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Pierre PICCININ da PRATA

Historien - Politologue

 


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Actualité - Ukraine

UKRAINE - Mais que s'est-il passé !?


Ukraine-insurrection-FDC-550x366Depuis que l’opposition au président Iakounovitch a pris le pouvoir, ce samedi 22 février, les médias européens titrent sur la victoire de la démocratie. En revanche, la presse russe qualifie les événements de coup d’État, qui a renversé un gouvernement légitime et un président démocratiquement élu. Alors, que s’est-il précisément passé en Ukraine ? Comment, en deux jours, l’équipe du président Viktor Ianoukovitch, qui apparaissait inébranlable, a-t-elle été si brusquement éjectée du pouvoir ? Lire la suite...  

Actualité - Syrie

GRAND REPORTAGE :
ODYSSEE AU PAYS DE SATAN
 
Wellcome to Syria - Copyright Pierre Piccinin da Prata - CoLe 6 avril, Domenico et moi avons traversé la frontière libano-syrienne, pour gagner la ville de Yabrud, à septante kilomètres au nord de Damas, une zone contrôlée par l'Armée syrienne libre (ASL). J'ai beaucoup d'amis, dans l’ASL, qui nous ont aidés à organiser ce qui devait être mon huitième séjour d’observation au cœur de la révolution. Après avoir été arrêté et torturé à Homs, par les services secrets du régime, en mai 2012, j’ai en effet reçu l’appui des combattants de la rébellion. Domenico, quant à lui, n’en était pas non plus à son premier voyage sur le terrain : il m’avait accompagné, déjà, lors de mes quatre dernières expéditions. Cette fois, notre objectif était de nous rendre dans la banlieue de Damas... Lire la suite...   

Actualité - Syrie

ISLAMISMES et BANDITISME

L'involution de la révolution syrienne  
 
Syrie - Djihad - Alep

Encore trop souvent simplifiée à outrance par des commentateurs très éloignés des événements et présentée comme la révolte d’un peuple uni contre un féroce dictateur, la révolution syrienne, au regard de ceux qui l’ont accompagnée de mois en mois et observée sur le terrain, n’est pas le phénomène statique qu’évoquent généralement les médias. Tout au contraire, le conflit syrien a connu plusieurs phases très distinctes et une évolution rapide qui a surpris et déconcerté, par sa vélocité et la diversité des protagonistes qui se sont invités sur le théâtre, même les experts les plus avertis. Enlevé dans la ville d’al-Qousseyr (Homs), le 8 avril 2013, alors que j’effectuais un huitième voyage d’observation en Syrie depuis le début de la révolution, je suis resté deux mois prisonnier de bandits qui agissaient sous l’étiquette de l’islamisme et, trois autres mois durant, des islamistes « modérés » des Brigades al-Farouk. Lire la suite...

Actualité - Mali

GRAND REPORTAGE : L'ILLUSION MALIENNE 

 

MALI 2968- Copyright Pierre Piccinin da PrataLe Mali n’est ni libéré ni pacifié. Et la contre-offensive islamiste pourrait survenir là où l’armée française ne l’y attend pas. En outre, les « exactions » de l’armée malienne se multiplient envers les communautés arabe et touarègue, dans l’indifférence affichée des forces d’intervention françaises. Partis de Bamako, la capitale, nous avons traversé le pays du sud au nord, à la découverte d’une opération militaire française qui, au terme de nos investigations, apparaît sous un jour très peu flatteur et particulièrement dramatique pour un peuple d’Afrique que la volatilité des médias abandonnera très rapidement à l’oubli des opinions publiques occidentales…. Lire la suite...

Conférences

(Organiser une conférence avec Pierre PICCININ)


- De Téhéran à Téhéran
(la politique étrangère des Etats-Unis d'Amérique au Moyen-Orient).

- Le "Printemps arabe", une illusion d'optique.

- Syrie, la révolution orpheline.

- Israël et le projet sioniste en Palestine, de Theodor Herzl à nos jours.

- Histoire d'une république islamique :  l'Iran, de 1979 à nos jours.

- Yougoslavie :  disparition annoncée d'un Etat.

- Benoît XVI et l'Église, entre tradition et progrès.

 

Résumé des conférences : 

Moyen-Orient - Israël / Palestine - Yougoslavie

Benoît XVI et l'Église

Entretiens Radio - TV

 

La Tunisie selon Moncef Marzouki

(RTBF - La Première - 2 mars 2014)

 

France Inter (26 janvier 2014)

"En Syrie, il y a plusieurs oppositions antagonistes"

 

 

Question à Hala Kodmani

Le Bar de l'Europe

TV5 Monde - Rtbf-La Trois

(26 janvier 2014)

"Le djihadisme a submergé la révolution syrienne..."

 

       

France Culture (24 janvier 2014)

"La startégie de la faim..."

                         
France Culture (24 décembre 2013)
Syrie: "Un nouveau tournant dans le conflit syrien : le régime reprend la main..."
 
  Témoignage de Pierre Piccinin da Prata
Commission d'enquête de l'ONU sur les crimes de guerre en Syrie
(Genève, 24 septembre 2013)

BBC (20 septembre 2013)
 Pierre Piccinin da Prata libéré de Syrie
Controverse (RTL-TVI, 15 septembre 2013)

KRO (septembre 2013)

 Syrië - Brandpunt - Gevangen in chaos

 

RTBF - Face à l'Info (9 septembre 2013)
Pierre Piccinin da Prata
libéré après cinq mois, otage en Syrie

 

RTBF1 (31 mars 2013)
Syrie: "Djihadistes... Pas d'accord!"
                
Radio Canada (14 mars 2013)
Mali : "L'épuration ethnique"
                                          
 
 

Titres parus

Couverture Tunisie du triomphe au naufrage

 

 

Couverture Il Paese del Male

 

Avec les combattants en Syrie

 

LIVRE - La Bataille d'Alep (couverture recto)

 

Jaquette Documentaire La bataille d'Alep - L'Harmattan - Re

 

Burqa bla bla

  Logo The New Times     

Rue89  

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American Institute for Yemeni Studies

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Les Cahiers de l'Orient

 

  

 

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Dossiers de presse on-line

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Tunisie - La Tunisie selon Moncef Marzouki (entretien avec Pierre Piccinin da Prata)
 
On ne présente plus Pierre Piccinin da Prata, souvent controversé mais dont le courage et la détermination forcent le respect.

Enseignant et reporter de guerre, Pierre Piccinin da Prata a fait parler de lui à de nombreuses reprises, notamment l'année dernière, lorsqu'il a été enlevé en Syrie.

Mais Pierre Piccinin da Prata ne s'intéresse pas qu'à la Syrie. Pour preuve, cette série d'entretiens en tête-à-tête que lui a accordés durant trois ans le président tunisien, Moncef Marzouki.

Mises bout-à-bout, ces rencontres inédites éclairent singulièrement la manière dont ce pays a traversé les soubresauts qui l'agitent depuis décembre 2010.

Avec l'adoption toute récente d'une nouvelle constitution, la Tunisie est-elle tirée d'affaire ? Pierre Piccinin da Prata en doute fortement...   
 
 
 
 
 
Politique, société, culture, histoire, religion, philosophie, science : rarement le monde aura été secoué par autant de grands débats de sens. Mais que se cache-t-il derrière ces polémiques permanentes ? Décrypter, analyser, comprendre : tel est le but de « Et dieu dans tout ça ? », magazine hebdomadaire qui réunit les meilleurs spécialistes dans un esprit d’ouverture, de tolérance, de curiosité. Et sans tabou.
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Par Pierre PICCININ da PRATA
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Ukraine - Mais que s'est-il passé !? - Texte intégral 
  
(Femmes de Chambre, 24 février 2014)
 
 
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Depuis que l’opposition au président Iakounovitch a pris le pouvoir, ce samedi 22 février, les médias européens titrent sur la victoire de la démocratie. En revanche, la presse russe qualifie les événements de coup d’État, qui a renversé un gouvernement légitime et un président démocratiquement élu.
Alors, que s’est-il précisément passé en Ukraine ? Comment, en deux jours, l’équipe du président Viktor Ianoukovitch, qui apparaissait inébranlable, a-t-elle été si brusquement éjectée du pouvoir ?
Explications... * 
 
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Le point de départ de la crise, ce fut le constat, fin 2013, de la nécessité pour l’Ukraine d’obtenir une aide économique substantielle dans le contexte financier désastreux qui minait le pays.
Deux « candidats » se sont proposés d’aider l’Ukraine en lui accordant le prêt sollicité : l’Union européenne, notamment par le truchement du Fond monétaire international (FMI), et la Russie, qui a immédiatement réagi.
« Réagi » ? En effet, car, si la guerre froide a officiellement pris fin en 1992, après le renversement de Mickaël Gorbatchev par Boris Eltsine, qui a sabordé l'URSS et vendu pour trois copecks toutes les entreprises d’État viables à ses amis de la mafia, depuis que Vladimir Poutine a pris en main les rênes de la Confédération de Russie, en 2000, ce dernier a récupéré le contrôle des principales ressources du pays, dont le gaz et le pétrole, par des méthodes policières musclées et parfois illégales, mais qui ont permis d’assigner les mafieux en justice ; le président Poutine a ainsi pu restaurer un embryon de sécurité sociale et, surtout, il essaie de rendre à la Russie un statut de puissance mondiale, d’où, à nouveau, une logique de confrontation face aux États-Unis d’Amérique et à l'OTAN, mais aussi face à l'Union européenne (UE) ; l’OTAN et l’UE, qui ont tous deux grignoté l'ancien espace d'influence soviétique en Europe centrale et s'attaquent désormais à l'espace russe lui-même (Géorgie, Ukraine, etc.).
Cette réaction russe a été sans commune mesure avec ce que proposait l’UE, qui ergotait sur les montants de l’aide, tandis que le FMI conditionnait sa participation au gel des avantages sociaux (pensions de retraites, aides aux familles, bourses d’étude, hausse des salaires…) et des dépenses dans la fonction publique : la Russie a proposé de mettre immédiatement sur la table une aide de 15 milliards de dollars (de loin plus importante que la somme négociée par l’UE), sans condition, et a en outre offert une diminution du prix du gaz de… 30% ! Le gaz russe, une source d’énergie dont l’industrie et les foyers ukrainiens dépendent très largement.
Le principal objectif de Moscou, c’est de convaincre l’Ukraine de renoncer à un rapprochement avec l’UE et d’adhérer à son projet d’Union eurasienne, dont la Russie négocie actuellement les termes avec la Biélorussie et le Kazakhstan notamment. Ce qui satisfait la majorité des Ukrainiens, dont plus de 50%, principalement établis dans la moitié sud-est du pays, la plus peuplée, et dans la péninsule de Crimée, en mer Noire (où sont établies des bases militaires russes), sont très attachés à la Russie.
Le 21 novembre 2013, le gouvernement ukrainien suspend dès lors les négociations avec l’UE, des négociations qui avaient débuté cinq ans auparavant, en vue de créer un partenariat économique entre l’Ukraine et l’UE, par le biais d’un « accord d’association ». Et l’accord avec la Russie sera signé à Moscou, le 17 décembre.
Dans ce laps de temps, appuyée par la diplomatie de l’UE, l’opposition au gouvernement pro-russe du président Ianoukovitch se réveille et mobilise ses troupes, qui manifestent d   ans la capitale, Kiev.
  
Une opposition soutenue par l’Occident.
2002-2004 : c’est la présidence pro-russe de Léonid Koutchma ; Viktor Ianoukovitch est premier ministre.
2004 : élections présidentielles – Léonid Koutchma se retire de la politique ; Viktor Ianoukovitch se présente aux élections et les remporte.
Mais son rival malheureux, Viktor Iouchtchenko, pro-UE, appuyé par l’autre grande figure de l’opposition, Ioulia Tymochenko, prétend que les élections ont été manipulées et appelle à l’insurrection.
C’est la « Révolution orange », appuyée médiatiquement et financièrement par l’UE et les Etats-Unis d’Amérique : plus de 100.000 manifestants envahissent la capitale et portent Viktor Iouchtchenko et Ioulia Tymochenko au pouvoir, mais sans qu’ils aient été élus.
Surpris par les événements, le parti pro-russe ne sait comment réagir.
2006 : élections législatives – Étonnant retournement de situation : les Ukrainiens votent massivement pour la formation de Viktor Ianoukovitch qui remporte le scrutin ; le président Viktor Iouchtchenko est contraint de nommer Viktor Ianoukovitch au poste de premier ministre.
Les pro-russes n’étant plus au pouvoir et ne contrôlant plus l’organisation du scrutin, il est cette fois-ci impossible à Iouchtchenko et Tymochenko de crier à la fraude électorale…
2010 : élections présidentielles – Les élections démentent une nouvelle fois les apparences « oranges » : les Ukrainiens votent en faveur de Viktor Ianoukovitch, qui est élu président ; Ioulia Tymochenko, sa rivale malheureuse, est renvoyée dans l’opposition (elle sera plus tard jugée pour malversations durant son mandat de premier ministre et condamnée à quatre ans de prison ferme).
Les élections ont ainsi renversé tout ce qui avait été imposé à l’Ukraine par la force, lors de la « Révolution orange ».
Une « révolution » qui n’avait rien eu de « spontané », en réalité, et participait au remodelage global de l’ancien glacis soviétique, remaniement que Washington et les chancelleries européennes avaient entrepris en promouvant ces « révolutions de couleur » qui tentaient d’abattre les derniers gouvernements pro-russes, en Serbie, Géorgie, Ukraine, Kirghizistan et, avec moins de succès, en Biélorussie.
Des « révolutions de couleur » qui ont toujours procédé de la même recette : un groupuscule organisateur est mis sur  pied, une cellule, composée d’opposants, financés et soutenus logistiquement (ordinateurs portables, abonnements à internet, téléphones cellulaires, etc.). Formés par des instructeurs, professionnels de la révolution, sous le couvert d’ONG sensées promouvoir la démocratie et les droits de l’homme, telle la célèbre Freedom House, ils arborent une couleur et un slogan simple, qu’il est facile de diffuser.
Le mouvement vise avant tout la jeunesse, aisément mobilisable, et, par un militantisme acharné, centré sur la capitale, donne l’impression que la population est majoritairement favorable au changement.
La « révolution » éclate à l’occasion d’une échéance électorale importante : le pouvoir est accusé de « fraudes massives » et le chef du gouvernement est désigné comme responsable de tous les maux du pays ; il est le seul à être diabolisé, ce qui permet à son entourage de prendre ses distances et de changer de camp tant qu’il en est encore temps...
L’objectif est de concentrer plusieurs dizaines de milliers de personnes en un point symbolique de la capitale, et de donner alors une impression de révolution, que relayeront les médias nationaux et étrangers, amplifiant ainsi le phénomène.
Il va sans dire que cette formule ne peut réussir que dans un contexte démocratique, puisqu’elle nécessite à la fois l’existence de médias indépendants et d’une certaine liberté d’action.
Mais, en Ukraine tout comme au Kirghizistan, le verdict des urnes a eu raison des velléités euro-atlantistes, en rétablissant au pouvoir une majorité pro-russe. 
Exit, donc, la « Révolution orange ».
À Washington comme à Bruxelles, on a grincé des dents… 
2012 : élections législatives - Les Ukrainiens confirment leur choix de 2006 et 2010 en faveur des partis pro-russes et de la formation de Viktor Ianoukovitch, qui renforce ainsi sa position au parlement.
2014 : l’opposition pro-UE remet ça… et les médias européens aussi. Ils titrent à nouveau : « les Ukrainiens se révoltent contre le président Ianoukovitch ».
 
Retour de l’insurrection.
Fort de la légitimité des urnes, le président Ianoukovitch a résisté et a obtenu du parlement ukrainien le vote de pouvoirs extraordinaires pour faire face à cette tentative de déstabilisation du gouvernement.
Mais, en février, parmi les dizaines de milliers de manifestants qui déboulent dans la capitale, Kiev, et bien que ceux-ci soient qualifiés de « pacifiques » par les médias européens, des activistes d’extrême droite, issus de mouvements nationalistes ukrainiens opposés à l’alliance avec la Russie, principalement les groupes paramilitaires du parti néofasciste Svoboda (antisémite et russophobe), venus de la Galicie voisine, dressent des barricades et s’arment de bâtons, de barres de fer et de couteaux pour contrer les offensives des forces de la police qui tentent de les déloger de leurs positions. Des armes à feu et des cocktails Molotov font aussi leur apparition ; et les « manifestants pacifiques » n’hésitent pas à tirer à balles sur les policiers, qui répliquent. Certains groupes encore mal identifiés s’emparent même de plusieurs bâtiments publiques et ministères et prennent des fonctionnaires en otage. Dans les médias européens, on parle de « volontaires de l’autodéfense », victimes des « snipers du gouvernement »…
Cette violence a rapidement provoqué le départ de nombreux manifestants, qui ont déserté le terrain des combats. À partir du 20 février, ne demeurent plus sur la place Maïdan, au cœur de Kiev, qu’une vingtaine de milliers de manifestants armés, selon l’opposition, moins de dix milles, selon le gouvernement (la population ukrainienne se chiffre à près de 45 millions d’âmes).
Pour éviter l’escalade, confronté aussi au bilan des morts et des blessés qui s’alourdit d’heure en heure, le président Ianoukovitch accepte la médiation de l’UE, seule capable d’amener l’opposition à accepter la signature d’un accord.
D’abord hésitants, Vitali Klitschko, Arseni Iatseniouk et Oleg Tiagnibok, les leaders de l’opposition, qui se sont constitués en « Conseil du Maïdan », sont bien obligés d’accepter les propositions de l’UE, leur puissant soutien : la fin des pouvoirs spéciaux (réforme de la Constitution), des élections présidentielles anticipées et la formation d’un nouveau gouvernement, d’union nationale.

Oleg Tiagnibok, le chef du Parti national-socialiste ukrainien (PNSU), parti xénophobe et ultranationaliste... Une formation rebaptisée Svoboda en 2004, dont les milices paramilitaires occupent la mairie de Kiev et en interdisent l’entrée aux fonctionnaires attitrés (les portes d’entrées de la mairie sont désormais ornées de croix gammées et un portrait d’Hitler trône dans la salle du conseil, à côté de celui du collaborateur pro-nazi Stepan Pandera) ; et ce sont les milices du mouvement néofasciste Praviy Sektor, héritières des divisions ukrainiennes de la waffen-SS qui s’étaient battues aux côtés des nazis durant la seconde guerre mondiale, qui assurent le service d’ordre dans le centre de la capitale...   

Le président Ianoukovitch accepte lui aussi les termes de l’accord.
Il croit pouvoir ainsi sortir de la crise sans augmenter l’usage de la force et, certain d’une victoire  par les urnes, pense avoir coupé l'herbe sous le pied de l'opposition.
L’accord est entériné le vendredi 21 février, en présence des représentants allemands et polonais.
   
Coup d’État.
C’est le samedi 22 février que la situation bascule : l’annonce de l’accord ne met pas fin aux heurts qui ravagent le centre de Kiev ; la police, qui a reçu l’ordre de ne plus répliquer aux provocations des émeutiers, bat en retraite ; mais les manifestants armés poursuivent leur action et progressent vers le parlement.
Paniqués par les concessions acceptées par le président et par l’affaiblissement du gouvernement, des députés du parti des Régions (le parti du président Ianoukovitch) quittent Kiev, précipitamment, pour se réfugier dans l’est de l’Ukraine (dans les fiefs pro-russes) ; d’autre tournent casque et essaient de changer de camp en donnant des gages aux leaders de l'opposition, suivis par le chef de la police et plusieurs ministres.
Il devient évident que les accords signés sous l’égide des émissaires de l’UE ont constitué un marché de dupes : pris à son propre jeu, le président Ianoukovitch abandonne lui aussi la capitale et gagne Donetsk, se réfugiant lui aussi en territoire pro-russe.
Appuyé par ceux des députés qui siègent encore dans l’enceinte parlementaire, sous la pression des manifestants armés qui encerclent le bâtiment, Oleksandr Tourtchinov, membre de l’opposition et proche de Ioulia Tymochenko, se fait élire chef du parlement. Le parlement vote aussi, d’affilée, la destitution du président Ianoukovitch et la libération immédiate de Ioulia Tymochenko, qui apparaît sur la place Maïdan et harangue la foule. Elle est suivie par Vitali Klitschko, qui, pourtant signataire de l’accord, s’exclame : « Ianoukovitch a été mis KO ! »
Le coup d’État est consommé.
 Il sera immédiatement avalisé par les gouvernements européens, y compris les signataires des accords du 21 février, qui reconnaissent les uns après les autres la validité des décisions prises par le parlement ukrainien (en réalité par les députés de l’opposition et les quelques députés de la majorité renversée qui n’ont pas déserté l’hémicycle). Le premier ministre polonais, dont le ministre des Affaires étrangères avait apposé sa signature au bas du texte de l’accord de sortie de crise deux jours plus tôt, appelle à « l’incarcération de Ianoukovitch » (sic).
Le dimanche 23 février, ce semblant de parlement désigne Oleksandr Tourtchinov président intérimaire (Ioulia Tymochenko, qui a déjà annoncé sa candidature à la présidence et se réserve pour cette échéance, prévue pour la fin mai 2014, a refusé le poste, de même que celui de premier ministre).
Au-delà du cas personnel du président Ianoukovitch (et quel que soit le degré d’antipathie que génère le personnage), qui a déclaré depuis lors n’avoir plus l’intention de démissionner (son mandat s’achève en mars 2015) et refuser, dans ces conditions, de donner suite aux accords du 21 février, c’est de la souveraineté de l'Ukraine, qu’il s’agit à présent, et de la démocratie ukrainienne. Les putschistes ont en effet déjà exprimé leur intention de résilier l'accord économique et gazier passé avec Moscou pour s'empresser (sans même attendre les prochaines élections promises) de signer l'accord d'association avec l'UE auquel avait renoncé le gouvernement Ianoukovitch, un accord pourtant catégoriquement défavorable à l'Ukraine, tant économiquement que socialement, et très nettement moins intéressant que les offres d'aide russes. On voit pour qui roule la révolution; quelques jours à peine, et les masques sont tombés...
Permettra-ton au président Ianoukovitch de se présenter face à Ioulia Tymotchenko, à l’élection présidentielle prochaine ? Comment la communauté pro-russe va-t-elle réagir à ce nouveau coup de théâtre ? Quelle conséquence l’attitude des chancelleries européennes aura-t-elle sur la crédibilité de l’UE dans ses relations avec les républiques de l’est ? Quelle attitude la Russie (qui a d’emblée suspendu son aide économique) adoptera-t-elle désormais face à l’Ukraine et à l’UE ?
Les élections à venir rétabliront-elles à nouveau une majorité pro-russe à la tête de l’Ukraine ? Et une troisième révolution, soutenue par l’ouest, viendra-t-elle une nouvelle fois renverser le verdict des urnes ?     
   
* Pierre Piccinin da Prata est l'auteur de Iran, 2009. Une révolution colorée ? (Analyse du mouvement contestataire - Framework et clivages du paysage sociopolitique iranien), à paraître aux éditions Dictus.
 
Lien(s) utile(s) : Femmes de Chambre
 
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Par Pierre PICCININ da PRATA
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Syrie/Genève II - Nouveau tournant dans le conflit syrien : Bashar al-Assad reprend la main... (Agoravox, 20 janvier 2014)
 
par Pierre PICCININ da PRATA
Historien – politologue (otage en Syrie - avril à septembre 2013*)
 
À deux jours de l’ouverture de négociations sur la crise en Syrie pour un second tour de table, à Genève, ce 22 janvier 2014, les espoirs d’aboutir à une issue politique sont quasiment nuls. Analyse d’un conflit en perpétuelle évolution… 
  Syrie - Djihad - Alep
   "Il n'y a de Dieu que Dieu" (Alep) - photo © Edouardo Ramos Chalen
 
 
Pierre-46[Photo : PPdP avec une katiba islamiste à Alep, dans le quartier de Karm al-Jabal - © Benoit De Freine]
 
Le conflit syrien, qui n’a cessé de rebondir depuis près de trois ans, d’une révolution timide et pacifique qui s’était soudainement radicalisée et militarisée pour se transformer ensuite en guerre civile et finalement sombrer dans le djihadisme, connaît en ce moment un tournant de plus : forts d’une caution internationale tacite face à la menace croissante de l’islamisme militant, le régime baathiste et son chef, le président Bashar al-Assad, semblent bien décidés à reprendre la main. 
Depuis plusieurs semaines, en effet, la deuxième ville du pays, Alep, poumon économique de la Syrie, est en proie à une recrudescence spectaculaire de la violence exercée par l’armée gouvernementale sur les quartiers tenus par les multiples factions rebelles, qui sont désormais la proie de bombardements massifs et extrêmement destructeurs. Cette reprise de l’offensive vise à enfoncer la ligne de front et à en finir avec le statu quo qui s’était figé depuis juillet 2012. Et ce que d’aucuns appellent déjà la « nouvelle bataille d’Alep » survient alors que le régime, depuis avril 2013, a commencé de reprendre à la rébellion plusieurs positions importantes…    
Abandonnée par les démocraties occidentales, l’Armée syrienne libre (ASL), la composante majoritairement laïque et démocratique de l’opposition armée à la dictature baathiste, a peu à peu cédé le terrain aux mouvements islamistes radicaux nombreux et divers qui ont commencé à faire leur apparition en août 2012 déjà et n’ont cessé de se développer, avec le soutien des monarchies du Golfe.  
Plus récemment, une partie de ces brigades djihadistes se sont fédérées sous la bannière d’un nouvel acteur, l’État islamique de l’Irak et du Levant (EIIL), qui, depuis juin 2013, fort de l’apport de combattants étrangers (Tchétchènes, Nord-Africains, Irakiens, Afghans, combattants venus des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale et des métropoles européennes à forte immigration arabo-musulmane…), a déferlé sur la Syrie et établi un califat indépendant, dans le nord-est, autour de la ville d’ar-Raqqa, avec pour objectif d’étendre la guerre sainte sur tout le monde arabo-musulman et, au-delà, en Espagne, terre médiévale d’Islam, et en Europe.
Toutefois, phénomène spectaculaire, les factions djihadistes demeurées indépendantes se battent aujourd’hui entre elles et plusieurs mouvements islamistes proprement syriens se sont attaqués, sans grand succès cela dit, aux positions de l’EIIL, confirmant le hors-jeu manifeste de l’ASL…
 
Pierre Piccinin da Prata sur France Culture (24 décembre 2013)
"Un nouveau tournant dans la révolution syrienne : le régime reprend la main."
 
C’est donc principalement contre cette lame de fond djihadiste que le régime baathiste se bat à présent, multipliant les succès, conséquences logiques de trois facteurs majeurs constitutifs de la nouvelle conjoncture syrienne :  
Premièrement, la dictature baathiste bénéficie d’un changement d’attitude très sensible de plusieurs États occidentaux, qui commencent à prendre la mesure du danger que constitue la poudrière islamiste syrienne  et, cyniquement, font aujourd’hui le choix de laisser les mains libres au gouvernement syrien pour y faire obstacle.  
Le revirement spectaculaire de Washington est à ce propos très symptomatique, lorsque la Maison banche a renoncé à l’intervention armée dont elle avait pourtant menacé Damas si la « ligne rouge » que constituait l’utilisation d’armes chimiques contre la population était franchie : si le doute persiste sur la responsabilité de l’attaque au gaz sarin qui a eu lieu le 21 août 2013 dans la banlieue damascène d’al-Ghouta (un faisceau croissant de preuves incrimine de plus en plus formellement une faction rebelle), l’empressement du président états-unien Barack Obama d’emprunter la porte de sortie que lui a ouverte le président russe Vladimir Poutine, en proposant la simple mise sous tutelle internationale de l’arsenal chimique syrien, trahit sans équivoque le renoncement définitif de la première puissance mondiale à soutenir un processus insurrectionnel dont l’évolution est de plus en plus problématique.  
La France du président François Hollande, va-t-en-guerre au verbe très haut jusque récemment, a aussi adopté un profil plus bas concernant la Syrie… Et plusieurs gouvernements européens envisagent désormais, si ce n’est déjà fait, de rouvrir leur ambassade à Damas.  
Deuxièmement, si les rangs de l’ASL se sont amenuisés en faveurs des organisations djihadistes, ils se sont aussi fissurés du fait du développement presque systématique d’un phénomène de banditisme qui détourne les miliciens rebelles des objectifs de la révolution. Et il n’est pas rare d’observer des rixes parfois meurtrières entre différentes factions de l’ASL, au sein d’une même agglomération, les combattants se disputant le contrôle de tel ou tel quartier marchand ou industriel pour s’assurer le monopole de l’impôt qu’ils prélèvent sur la population et les commerces encore en activité.  
Cette involution de la révolution a considérablement affaibli l’ASL et a permis au gouvernement syrien de lui reprendre plusieurs villes et villages des gouvernorats de Damas et de Homs, notamment, victoires dont le siège d’al-Qousseyr, entre avril et juin 2013, constitue un exemple significatif. La Syrie occidentale ou « Syrie utile », la partie la plus peuplée du pays, qui va de Deraa et Damas, au sud, à Homs et Hama, au centre, jusqu’à Alep, au nord, est ainsi peu à peu reconquise par le gouvernement de Bashar al-Assad.  
Troisièmement, enfin, l’affaiblissement de l’ASL a également profité aux islamistes de l’EIIL, qui n’hésitent plus à attaquer les brigades de l’ASL pour en enlever les positions, comme Azaz, ville frontière avec la Turquie tenue par l’ASL et conquise en septembre 2013 par les combattants de l’EIIL. Et, à Alep même, les brigades de l’ASL sont régulièrement la cible d’attaques islamistes qui se sont déjà soldées par la mort de plusieurs centaines de miliciens rebelles.
Cette guerre interne à la rébellion, qui oppose les démocrates aux islamistes (hostiles tant à la dictature baathiste qu’à toute forme d’État démocratique inspiré du modèle occidental) et dorénavant les islamistes syriens aux islamistes venus de l’étranger, fait bien évidemment le jeu du gouvernement syrien.
Ce dernier, avec en outre l’appui de milliers de combattants du Hezbollah libanais, peut donc espérer, aujourd’hui, reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire syrien, des villes en tout cas, et poursuit dès lors ses efforts de reconquête, d’où la reprise de l’offensive à Alep.
 
       

Pierre Piccinin da Prata sur France Culture (24 janvier 2014)

"La startégie de la faim..."

 

 

Pierre Piccinin da Prata sur France Inter (26 janvier 2014)

"En Syrie, il y a plusieurs oppositions antagonistes"

 

 

Question à Hala Kodmani - Le Bar de l'Europe

(TV5 Monde - Rtbf-La Trois - 26 janvier 2014)

"Le djihadisme a submergé la révolution syrienne..."

 

Dans ce contexte, il convient de s’interroger sur l’opportunité de réunir à Genève la conférence prévue ce 22 janvier 2014 (« Genève II »), qui a pour ambition de réunir tous les acteurs du conflit syrien autour de la table des négociations, dans le but d’aboutir à une solution politique à la crise actuelle.  
Quels acteurs, en effet, seront-ils présents ?
Le gouvernement du président al-Assad, certainement, qui a beau jeu d’accepter des négociations et joue en la matière « l’interlocuteur responsable », tout en sachant que le processus n’aboutira pas.
La branche politique de l’opposition (les différents mouvements qui constituent la Coalition nationale syrienne – CNS, solidaire de l’ASL) et des officiels de ASL, peut-être, qui sont tous très partagés sur l’opportunité d’accorder ce gain de temps au régime et dont le poids réel, sur le terrain, n’est cela dit plus bien lourd…
Mais, en aucun cas, les islamistes de l’EIIL et des autres mouvements intégristes actifs sur le terrain.
Des négociations n’ont bien évidemment aucun sens pour ces acteurs majeurs du conflit, pour lesquels le renversement de Bashar al-Assad n’est qu’une étape vers un objectif global et qui n’ont pas l’intention non plus de s’entendre avec les démocrates. La guerre sainte, le service de Dieu et la recherche du martyre ne souffrent aucune forme de concession.
Avec qui, dès lors, le gouvernement al-Assad va-t-il discuter à Genève ? Et de quoi ?
La dégénérescence du conflit syrien, dans laquelle les États-Unis et l’Europe ont une lourde responsabilité, a sans nul doute mené la crise à une impasse diplomatique totale. Et ce seront les armes, dès lors, qui départageront le régime et les « Fous de Dieu », les deux seuls protagonistes désormais en lice.
 
Lien(s) utile(s) : Agoravox 
 
*Voir aussi, un bilan historique et analytique de trois ans de conflit en Syrie : SYRIE – Islamismes et banditisme - L’involution de la révolution syrienne  (et les liens proposés sous cet article).
 
 
carte syrie
 
 
 
© Cet article peut être librement reproduit, sous condition d'en mentionner la source
 
 
Par Pierre PICCININ da PRATA
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France - François Hollande : le président, les sondages et la sale guerre… (Le Huffington Post, 13 décembre 2013) - Texte intégral 
 
 
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Portrait journal 2Depuis ses premiers pas à l’Élysée, François Hollande n’a pas désangoissé : sa cote de popularité a dégringolé dans les sondages comme une balle de caoutchouc rebondissant de marche en marche dans un escalier.
 
Celui de Matignon, probablement… Car le baromètre n’y est pas plus au beau fixe : la popularité du premier ministre, Jean-Marc Ayrault, est en chute libre, elle aussi, et l’on commence à chuchoter, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, que, finalement, les Français préféraient Nicolas à François.
 
Lui, le Nico, il en avait ! Il ne s’embarrassait pas de considérations très protocolaires sensées lui donner l’allure d’un véritable chef d’État : le verbe haut et la grammaire très approximative, « Racailles ! » par-ci et « Ta gueule, pauv’ con ! » par-là, puis un petit coup dans l’aile en sortant du Kremlin ou encore le sourire narquois aux dépends de ce vieux brigand de Sylvio, presqu’un incident diplomatique majeur… Il n’eût plus manqué qu’une main au popotin de la Merkel ! En un mot : il était des « nôtres », le Nico !
 
D’aucuns se demandent dès lors ce qui leur a pris, en ce matin-là de mai 2012, lorsqu’ils ont coché sur le bulletin le nom du petit mou un peu rougeaud et à l’air toujours essoufflé… Peut-être, tout simplement, était-ce un pied-de-nez à l’autre, le teigneux colérique, ce qu’il était devenu, à la fin de son mandat, lui qu’un certain PPdA avait « maladroitement » qualifié de petit garçon débarqué dans la cour des grands…
 
En effet, les chantiers ouverts par ce président élu à défaut d’un candidat plus engagé se résument à quelques écrans de fumée, beaucoup de bruits sur des questions sociétales, mais rien (ou si peu) pour lutter contre la désindustrialisation, et rien sur les questions sociales, économiques et financières… Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, était très populaire avant son entrée au gouvernement ; il est aujourd’hui invisible, n’étaient quelques coups de com’, qui n’ont eu pour effet que de trahir plus encore le désaveu dont il a fait les frais.
 
L’action et la composition même du gouvernement sont illisibles : c’est le grand écart entre le ministre de la Justice et celui de l’Intérieur : Christiane Taubira, c’est l’esprit des réformes sociétales de mai 1968, c’est la justice compassionnelle ; Manuel Valls, c’est ce ministre de gauche préféré des gens de droite, partisan des sanctions dures contre les illégaux et les petits délinquants.
 
S’y côtoient des gens aussi éloignés que Benoît Hamon, qui plaide pour endiguer les effets nuisibles du libre-échange, et Pierre Moscovici, un proche de Strauss-Kahn, l’homme du FMI et de la dérégularisation du marché.
 
Les Verts militent aussi bien dans le gouvernement que dans l’opposition ; ils n’épargnent pas le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, porté par le premier ministre lui-même, ancien Conseiller général de la Loire-Atlantique…
 
Chacun n’en fait donc qu’à sa tête : Ayrault proclame la réforme fiscale sans même consulter Moscovici, le ministre de l’Économie et des Finances, qui s’en émeut bruyamment. La cacophonie règne au sein de l’équipe du président.
 
Les classes populaires et moyennes ont ainsi le sentiment que, avec la hausse des impôts, de la TVA notamment, et la désindustrialisation qui mine l’économie française, elles payent la crise provoquée par la haute-finance et les détenteurs du grand-capital, ces milieux perçus comme associés au « pouvoir socialiste ». L’affaire Cahuzac n’a fait que renforcer cette perception.
 
Bref ! François va mal ! Il faut remonter la pente, redresser la barre ! Mais comment ? Parce que, pour dire la vérité, le président n’est pas responsable de la crise : il n’y peut rien. Quoi que…
 
Les vieilles recettes, alors ? Hé, ben, oui… Quand tout va mal en politique intérieure et qu’on n’y peut rien faire, on se détourne vers un petit conflit à l’étranger, une petite guerre à mener rondement ou qui sera de toute façon ficelée comme telle par une presse française qui, à quelques mauvais caractères près, a toujours su où était son devoir : « aux ordres ! » ; et « sous les drapeaux ! »
 
Ça paraît tout couillon, dit comme ça ; mais ça marche à tous les coups ! Ou presque.
 
Rappelez-vous : Margareth Thatcher, la « Dame de fer », championne du néo-libéralisme. Au début des années 1980, quand elle avait décidé de tailler dans la chair, de fermer les charbonnages britanniques et d’abandonner à la misère des milliers de foyers, poussant des régions entières du pays à la révolte.
 
Quand les mineurs descendent dans la rue, « ça rigole pas ! » ; en exagérant à peine, on aurait pu parler de guerre civile…
 
Et, hop ! Le miracle ! L’Argentine réclame et envahit l’archipel des Malouines, ces quelques kilomètres carrés de terre sur lesquels flotte encore l’Union Jack, à trois encablures des rivages sud-américains. Margareth a rassemblé derrière elle la nation outragée et elle a gagné la guerre. Les Anglais ont oublié leurs gueules noires ; les mineurs eux-mêmes se sont oubliés et ont planté des petits drapeaux dans les jardinets des corons, friches industrielles en devenir. Le tour était joué.
 
Ou bien William Clinton (« Bill », pour les intimes), empêtré qu’il était dans le Monicagate. Du nom de cette stagiaire de la Maison blanche qui lui avait fait le plaisir d’une turlutte dans le Bureau ovale. C’était en 1998. Monica s’en était plainte, toutefois ; le président démocrate avait affirmé son innocence, sous serment ; la petit avait alors ressorti sa robe, tâchée du sperme présidentielle, qu’elle avait soigneusement mise de côté ; et la majorité républicaine du Congrès avait exulté et demandé la tête de Bill qui, pour éviter le vote de « l’impeachment », sa destitution, prétexta d’une violation par Saddam Hussein des accords internationaux pour balancer quelques bombes sur l’Irak. On ne destitue pas le chef du pouvoir exécutif lorsque les États-Unis sont en guerre…
 
Ainsi, l’occasion a fait le larron : lorsque des islamistes fanatiques encouragés par la chute de Mouammar Kadhafi en Libye ont fait alliance avec les indépendantistes du désert touareg et que tout ce petit monde a en outre menacé les gisements d’uranium nigériens exploités par le puissant groupe français Areva, François a remercié le ciel et, devenu chef de guerre, a dépêché l’armée au Mali.
 
Dans les quotidiens de l’Hexagone, on a écrit les mots « victoire » et « droits de l’homme ». On a minimisé la résistance d’une guérilla qui s’accroche et frappe quotidiennement. On a très peu évoqué les massacres perpétrés par l’armée malienne contre les populations arabe et touarègue, sous les yeux, fermés, des forces françaises. La presse a préféré parler de quelques exactions « isolées » ; surtout pas « d’épuration ethnique », ni de « charniers ».
 
Je les ai pourtant vus, ces massacres, ces charniers, les fosses communes creusées dans le sable des dunes, tout autour de Tombouctou… Je les ai vus, les corps décharnés. Celui du vieil Ali. De lui non plus, la presse française n’a pas parlé (lire : MALI - Grand-reportage : L'illusion malienne).
 
Que du bonheur pour François ? Non ! Il y a eu le gros cassage à propos de la Syrie, une autre guerre...
 
« Quoi qu’il arrive, je ne change pas de cap au grès des sondages. Les Français sauront reconnaître la stabilité, le calme, le sérieux », aurait déclaré le président Hollande. En effet, il ne change pas la politique de la France initiée par son prédécesseur : fiscalité à l’avantage des nantis (qui, sans cela, pourraient « se sauver à l’étranger ») ; soutien inconditionnel à Israël ; et interventionnisme en Syrie pour complaire aux investisseurs qataris.
 
Du Nicolas Sarkozy tout craché !
 
Mais, la Syrie, ce n’était pas pour plaire au grand-frère d’outre-Atlantique : à Washington, Obama n’a jamais voulu de cette guerre inutile. Il a toujours reculé. Et, lorsque la « ligne rouge » a été dépassée, lorsque le régime syrien a été accusé d’avoir utilisé des armes chimiques contre sa propre population, Barack, pour ne pas devoir frapper, s’est engouffré dans la porte de sortie que lui ouvrait Vladimir depuis Moscou : on mettra l’armement chimique syrien sous tutelle internationale ! « C’est bien trouvé, ça ! Ouf ! » Et Barack Obama, qui avait oublié de prévenir l’Élysée de son brusque revirement, de laisser le petit François gesticuler, tout seul, sans plus aucun appui. « Zut, alors ! La Syrie, ç’aurait été pas mal ! On en avait bien pour quelques années ! »
 
Mais une bonne fée s’est penchée sur le berceau de ce gros bébé joufflu : l’Afrique a toujours été un très vaste terrain de jeu pour la France. Il y a de l’espace ; on n’y manque pas d’air non plus : « La France vient défendre la dignité humaine ! » ; « Il était temps d’agir, pour empêcher le carnage ! »
 
La Centrafrique, c’est moins spectaculaire, mais on fera avec… Ah ! Il est content, le François ! Il fallait l’entendre, à Bangui, lyrique !
 
Dis, François ! Et ton électorat socialiste ? La vieille gauche (comme la nouvelle, d’ailleurs, réveillée par la crise qui s’éternise) ? Ne l’entends-tu pas regimber et grogner ? S’ils t’ont élu, ces gens-là, « la base », c’est pour que tu dames enfin le pion aux chantres du marché à tout va et pour que tu jugules les velléitaires de la financiarisation de l’économie européenne ! Européenne, oui ! La France ne devait-elle pas montrer l’exemple… et les dents ? Et, toi, tu vas courtiser les centristes… Tu l’avais dit, pourtant : « Mes promesses, je les tiendrai ! »
 
Tombés, main dans la main, à moins de 20% de soutien de l’opinion publique, François Hollande et Jean-Marc Ayrault font désormais figure de polichinelles : les sondages ne valent pas élections, bien sûr ; mais qu’en est-il de leur légitimité à gouverner encore ?
 
Si la guerre en Centrafrique n’arrange pas un peu les bidons, il faudra changer son fusil d’épaule : à n’en pas douter, on pourrait bien humer quelques relents de remaniement.
 
Rue de Solferino, à Paris, deux éléphantes se frottent déjà les mains. Martine ronge son frein et l’ex-petite copine du président se verrait bien jouer la revanche, dit-on…
 
« Il est où, l’avion !? »
 
 
 
Lien(s) utile(s) :  Huffington post
 
 
 
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Par Pierre PICCININ da PRATA
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