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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
SYRIE – Qui se bat à Alep ?

 

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Novembre 2016

 

C’est la question cruciale à laquelle tous les analystes tentent de répondre. Une question difficile, car plus aucun observateur neutre n’est actuellement présent dans la cité assiégée.

Toutefois, fort de son réseau de correspondants à travers tout le Moyen-Orient et en Syrie notamment, Le Courrier du Maghreb et de l’Orient propose d’essayer de se rapprocher de la réalité et de définir avec autant de précision que possible qui sont exactement les protagonistes qui s’affrontent encore à Alep, dans la ville, stricto sensu, mais aussi dans le gouvernorat du même nom.

La question est déterminante.

En effet, pour le régime de Bashar al-Assad et ses alliés, la Russie et, très impliquée mais plus discrète, l’Iran, seules des factions djihadistes occupent encore le poumon économique de la Syrie ; ainsi Damas et Moscou justifient-ils les bombardements massifs qui ravagent la cité, reprenant à leur compte la rhétorique occidentale sur la thématique de la « guerre contre le terrorisme ».

Pour la Coalition internationale, menée par les États-Unis, et pour le gouvernement turc de Recep Tayyip Erdoğan et leurs alliés de l’opposition syrienne, il s’agit, chacun ayant ses propres motivations pour l’affirmer, de « rebelles », révolutionnaires anti-régime, qui se battent pour la liberté.

Précisions et décryptage…

Côté « rebelles »…

Lorsque la bataille d’Alep a commencé, le 21 juillet 2012, l’essentiel des forces rebelles était constitué des milices de l’Armée syrienne libre (ASL). Il s’agissait de citoyens qui avaient pris les armes, encadrés très souvent par des officiers de l’armée régulière qui avaient abandonné le régime.

À côté de l’ASL, laïque et dont l’objectif était l’instauration en Syrie d’un état démocratique, plusieurs milices à caractère plus ou moins islamiste se sont rapidement manifestées, dont les effectifs ne représentaient toutefois qu’un très faible pourcentage des combattants hostiles au régime, à l’exception cependant de deux formations, Jabhet al-Nosra (le Front al-Nosra, un mouvement proprement syrien qui a accueilli en son sein un petit nombre de combattants étrangers, mais en aucun cas dans les proportions que l’on connaît en ce qui concerne l’État islamique), organisation mieux structurée et davantage présente sur le terrain ; et Liwa al-Towheed, mouvance à coloration islamiste, mais en réalité très modérée et dont la rhétorique islamiste procédait surtout de la foi omniprésente dans les milieux populaires propres à Alep et à sa région, dont ses effectifs étaient issus.

Très vite, cela dit, l’ASL a perdu le gros de ses effectifs, qui ont rejoint les rangs de Jabhet al-Nosra.

En effet, l’ASL n’a pas reçu le soutien que ses chefs étaient convaincus de recevoir des États-Unis et de l’Union européenne (espérant même une intervention identique à celle qui avait eu lieu en Libye) ; et les combattants de l’Armée libre se sont ralliés au Front al-Nosra, qui était quant à lui financé par les monarchies du Golfe (Arabie Saoudite, Koweït et Qatar principalement) et disposait de l’armement et de la logistique nécessaires à la poursuite des combats.

Si les observateurs absents du terrain syrien ont abusivement catégorisé Jabhet al-Nosra sous l’étiquette de « branche syrienne d’al-Qaeda » -et bien que le chef du mouvement, Abou Mohammed al-Joulani, ait prêté allégeance à al-Qaeda-, le Front al-Nosra se présentait plus exactement, initialement, comme une nébuleuse de milices plus ou moins en relation les unes avec les autres, dont certaines étaient effectivement d’obédience salafiste, parfois très intégristes, mais dont la plupart se composaient de jeunes Syriens désireux d’en découdre avec le régime et qui n’avaient adhéré à ce mouvement pour d’autre raison que celle de bénéficier des moyens militaires dont il disposait. Qu’il y ait eu par la suite une islamisation des combattants de ces brigades, c’est certain ; mais elle a été très relative en fonction des brigades elles-mêmes et des hommes qui les composaient…

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Manai 14/12/2016 16:48

Mensonge quand tu nous tiens