures, daily finding its victims within popular resistance, which stands resolute and refuses to bow its head, wondering how it was possible, that Lewis Hamilton and the Mercedes stable had the indecency of accepting the blood-covered Cup last April…

 

The Arab world stutters… and the media volatility being as it is, the occidental television channels, the daily newspapers of the West – all have turned away from these lost causes, already out of fashion, and which the commencing holidays will push even further into the back of the deep drawer of closed cases…

 

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ثبات و ارهاب و نسيان...

 

من موجة الديمقراطية التي كانت بمثابة زلزال معلن و التي كان من شأنها أن تجديد أمة تتألف من أربعة مليون مواطن عربي، لم يبقى اليوم إلا حمس بسيط أختنق بسبب التعصب الديني و طقطقة الأحذية، بدأ ينفد و يخمد كما تخمد ريح جنوبية شرقية حارة عند طلوح الفجر بعد أن هبت خلال فترة الليل القصيرة.

 

"الربيع العربي" بذلك ما زال بحالة محزنة و يدلي بأن الذين كانوا متشائمين منذ اللحظات الأولى كان عندهم حق...

 

فالأن ليست ساعة الانتصار بالنسبة للمحللين الأقلة الذين توقعوا كل المصائب التي تحدث اليوم و التي اطاحت بالتأكيدات القطعية التي ادلى بها الإعلام بحماس في ما مضى.

 

ف"الفوضى العربية" من انقلابات عسكرية و رقابة و اعدام و مجزار من قبل متعصبين التي تأخذ طابع الصقوس (كالجثث الذي وجدت مصلوبة في سوريا على صلبان خشبية)، تجر في أعقابها مئات الآلاف من الرجال والنساء الذين انجرفوا في سيل حرب و قمع هائج و شامل في سوريا والعراق ومصر وليبيا واليمن ومالي وأفغانستان قريبا (حيث تتنتظر طالبان لحظة استعادة زمام المبادرة وتأسف لأن واشنطن قررت تمديد وجود قواتها حتى عام 2016)، هؤلاء الرجال والنساء لا يملكون ألا رفع  أيديهم إلى السماء و اطلاق صرخات اليأس الثاقبة. بينما في المغرب والبحرين، هناك بؤساء آخرون يطلقون صرخات حتى وطأة التعذيب في السجون ولإسكاتهم في ظل الطلاء اللامع للأنظمة الملكية المطلقة التي أقرتها الديمقراطيات في "الغارب".

 

حيث أنه في الغرب المتخوف من التيار الإسلامي العسكري المتصاعد، قد وضعت الحكومات في الخزائن خطاباتها الحماسية و الساحرة التي كانت تصدرها في البدايات، وجميع الموجات الجميلة التي بررت سابقا التدخل في ليبيا.

 

فكل واحدة من هذه الحكومات  منطوية في الزاويتها منشغلة في الرفع من مستوى أمنها الداخلي أمام ظاهرة انضمام آلاف الشباب المسلم من كل دول أوروبا لصفوف الجهاديين و المرشحين للجهاد في سبيل نيل الشهادة في سوريا. فهذه الحكومات الغربية و التي على غرار واشنطن، قد امتنعت حتى الآن عن دعم الثورة، بدأت تساهم في إعادة تأهيل الدكتاتور في السلطة، و الذي يعتبر أفضل الخيول للأمن الدولي بدلا من متعصبي الشريعة.

 

الأنظمة الاستبدادية في العالم العربي تستغل هذه الفرصة لتعزز نفسها كما هو الحال في قطر و مصر ، حيث قش الجيش و أخفى تحت السجادة حطام ثورة سريعة الزوال. كما أن المصريين كلهم تقريبا،  أما تحت وطأة الخوف أو المصلحة، باتوا يحاولون نسيان هذا الحلم السيئ و إقناع أنفسهم بأنه لم يحدث سيء في ميدان التحرير. اما في المغرب و الذي يعتبر وجهة الكثير من السياح الأوروبيين اللامبالين، فإن ممارسات التعذيب تشهد تزايد كبير، لدرجة أن منظمة العفو الدولية قد خصصت حملتها الجديدة لهذا البلد. و البحرين، حيث تبع الربيع المقموع حالة من القمع الجنوني و ذلك تحت أعين جيش الاسطول الخامس الامريكي الراسي في ميناء المنامة المغلقة، فهذه الحالة من القمع (اختطاف واختفاء و تعذيب) لم تضعف بعد، و تستهدف يوميا المقاومة المدنية، التي ترفض الانحناء، وتتساءل كيف كان من الممكن للويس هاميلتون و فريق مرسيدس قبول و بكل بذاءة كأس من الدماء التي أُريقت في ابريل/نيسان ...

 

العالم العربي متلعثم... فبالنسبة لوسائل الإعلام والصحف الغربيقابل للتبخرة كل شيء ، لذلك ا تحولت اهتماماتهم بعيدا عن هذه القضايا الضائعة التي أصبحت "موضة قديمة"، يعزز قدوم العطلة الصيفية من تصنيفها في درج القضايا التي أُقف البحث في أمرها...

 

     

 

 

 

 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Syria - Seymour Hersh : « A massive bombing attack on Syrian military positions would have been a war crime. »

    
(The Maghreb and Orient Courier, Mai 2014) 
        
syrian gas attack victims (al-Ghouta)

Interviewed by Pierre PICCININ da PRATA

 

On the 21st of August 2013, a gas attack occured in al-Ghouta, the Eastern suburbs of Damacus, a territory controlled by the Syrian rebellion.

Immediately, most of the International Western Community accused the regime of Syrian President Bashar al-Assad of being responsible for this attack and the use of chemical weapons.

The attack provoked the death of more than one thousand people, not only fighting rebels, but mainly civilians, amongst wich women and children.

On the 20th of August 2012, just one year and one day before this gas attack, US President Obama declared that the use of chemical weapons by the Syrian government against its own people would trigger a US intervention in Syria.

Some doubts exist about the authors of this gas attack.

The well known investigative journalist Seymour Hersh, Pulitzer Prize for his famous reportages during the Vietnam War, accepted to expand on his inquiry for us…

 
   
Seymour HERSH

Pierre PICCININ da PRATA - My first question will be to ask you to tell us what about your personal interest in Syria, in particular about the Syrian revolution.

Seymour HERSH - I have spent much time in Syria since 9/11 and learned within a few months of the attacks that the Syrian intelligence service, at the direction of Bashar al-Assad, was sharing much valuable information about the Muslim Brotherhood with our CIA… Literally hundreds, if not more, of files.

We knew very little about what had been going on in Hamburg, where Mohamad Atta, one of the organizers of the attacks, had his base of operations… And the Syrian files were eye-openers. I saw Bashar al-Assad on my first meeting then, and he was very clear in his statements that he was sympathetic to America in the wake of 9/11, and very much wanted to begin a serious relationship with the US.

That did not happen, nor did the Syrian government get any credit from the Bush/Cheney administration for its early help.  It seemed to me at the time to be very bad policy.  I also thought Bashar al-Assad was more sophisticated and intelligent than he was perceived to be by the Western media...

I must add that in my later visits with him I always raised the human rights issue… Conditions were better, in terms of access to the Internet and foreign news reporting, but Syrian dissidents still have the prospect of being jailed for speaking out publicly against the leadership. And the president would agree that he needed to make improvements in that area ; but said his highest priority was to eliminate corruption.

PPdP - What exactly did you find out the gas attack on the rebels’ positions in Damascus’s suburbs (al-Ghouta) ? Do you affrim that the Syrian government is not responsible for this attack ?

S. HERSH -  I do not think I can add to what I have written about my knowledge and also have made it clear in the two articles I wrote for the London Review of Books that I’m not claiming to know who did what inside al-Ghouta.

What I do know is that the Sarin that was recovered after the August 21 attack, as well as the materials recovered from at least one site after the March/April chemical attacks did not match the materials that is known by Western intelligence to be in the Syrian arsenal. Therefore, as I have written, it seemed evident that my President, Barack Obama, was willing to authorize a massive bombing attack on Syrian military positions on the basis of faulty and incomplete evidence .

That was seen by many inside the US government to be a war crime or, at the least, to be an unjust military escalation.

PPdP - So, can you confirm that rebels organized the attack ?

S. HERSH - As I said below, I can only say that the American case for accusing Syria of carrying out the chemical attack on August 21 was far weaker than known, and far short of the kind of categorical information needed to justify an American air strike.

PPdP -  Could you tell us a little more about your inquiry, your sources and the manner in wich you succeeded to obtain this information ?

S. HERSH -  Of course I could tell you more about whom I talked to, but I would be out of business if I did so… Clearly, I have access to men and women on the inside who know what is going on… Must leave at that…

As I said in my London Review story, I also have obtained a very sensitive highly classified American intelligence document that is focused on the ability of the al-Nusra Front, with the help of some elements in Turkey, to obtain the materials needed to produce Sarin, and the technical skill to do so.

PPdP - Which rebel group in particular was involved in the events of al-Ghouta ? Al-Nusra ?

S. HERSH - The intelligence I have written about and  heard of strongly suggests that al-Nusra has the knowledge and means to carry out such an attack, but as I have said above, I do not know whether al-Nusra – or any other known rebel group – was involved.  It is just not known to Western intelligence, as far as I can tell.

PPdP - What role did the Turkish government play in this matter ?

S. HERSH - I have no reason to believe that any Turkish intelligence or military official was in al-Ghouta at the time of attack, but there are some in the US intelligence community who have concluded that the Turkish government was eager for an chemical warfare attack to be carried out…One that could be blamed on the Syrian government… To force President Obama to carry out his threat of retaliation if his « red line » was crossed.

PPdP - And what was the goal of the Turkish government ?

S. HERSH - The war was going very badly for the Ergodan government, and the Prime Minister had staked so much on a victory over Bashar.

He was facing, with the seemingly inevitable defeat of the rebels in Syria, the prospect of an Assad government in Damascus that would be hostile, a hostile Russian government, and the possibility of being forced to deal with and take care of thousands of jihadists who would most likely flee into his country at the inevitable end of the war – many of them enraged at Ergodan for not providing more support.

Not a pretty picture.

PPdP - Was this place (al-Ghouta) a strategic position ? Would this justify the use of chemical weapons by the governement army ? Especially considering the risk of an international intervention against the Baas regime…

S. HERSH - We all know al-Ghouta was a major rebel controlled area near Damascus… One that also contained fertile fields and farms that were a source of much food stuff for the city.

There also had been a renewed attempt in early August of last year by the rebels to storm the city through the Jobar Gate in the south, which was only a few miles from the old city.  The Syrian army had beaten back the offensive, pretty much, by August 21 and was escalating its mortar and artillery attacks against al-Ghouta.

No need to use Sarin ! Which is an enormously unpredictable weapon – wind direction can change any time – and also it seemed to me (and many others) that Bashar would have to be suicidal to order such an attack at a time when the UN inspectors had just arrived in Damascus to continue their inquiry into the March/April chemical incidents.

PPdP – What is your reaction when the conclusions of the investigations of such a brilliant and well known journalist as you are (Pulitzer Prize, amongst other journalism awards and recognitions) are refused by the majority of the medias, like The Washington Post or The New Yorker, and when the all main media sphere keep what you found silent ?

S. HERSH - The mainstream press in America has been ignoring my stories about the American war on terror, with a few exceptions since 9/11…

I’ve learned not to worry about what I cannot control, though it does make me very sad ; especially because I worked for many wonderful years at The New York Times, and won many, many prizes reporting on national security issues for  the paper.

Clearly, some of the editors and reporters at The Times who understand that I have sources on the inside must wonder what in hell is going on, but maybe not.

I hear nothing from them…

PPdP - Do we have a global problem within today’s world of « information » ?

S. HERSH - I’ll say we have a global problem. Thank God for the internet, and all of the new news services proliferating around the world – like yours, I gather.

My stories in the London Review of Books get spread all over the world because of the Internet –a most marvellous new printing press !

PPdP - Why President Obama finally not decided to intervene in Syria, although the Syrian government had crossed the « red line », which the US President fixed about the use of chemical weapons ?

S. HERSH - The senior generals in the American military came to him saying that the evidence about the Sarin does not prove what he was saying in public, and they also found the bombing attack he authorized to be totally out or proportion.

It took courage and integrity for them to say so.

PPdP - What’s your analysis about the perspectives for the Syrian conflict ?

S. HERSH - Bashar al-Assad is winning the war but if Obama decides to escalate his support for the rebels – who are largely led by militias whose values are similar to those who did the 9/11 attack – the slaughter and killing could drag for another year or so.

What will Obama do ?  Not clear… And that is a little frightening.

Does he really think Israel would stay quiet if a Salifist or Wahibi regime took power in Syria ?

Still a dangerous time.

 

 

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Monde arabe - Le XXIème siècle sera celui du Monde arabe

    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Mai 2014) 
        
   
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Le XXIème siècle sera celui du Monde arabe.
    

Cette assertion, qui était contestée par d’aucuns il y a trois ans, s’est muée en évidence.

Les printemps arabes –je dis bien : « les » printemps arabes- ont ébranlé l’ordre mondial et renversé nombre des fondamentaux qui structuraient les relations entre l’Orient et l’Occident, généralement construites sur le principe de la domination économique et/ou militaire du second sur le premier.

Mais ces bouleversements n’ont pas toujours emprunté les chemins que les éditorialistes leur avaient rêvés…

Ils sont en outre bien plus considérables qu’il n’y paraît encore aujourd’hui : maints observateurs de l’instantané n’en ont toujours pas pris la juste mesure, par défaut de prospectivité dans leurs analyses, parce qu’ils sont confrontés à des changements en devenir ; mais aussi parce que, trop souvent, les phénomènes qui s’entrelacent dorénavant et se tissent à travers tout le Monde arabo-musulman, de Rabat à Kaboul, ne sauraient être démêlés dans une perspective occidentalo-centriste, à l’aune d’échelles et de grilles de lecture inadéquates et à travers des prismes ciselés à des lieues des réalités singulières du Maghreb et de l’Orient.

Une fois dépassée l’euphorie médiatique des premiers mois du « Printemps arabe », l’heure est à présent aux analyses moins optimistes : les sociétés civiles imaginées par les chroniqueurs de presse –ces « sociétés civiles » qui devaient entraîner dans leur essor tous les États arabes, vers un modèle politique calqué sur les démocraties européennes et états-unienne- n’existent pas… Tout au contraire, les velléités « démocratisantes » que certains ont cru déceler dans les motivations socio-économiques profondes des révoltes arabes sont, au mieux, en recul, quand, plus réellement, elles n’ont pas été d’emblée supplantées par l’islamisme ou, plus précisément, les islamismes : l’islamisme politique, celui des Frères musulmans, en Égypte, ou d’Ennahdha, en Tunisie, par exemple ; et l’islamisme salafiste, dont les rhizomes vivaces et souterrains se sont étirés à travers la Syrie, la Libye, l’Algérie, la Jordanie aussi, s’enracinant d’avantage au Yémen, n’épargnant pas non plus Tunis ou Le Caire, atteignant jusqu’au Mali et provoquant l’effroi des monarchies saoudienne et qatarie, qui l’avaient pourtant soutenu de leurs pétro et gazo-dollars.

Face à l’émergence soudaine et brutale de ces phénomènes, l’Occident, comme stupéfait et décontenancé, cherche des interlocuteurs.

Mais les tendances qui s’opposent aux islamismes ne sont pas non plus démocratiques. Le coup d’État militaire égyptien en a magistralement illustré la réalité ; et, même en Tunisie, où un parlement provisoire vient de s’accorder sur une nouvelle constitution, derrière les apparences et l’enthousiasme médiatique benoît, se cachent un texte mal ficelé, dont les zones d’ombre laissent la porte ouverte à des interprétations dangereusement liberticides, et le retour probable des forces anciennes, celles de la dictature, qui attendent l’heure de la revanche.

Partout, les régimes anciens et nouveaux se crispent ; en Égypte, la « révolution » a cessé de s’exprimer et l’emprisonnement et la peine de mort menacent ceux qui ne l’ont pas encore accepté, tout comme claque le fouet des muletiers qui courent quotidiennement tout le long des berges du Nil. La démocratie n’a pas germé ; le dialogue s’est interrompu.

Au Yémen ou en Libye, à la faveur de l’effondrement de l’État central, les antiques pratiques claniques ont ressurgi : pillages, enlèvements, vendetta et brigandage… rendent ces pays plus perméables que jamais aux réseaux djihadistes. Et l’Algérie se déchire dans un imbroglio électoral sans solution.

Le retrait des forces occidentales d’Afghanistan –aux accents de débandade penaude-, dans un contexte électoral à haut risque, laisse, livré à lui-même, un pays morcelé par les chefs de guerre et dévasté par le banditisme, où, là aussi, le salafisme ne manquera pas de réimplanter immédiatement ses bases à vocation internationales…

En Turquie, alors qu’Ankara n’a pas réussi à remplacer Le Caire comme nouveau pivot régional, le courant kémaliste s’inquiète de la dégradation de l’État de droit et s’interroge sur la parade à adopter face aux coups de boutoir successifs et de plus en plus violents de l’AKP.

Au Mali, soustraits au regard indiscret de l’opinion international par les discours triomphalistes de Paris, les djihadistes du Sahara poursuivent une guérilla acharnée qui frappe chaque jour et multiplie les victimes.

Tandis qu’un « printemps irakien » ambigu, aux relents de guerre civile sunno-chiite, est étouffé, dans le plus grand silence médiatique, à coups de canons et sous les chenilles des chars du gouvernement pro-occidental qui, depuis 2003, gouverne plus mal que bien un État tout près de la scission. A Falloujah, on compte les morts par centaines…

Quant à l’Iran, qui, d’une lèvre, souffle le chaud et le froid sur la Syrie et le Liban, de l’autre, elle se rabiboche spectaculairement avec le « Grand Satan » de Washington, renversant les perspectives régionales, au grand dam des faucons de Tel-Aviv.

C’est dans ce contexte général, celui d’une ère nouvelle qui animera pour longtemps les relations internationales et les rapports entre l’Orient et l’Occident, qu’est né le principe de cette publication, dont voici la première édition.

Le Courrier du Maghreb et de l’Orient se distingue de la sphère médiatique, avant tout par la composition de son équipe éditoriale, constituée d’universitaires, spécialistes du Monde arabe qui, d’une part, disposent des clefs d’interprétation nécessaires à la compréhension de ces phénomènes, sociaux, politiques, économiques, culturels, trop rarement abordés avec les outils appropriés, et, d’autre part, sont pour la plupart natifs de plus d’une vingtaine de pays arabes ou périphériques du Monde arabo-musulman, où ils résident en permanence.

Tous les articles publiés dans Le Courrier du Maghreb et de l’Orient sont ainsi le produit d’enquêtes de terrain rigoureuses ; et les informations fournies, souvent inédites, sont recoupées en situation, indépendamment des circuits globalisants, inféodés aux grandes agences de presse, et des pratiques habituelles du recyclage médiatique.

Mais, tout aussi déterminant de son identité, la Rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient a pour seule ligne éditoriale de promouvoir le pluralisme des points de vue et des analyses et de se garder de toute forme d’autocensure, hélas si commune au monde des médias.

Ce sont là les services que notre équipe propose à ses lecteurs et la promesse à laquelle la Rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient s’engage à ne jamais déroger.

 

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The 21st century is that of the Arabic world.

This claim, uncontroversial three years ago, has now become reality.

The Arab springs – I consciously write in the plural – have shaken the global order and thrown over numerous foundations, which structured the relations between the Orient and the Occident and were most often built on the principle of economic and/or military domination of the former by the latter.

But these changes and mutations have not always taken the paths, which editors and newsmen had wished for them to take….

Most of all, these changes are more weighty than they even seem today: many observers have analysed the instantaneousness of the current affairs, failing to fully grasp the entirety of the changes due to lacking foresight in their analyses. The changes faced today are changing realities. Moreover, the phenomena are more often interconnected and woven throughout the entire Arabic and Muslim world, ranging from Rabat to Kabul, unable to be spelt out through a western perspective or through deforming prisms and inadequate keys of understanding, miles away from the singular realities of the Maghreb and the Orient.

Once past the media euphoria of the first months of the “Arab Spring”, the time has come for the less optimistic analysts. The civil societies which were supposed to capture in their dynamic all the Arabic states and pull them towards a political model similar to the European and North-American democracies, as was imagined by the press columnists, do not exist. On the contrary, the vague democratisation desire some thought to have perceived within the socio-economic depths of the Arabic revolts are at best retreating but, more realistically, are being replaced by Islamism – or more precisely various types of Islamism. The political Islamism, for instance that of the Muslim Brotherhood in Egypt, or of Ennahdha in Tunisia; the Salafi Islamism, whose vivacity has spread throughout Syria, Libya, Algeria and also Jordan, engraining itself mostly in Yemen and not sparing Tunis or Cairo, reaching as far as Mali and frightening the Saudi and Qatari monarchies, although they had supported it with their oil dollars.

In the light of such sudden and brutal emergence of these phenomena, the Occident, stunned and disoriented, is looking for points of contact.

But the political tendencies opposing the Islamists are not democratic either. The military coup in Egypt masterfully displayed the reality. Even in Tunisia, where a provisory Parliament, behind appearances and media enthusiasm, gave itself a new constitution, ambiguously phrased with grey areas leaving the door open for dangerously free interpretations, as well as for the probable return of the forces of the past – those of the dictatorship – awaiting revenge.

Everywhere the old and new regimes are tensing; in Egypt the revolution stopped to express itself and imprisonment, as well as capital punishment, threaten those who have not yet accepted it – like beaters whipping their animals along the banks of the Nile. Democracy did not flourish; the dialogue has been interrupted.

In Yemen or in Libya ancient clan practices have succeeded the crumbling of the central government: pillage, abductions, vendettas and raiding … make these countries more permeable than ever to jihadist networks. Algeria is tearing itself apart in an electoral imbroglio without issue.

The retreat of Western forces from Afghanistan – in other words a meek stampede – leaves the country, in the context of a high-risk electorate, at its own mercy. The country is dissected by warlords and devastated by bandits and also here Salafism will not refrain from immediately establishing bases with international vocation…

Whilst Ankara did not manage to replace Cairo as new regional pivot point, Turkey’s Kemalist movement is worrying about the degradation of the state of law, the AKP’s increasingly violent and daring actions and how to return the gaze. In Mali the Saharan jihadists pursue their bloody guerrilla warfare making more victims every day – mostly unspoken of and below the radar of international consciousness, sedated by triumphant speeches from Paris.

An ambiguous « Iraqi spring », tainted with the odour of the Sunni-Shi’ite civil war, is being smothered by the government with gunshots and the weight of tanks in the greatest media silence. Nonetheless, the pro-Western government controls, lesser and lesser, a state falling apart. In Fallujah, bodies are being counted in the hundreds …

Iran breathes hot and cold over Syria and the Lebanon and at the same time spectacularly patches things up with the « Great Satan » of Washington, blowing over regional perspectives, much to the annoyance of Tel-Aviv’s hawks.

This new era, which will drive international relations and the ties between the Orient and the Occident for a long time, provides the context from which is born the principle of this publication – of which this is the first edition.

The Maghreb and Orient Courier distinguishes itself from the media sphere above all through its editorial team gathering together academics and specialists of the Arabic world. The editorial team possesses the tools for interpretation that are necessary for the understanding of these social, political, economic and cultural phenomena. Too rarely are these subjects approached with sufficient know-how and acquaintance with the topic – something the editorial team can provide for, given the contributor’s origins from and permanent residence in more than twenty countries of the Arabic and Muslim world and its periphery.

All articles published in The Maghreb and Orient Courier are results of rigorous on-site research; the supplied information, often unpublished and novel, is tallied with the situation, independent of globalised circuits of information and is not recycled news, which the big press agencies distribute.

A further determining characteristic of The Maghreb and Orient Courier is the one and only editorial line: the promotion of plural points of view and analyses. The editorial team withholds itself from any form of self-censorship, which is sadly so common in the world of the media.

Those are the services, which The Maghreb and Orient Courier proposes to its readers and the promise, which its editorial team vows never to renege.

 

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الافتتاحية 

  “القرن الواحد و العشرون هو قرن العالم العربي”

فهذا مما لا شك فيه وقد تأكد ذلك منذ ثلاثة أعوام. “الأربعة العربية” و أؤكد على صيغة الجمع، قد هزت النظام العالمي و أطاحت ببعض الأسس التي كانت تهيكل العلاقات بين الشرق و الغرب و التي كانت مبنية على مبدأ هيمنة الغرب على الشرق اقتصادياً و/أو عسكرياً.

و لكن هذه التغييرات المفاجئة لم تأخذ المسار الذي حلم به الكتاب الصحفيين، فهي أكبر مما يتهيأ لنا حتى يومنا هذا : فالكثير من المراقبين للحدث الآني لم يتخذوا بعد الإجراءات اللازمة لأنهم يواجهون تغييرات ما زالت في طور التكوين و نتيجة تغيب إمكانية الاستكشاف لديهم و لان هذه الظواهر في اغلب الأحيان تتشابك و تُنسج في العالم العربي و الاسلامي من الرباط إلى كابول. فليس من الممكن إيجاد حلول لهذه الظواهر من منطلق غربي و وسطي و في ظل قراءة تحليلية لا تتلاءم مع الواقع الخاص فقط بالمغرب العربي و الشرق الأوسط.

فبعد ان تجاوزنا مرحلة الغبطة الإعلامية التي تلت الربيع العربي في أشهره الاولى فقد اصبح الان بإمكاننا أن ندلي بتحليلات أقل تفاؤلا : فالمجتمعات المدنية التي تخيلها الصحفيون، و التي كان من شأنها و هي في طور تطورها أن تجر وراءها كافة الدول العربية للقدم نحو نموذج سياسي على غرار النظم الديمقراطية في أوربا و الولايات المتحدة الامريكية، ليست موجودة… على العكس تماماً، فطموحات “الدمقرطة” التي ظن البعض كشفها من خلال الدوافع الاجتماعية و الاقتصادية العميقة للثورات العربية تتأرجع بين مسارين إما نوع من التراجع للوراء أو حالة إبطال من قبل التيارات الاسلامية المتشددة و هذا ما يشير إليه الواقع و بشكل خارج عن السيطرة : فهي تواجه إما الاسلام السياسي الذي يتجسد مع الاخوان المسلمين في مصر أو حزب النهضة في تونس على سبيل المثال ؛ أو الاسلام السلفي الذي امتدت جذوره و تغلغلت بالخفاء في سوريا و ليبيا و الجزائر و حتى الأردن لتمتد لليمن بشكل خاص، طائلة تونس و القاهرة أيضاً و صلا إلى المالي محدثة بعض المخاوف لدى المملكة العربية السعودية و قطر رغم أنهما كانتا الداعمتين الأساسيتين لهذا التيار ممدة إياه بالدعم المادي من بترول و غاز و دولارات.

امام هذا النشوء المفاجئ و العنيف لمثل هذه الظواهر فإن الغرب بات مستغرباً و مضطرباً يبحث عن محاورين.

و لكن الاتجاهات المعارضة لهذه التيارات الاسلامية ليست بالديمقراطية هي الاخرى. فالانقلاب العسكري في مصر خير مثال على هذا الواقع ؛ و كذلك الحال في تونس أيضاً، فالبرلمان التونسي المؤقت قد اتفق على أعداد دستور جديد، ولكن خلف الحماس الإعلامي المتسامح، يتخفى نص يحمل الكثير من الثغرات و النقاط الغامضة مما يجعل الباب مفتوحا امام التفسيرات الخانقة للحريات بشكل خطر كما انها تفسح المجال للعودة المحتملة للقوى القديمة التي تنتظر ساعة الانتقام.

ففي كل هذه الدول هناك حالة من التوتر ما بين الأنظمة القديمة و الحديثة ؛ ففي مصر الثورة توقفت عن التعبير حتى وطأة الأحكام بالسجن و الإعدام التي باتت تهدد كل من يعارض الانقلاب. فالديمقراطية لم تنبت و انقطع الحوار.

اما في اليمن و ليبيا فبعد انهيار الدولة المركزية، فإن الممارسات القبلية القديمة من نهب و خطف و ثأر و سرقة عادت تطفو على السطح جاعلة هذه البلدان عرضة للشبكات الجهادية اكثر من اي وقت مضى. و الجزائر أصبح ممزق ضمن وضع انتخابي معقد دون حل.

اما انسحاب القوات الغربية من أفغانستان – الآخذة طابع الفرار الجماعي الخجول – متزامنا مع عملية انتخابية عالية المخاطر، يترك هذا البلد بدون عون مجزأ بين أمراء الحرب و مدمر من قبل اللصوص مما يتيح الفرصة للتيار السلفي بغرس قواعده ذات التوجه الدولي هنا و على الفور.

و في تركيا بينما أخفقت أنقرة في أن تكون المحور الجديد للمنطقة بدلا من القاهرة فإن التيار الكمالي يبدي تخوفه من تراجع دولة القانون و يتساءل بشأن الموكب الذي يجب أن يتبناه أمام الضربات المتتالية و متزايدة العنف و الموجهة من قبل حزب العدالة و التنمية.

و بما يخص المالي  و البعيد عن أعين المتطفلين من الرأي العم الدولي بسبب الخطابات الانتصارية التي تدلي بها باريس فإن الجهاديين يواصلون حرب العصابات في الصحراء مخلفين أعداد كبيرة من ضحايا بشكل يومي.

و في ظل كل هذه الأحداث فقد تم خنق “الربيع العراقي” الغامض الذي ظهرت فيه تلميحات إلى حرب طائفية بين السنة و الشيعة و كل ذلك ضمن صمت إعلامي و تحت وطأة مدافع و دبابات نظام موالي للغرب يحكم بشكل سيء منذ توليه السلطة في عام ٢٠٠٣ بلد على وشك الانشقاق. ففي الفلوجة الضحايا تحصى بالمئات…

و بالنسبة لإيران و التي تتحكم بمصير سوريا و لبنان بكلمة واحدة من طرف لسانها فهي تعيش حالة مصالحة مذهلة مع “شيطان واشنطن الكبير” مطيحة بالمنظورات الإقليمية مثيرة استياء صقور تل أبيب.

ففي نطاق هذا السياق العام لعصر جديد سيحي و لفترة طولية العلاقات الدولية بشكل عام و علاقات الشرق بالغرب بشكل خاص، ولدت فكرة هذا المنشورة بعددها الاول هذا.

فبريد المغرب العربي و الشرق الأوسط يتميز من جهة عن الميدان الإعلامي قبل كل شيء بكونه يضم فريق تحرير يتألف من أكاديميين متخصصين بقضايا الوطن العربي بحوزتهم مفاتيح التفسير اللازمة لفهم مثل هذه الظواهر الاجتماعية و السياسية و الاقتصادية و الثقافية التي قلما تستخدم الأدوات الملائمة لطرحها، و من جهة أخرى فإن أكثر أعضاء فريق العمل هم من مواليد تلك البلدان العربية أو البلدان المجاورة للعالم العربي و الاسلامي حيث هم مقيمون بصفة دائمة.

و بذلك كل المقالات المنشورة من قبل بريد المغرب العربي و الشرق الأوسط هي نتاج تحقيق ميداني صارم و شديد الدقة لذلك فأغلب الأخبار المنشورة تكون حصرية و مؤكدة و بعيدة عن دوائر العولمة المتشيعة لوكالات الأنباء الكبرى، كما انها لا تعتمد مبدأ اعادة التدوير الإعلامي المتبع عادة.

كما ان لجنة تحرير بريد المغرب العربي و الشرق الأوسط لم تعتمد إلا خط تحريري واحد قائم على مبدأ تعزيز التعددية في الآراء و التحليلات كما انها اختارت الامتناع عن اي شكل من أشكال الرقابة الشائعة للأسف في العالم الإعلامي، و ذلك من ضمن الأسس التي تحدد هوية هذه المنشورة.

فنحن بذلك قمنا بعرض الخدمات التي أقر فريق العمل تقديمها لقارئيه و الوعد الذي تعهدت  لجنة تحرير بريد المغرب العربي و الشرق الأوسط بعدم المساس به ابداً.

 

 

 

 

 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Syrie - Deux reporters de guerre témoignent

(L'Histoire en marche, Radio Algérie/Chaîne3 - 24 avril 2014)

 
Pierre Piccinin da Prata et Jonathan Alpeyrie ont tous deux couvert le conflit syrien. Ils ont tous deux été enlevés, détenus comme otages et libérés contre rançon.

Témoignages...   
 
 
 
 
 
L'évolution de la question palestinienne, les raisons de l'instabilité du Proche-Orient, les fondements de la politique américaine dans la région... Meriem Abdou passe en revue les dossiers chauds de l'actualité internationale. Des témoins, des événements, des personnalités politiques de premier plan et des spécialistes des relations internationales se relaient pour apporter leur éclairage.
 
 
Radio Algérie - L'Histoire en marche
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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