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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
DEBATE / PALESTINE – L’impossible certitude

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient - 20 mai 2018

 

L’actualité médiatique relative à la fête de la fondation d’Israël ou à la commémoration de la Nakba (la « catastrophe », du point de vue palestinien) –c’est selon- a été dominée par un comportement incompréhensible tant de la part des forces armées israélienne à Gaza que des manifestants palestiniens, deux attitudes que quelques jours de recul laissent apparaître aussi absurdes qu’inexplicables.

*        *        *

Quel intérêt ou avantage le gouvernement israélien a-t-il voulu ménager en ordonnant à ses soldats de tirer à balles de guerre sur des civils sans armes et qui ne menaçaient en rien la sécurité d’Israël, pantins inconséquents, gesticulant et brayant à une centaine de mètres de la frontière de l’État hébreux, et de massacrer ainsi y compris de tout jeunes enfants, dont un nouveau-né asphyxié dans les bras de sa mère par les gaz lacrymogènes, devant les caméras du monde entier ?

Pourquoi, pendant plusieurs jours, des Palestiniens se sont-ils exhibés sous le feu de l’armée israélienne, s’exposant aux tirs et encaissant des blessures parfois très graves (certains sont morts, d’autres seront handicapés à vie, beaucoup perdront un membre qu’il faudra amputer), et en particulier le jour même du souvenir de la Nakba, le 15 mai 2018, durant lequel, pendant des heures, des manifestants sont tombés sous les balles israéliennes, pour un bilan total de plus de 60 morts et de plusieurs milliers de blessés ?

Deux comportements irrationnels (qu’ils ne s’agit cependant pas d’ici renvoyer dos-à-dos ; car la réalité, en Palestine –et selon le droit international- est qu’il y a un occupant et un occupé) qui ont permis aux propagandes des deux camps de déployer nombres d’assertions qui jettent le trouble dans l’analyse de la situation, ébranlent les clivages idéologiques qui sous-tendent l’approche du conflit palestinien et empêchent de déterminer les responsabilités de chacun des deux camps en présence…

Ainsi, les partisans d’Israël et du projet sioniste en Palestine n’ont pas manqué de produire diverses explications qui se sont répandues sur les réseaux sociaux, affirmant qu’au moins 50 des personnes tuées étaient des militants (« terroristes ») du Hamas. Que la révolte « populaire » et « pacifique » était en réalité un montage du Hamas dont le but était de créer des incidents pour impliquer les forces israéliennes et nourrir la crise à destination des médias internationaux. Le Hamas, qui contrôle la Bande de Gaza et y impose sa loi jusqu’à assassiner ses opposants, aurait même obligé et forcé des centaines de familles à participer aux manifestations. Le Hamas aurait également fait pression sur les jeunes, menaçant de s’en prendre à leur famille, pour les contraindre à manifester à proximité des frontières. La preuve serait que, lorsque le gouvernement israélien, informé de ces faits par le Mossad, a menacé le Hamas de s’en prendre à ses leaders et de les liquider, les manifestations aux frontières ont brusquement cessé.

La rumeur court même, selon laquelle le nouveau-né de 8 mois qui ...

 

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
CONFÉRENCE

Universiteit Gent, Campus Aula Oude School, auditorium NB-III

Universiteitstraat 2-4, 9000 Gent

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
URGENT / SYRIE – Frapper la Syrie, c’est attaquer la Russie

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient - 11 avril 2018

 

Quel jeu joue Trump ? Quelle mouche pique Macron ? Quelle porte de sortie est-elle encore possible à une escalade devenue folle ?

Frapper la Syrie, c’est frapper l’Iran… On comprendra la logique de l’administration trumpienne qui a déjà offert Jérusalem à Israël.

Mais, surtout, c’est frapper la Russie.

Or, c’est le repositionnement de la Russie sur le plan international qui se joue à présent en Syrie. Le président russe Vladimir Poutine ne saurait laisser son allié être attaqué, sans que soit ruinée toute sa politique étrangère mise en œuvre depuis plus de dix ans, et particulièrement en Syrie où les moyens militaires engagés portent aujourd’hui leurs fruits à la face du monde sidéré ; Moscou a remplacé Washington dans la maîtrise du Moyen-Orient.

Mais le fait est également qu’une frappe sur la Syrie serait totalement illégale, sans une résolution du Conseil de Sécurité des Nations unies…

Comme le furent déjà et incontestablement les frappes ordonnées par Donald Trump en avril 2017, sur la base militaire syrienne d’al-Chayrat, en « représailles » à une attaque chimique « présumée » du régime sur l’entité rebelle de Khan Cheikhoun (gouvernorat de Homs).

La tendance de ce printemps 2018, à Paris comme à Washington, serait-elle à l’oubli du droit international ?

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La question de ce dossier de l’attaque chimique (présumée) qui aurait été lancée le 7 avril 2018 par l’armée du gouvernement de Bashar al-Assad sur Douma, un quartier de la zone rebelle de la Ghouta (dans la banlieue de Damas, la capitale syrienne), n’est pas d’établir si les faits reprochés au régime syrien sont ou non avérés, mais de définir quels objectifs les protagonistes occidentaux tentent-ils d’atteindre par le biais de ce non-événement.

Ce n’est pas la première fois, en effet, que le régime est accusé par Washington, Londres ou Paris d’avoir utilisé un armement chimique contre les forces rebelles ; et ce n’est pas la première fois que Damas et Moscou démentent ces accusations, dénonçant cette fois une « mise en scène » orchestrée par les rebelles, devant les caméras, pour entraîner une réaction occidentale, et ce à un moment où l’opposition syrienne au gouvernement de Bashar al-Assad se trouve en très grande difficulté sur le plan militaire, et même sur le point d’être anéantie.

Un scénario du « franchissement de la ligne rouge » (principe prononcé par Barak Obama, qui avait annoncé une intervention en cas d’utilisation d’armes chimiques) qui, par ailleurs, avait déjà été évoqué lors d’une première « attaque » chimique au gaz sarin sur la Ghouta ; c’était en… août 2013. L’enquête n’avait jamais pu déterminer, à l’époque, si le responsable du drame était le régime ou bien si la tuerie avait résulté d’une tentative de la part d’une faction islamiste de provoquer une intervention états-unienne, comme plusieurs indices le laissait supposer.

Reste l’argument maître : ces différentes attaques imputées au régime apparaissent insensées, dans la mesure où, militairement, elles n’ont jamais ...

 

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
IRAK - Après la guerre contre Daech, la «guerre civile»?

SPUTNIK (12 février 2018)

 

Ce 12 février s’ouvre une conférence au Koweït sur l’avenir de l’Irak. Politiques, industriels, humanitaires défileront pour évoquer sa reconstruction, alors que l’équilibre entre chiites et sunnites n’est même pas assuré.

Entretien avec Pierre Piccinin da Prata, Rédacteur en chef du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

 

«Je ne vois pas comment on va pouvoir reconstruire politiquement cet État… C'est ça la grande question, avant de parler finances», estime Pierre Piccinin da Prata, Rédacteur en chef du Courrier du Maghreb et de l'Orient.

Pour lui, la principale menace, c'est «la fragmentation géopolitique du pays entre les chiites et les sunnites».

«On a un problème dans toute cette partie nord-ouest de l'Irak, qu'on qualifie parfois de ‘Sunnistan’, qui doit être réglé. Il n'y a pas de gouvernement d'unité nationale qui intégrerait réellement les leaders sunnites, ça, c'est clair», poursuit Pierre Piccinin da Prata.

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
URGENT  / SYRIE – Baroud d’honneur trumpien… Ou dangereux regain de guerre froide ?

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient - URGENT

Alors que le conflit syrien prend fin par la victoire programmée du régime de Bashar al-Assad et que, l’État islamique (EI) vaincu, on pensait la coalition internationale menée par Washington sur le départ, une série d’interventions militaires se sont succédé en quelques jours, en ce début février 2018, impliquant sur le territoire national syrien les forces armées des États-Unis, de la Russie, de l’Iran, d’Israël et de la Turquie.

Mais surtout, il semble que cette suite d’événements, qui ont tout l’air de ripostes menées de concert par les alliés des deux camps en présence, ait eu pour déclencheur les bombardements opérés par l’aviation américaine le 7 février 2018, lesquels ont ciblé, sur le sol syrien toujours, des unités de volontaires pro-gouvernementales qui progressaient depuis Deir ez-Zor en direction du nord-est de la Syrie, région actuellement sous contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition de milices dont la grande majorité est constituée des troupes kurdes du YPG (branche syrienne du PKK).

Depuis le début du mois de février 2018, en effet, l’armée syrienne a lancé de larges offensives sur les zones encore sous contrôle des rebelles, à savoir les deux poches aux mains de factions djihadistes coalisées, la Ghouta orientale (dans le sud du gouvernorat de Damas) et le gouvernorat d’Idlib (sur lequel l’étau se resserre depuis les offensives de décembre 2017), s’apprêtant enfin à également réinvestir les régions du nord, encore tenues par les Kurdes du YPG mais désormais sous le feu de l’armée turque (en cela alliée indirecte de Damas).

Les bombardements américains du 7 février, qui auraient tué une centaine de combattants pro-Assad, avaient ainsi pour but de protéger les FDS d’une attaque ordonnée par le régime, et plus particulièrement de soutenir le YPG, principal allié de la coalition internationale menée par les États-Unis contre l’EI (et par ailleurs attaqué, dans le nord-ouest syrien, depuis le 20 janvier 2018, par l’offensive turque baptisée « Rameau d’Olivier » qui vise à éliminer ces milices kurdes qualifiées de « terroristes » par le gouvernement turc en lutte contre le PKK sur son propre territoire). L’armée régulière syrienne se prépare effectivement à traverser l’Euphrate, qui délimite la zone d’influence américaine, au nord du fleuve (les zones kurdes), et le territoire déjà reconquis par le régime syrien avec l’aide de la Russie ; un demi-millier d’hommes, y compris des soldats de l’armée du régime, avaient ainsi commencé la manœuvre de franchissement de l’Euphrate, pour reprendre le nord du pays aux rebelles du YPG, et notamment la région pétrolière de Kusham.

Cette violation américaine de la souveraineté nationale syrienne a fait l’objet de protestations de la part du gouvernement syrien et a immédiatement reçu réponse de Moscou, l’allié privilégié du régime : alors que, suite à la destruction d’un avion de combat russe dans la région d’Idlib, le 3 février, et ce par un groupe rebelle djihadiste présumé pro-turc, la Russie avait décidé de limiter les zones dans lesquelles l’offensive turque pouvait se déployer sur le sol syrien, Vladimir Poutine a aussitôt autorisé l’aviation turque à étendre ses bombardements sur les positions du YPG, qui se sont ainsi brusquement intensifiées, le 9 février, dans la région d’Afrine et sur la ville elle-même.

Les gouvernements turc et russe, dès le lendemain des bombardements américains (le 8 février), avaient par ailleurs annoncé la tenue d’un important sommet relatif à la tournure prise par la situation en Syrie, qui doit avoir lieu dans les plus brefs délais, en Iran et avec la participation du président Rohani (l’autre grand allié du régime de Bashar al-Assad).

Or, le 10 février 2018 (au lendemain des bombardements turcs sur les positions du YPG dans la ville d’Afrine), l’État d’Israël a ...

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
ISLAM - L'interview qui dérange !!!

ÉTAT ISLAMIQUE – Entretien exceptionnel (3/3) – « Pour Dieu et pour Raqqa ! » (Le Courrier du Maghreb et de l'Orient - Novembre-Décembre 2017)

 

Le politiquement correct qui prévaut dans le courant médiatique dominant n’a laissé que peu d’espace d’expression (voire aucun) aux partisans de l’État islamique (EI), auquel l’Occident a déclaré la guerre en août 2014.

La rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient a toujours estimé qu’il était non seulement utile et nécessaire à l’information de ses lecteurs, mais également déontologiquement impératif de donner la parole aux Salafistes adeptes du djihad armé et supporteurs de l’EI. Notre reporter Pierre Piccinin da Prata avait à l’époque rencontré des partisans de la cause djihadiste, à Paris et à Bruxelles, ainsi qu’un imam d’obédience salafiste, lesquels avaient eu l’opportunité d’exprimer leur point de vue sur les événements et d’exposer librement leurs motivations.

À l’heure où les derniers bastions du Califat ont été reconquis en Syrie et en Irak, le CMO a donc choisi de diffuser l’interview d’un combattant de l’État islamique, contacté par notre envoyé spécial et rencontré dans la bourgade d’Hawi al-Hawa, dans la région de Raqqa.

Parti d’Europe pour la Syrie à la fin de l’année 2012, Ismail a d’abord combattu dans les rangs de Jabhet al-Nosra (la branche syrienne d’al-Qaeda), avant de rejoindre l’État islamique au printemps 2014.

Cet entretien, réalisé en août 2017, a été rendu possible grâce à la coopération de proches du djihadiste, lesquels ont régulièrement communiqué avec ce dernier. Pour des raisons évidentes de protection des sources, les noms des personnes impliquées ne sont pas révélés dans l’interview ; les détails et les lieux relatifs à la préparation de cet entretien ne seront pas non plus mentionnés.

La rédaction tient à préciser que son envoyé spécial n’a pas pénétré le territoire encore sous le contrôle de l’EI. L’extrême porosité de la ligne de front a en revanche permis à Ismail de le rejoindre à Hawi al-Hawa, zone déjà libérée par les Forces démocratiques syriennes (FDS – majoritairement kurdes).

Les première et deuxième parties de cet entretien exceptionnel ont été publiées dans les éditions de juillet-août et septembre-octobre 2017 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

 

Pierre PICCININ da PRATA – Maintenant que tu as expliqué l’approche que vous, les combattants de l’État islamique, vous avez de l’Islam, je voudrais te poser quelques questions sur ce que, en fin de compte, tout le monde ignore : comment vit-on dans le Califat ? Mais, tout d’abord, quelle fonction exerces-tu exactement dans l’armée de l’EI ? Quelles sont tes tâches quotidiennes ?

Ismail – J’ai principalement été affecté à l’entraînement des nouveaux arrivants. Avant de les envoyer combattre les ennemis de l’Islam, nous donnons une formation très poussée à nos frères qui nous rejoignent pour le djihad.

Mon rôle, c’était de leur apprendre à se familiariser avec les armes, d’utiliser et d’entretenir correctement une kalachnikov, par exemple. Puis, aussi, de les habituer à ce qu’ils allaient trouver lors des combats, ce à quoi ils allaient être exposés, comme les tirs, le bruit des explosions… On s’entraîne avec des tirs réels ; on répète l’entraînement, encore et encore, jusqu’à ce que tout cela ne constitue finalement plus qu’une sorte de routine… Bien sûr, j’ai aussi combattu, sur le front. J’ai combattu à Kobanê, et dans d’autres lieux… Il n’y a pas de planqué, dans nos rangs : tout le monde participe à l’effort, tout le monde combat.

PPdP – Autre petite question préalable : les étrangers sont-ils nombreux dans vos rangs ? Quelle proportion d’Européens par rapport aux autochtones ?

Ismail – Il n’y a pas « d’étrangers »… Nous sommes tous des citoyens de l’État islamique. Nous faisons tous partir de l’Oumma… La communauté des croyants.

Mais je comprends ce que tu veux dire, et je te réponds franchement : quand j’entends ce que prétendent les médias occidentaux ou russes, j’ai l’impression qu’ils veulent faire croire que tous les combattants de l’État islamique sont des « fanatiques » venus d’Europe ou d’Amérique, ou de Tchétchénie… C’est complètement faux. La majorité de nos combattants sont des Arabes : des Syriens, des Irakiens, issus des populations locales qui nous soutiennent… Des personnes venues du Maghreb… Je ne sais pas exactement quelle proportion de combattants venus d’Europe ou des États-Unis sont ici avec nous, mais c’est clairement moins de 10%.

PPdP – Toi-même, comment as-tu été recruté, pour faire le djihad en Syrie ?

Ismail – Recruté ? Je n’ai pas été « recruté ». J’ai choisi de partir, seul, sans même que personne ne me le suggère. C’était mon devoir de Musulman : le Coran est explicite, il n’y a pas à tergiverser ; c’est évident !

Cette histoire de « recrutement », c’est encore de la propagande occidentale contre l’État islamique.

Oui, bien sûr… Il y a des filières pour faciliter les démarches de ceux qui veulent nous rejoindre, pour le djihad, pour l’Islam. Mais on ne lave pas le cerveau des gens, on ne les piège pas : ceux qui sont ici, c’est parce qu’ils savent que c’est leur devoir de Musulmans, et ils sont ici volontairement. Et s’ils veulent repartir, on ne les en empêche pas, ils sont libres ; ça, c’est encore des mensonges de la propagande occidentale. D’ailleurs, certains repartent en Europe ou dans leur famille au Maghreb, puis ils reviennent ici pour reprendre le combat.

Dans mon cas, j’ai beaucoup prié, réfléchi… Quand j’ai été décidé, ça a été facile… On savait tous, à la mosquée, à qui il fallait s’adresser. Pour avoir les contacts… J’ai pu rencontrer un frère, on a parlé quelques fois ensemble, et très vite il m’a dit où je devais aller et qui appeler une fois sur place…

PPdP – Lorsque tu as pris cette décision, tu en as parlé à des proches ? Des amis ? Tes parents ? Comment ont-il réagi ?

Ismail – Je m’en suis ouvert uniquement à deux amis ; deux personnes de confiance qui pouvaient me comprendre et savaient de quoi il retournait. Je veux dire qu’ils connaissent l’Islam, l’Islam véritable, et savent que le Coran ordonne aux Musulmans de combattre pour le défendre. Ce sont deux amis qui n’allaient pas me trahir.

Ils ont essayé de me dissuader, parce qu’ils ne sont pas très impliqués par rapport à l’Islam. Ils sont Musulmans tous les deux, mais… Ils n’y croient pas vraiment… On a beaucoup discuté ; on a relu les versets du Coran qui ordonnent le djihad… Ils ont bien dû admettre que j’étais dans le droit chemin de l’Islam, mais, eux, ils n’ont pas eu la foi nécessaire pour le suivre. Alors, ils m’ont laissé partir.

Mes parents, en revanche… Non, je ne leur en ai pas parlé. Ils auraient tout fait pour m’empêcher de partir… Ils sont musulmans, mais peu pratiquants… Comme beaucoup de Musulmans en Europe, qui ne croient plus vraiment en Dieu et évitent de trop réfléchir à leur religion… Par crainte de se rendre compte que leur comportement est contraire à l’Islam.

Après mon départ, je les ai appelés… Ils n’ont pas tout de suite compris ce que je faisais… Mais on est resté en contact. Je leur ai expliqué que ce qui se passait ici n’avait pas grand-chose à voir avec ce que la presse et les gens disent en Occident, et que nous ne sommes pas des « monstres ». Ils ont compris…

PPdP – Et ils sont donc désormais d’accord avec ta démarche ?

Ismail – Je ne dis pas qu’ils m’encouragent… Non… Et bien sûr, ma mère, ma mère surtout, elle est inquiète pour moi… Comme, je suppose, le sont toutes les mères qui savent leur fils à la guerre… Mais elle a compris. Mon père aussi. Ils savent que je me conforme au Coran, à notre religion, et ils n’écoutent plus les dévoyés qui se cachent derrière le mensonge généralisé pour nous traiter de « monstres » et de « fous ».

Mon père est venu me voir, une seule fois… Ce n’est pas facile de passer la frontière turque ; c’était assez simple au début, mais plus maintenant… Il a pu se rendre compte de la manière dont nous vivons ici : on n’égorge pas les gens comme on le dit à la télévision française, on ne mange pas les bébés et on ne viole pas les femmes...

 

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Un film de Pierre Piccinin da Prata et d'Anass El Azhar Idrissi

 

Deux heures de film, haletant, passionnant, des images inédites filmées au coeur des combats et au péril de la vie d'un journaliste engagé...

La révolution syrienne a commencé en mars 2011.

D'abord divisée, la population syrienne a massivement rejoint la contestation du régime dictatorial du parti Baath au pouvoir lorsque, en mai 2012, ont eu lieu les « élections libres » annoncées par le président Bashar al-Assad.

La promesse faite à son peuple par le jeune chef d’État syrien, dans lequel beaucoup avaient placé leur confiance, n’a pas été tenue.

Rapidement, les manifestations pacifiques, durement réprimées par le régime, se sont muées en une révolution armée. Les révolutionnaires ont été encadrés par des officiers supérieurs dissidents : l’Armée syrienne libre (ASL) était née.

Le 17 juillet 2012, l’ASL lançait une grande offensive à Damas et, le 21, une autre, à Alep. La bataille d’Alep commençait.

Ce film-documentaire n’a pas la prétention de retracer l’historique de cette bataille.

Il s’agit pour ses auteurs d’évoquer une ville en guerre, devenue le symbole de la révolution syrienne.

Par des images et les voix des protagonistes, filmés par Pierre Piccinin da Prata lors de différents reportages qu’il réalisa à leur côté, le film conserve les mémoires de ces hommes et de leur ville, pour que ne disparaissent pas tout à fait, sous les ruines, le fantôme de leurs espérances défuntes…

 

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Plus d'info : ALEP - Mémoires d'une ville en guerre (L'Harmattan Vidéos)

 

FILM (DVD) - Alep, mémoires d'une ville en guerre

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

La Bataille d'Alep, Chroniques de la révolution syrienne

Un documentaire de Pierre Piccinin da Prata et d'Edouardo Ramos Chalen

Documentaire - La Bataille d'Alep

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
ÉTAT ISLAMIQUE – Entretien exceptionnel (1/3) – « Pour Dieu et pour Raqqa ! »

Le Courrier du Maghreb et de l’Orient, Juillet-Août 2017

 

Le politiquement correct qui prévaut dans le courant médiatique dominant n’a laissé que peu d’espace d’expression (voire aucun) aux partisans de l’État islamique (EI), auquel l’Occident a déclaré la guerre en août 2014.

Ainsi, les rares témoignages de combattants de l’EI diffusés par certains médias ont jusqu’à présent systématiquement plaidé à charge du mouvement islamiste, à propos duquel courent par ailleurs nombre de légendes, comme par exemple celui du massacre des Chrétiens d’Orient. Ces rares « témoignages » ont été recueillis auprès de djihadistes capturés et emprisonnés, et qui, manifestement, soit cherchaient à donner le change pour affirmer leur repentir et négocier les conditions de leur détention, soit, le plus souvent, ont été interrogés dans des geôles sous contrôle des combattants kurdes de Syrie ou des forces armées turques, et n’étaient donc pas libres de leurs propos.

C’est, par exemple, principalement sur ce genre de « témoignages » que s’est construit le scénario de la série britannique The State (réalisée par Peter Kosminsky) qui fait polémique depuis sa diffusion fin août par Channel 4 et par Canal+ en septembre 2017 : une étrange polémique, puisque la série présente une image très négative et presque caricaturale de l’État islamique, confrontant de manière naïve et incongrue les valeurs des sociétés occidentales à celles de l’Islam salafiste ; mais peut-être le trait n’a-t-il pas été assez forcé encore pour correspondre à la doxa médiatique en la matière. Le fait est suffisamment symptomatique pour être épinglé.

Dans ses précédentes éditions, la rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient avait déjà estimé qu’il était non seulement utile et nécessaire à l’information de ses lecteurs, mais également déontologiquement impératif de donner la parole aux Salafistes adeptes du djihad armé et supporteurs de l’EI. Notre reporter Pierre Piccinin da Prata avait à l’époque rencontré des partisans de la cause djihadiste, à Paris et à Bruxelles, ainsi qu’un imam d’obédience salafiste, lesquels avaient eu l’opportunité d’exprimer leur point de vue sur les événements et d’exposer librement leurs motivations.

Après la chute de Mossoul (Irak) et à l’heure où la capitale du Califat, ar-Raqqa (Syrie) est assiégée, le CMO a donc choisi de diffuser l’interview d’un combattant de l’État islamique, contacté par notre envoyé spécial et rencontré dans la bourgade d’Hawi al-Hawa, située à 4 km de la ligne du front occidental à Raqqa.

Parti d’Europe pour la Syrie à la fin de l’année 2012, Ismail a d’abord combattu dans les rangs de Jabhet al-Nosra (la branche syrienne d’al-Qaeda), avant de rejoindre l’État islamique au printemps 2014.

Cet entretien, réalisé en août 2017, a été rendu possible grâce à la coopération de proches du djihadiste, lesquels ont régulièrement communiqué avec ce dernier. Pour des raisons évidentes de protection des sources, les noms des personnes impliquées ne sont pas révélés dans l’interview ; les détails et les lieux relatifs à la préparation de cet entretien ne seront pas non plus mentionnés.

La rédaction tient à préciser que son envoyé spécial n’a pas pénétré le territoire encore sous le contrôle de l’EI. L’extrême porosité de la ligne de front a en revanche permis à Ismail de le rejoindre à Hawi al-Hawa, zone déjà libérée par les Forces démocratiques syriennes (FDS – majoritairement kurdes).

Les deuxième et troisième parties de cet entretien exceptionnel seront publiées dans les éditions de septembre et octobre 2017 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

 

Pierre PICCININ da PRATA – Ismail, tu étais ingénieur informaticien et, parallèlement, tu préparais un doctorat. On est très loin du profil de « jeune paumé en décrochage social » que la plupart des médias n’ont cessé de véhiculer à propos des personnes qui ont pris la décision, à un moment de leur vie, d’abandonner leur existence, souvent confortable, en Europe notamment, pour rejoindre les rangs de l’État islamique et se consacrer à cette cause. La question est simple, mais elle s’impose : pourquoi ce choix, de renoncer à la carrière prometteuse qui s’annonçait pour toi, mais aussi de t’éloigner de tes parents, de ta famille, et cela pour un destin incertain et en tout cas très dangereux ?

Ismail – Tout d’abord, je te remercie de me laisser m’exprimer. Mes Frères et moi, nous avons bien compris que cette soi-disant « liberté d’expression », un principe dont les journalistes occidentaux se vantent à plaisir, n’existe que lorsqu’on dit ce que tout le monde a le droit d’entendre. C’est probablement pour cela que nos médias –je veux dire : les médias de l’État islamique- sont systématiquement censurés par Google, Youtube, Facebook et tous les réseaux d’information soi-disant « libres »…

Alors… Ta question est intéressante, tout d’abord parce qu’elle me permet de répondre à un point qui est particulièrement irritant pour nous. C’est cette image, en effet, que tu décris… Moi, je n’ai vu tout autour de moi que des gens généreux, courageux, des héros… et pas des « paumés », comme ils disent.

Mais avant de te répondre, je voudrais préciser que, au départ, je ne me suis pas engagé avec l’État islamique. Non, pas du tout. J’ai d’abord voulu simplement aider  « mon peuple ».

Qu’est ce que j’entends par « mon peuple » ? Les Musulmans.

Car les Musulmans forment un peuple. C’est ce qu’on appelle en arabe « l’Oumma ».

En Syrie –puis j’ai compris que c’était la même chose en Irak, où les Sunnites étaient victimes des méfaits des Chiites, qui ont abandonné le chemin de Dieu-, les Musulmans se sont révoltés contre un système oppressif qui n’avait que trop duré. Ils voulaient rendre cette terre à l’Islam. Et la réponse de ce système a été de massacrer tous ceux qui s’y opposaient, mais aussi leur famille, leurs enfants, leurs sœurs, leurs mères, mon peuple… Comment quelqu’un de sensé –je veux dire : quelqu’un de raisonnable et qui a la foi, qui reconnaît l’existence de Dieu et admet que Mohamed est son Prophète (la paix et la bénédiction sur lui)- pouvait-il rester inactif et fermer les yeux ? Ou bien secouer la tête en disant « Quel malheur ! » mais en n’agissant pas, et en s’en retournant ensuite comme si de rien n’était à ses petites habitudes ? Comment, si ce quelqu’un prétend qu’il est « musulman » ?

Ça, ça a été ma première réaction.

Puis, pour être cohérent avec ce que j’en pensais et ne pas me faire plus hypocrite encore que les autres, j’ai bien dû renoncer à ce confort –par ailleurs tout relatif- que mes parents m’avaient construit. Ça a été une décision logique, mais je mentirais en faisant l’orgueilleux et en disant que ça a été facile… Bref… Il ne faut pas être un ouléma sorti d’al-Azhar [ndlr : l’Université islamique d’al-Azhar, au Caire, est l’un des centres majeurs de la pensée islamique] –tout au contraire, en fait- pour comprendre que le seul moyen de venir en aide à notre peuple, c’était d’aller combattre avec ceux qui se défendaient des ennemis de l’Islam. Si tous les Musulmans du monde s’étaient levés au lieu de se donner de bonnes raisons de continuer à mener leurs petites affaires lucratives, mesquines et impies, on n’en serait pas là aujourd’hui…

Mais que pouvais-je faire seul ? Donc, j’ai cherché une structure combattante solide et je l’ai rejointe. En Syrie, Jabhet al-Nosra m’est apparu correspondre à ce que je savais du Coran, de la vie du Prophète (la paix et la bénédiction sur lui) et de la religion de mon père et de ma mère, l’Islam…

 PPdP – En effet… Car tu n’as pas seulement un diplôme d’ingénieur, mais tu as aussi étudié les sciences islamiques…

Ismail – Oui, c’était aussi quelque chose de logique ; je veux dire : qui avait sa place dans ma vie… En tant que Musulman… Cela dit, ce peut être décevant… Selon qui enseigne et ce qu’il tente de prouver… Le plus souvent de se prouver à lui-même… Mais c’est un autre débat…

Donc, j’ai rejoint Jabhet al-Nosra… Mais leur idéologie m’est très vite apparue biaisée : le but n’était pas d’accomplir le dessein de Dieu, tel que le Prophète (la paix et la bénédiction sur lui) l’a communiqué, tel qu’il est bien défini dans le Coran… Alors, quand l’État islamique s’est affirmé, je me suis intéressé à sa doctrine. Elle m’a convaincu parce qu’elle correspond point par point à ce qu’exige et implique la révélation ; et comme ma katiba –le groupe de combattants que j’avais intégré- a répondu à l’appel du Calife de restaurer l’Islam dans sa splendeur et, par-dessus tout, dans la vérité du Coran, je l’ai suivi.

Mon choix avait des conséquences… Mais, si tu as véritablement la foi, alors, tu as un guide : le Coran.

Il suffit de lire ce que Dieu a dit au Prophète (la paix et la bénédiction sur lui), et de suivre ce guide ; et sans essayer, chaque fois que quelque chose te choque ou t’inquiète, de le contourner en te soustrayant à ton devoir.

Dieu a dit que les hommes, parfois ...

 

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PPdP, envoyé spécial à Raqqa (Syrie)

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
SYRIE  – Reportage exclusif et analyse – Raqqa… et ensuite, la guerre

Le Courrier du Maghreb et de l’Orient, Juillet-Août 2017

 

Les journalistes ont déjà déserté Mossoul. « Plus rien à faire, ici… »

Surtout, l’armée irakienne a interdit l’accès à la ville occidentale, à la vieille ville, complètement arasée par les bombardements de la coalition menée par Washington. L’horreur y est aussi totale que furent les combats : les cadavres des milliers de civils, sunnites, qui avaient fait le choix de demeurer sous l’État islamique, par peur des représailles des Chiites de Bagdad, pourrissent sous les gravats ; l’odeur est insupportable et elle dénonce, criante, les crimes de guerre qui ont accompagné la « libération » de Mossoul.

C’est donc désormais dans la région d’ar-Raqqa et de Deir ez-Zor (Syrie) que se joue le dernier acte de l’aventure islamique du Califat ; en tout cas dans sa forme actuelle.

Ar-Raqqa. Les ruines de la ville se dressent au milieu d’une plaine qui s’étend jusqu’à se perdre dans l’horizon et que parcourent des tourbillons de poussière ; et l’expression « écrasé de soleil » y révèle toute sa réalité.

Peu de reporters peuvent accéder à cette région de Syrie...

Les relations ne sont pas bonnes, en effet, entre les Kurdes d’Irak et plus précisément le Parti démocratique du Kurdistan (le PDK, au pouvoir à Erbil, la capitale du Gouvernement régional autonome du « Kurdistan irakien »), d’une part, alliés d’Erdogan, et, d’autre part, le YPG, les combattants kurdes du Rojava (le « Kurdistan syrien », dans le nord du pays), branche syrienne du PKK (ces Kurdes de Turquie, principalement, et qui sont en guerre ouverte avec le régime d’Ankara). Dès lors, le PDK, à la demande de la Turquie, a fermé la frontière entre l’Irak et la Syrie, seul accès possible à la région d’ar-Raqqa. La Turquie a elle aussi fermé sa frontière avec le Kurdistan syrien. Il ne faut pas que la presse puisse témoigner du combat acharné du YPG contre les djihadistes de l’État islamique… Ainsi, aucune autre voie d’accès au Rojava n’est plus ouverte, puisque le régime de Damas avance depuis le sud et que, à l’ouest, le territoire syrien est aux mains des islamistes d’al-Nosra.

Et, une fois passée la frontière irako-syrienne, la partie n’est pas encore gagnée : il reste à se faire accepter par l’appareil politique du YPG, qui interdit sans recours possible l’accès au front à tout observateur qui lui apparaîtrait un tant soit peu inamical ou trop critique… Je n’ai ainsi rencontré aucun journaliste étranger ; ne circulent sur le front que les jeunes correspondants improvisés du service de presse du YPG, dont les chaînes de télévision du monde entier reprennent les images.

En ce mois de juillet 2017, il n’y a toutefois plus aucun doute sur la manière dont s’achèvera la bataille d’ar-Raqqa : la ville va tomber ; c’est une question de quelques semaines, peut-être même moins.

Certes, tout n’est pas encore tout à fait joué ; et la bataille continue de faire rage, du fait de la résistance acharnée que les combattants de l’État islamique opposent aux FDS, avec cette incroyable détermination, malgré l’approche de leur fin, dont ils ont fait preuve à Mossoul également.

Les derniers sursauts meurtriers de l’État islamique

Cela faisait une petite semaine, déjà, que j’allais et venais avec les Forces démocratiques syriennes (FDS) sur les différentes lignes de front qui cernent ar-Raqqa, la capitale de l’État islamique où, peut-être, le Calife Ibrahim tombera bientôt, les armes à la main…

Avec lui, l’aventure djihadiste la plus irrévérencieuse de l’Histoire contemporaine s’achèvera, dernier sursaut « héroïque » de « l’Islam authentique », écrasé sous les bombardements des armées de l’Occident coalisé.

Depuis quelques jours, je m’étais fixé sur le front-est. C’est le plus actif.

Bien que ceux que les miliciens kurdes, chrétiens et arabes des FDS appellent avec mépris « Daesh » se savent certainement déjà vaincus et voués à une mort prochaine, ils ne lâchent pas un pouce de terrain sans se battre avec un courage qui force le respect, quoi qu’il en soit de la cause qu’ils défendent ; et c’est sur le front-est que les héros du Califat ont récemment lancé une contre-offensive meurtrière. Les attaques sur les positions des FDS y sont quotidiennes.

Je m’attendais, cela dit, à un après-midi assez « commun », ce jour-là… Bombardements de la coalition internationale sur le centre-ville (je suis installé en première-loge, avec la brigade du YPG, les forces Kurdes de Syrie, qui m’accueille au troisième étage d’un immeuble dont toutes les fenêtres ont été soufflées et qui, désormais béantes, s’ouvrent toutes grandes face aux vestiges de l’antique muraille d’ar-Raqqa, derrière lesquels commence ce qu’il reste encore du territoire du Califat) ; répliques de l’ennemi par des tirs de mortiers qui, en réalité, s’ils font beaucoup de bruit, se révèlent peu efficaces (on les entend siffler de loin, ce qui nous laisse le temps de nous abriter pour éviter les éclats de shrapnels tranchants comme des couteaux qui seraient projetés dans l’air) ; et, parfois, une ou l’autre infiltration dans nos lignes par des djihadistes prêts à quelques escarmouches aussi inutiles que sanglantes, dans les rues avoisinantes…

On me dépose ainsi, comme chaque matin à l’aube, au poste de premiers secours qui a été implanté un peu en retrait du front, dans une ferme abandonnée. C’est là que m’attend habituellement un Hummer, qui me transporte à travers les ruines des quartiers déjà reconquis jusqu’aux positions où s’est déployée ma brigade. L’entrelacs des bâtiments dévastés et désertés par leurs habitants offre aux djihadistes un terrain de guérilla urbaine particulièrement propice et, en dépit des efforts mis en œuvres par les FDS pour « nettoyer » les décombres (par ailleurs truffés de mines), des snipers ennemis s’y déplacent encore régulièrement, et des petits groupes de combattants infestent ces zones dévastées et se dissimulent dans les décombres, émergeant des nombreux tunnels que l’EI a creusés dans le sous-sol d’ar-Raqqa, comme il l’avait fait à Mossoul.

Aujourd’hui, je suis arrivé un peu en retard au dispensaire. Hier, j’avais quitté le front bien après minuit, après une journée harassante dans une ambiance surchauffée (53°C à l’ombre)… Profitant de l’obscurité, un groupe de djihadistes infiltrés dans notre secteur a occupé les gars jusque tard dans la nuit ; impossible pour moi, dès lors, de regagner l’arrière avant que la zone fût à nouveau sécurisée. Aussi, je me suis accordé une grasse matinée…

Du coup, plus aucun Hummer n’était disponible dans les parages quand je me suis présenté au commandant de la zone.

Mais qu’à cela ne tienne… Un vieux de la vieille, Kamiroun, qui a fait la campagne de Manbij avec le YPG, me propose (« Si tu n’as pas froid aux yeux », me lance-t-il) de me transporter dans sa camionnette… contre une poignée de dollars américains ; la guerre génère ses bizness, et il n’y rien de nouveau sous le soleil.

Le gars se montrant insistant et certain de son coup, j’accepte ; mais en refusant cependant que Bedir, le jeune interprète kurde que j’ai embauché, nous accompagne dans ce qui m’apparaît tout de même s’apparenter à une forme de folie.

Rien à faire, toutefois : le jeune homme (19 ans), très courageux –comme il allait en faire la preuve en ce jour-, rescapé de la bataille de Kobanê, n’entend pas être exclu de l’équipée et monte avec nous dans la vieille Hunday qui démarre en soulevant des trombes de poussière et fonce à toute allure à travers les ruines désolées, sursautant à chaque trou d’obus et grinçant de toutes ses articulations lorsqu’elle rebondit sur les gravats. Sur le pare-brise, un « sticker » : Apo (c’est le surnom affectueux que l’on donne ici à Abdullah Öcalan, le « gourou » du PKK et du YPG)… Apo scrute les vestiges d’ar-Raqqa en fronçant des sourcils menaçants.

Alors que nous ne sommes plus qu’à quelques dizaines de mètres de notre objectif, à la limite des quartiers d’al-Mashlub et d’al-Sinâa, un véhicule tout-terrain armé d’une mitrailleuse nous coupe la route, surgissant à notre droite d’une rue perpendiculaire à la nôtre, et, poursuivant sa course, s’engouffre tout droit dans l’impasse où nous le suivons pour y rejoindre l’unité du YPG.

Notre camionnette n’a pas encore effectué complètement son virage vers la gauche que, soudain... Lire la suite ...

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