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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
CONFÉRENCE - UKRAINE :  Un cas de guerre froide

CONFÉRENCE

 

UKRAINE

Un cas de guerre froide

 

par

Bruno J. DE CORDIER

Professeur de Sciences politiques à l'Université de Gand

(Department of Conflict and Development Studies)

et

Pierre PICCININ da PRATA

Reporter de guerre

Rédacteur en chef du Courrier du Maghreb et de l'Orient

 

 

Jeudi 8 décembre 2016 - 20h00

Musée Wellington

Chaussée de Bruxelles, 147 - 1410 Waterloo

Entrée libre - Réservation obligatoire :

Lucien.Cecille@belgacom.net

(: 02 385 22 14

 

 

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

La Bataille d'Alep, Chroniques de la révolution syrienne

Un documentaire de Pierre Piccinin da Prata et d'Edouardo Ramos Chalen

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Islam – Soufisme - Entretien (3/5) : "Les Musulmans sont en déphasage par rapport à l'humanité"
    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, octobre 2016) 
        
 

     

Dans ses éditions précédentes, Le Courrier du Maghreb et de l’Orient a donné la parole aux islamistes fondamentalistes, aux Salafistes, partisans d’une lecture littérale du Coran et d’un « Islam authentique ».

Ces différents entretiens ont suscité de très nombreuses réactions au sein de la communauté des Musulmans « modérés », et dans le milieu du Soufisme notamment, très opposé aux thèses salafistes et à leur lecture d’un Coran qui, notamment, autoriserait la violence (le djihad armé) comme moyen licite de promouvoir et de répandre l’Islam.

Pour en débattre, Pierre Piccinin da Prata a engagé le dialogue avec Saïd Djabelkhir, journaliste algérien, chercheur en sciences islamiques et spécialiste du Soufisme.

Troisième partie de cet entretien, dont le premier volet a été publié dans l’édition de juillet-août 2016 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

 

PPdP – « Le Coran ‘parle’ à travers nous, pas à travers Dieu. » Ne serait-ce pas plutôt que Dieu nous a parlé directement, au Prophète du moins, qui nous a fidèlement transmis le message, lequel a été consigné dans le Coran ? Décidément, les Salafistes me semblent faire preuve d’une rigueur et d’une logique plus exactes au regard du Coran ; et ce tant en ce qui concerne le processus de transmission du message qu’en ce qui concerne la mise en œuvre de  ce qu’il prescrit… Et j’insiste à mon tour : si les doctrines se heurtent et s’entrechoquent, ce n’est pas parce que le Coran est ésotérique ou serait imprécis, mais parce que d’aucuns, pour des raisons diverses et nombreuses (souvent politiques ou économiques et peu avouables), ont voulu lui faire dire ce qu’il ne dit pas, au-delà du sens simple et intelligible du message délivré. Il en va de même de toutes les religions, de la loi de Moïse, qui est d’une limpidité exemplaire, ou du message de Jésus-Christ, que des clercs ont trituré dans tous les sens pour justifier l’injustifiable, comme par exemple saint Augustin, la « guerre juste »…

Si je puis reformuler ainsi ma question : l’idjtihad ne doit pas être imposé au Coran pour adapter la parole de Dieu à la société comme elle va ; ce devrait être le contraire : ce devrait être la société qui devrait subir une forme d’idjtihad, pour devenir conforme à la loi de Dieu… Si je prends l’exemple de la prière… Le respect des cinq prières quotidiennes est une des règles fondamentales de l’Islam. Le Coran ne présente aucune ambiguïté à ce propos (pas plus qu’en ce qui concerne le châtiment réservé par Dieu aux voleurs… par exemple… la main coupée…). Pourtant, nombreux sont les Musulmans « modérés » qui ne respectent pas cette règle absolue des cinq prières quotidiennes… Et qui justifient leur attitude en prétextant de la modernité et des impératifs de la vie en société au XXIème siècle… Vous admettez donc que, par l’idjitihad et au regard de la modernité, ce pilier de l’Islam pourrait être abrogé ?

S. DJABELKHIR - Dieu ne nous a pas « parlé directement » comme vous le dites ; il ne l’a fait avec personne. Même au Prophète, il n’a pas « parlé directement » ; il lui a « parlé » à travers l’archange Gabriel. Dieu a transmis un message à l’archange Gabriel, qui l’a transmis à son tour au Prophète.

Mais il y a une chose très importante... Lire la suite...

 

 

 

 
 
 
© Cet article peut être librement reproduit, sous condition d'en mentionner la source

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

MONDE ARABE - La démocratie et l'Islam sont-ils compatibles?

(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Octobre 2016)

La démocratie et l’Islam sont-ils compatibles ?

Une question éculée ? Certes… Mais a-t-elle jamais reçu une réponse satisfaisante ?

Cinq années après le bref espoir tremblant d’un printemps passé…

Alors que la Syrie et l’Irak, à feu et à sang, n’ont pas fini de descendre aux Enfers… Alors que la Libye et le Mali (à sa suite) implosent… Alors que l’Égypte vit désormais sous les bottes et les verrous d’une tyrannie militaire impitoyable… Alors que le Yémen manifeste une disposition à disparaître de la carte du Monde… Alors que la Tunisie –même si certains observateurs ne s’en sont pas encore très bien rendu compte- est rattrapée par les démons de l’ancien régime et gangrenée par les velléités islamistes de tout poil…

L’histoire récente n’aurait-elle pas rendu son verdict ?

Mais peut-être faut-il formuler autrement la question…

L’Islam a-t-il la vocation –comme ce fut le cas du Christianisme- de produire la démocratie ?

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Are democracy and Islam compatible?

A much addressed question? For sure… But has it ever been answered in a satisfactory way?

Five years after the brief but vibrant shaking of a past spring…

As Syria and Iraq, burning and bleeding, have not completed their descent into hell… As Libya and Mali (subsequently) implode… As Egypt now again lives under the boots and the stick of a merciless military tyranny… As Yemen manifests a disposition to disappear from the world map… As Tunisia is caught up again with the demons of the old regime and gangrened by Islamist velleities – even if some observers have not quite understood…

Has recent history not given its answer to the question?

Perhaps the question is better phrased differently…

Does Islam have the vocation – as was once the case of Christianity – of producing democracy?

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الإسلام والديمقراطية، هل هما متوافقان؟

نعرف أن هذه القضية قد أُشبعت بحثاً لكن هل تم تقديم جوابٍ كافٍ ووافٍ لها؟

سؤال يعود اليوم بعد خمس سنوات على بداية الأمل الكبير الذي خلقه الربيع الذي أصبح من الماضي، فهذه هي الحصيلة : نار ودماء في سوريا والعراق الذين يستمران في النزول إلى الجحيم. ليبيا ومن بعدها مالي انفجرتا، فيما تعيش مصر تحت حكم العسكر وخلف أقفال طغيان عسكري لا يرحم... اليمن في طور الإختفاء عن خارطة العالم وتونس عادت إلى حكم شياطين النظام القديم وقد تفشت فيها نزعات الإسلام السياسي من كل حدب وصوب، مع أن بعض المراقبين لم يدركوا ذلك بعد.

إذن، أَلم يُطلق تاريخ العهد القريب حكمه؟

لكن هل يمكننا صياغة السؤال السابق حول الديمقراطية والإسلام بطريقة مختلفة؟ هل مهمة الأخير، كما كان الحال مع المسيحية، أن يُنتج الديمقراطية؟ أو بالعكس، هل أنتج هذا الدين الذي وُلد في بوتقة الضراوة البدوية لشبه الجزيرة العربية مبدأ الإكراه السياسي؟ هل يشكل كل من الخليفة والنظامين الملكي والديني الإنبثاق الطبيعي للنص القرآني القاسي والمتشدد الذي لقنه النبي محمد الذي كان هو نفسه سيداً قوياً غلى شعب خاضع؟ 

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Attentats de Bruxelles - Interview (Le Temps d’Algérie – 23 mars 2016)

Attentats terroristes à l’aéroport de Bruxelles et dans le métro de la capitale belge. Interview avec Pierre Piccinin da Prata, Rédacteur-en-chef du mensuel Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, expert du conflit syrien.

Thanina Benamer (Le Temps d’Algérie) - Certains médias parlent d'une réaction suite à l'arrestation de Salah Abdeslam. Qu'en pensez-vous ?

Pierre Piccinin da Prata - Les nouvelles attaques qui ont frappé la Belgique, ce mardi 22 mars, n'ont certainement rien à voir avec une « réaction » à l'arrestation de Salah Abdeslam. Contrairement à ce que l'on a immédiatement entendu partout dans les commentaires de presse...

Salah Abdeslam a trahi l'État islamique en abandonnant sa mission : il ne s'est pas fait sauter dans les attaques de Paris, mais a abandonné sa charge explosive et s'est enfui. On peut même supposer qu’il se cachait autant des forces de polices que des djihadistes de l’État islamique certainement encore présents à Bruxelles ; c’était un homme traqué par tous. Il n’y a donc pas eu de « vengeance » ou de « réplique » suite à son arrestation.

Sérieusement, il ne faut pas donner trop d'importance à Salah Abdeslam. C'était un petit exécutant qui ne doit pas avoir beaucoup d’informations en sa possession, d’autant moins si l’on considère le principe de cloisonnement de l'information et de la chaîne de commandement qui prévaut dans l'organisation de l'EI. Il n’était manifestement pas assez entraîné et a paniqué au moment de passer à l’action.

Il s'agit donc manifestement d'une opération programmée depuis un certain temps déjà et qui a suivi son cours normal. Ce type d’attaque, multiple et coordonnée, ne s’improvise pas. Il nécessite des artificiers expérimentés, un long repérage du terrain et des habitudes des agents de sécurités qui y sont actifs… Il faut aussi prendre en considération la logistique que cela exige, et également la préparation psychologique et l’entraînement des exécutants.

Peut-être l’opération a-t-elle été avancée de quelques jours… On pense en effet aux départs massifs en vacances prévus vendredi, trois jours plus tard (en Belgique, à la fin de cette semaine, c’est le début des vacances de la fête de Pâques). Et il est plausible que l’opération était prévue pour vendredi ou samedi ; le hall de l’aéroport aurait été bondé de familles et on imagine l’effroyable massacre qui aurait eu lieu alors…

Si cette hypothèse était avérée, l’opération aurait donc été précipitée, probablement à la suite des différentes perquisitions menées à Bruxelles depuis deux semaines, dont une a permis l’arrestation de Salah Abdeslam. Mais ce serait le seul lien entre les attaques et cette arrestation.

Thanina Benamer - Vous dite que l'attentat est prémédité. Pensez vous que d'autres actes similaires pourraient êtres exécutés ?

PPdP - C'est toujours possible ; et c’est très logique dans la conjoncture dont il est ici question. Le mode opératoire de l'EI, c'est d'avoir infiltré les métropoles européennes avec des cellules indépendantes, autonomes. Ce n'est pas parce qu'on arrête une cellule qu'on peut identifier les autres. Elles restent en stand-by et s’activent sur ordre.

Ainsi, on peut s’attendre à ce que la campagne d’attaques de l’EI se poursuive. En France, en Belgique et ailleurs… Il faut arrêter de croire que ces attaques à répétition, à Paris, à Tunis, à Bruxelles, etc., ne sont que des actes isolés et réalisés par des loups solitaires. L’attaque djihadiste sur la ville tunisienne de Ben Guerdane, frontalière avec la Libye où l’EI a pris une ampleur considérable, comme les attaques de Tunis et de Sousse, comme les deux attaques de Paris, toutes ces attaques n’ont pas lieu au hasard.

Je l’avais déjà exprimé, en janvier 2015, au moment du premier attentat de Paris, contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo : la plupart des médias et des politiques européens s’étaient mis la tête dans le sable et le leitmotiv était qu’il s’agissait d’une attaque isolée, organisée par deux jeunes paumés radicalisés, contre « la liberté d’expression ». Bien entendu que non ! Les autres cibles qui avaient immédiatement été attaquées, des intérêts israéliens et des agents des forces de l’ordre, indiquaient sans ambiguïté qu’il était question d’une première attaque de l’EI contre la France, militairement engagée en Irak contre les djihadistes.

Thanina Benamer - Peu-t-on dire que des communes bruxelloises, Molenbeek notamment, sont devenues un lieu d’accueil du radicalisme salafiste ?

PPdPPas plus que d’autres lieux en Europe où se concentre une forte immigration arabo-musulmane…

C’est une polémique médiatique absurde.

La presse focalise sur Molenbeek et sur la Belgique parce que les attentats de Paris, qui ont été très médiatisés, ont été commis en partie par une cellule djihadiste basée dans cette commune.

Mais d'autres cellules sont certainement implantées dans d'autres pays, dans d'autres villes. Pour preuve : tous les djihadistes qui partent en Syrie ne proviennent pas de Molenbeek.

Thanina Benamer - Comment a-t-on pu commettre un tel attentat dans un aéroport sensé être sécurisé ?

PPdPCe que je vais dire pour répondre à votre question ne doit pas être mal interprété…

Il est un fait que, dans les capitales européennes, beaucoup d’emplois subalternes et souvent mal rémunérés (services techniques, entreprises d’entretien, sous-traitance de la sécurité par des sociétés de vigils, etc.) sont occupés par des personnes issues de l’immigration, et désormais de l’immigration arabo-musulmane. C’est particulièrement le cas dans le contexte d’activités d’un aéroport international. Il est donc très facile, pour des réseaux djihadistes, de patiemment tisser leur toile au cœur de ces populations au sein desquelles vivent des individus « prédisposés » à entendre un message islamiste et de recruter parmi le personnel de ces sociétés, qui ont accès à des espaces sécurisés.

Mais, cela étant dit, plus simplement, n’importe qui peut emprunter le métro ou prendre un taxi à partir de n’importe quelle adresse dans Bruxelles et se rendre tout à fait normalement à l’aéroport et accéder au hall des départs, là où les explosions ont eu lieu.

Thanina Benamer - Bruxelles était déjà ciblé par des menaces d'attentat de Daech, selon les autorités belges elles-mêmes. Alors, peut-on parler d’un manque de vigilance ?

PPdPProbablement serait-il temps, pour les aéroports européens de grande envergure, d’étendre les contrôles de sécurité aux entrées des installations, alors qu’elles ne sont actuellement limitées, dans la plupart des cas, qu’aux accès aux terminaux.

En cela, vu le contexte international lié aux activités de l’EI qui prévaut depuis plus d’un an, on peut se demander si un aéroport comme Bruxelles-National n’aurait pas dû être mieux équipé… Je voyage personnellement très régulièrement dans les pays du Maghreb et au Proche et au Moyen-Orient ; on n’y accède jamais aux aéroports sans passer d’abord par une série de contrôles (des fouilles ou des portiques de sécurité) qui ont souvent lieu à des check-points extérieurs aux installations aéroportuaires.

Mais probablement l’Europe n’a-t-elle pas encore pris pleinement conscience de la situation de guerre dans laquelle elle s’enfonce. Les populations européennes et leurs gouvernements sont habitués à regarder les guerres du Moyen-Orient sur leur écran de télévision, bien à l’abri… Des guerres que les États occidentaux ont parfois provoquées, mais par lesquelles leurs citoyens ne se sentent pas réellement concernés…

Certes, plusieurs pays européens ont déjà connus des attentats. Ce fut le cas de la France, dans le contexte de la guerre d’Algérie ; mais c’était la guerre, et il y a longtemps. Ce fut le cas de l’Espagne ou de la Grande-Bretagne ; mais il s’agissait d’opérations très conjoncturelles, menées par al-Qaeda, en l’occurrence.

Cette fois, l’Europe doit prendre la mesure de ce qui se passe : il s’agit d’une guerre et d’un processus de long terme. Alors, oui, il faudra s’habituer à cette situation de guerre asymétrique, et développer la vigilance.

Thanina Benamer - Quelle est la responsabilité des autorités belges pour assurer la sécurité des citoyens ? Faut-il s'attendre à de lourdes sanctions ?

PPdPÀ décharge des services de renseignement et de sécurité belges, je dirais qu’il s’agit là d’une autre polémique purement « médiatique » et qui n’a pas beaucoup de sens.

Pour être concret : au moment des seconds attentats de Paris, j’ai entendu un responsable de la DGSI, la sécurité intérieure française, vociférer sur une radio parisienne contre « l’incapacité » des forces de l’ordre belges. Il expliquait que, si la Belgique autorisait la France à déployer une antenne de ses services de renseignement à Molenbeek, il n’y aurait plus d’attaques terroristes… C’est ridicule ! C’est surtout un moyen pour les autorités françaises de se dédouaner auprès de leur opinion publique. La France a connu d’autres attaques djihadistes, dans les années 1990’ notamment, dont les promoteurs n’étaient nullement liés à la Belgique.

La réponse à votre question, c’est qu’il est extrêmement difficile pour des services de renseignement d’anticiper une attaque ciblée de ce type. Il faudrait avoir eu ce qu’on peut appeler un coup de « chance ». Par exemple, disposer, parmi les indicateurs recrutés dans les milieux islamistes, d’une personne qui a été approchée par la cellule terroriste et a ensuite pu l’infiltrer et transmettre les informations utiles sur la préparation de l’attaque. Comment, sans cela, à l’échelle d’un territoire aussi vaste que ceux de nos grandes métropoles, les services de sécurité pourraient-ils repérer des individus en train d’organiser ce genre d’opération ?

Le principe d’action des agents djihadistes, c’est précisément de passer inaperçu ; jusqu’à se raser la barbe, aussi simplement que cela, et cesser de fréquenter la mosquée, pour ne pas attirer l’attention, d’aucune manière ; certains consomment même ostensiblement de l’alcool, pour brouiller les pistes (c’est permis, si c’est dans le cadre du djihad). Ils vivent « normalement », comme des centaines de milliers d’autres citoyens d’origine arabo-musulmane, voire d’individus de type européens convertis, dont les activités sont encore plus difficiles à repérer.

En outre, si les chefs et les recruteurs peuvent parfois être soupçonnés -car il s’agit assez régulièrement d’individus qui se sont rendus en Syrie, en Irak, au Yémen…-, les exécutants le sont d’autant moins que les cellules n’ont pas de contact entre elles et que la communication passe rarement par les moyens électroniques, mais le plus souvent par la poste ou par des contacts personnels indirects impliquant parfois de nombreux intermédiaires.

Des sanctions à l’égard des services de sécurité, dans ce contexte, seraient malvenues ; et, si elles émanaient des politiques, n’auraient pour effet que de démontrer leurs soucis, dans ce cas également, de se dédouaner aux yeux de leur électorat en lui désignant des boucs émissaires.

Lien utile : Le Temps d'Algérie

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Chérif Abdedaïm (La Nouvelle République) - Par une cruelle ironie du sort, les rebelles de Daech étaient jusqu’à tout récemment présentés comme « des combattants de la liberté de l’opposition » en Syrie, dévoués au « rétablissement de la démocratie » et au renversement du gouvernement laïc de Bachar al-Assad. Comment expliquer le fait qu’aujourd’hui Daech est dépeint comme l’ennemi des États-Unis et du monde Occidental?

Pierre Piccinin da Prata - Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation selon laquelle l’État islamique –dénommé « l’État islamique en Syrie et en Irak », à l’origine- aurait à un certain moment été considéré comme un élément de « l’opposition démocratique » en Syrie. Si Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, a pu dire qu’al-Nosra « faisait du bon boulot » (probablement par ignorance des réalités du terrain), n’oublions pas que, très tôt, les États-Unis ont placé al-Nosra sur la liste des organisations terroristes.

Pour ma part, en tout cas, j’ai toujours fait la distinction entre : d’une part, l’Armée syrienne libre (l’ASL), les rebelles laïcs et démocrates que j’ai rencontrés pour la première fois à Homs, en décembre 2011, là où la rébellion armée commençait effectivement à cette époque déjà, et, par la suite, dans plusieurs autres gouvernorats de Syrie, à maintes occasions, et à Alep en particulier, le fief principal de l’ASL, où j’ai réalisé plusieurs reportages, en juillet et août 2012 notamment, en tant que correspondant du journal belge Le Soir. Et, d’autre part, les factions islamistes, qui ont commencé à s’imposer dans le conflit syrien dès la fin de l’été 2012, et dont j’avais pu constater la prédominance, devenue incontestable, à partir de novembre 2012. J’avais notamment eu l’opportunité d’accompagner sur les lignes de front des katiba (brigades) de Jabhet al-Nosra (disons la « branche syrienne d’al-Qaeda », même si la structure d’al-Nosra est certainement plus complexe et nébuleuse en réalité) et d’Ahrar as-Sham, par exemple… Des mouvements moins radicaux aussi, comme al-Farouk, que j’avais rencontré à Idlib, en janvier 2013, et Liwa al-Towheed, avec les combattants duquel j’avais passé plusieurs semaines à Alep… Ceci pour dire que la rébellion est très plurielle et qu’il faut être précis si l’on veut en appréhender les composantes.

En réalité, je crois que l’on peut même parler de plusieurs rébellions, qui s’opposent parfois les unes aux autres et se combattent : les islamistes d’al-Nosra se sont divisés et certains combattent aujourd’hui l’État islamique, tandis que d’autres en ont rejoint les rangs; al-Nosra s’est souvent attaqué à l’ASL, qui combat aussi, régulièrement, contre l’État islamique…

Il faut donc bien dissocier l’ASL –ou, du moins, le peu qu’il en reste- des islamistes et, en particulier, de l’État islamique.

Les combattants de l’ASL sont, de mon point de vue, les seuls démocrates, de véritables démocrates. Je les ai assez fréquentés pour en témoigner.

Hélas pour le peuple syrien, ces démocrates n’ont reçu aucune aide, d’aucun État, pas même de l’Occident (ou, vraiment, si peu); alors que les islamistes d’al-Nosra et de l’État islamique ont été soutenus par de riches hommes d’affaires wahhabites issus des monarchies du Golfe, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït… Par la Turquie, aussi, qui appuie aujourd’hui encore l’État islamique dans le cadre d’une politique pro-sunnite et néo-ottomane absolument folle… Les islamistes ont ainsi pu s’armer, profitant du trafic en provenance de Turquie, du Liban, d’Irak, et monter en puissance, attirant à eux de nombreux combattants de l’ASL découragés, qui se sont alors islamisés.

Le basculement dans le rapport de force entre l’ASL et les islamistes a eu lieu à la fin de l’année de 2012 déjà; et, au printemps 2013, l’avènement de l’insurrection islamiste en Syrie était consommé. Et l’on peut dire que, désormais, le conflit syrien se résume en une lutte à mort entre le régime du président al-Assad et ces factions islamistes qui, pour la plupart, se sont regroupées sous la bannière noire de l’État islamique.

Les Occidentaux, qui sont aujourd’hui directement menacés par l’idéologie antioccidentale et expansionniste de l’État islamique, commencent d’ailleurs à le comprendre fort bien; et même la France de François Hollande, très « amie » du Qatar et de l’Arabie saoudite et qui a vertement fustigé le régime syrien depuis 2011, est à présent obligée de revoir sa politique et de reconnaître que, sur le terrain, la seule force capable de faire barrage à l’État islamique, c’est l’armée régulière syrienne.

Ch. Abdedaïm (LNR) - Les milices de Daech, qui sont actuellement la cible présumée d’une campagne de bombardements des États-Unis et de l’OTAN en vertu d’un mandat de « lutte contre le terrorisme », ont été et sont toujours soutenues clandestinement par les États-Unis et leurs alliés. Ne s’agit-il pas là d’une contradiction ?

PPdP - À ma connaissance –et pour avoir été sur le terrain des opérations plus qu’à mon tour-, ni les États-Unis ni aucune puissance occidentale n’a jamais soutenu l’État islamique. Mais leurs alliés du Golfe, par contre, certainement.

Il ne faut pas exagérer ni les intentions ni le rôle des États-Unis dans le conflit syrien –ni non plus, d’ailleurs, en général, dans les événements de ce que l’on a appelé le « Printemps arabe » : Washington a été surprise par ces événements et prise de court, comme l’illustre parfaitement la « révolution » égyptienne et les tergiversations concernant le sort de Moubarak, finalement lâché, au dernier moment, en faveur des Frères musulmans qui s’étaient imposés face à l’armée; les États-Unis n’avaient rien vu venir, rien préparé, et, lorsque les événements se sont précipités, la Maison blanche a réagi au coup par coup, maladroitement parfois, comme ce fut aussi le cas en Tunisie. Ainsi, dans le cas de la Syrie, les États-Unis n’ont jamais eu de plan pour renverser le régime baathiste; c’est pourquoi ils n’ont pas soutenu l’ASL. Leur objectif était plus modestement d’affaiblir le régime syrien, à la faveur de la révolution, et de l’amener progressivement à infléchir sa politique pro-russe et pro-iranienne. Par ailleurs, Washington n’a pas non plus vu venir la vague islamiste; si cela avait été le cas, il est certain que les États-Unis auraient appuyé davantage les rebelles laïcs.

La position la plus ambigüe, dans cette problématique, c’est celle de la Turquie. Ankara ambitionne de redevenir le pivot du monde sunnite, de reprendre au Caire cette position centrale. C’est pourquoi l’AKP d’Erdogan a systématiquement soutenu les révolutions islamistes : Ennahdha en Tunisie, les Frères musulmans en Syrie et en Égypte… Erdogan n’a d’ailleurs pas encore réussi à avaler le renversement de Mohammed Morsi par le coup d’État militaire du maréchal al-Sissi.

Cette politique turque est non seulement ambigüe, mais elle est aussi devenue absurde : les Frères musulmans, par exemple, ont échoué partout; et la politique d’Erdogan en la matière ressemble à une course folle et désespérée… Qu’attend-il de son soutien à l’État islamique? Ankara lui achète clandestinement son pétrole (avec l’aide, par ailleurs, de la faction kurde PDK de Barzani, le président de l’autorité kurde autonome d’Irak, qui laisse le pétrole transiter depuis l’État islamique, à travers le Kurdistan irakien, jusqu’en Turquie). Ankara aide aussi l’État islamique militairement, contre les Kurdes et les milices chrétiennes de Syrie, notamment, comme j’ai pu le constater cette année lors d’un reportage dans le nord-est de la Syrie : des cargaisons d’armes continuent d’affluer de Turquie à destination de l’État islamique, avec la bénédiction des services secrets turcs, et la Turquie fournit aussi une aide logistique aux combattants de l’État islamique, des faits bien documentés qui impliquent sans aucun doute qu’il existe une coordination militaire entre la Turquie et l’État islamique.

J’ignore exactement ce que la Turquie espère retirer de cette politique, mais il est certain qu’elle joue avec le feu… L’État islamique n’a idéologiquement aucune affinité avec l’islamisme « modéré » promu par l’AKP.

Ch. Abdedaïm (LNR) - Peut-on adopter une posture morale lorsqu’il s’agit de Damas et fermer les yeux sur ce que font Doha et Ryad ?

PPdP - C’est bien évidemment une question d’argent… Et c’est tout l’art, en politique internationale, de défendre tout et son contraire en gardant son sérieux.

Ce n’est pas moi qui défendrai la dictature syrienne; mais je ne le ferai pas plus des monarchies absolues qui gouvernent dans le Golfe. Les ONG de défense des Droits de l’Homme n’ont de cesse de dénoncer les violations des droits humains qui se succèdent dans ces pays. Et, bien évidemment, le financement des organisations islamistes sunnites par ces gouvernements est de notoriété publique… Des organisations qui pratiquent le terrorisme et tuent des citoyens en Occident et dans le Maghreb.

Mais peut-être les choses commencent-elles à changer.

Je ne fais pas ici allusion à la politique de l’Arabie saoudite, qui avait abandonné les Frères musulmans en Égypte pour soutenir al-Sissi; la politique de Ryad est en effet en train de s’inverser à nouveau, depuis l’accession au trône du nouveau roi et le remaniement complet de l’équipe du palais qui, face à l’Iran qui gagne des points au Yémen, en Syrie et en Irak, a décidé de revenir à sa politique de soutien des Frères musulmans et aussi du terrorisme islamiste.

Je parle de la position de Washington, qui commence à frapper du poing sur la table : Obama a déjà mis les points sur les i à Erdogan, qui, durant un temps, avait même refusé l’utilisation des aéroports militaires turcs aux avions de la coalition internationale déployée contre l’État islamique. Washington est également en train de se montrer plus ferme avec son allié saoudien.

La menace que constitue l’État islamique est devenue plus lourde de conséquences que le maintien des bonnes relations avec Ryad -qui pèsent d’autant moins que Washington est en train de trouver un terrain d’entente avec Téhéran.

Ch. Abdedaïm (LNR) - On dit souvent qu’on ne combat pas une maladie en s’attaquant aux symptômes, mais bien en éliminant les causes ou le substrat. Vouloir apporter une solution au problème sans dénoncer le rôle essentiel que jouent ces États (l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, trois alliés majeurs de l’Occident, des États-Unis et de la France) qui soutiennent l’EI est absolument vain. C’est une fuite en avant irresponsable de la part de ces trois pays qui voient leur stratégie contrée par l’entrée en jeu de Moscou. Face à cette situation peut-on réellement éradiquer Daech ? Et si oui, comment ?

PPdP - Militairement, l’action déterminée de la Russie est essentielle; de même que l’intervention de l’Iran de plus en plus présent en Irak.

D’un autre côté, les attentats de Paris ont provoqué un électrochoc en Occident, qui a débouché, non seulement, sur un rapprochement désormais officiel avec Moscou, même de la part de la France, mais aussi sur une prise de conscience, qu’il est devenu impératif de faire concrètement la guerre à l’État islamique, que l’État islamique n’est pas seulement un problème arabe, qui se limiterait au Moyen-Orient, et qu’il faut dès lors déployer les moyens militaires nécessaires à son éradication.

La vaste coalition militaire internationale qui est ainsi en train de se constituer de fait aura les moyens d’impressionner la Turquie et l’Arabie saoudite et de combattre l’État islamique avec efficacité. Cette coalition s’élargira encore : elle impliquera d’autres régions du monde, comme le Maghreb, sans aucun doute, lui aussi touché par l’État islamique, présent en Libye, en Tunisie, et aussi l’Égypte, confrontée à l’État islamique dans le Sinaï et qui est déjà en relation active avec Moscou.

Toutefois, on ne vaincra pas l’État islamique sans l’envahir, c’est-à-dire sans occuper son territoire par l’envoi de troupes au sol. Une opération de grande ampleur qui demanderait le déploiement de milliers de soldats de cette coalition. Car les frappes aériennes ne sont pas suffisantes : comme j’ai pu m’en rendre compte en Irak, elles sont très efficaces en terrain découvert, en plaine, lorsque des colonnes de véhicules progressent sans aucune protection –rappelons que l’État islamique ne dispose d’aucune force aérienne et que la coalition internationale possède seule la maîtrise du ciel, ce qui, dans une guerre moderne, est un atout extraordinaire. C’est ainsi qu’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien a été sauvée de l’invasion des combattants islamistes qui n’étaient plus qu’à une vingtaine de kilomètres de la ville lorsque l’aviation états-unienne a commencé de frapper. Mais, en zone urbaine, les frappes deviennent aléatoires… Des civils sont touchés… Les combattants ennemis se dispersent dans les agglomérations, se dissimulent et ne peuvent plus être ciblés…

C’est là le point d’achoppement de cette politique militaire : quel État occidental acceptera-t-il de risquer ses soldats contre l’État islamique et de les engager face à une guérilla totale?

La donnée fondamentale que l’on n’évoque que très rarement, en effet, et qu’il faut cependant garder à l’esprit, c’est que les populations sunnites des régions déjà investies par l’État islamique ne lui sont pas hostiles! Dans leur grande majorité en tout cas. Principalement parce que ces populations sunnites ont été soumises, en Syrie, à un régime dominé par les Alaouites et en tout cas très lié à l’Iran chiite et, en Irak, depuis l’invasion du pays par les États-Unis en 2003, au gouvernement chiite de Nouri al-Malaki, porté au pouvoir par Washington et qui a chassé les Sunnites de Bagdad et presque totalement de l’armée –dans les régions sunnites d’Irak, l’armée irakienne, essentiellement constituée de Chiites, s’est comportée comme une armée d’occupation, brimant et rançonnant la population. L’État islamique est donc apparu comme un « libérateur ». Mais aussi parce que le mode de vie de ces populations rurales ne diffère en fin de compte que très peu du modèle sociétal qu’impose l’État islamique; l’État islamique n’est donc pas un « problème » en soi.

Dans ces régions, l’État islamique est « chez lui »; il sera très difficile de l’en déloger.

Ch. Abdedaïm (LNR) - Détruire Daech passerait par la création d’un « Sunnistan ». C’est l’hypothèse avancée récemment par John Bolton, ancien ambassadeur américain aux Nations unies, proche des néoconservateurs. Pensez-vous que c’est une solution idéale ?

PPdP - À ce stade, c’est inévitable.

Je ne sais pas si on peu dire que c’est la solution idéale, mais il n’y en a pas d’autre… Si les populations sunnites de Syrie et d’Irak ont accueilli favorablement l’État islamique, elles sont fatiguées, aujourd’hui, de l’état de guerre permanent qu’implique la présence des djihadistes. De plus, si ces populations, dans les zones rurales, s’accommodent assez volontiers des règles religieuses imposées par l’État islamique, ce n’est pas le cas dans les villes, dont les populations étaient accoutumées à un mode de vie plus « occidentalisé ». Et, de manière générale, les structures tribales traditionnelles qui charpentaient le quotidien sociopolitique de ces populations ont été attaquées par l’État islamique, qui a imposé sa propre hiérarchie jusque très localement. Aussi, si l’opportunité se présentait, pour ces populations, de se débarrasser de la tutelle djihadiste mais tout en ayant la garantie de ne pas retomber sous la coupe du gouvernement de Damas ou des milices chiites de Bagdad, beaucoup de chefs locaux cesseraient de soutenir l’État islamique.

C’est donc la solution pour juguler la menace globale que constitue l’État islamique, mais c’est aussi le seul avenir possible pour la région : après les atrocités commises de part et d’autre en Syrie durant la terrible guerre civile qui ravage le pays depuis près de cinq ans, une « réconciliation nationale » est tout simplement inimaginable! Les haines sont exacerbées, et pour longtemps… J’ai couvert, en tant que reporter, plusieurs conflits dans le monde; mais je n’ai jamais vu une guerre aussi féroce et inhumaine qu’en Syrie… Idem en Irak : les milices chiites se vengent sur la population lorsqu’elles reprennent un village sunnite à l’État islamique; et les Sunnites creusent des fosses communes pour les Chiites qui leur tombent sous la main… Les actes de barbarie se multiplient là-bas aussi.

Bien sûr, on pourrait envisager une autre formule, celle d’États fédéraux, avec des gouvernements régionaux qui hériteraient de la plupart des compétences communautaires… Un peu sur les modèles suisse, belge ou allemand : le gouvernement central conserverait uniquement quelques compétences essentielles à la survie de l’État, comme la Défense, les Affaires étrangères, l’Intérieur… Mais, l’Intérieur et la Défense, rien que cela, déjà, poserait problème et ferait l’objet de querelles inextricables entre les communautés…

La solution passe donc inévitablement par le redécoupage des frontières syriennes et irakiennes, par l’abolition des Accords franco-britanniques « Sykes-Picot », qui avaient consacré la fin de l’Empire ottoman, au terme de la première guerre mondiale.

Probablement le moment est-il venu de définitivement tourner la page du colonialisme et de laisser les réalités ethniques, culturelles et religieuses arabes recouvrer leurs espaces naturels respectifs.

Lien utile : La Nouvelle République

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

La force aérienne turque abat un bombardier russe.

"Il existe une coordination militaire entre la Turquie et l'État islamique."

Lien utile : Radio Sputnik France

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Pierre Piccinin da Prata est historien, politologue, reporter de guerre et spécialiste du Monde arabo-musulman. Il a suivi les révolutions du Printemps arabe. Il s’est rendu de nombreuses fois en Syrie et nous parle de l'État islamique et du djihadisme.

Lien utile : CANAL C

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
L'État islamique: sa nature, ses ambitions, ses combattants... Interview intégral (The Dissident - 24 novembre 2015)

Pierre Piccinin da Prata, rédacteur en chef du Courrier du Maghreb et de l’Orient, reporter de guerre et ancien otage en Syrie, revient sur les attentats du 13 novembre 2015 et apporte son éclairage sur la nature de l’État islamique et sur les ambitions de ses combattants. Entretien.

The Dissident - Quelle a été votre première réaction quand vous avez appris les attaques terroristes qui ont touché Paris le 13 novembre dernier ? Selon vous, étaient-ils prévisibles ?

Pierre Piccinin da Prata – Bien évidemment, quand un de nos correspondants à Paris m’a téléphoné, dès après que les premiers coups de feu ont été tirés, et m’a dit que « quelque chose était en train d’arrivé, et probablement en rapport avec la guerre en Irak et en Syrie », j’ai eu un instant froid dans le dos. On a beau s’y attendre, c’est toujours saisissant d’émotion…

Mais, très vite, l’analyste reprend le dessus et, bien sûr, il n’y a pas eu de surprise.

Lors des attaques de Bruxelles, contre le Musée juif, en mai 2014, et de Paris, en janvier 2015, qui avaient frappé plusieurs cibles, des policiers, un établissement juif à nouveau et le journal Charlie Hebdo auteur de caricatures mettant en scène de manière provocatrice le Prophète Mohamed, j’avais à chaque fois martelé, envers et contre tous, qu’il ne s’agissait ni d’attentats antisémite, ni d’agressions visant la liberté d’expression et particulièrement les caricatures en question –même si les cibles n’avaient pas été choisies au hasard : elles visaient Israël, et non la communauté juive en tant que telle, et des représentants de l’État français, outre Charlie Hebdo pour ses insultes répétées à l’égard de l’Islam-, et qu’il ne s’agissait très certainement pas non plus d’actes isolés, perpétrés par des loups solitaires… Mais qu’il s’agissait d’attaques contre la France et la Belgique, deux pays engagés militairement en Syrie et en Irak contre les forces de l’État islamique (l’EI), que ces deux attaques étaient liées et avaient l’EI pour commanditaire –ce que les enquêtes ont plus tard permis de démontrer- et que ce n’était là que le début d’un conflit long et sanglant, et cette fois-ci pas seulement pour les populations du Moyen-Orient, mais également pour les populations des États occidentaux concernés.

Donc, oui, bien sûr, ces attaques étaient prévisibles, dans ce sens, du moins, qu’il fallait s’attendre à des répliques d’envergure de la part de l’EI et qu’il faut encore s’y attendre pour l’avenir.

The Dissident - Dans un entretien exclusif avec des « sujets occidentaux du Califat », comme vous les nommez, publié en février 2015 sur le site internet du Courrier du Maghreb et de l’Orient, vous donnez la parole à des moudjahidines basés en Europe, prêts à tout pour suivre le djihad universel. Que retenez-vous de ces rencontres ?

PPdP – Alors… Soyons bien précis : s’il est vrai que, lors de plusieurs reportages en Syrie, notamment, et lorsque j’ai été pris en otage dans ce pays en 2013, j’ai rencontré des ressortissants européens qui se battaient là-bas dans des factions islamistes –j’ai notamment et à plusieurs reprises accompagné des brigades de Jabhet al-Nosra sur les lignes de front contre l’armée de Bashar al-Assad-, il ne s’agissait pas, cette fois, de « moudjahidines ». Et à aucun moment ils ne m’ont affirmé vouloir participer au djihad.

Il s’agit de personnes, issues de la communauté arabo-musulmane, dont plusieurs ont la nationalité belge ou française, et qui se disent favorables à l’État islamique, à l’Islam orthodoxe –ce qu’ils appellent « l’Islam authentique » ou « véritable », en opposition à un « Islam édulcoré », « l’Islam de France »- et qui considèrent que ce n’est pas à l’Islam de s’adapter à la société, mais l’inverse, et acceptent par ailleurs le projet politique d’une société islamique comme l’aboutissement logique de l’enseignement du Prophète Mohamed, fondateur de l’Islam, qui est une religion, mais dont la dimension profondément politique ne saurait, selon ces personnes, être escamotée pour mieux correspondre aux règles et fonctionnements des démocraties occidentales.

En d’autres termes, j’ai rencontré des individus pour lesquels la religion, la foi et Dieu priment sur les lois françaises ou belges ; et qui considèrent que l’Islam de France n’est qu’un accommodement bricolé par des personnes qui « se disent musulmanes » mais, en réalité, du point de vue de ces Musulmans orthodoxes, ont trahi leur religion parce qu’elles n’avaient ni la foi ni le courage d’en assumer les contraintes et les impératifs.

Mais, surtout, ce qui m’a interpellé, c’est le haut niveau de conscience de la majeure partie de ces islamistes, qui ont fait le choix d’un autre modèle de société que le nôtre et argumentent avec précision leur point de vue.

The Dissident - Les médias français dressent aujourd’hui la liste des dénominateurs communs à ces « pro- Daesh » installés en France. L’image du jeune homme paumé, en échec scolaire et en manque de repères ne serait donc pas avérée ?

PPdP – Il serait excessif d’affirmer qu’aucun des jeunes belges et français partis faire le djihad en Syrie ou en Irak ou qui sont, plus simplement, des supporteurs de l’EI ne correspond à ce profile. Mais, après avoir rencontré un certain nombre de ces personnes sur le terrain des combats et en Europe, je dirais que cette image véhiculée par les médias -et quelque peu méprisante par ailleurs-, n’a pas grand-chose à voir avec la réalité…

Pas de « paumés en décrochage social », pas de « jeunes endoctrinés qui connaissent trois mots du Coran et pensent avoir tout compris de l’Islam »… Ce que l’on peut entendre en boucle dans le discours officiel de nos responsables politiques, repris en chœur par la sphère médiatique et, comme souvent, avalé par la plus grande partie de nos concitoyens… Non, rien de tel, en tout cas parmi ceux qu’il m’a été donné de croiser ou d’entendre plus longuement…

Des jeunes, certes, mais qui participent à des groupes d’étude, qui maîtrisent les écritures et la dialectique de manière très impressionnante… Et puis aussi des moins jeunes, des universitaires… Qui ont fait le choix d’un autre modèle de société, souhaite vivre dans l’État islamique ordonné par le Prophète de leur religion et assument pleinement ce choix.

Évidemment, du point de vue occidental, il est plus confortable de promouvoir cette image négative du djihadisme et de dégrader ces personnes à ce rang de « pauvres types manipulés » qui n’auraient rien compris à rien et agiraient de manière inconséquente. Cette image évite la remise en question de nos sociétés occidentales et évite aussi des questionnements délicats et sensibles, comme, notamment, la question de notre capacité à l’intégration des minorités arabo-musulmanes… Je veux dire : notre capacité à les intégrer socio-économiquement, c’est-à-dire à les accepter dans notre environnement social et à leur permettre d’y prendre pleinement leur place, d’une part, mais aussi, d’autre part, à les accepter avec leurs différences culturelles… On se gargarise à volonté des termes et expressions « laïcité, démocratie, liberté d’opinion, etc. »… Mais ces valeurs sont-elles permises à tous et valent-elles pour tous ? Le « délit de sale gueule » ne demeurent-il pas un travers bien ancré dans notre société ? Et n’y a-t-il pas aussi deux poids et deux mesures dans notre politique étrangère, susceptible de révolter les personnes d’origine arabo-musulmanes ? Je pense à la question israélo-arabe, aux bombardements israéliens sur Gaza, l’été derniers, qui ont assassiné plus de 2.000 civils, des non-combattants, en moins de deux mois de temps, et cela sans que les gouvernements européens ne réagissent, pas même par une ferme protestation… Autant de questionnements nécessaires, si l’on veut comprendre pourquoi certains de nos concitoyens, arabo-musulmans, se sentent exclus de la société et se tournent alors vers l’idée d’une société islamique dans laquelle ils espèrent recouvrer une forme de dignité et trouver leur place, en recherchant ainsi une identité dans leurs racines, celles de leurs parents ou de leurs grands-parents.

Mais, plus encore, la question qui dérange, qui effraie, car la réponse pourrait déplaire et se révéler très problématique, c’est de savoir si notre société est compatible avec ce choix d’un « Islam authentique » qui refuserait de s’adapter à nos impératifs légaux et démocratiques ?

Sur ce point, je crois que nos responsables politiques ont tous plus ou moins encore la tête dans le sable.

The Dissident - « Le Califat existe. On peut le toucher. On peut y aller, en revenir, y repartir… Mais, en fait, il est partout ! », vous a confié l’un de ces islamistes radicaux que vous avez rencontrés en France. Quelle est, selon vous, la menace réelle qui pèse sur le sol français ?

PPdP – Il est impossible de chiffrer l’ampleur de cette menace. Mais il est certain que, au sein des communautés arabo-musulmanes –nous parlons de plusieurs millions de personnes en Europe ; presque 4 millions de personnes rien qu’en France, selon les estimations-, existent des foyers islamistes, des viviers favorables à l’avènement d’un État islamique. Des foyers dans lesquels pourra recruter l’armée de l’EI, qui se révèle pour d’aucuns comme la matérialisation, la restauration, en fait, de cet État islamique appelé de leurs vœux, du Califat fondé au VIIème siècle par les successeurs du Prophète et qui avait disparu dans les soubresauts de l’histoire.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cet État islamique ne constitue pas un « État » au sens onusien du terme. L’État islamique recouvre certes un territoire, mais dont les frontières sont évanescentes et évoluent au gré des conquêtes ; c’est actuellement une grande partie de la Syrie et de l’Irak, et c’était, dans le passé, cet empire arabe qui s’étendait des frontières des royaumes indiens, à l’est, jusqu’à l’Espagne, à l’ouest, et dont Damas et Bagdad furent les plus brillantes capitales. Des territoires que revendiquent aujourd’hui l’EI. Et un empire en continuelle expansion, puisqu’il avait pour fonction, politique mais aussi religieuse par définition, d’étendre l’Islam universellement.

Mais, par ailleurs, ce territoire se double d’une autre dimension de l’État islamique, qui n’est pas seulement présent à l’intérieur de ses frontières, mais également là partout où se trouvent des Musulmans –du moins des Musulmans qui adhèrent à cet « Islam authentique ». Ils constituent en effet la « Communauté des Croyants », « l’Oumma », qui rassemble tous les Musulmans derrière leur commandeur, le Prophète Mohamed à l’origine, puis les califes qui lui ont succédé et, dans la vision de l’EI, aujourd’hui, le Calife Ibrahim, ainsi proclamé par ses partisans, Abou Bakr al-Bagdadi, le leader de l’EI.

En fait, c'est toute la question qui se pose aujourd'hui et historiquement aux Musulmans du monde entier. C'est une terrible question de foi : l’État islamique, le Califat, est-il une imposture ou est-ce le renouveau attendu ? Et malheur (d'un point de vue islamique, bien sûr) à ceux qui feront le mauvais choix.

L’EI bénéficie donc d’une sorte de « cinquième colonne » dans tous les États européens, probablement des centaines de combattants prêts à frapper, chacun avec leurs compétences, leurs relations, leurs capacité de nuisance… On l’a vu lors des attentats du 13 novembre, à Paris : les attaques menées par les commandos de l’EI se sont passées de manière très bien synchronisées, méthodiquement… Les assaillants étaient lourdement armés, disposaient dans leurs rangs d’artificiers et de tout l’équipement utile à ce genre d’opération… Et la plupart n’étaient pas syriens, afghans, irakiens ou maghrébins, mais de nationalité belge ou française. Voilà le danger…

Mais attention : il y a un autre danger, tout aussi terrible pour notre société démocratique si fragile ; c’est d’en venir à stigmatiser et pénaliser, voire haïr et persécuter, l’ensemble de nos concitoyens d’origine arabo-musulmane, dont il est évident que la très grande majorité ne soutiennent pas l’EI et souhaitent vivre en paix dans cette société qui est la leur.

The Dissident - La France a fait le choix, jusqu’aux derniers attentats, d’apporter une réponse médicale aux jeunes français enrôlés en Syrie, leur imposant un suivi psychiatrique à leur retour ainsi qu’une cure de désendoctrinement. Cette approche est-elle pertinente ? Nie-t-elle au contraire la réalité d’un engagement conscient et politique en faveur de l’État islamique ?

PPdP – « Une réponse médicale »… « Un suivi psychiatrique »… À un problème qui est avant tout social et, pour certains, procède d’un choix politique et religieux ?

L’ennui, avec ce discours sur « l’endoctrinement » et les « jeunes paumés » psychologiquement fragiles, c’est que, à force de le rabâcher, il semble que même nos autorités ont fini par y croire dur comme fer.

Il y a des cas avérés de jeunes qui se sont faits manipulés par des réseaux de recrutement. C’est une réalité, et la réponse que vous évoquez est de fait pertinente, dans le souci de leur permettre de reprendre leur place dans la société.

Mais les attaques que nous avons connues ne sont pas le fait de ces gens-là : on ne confie pas de telles missions à des personnes déstabilisées et incertaines. Ce sont des actes qui demandent une grande maîtrise de soi, beaucoup d’aplomb et de détermination, de conviction dans une cause…

Il est temps, désormais, de regarder les choses en face : ces attaques ne cesseront qu’avec la disparition de l’État islamique.

Le phénomène est nouveau. Et il faut en prendre conscience… L’État islamique n’est pas comparable aux factions djihadistes que nous avons connues dans le passé ; il n’est pas comparable à al-Qaeda, par exemple. L’objectif déclaré de ces organisations, inscrit dans leur charte fondatrice, n’est pas de recréer le Califat et de partir à la conquête du monde entier. Al-Qaeda, ainsi, a essentiellement pour but de débarrasser les pays arabo-musulmans de l’influence occidentale et de leur rendre leur autonomie politique, dans un cadre islamique.

L’État islamique est de loin plus ambitieux : il est la grande aventure du renouveau, de la renaissance de l’Islam politique. Et il existe maintenant matériellement ; il élargit son territoire… C’est en cela qu’il est devenu fascinant et constitue le point de ralliement d’une internationale islamiste qui s’est progressivement constituée depuis la restauration du Califat en 2013. Et, plus il marque des points, plus il apparaît invincible et puissant, plus il attire à lui de nouveaux partisans, partout dans le monde, à Bruxelles et à Paris comme ailleurs. Ça aussi, c’est nouveau.

Ceci est également important : al-Qaeda frappait ses ennemis en représailles d’actes de guerre menés dans des pays arabes ; l’EI mène une guerre de conquête universelle, ce qui veut dire qu’on ne peut ni négocier avec l’EI –ce n’est pas dans sa logique-, ni se retirer du conflit en espérant dès lors ne plus être attaqué.

Mais l’EI ne sera jamais vaincu sans une offensive terrestre de grande ampleur, qui coûtera cher en vies humaines, y compris du côté des soldats européens qui seraient engagés sur le terrain des opérations…

The Dissident - Le gouvernement de François Hollande vient de voter la prolongation de l’état d’urgence pour une durée de trois mois. La mesure est-elle, selon vous, adaptée à la situation ?

PPdP – En quelques mots… C’est compréhensible, mais sans pertinence.

Compréhensible, car la population française ne comprendrait pas que son gouvernement ne prenne aucune mesure d’envergure à la suite des attaques subies. Les frappes massives aussitôt ordonnées par François Hollande sur ar-Raqqa, le fief de l’EI en Syrie, ont le même but… Elles ont aussi un but pré-électoral… Et elles n’auraient pas causé de victimes civiles, selon l’armée française…

Mais c’est inefficace, car il est bien certain que, dans ce contexte d’état d’urgence, les cellules dormantes de l’EI qui sont présentes sur le territoire français vont se faire encore plus discrètes… Puis l’état d’urgence sera levé… La vie reprendra son cours… Et d’autres attaques auront lieu.

C’est le principe de la guérilla, comme l’avaient théorisée Guevara et Mao ; l’ennemi est fondu dans la population, les djihadistes sont mélangés, en l’occurrence, aux millions d’arabo-musulmans qui se concentrent dans les grandes villes de France… On ne peut pas les reconnaître… Le jour où ils décident de frapper, c’est la surprise… Ce fut le cas à Paris, le 13 novembre.

Par contre, cet état d’urgence à ceci de néfaste qu’il crée les conditions pour l’apparition d’une psychose collective, un climat de peur qu’il serait bon de dissiper très vite pour éviter des comportements hystériques et irrationnels, voire le développement d’une xénophobie agressive.

The Dissident - Etes-vous d’accord avec le terme de « guerre » qui fait actuellement débat ?

PPdP- Il était temps qu’on appelle un chat un chat ! En ce qui me concerne, je parle de guerre contre l’EI dans mes éditoriaux depuis 2014…

Oui, c’est ça la réalité : nous sommes en guerre ; une guerre qui n’est certes pas « conventionnelle », mais une guerre qu’il ne faut plus hésiter à mener au lieu de camper sur des positions attentistes face à l’EI.

The Dissident - L’expression « compassion à géométrie variable » circule beaucoup sur les réseaux sociaux alors que les médias français ont très peu évoqué l’attentat de Beyrouth qui a fait 44 morts le 12 novembre. Quel est votre sentiment sur le sujet ?

PPdP – J’ai été parmi les premiers à m’indigner… J’ai aussi reçu beaucoup de réactions de mes amis tunisiens, libanais, maliens, syriens…

C’est comme s’il y avait un « bas-monde », eux, là-bas, qui ne comptent pas vraiment… Et nous, les seigneurs de cette planète, drapés dans un égoïsme inhumain et pour qui le monde entier doit cependant verser des larmes quand les nôtres sont frappés.

Et, le plus terrible, peut-être, c’est que ça se passe bel et bien de la sorte : pas de minute de silence, en Occident, après les attentats de Sousse, de Tunis, de Beyrouth… Pas non plus pour les 2.000 morts de Gaza… Rien pour les milliers de Syriens… En revanche, le monde entier a pris le deuil pour Paris… En janvier 2015, Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, était à Paris pour la grande manifestation « je suis Charlie ». Quatre mois auparavant, les Palestiniens de Gaza étaient massacré sans que Paris réagisse… Cette fois-ci, la grande pyramide de Gizeh a été parée du drapeau tricolore français… Des minutes de silence ont eu lieu en Cisjordanie, à Gaza, à Tunis…

De mon point de vue, on frise l’indécence.

La réaction du célèbre chef d’orchestre Pävo Jarvi m’est apparue beaucoup plus juste… Pas de « Marseillaise » -un chant très belliqueux, par ailleurs-, ni de minute de silence pour Paris -et pas pour Gaza, ni pour Beyrouth- ; c’était la semaine passée, au Palais des Beaux Arts à Bruxelles… Pävo Jarvi s’est avancé sur la scène et a prononcé ces quelques mots : « Pour toutes les victimes des atrocités au monde » ; avant de jouer la « Valse Triste » de Jean Sibelius.

The Dissident - Avec la riposte des forces françaises qui ont bombardé la ville de Raqqa et le soutien de la Russie à l’armée syrienne de Bashar al-Assad, comment voyez-vous l’avenir immédiat de la Syrie ?

PPdP – L’avenir de la Syrie, ce sera d’abord une guerre de longue haleine contre l’État islamique.

Même si l’OTAN se décide enfin à intervenir, les combats seront âpres, car l’État islamique, contrairement à ce qu’affirment certains analystes probablement trop éloignés du terrain, est là-bas chez lui et bénéficie du soutien effectif d’une grande partie de la population sunnite de Syrie et d’Irak. De quoi mener une guérilla pendant longtemps.

Par ailleurs, cet avenir passera inexorablement par le maintient au pouvoir de l’allié des Russes, le président Bashar al-Assad, ou, du moins, du gouvernement baathiste qu’il dirige, ce qui revient pour ainsi dire au même… Et, une fois l’EI anéanti, il faut encore savoir ce que l’on fera des rebelles syriens qui se sont soulevés contre le régime du Baath et continuent de se battre, contre lui et contre l’EI.

Ce sera aussi un partenariat avec la Russie de Vladimir Poutine. Monsieur Hollande commence à en prendre conscience. En cela aussi, il était temps.

Et ce sera un autre partenariat, avec Téhéran, qui a déjà dépêché des forces en Irak et qui collabore avec le Hezbollah libanais, engagé en Syrie lui aussi ; mais cela, le président Obama l’a déjà bien compris, depuis longtemps, et l’élection d’Hassan Rohani, en juin 2013, qui a remplacé l’intransigeant Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de l’Iran, donne à Washington l’opportunité de renouer des relations diplomatiques plus sereines avec ce pays –comme on a pu s’en rendre compte dans le dossier du nucléaire iranien.

Il faudra aussi infléchir la politique de la Turquie, qui, jusqu’à présent, a objectivement soutenu l’EI.

On le voit, l’enjeu n’est pas seulement la Syrie… C’est toute la face du théâtre moyen-oriental qui va considérablement changer dans les prochain mois.

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