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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
IRAN – «Ouverture» en trompe-l’œil…

 

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Décembre 2016

 

Il n’y a plus une seule chambre d’hôtel libre à Téhéran.

L’Iran, en quelques mois, est devenu le meilleur ami des multinationales occidentales, le « nouvel Eldorado », comme ont titré la plupart des médias de l’Ouest : « L’Iran s’ouvre au monde. L’ère Ahmadinejad, c’est du passé ! »

Une ouverture en trompe-l’œil et un passé encore bel et bien présent… qui ne laissent pas dupe les observateurs de terrain et déconcerteraient certainement les éditorialistes trop prompts, une fois encore, à caricaturer des faits qu’ils déforment en toute bonne foi, au prisme de leurs outils d’analyse inadaptés à des étants politiques qui ne correspondent pas à ceux qui prévalent chez eux ; à triturer les « événements » au moulinet de leur inculture sociologique ; et à catégoriser de force des réalités dont ils corrompent l’image en les couvrant d’étiquettes au lexique fabuleux généré par leur imagination exubérante.

Ainsi, l’élection d’Hassan Rohani (juin 2013), puis l’accord sur le nucléaire iranien au terme de douze années de négociations (juillet-janvier 2016) et, ensuite, la « victoire » des « modérés » aux élections parlementaires (avril 2016) ont bluffé la sphère médiatique qui s’est comme d’ordinaire empressée de procurer à l’opinion sa dose de virtualité instantanée sans prendre la peine d’approfondir le sujet et d’aller voir « sur place », une démarche saine et qui fut un jour « normale », dans le monde aujourd’hui dévoyé du « journalisme », et qui, si elle avait été mise en œuvre dans ce cas précis, aurait sans aucun doute laissé à chacun percevoir, derrière les « événements », derrière les choix sémantiques, que, au pays des ayatollahs, la vérité est ailleurs.

En effet… Si l’Iran s’ouvre désormais aux investissements étrangers dont les représentants se pressent en nombre pour ne pas être en retard alors qu’on se partage le grand gâteau si longtemps tenu à l’écart de leurs dents acérées, si les hôtels de Téhéran et des grandes villes du pays se remplissent d’hommes d’affaires et de touristes qui débarquent chaque jours en masse au point que les guichets d’octroi des visas, dont les employés s’étaient depuis plus d’une décennie déshabitués de tels arrivages, s’engorgent de files d’attente de plusieurs heures parfois, donnant le sentiment premier que, par un vaste et impressionnant tour de magie, la république islamique a du tout au tout changé de visage et de contenu politique et sociétal, c’est paradoxalement (mais un paradoxe a priori seulement) tout le contraire qui se produit, en matière de libertés individuelles en tout cas, et ceux que l’on a très légèrement étiquetés « modérés » révèlent, plus exactement, une nature de « réactionnaires pragmatiques ».

Il suffit, pour s’en convaincre, de se balader dans les rues de Téhéran, pour en capter l’ambiance et en humer la substance sociopolitique : je me souviens, il y a quelques mois encore, comme il était aisé d’aborder les gens dans la rue, les jeunes surtout, avides de contacts avec les étrangers. Et ce même dans les semaines qui avaient suivi la « révolution verte », période durant laquelle, pourtant, le régime demeurait aux abois... L’accueil est en effet un trait assez saillant de la culture sociale populaire iranienne ; et il suffisait de se promener sur une place, de s’asseoir dans un parc ou de traîner un peu à la sortie d’une université pour être soi-même approché par des étudiants. Dorénavant, les visages sont fermés et les gens sont inquiets d’être vus en rue avec un étranger, alors même qu’il s’agirait simplement de lui indiquer le chemin.

Les gens se sentent beaucoup plus surveillés (et ils le sont effectivement) ; une surveillance qui concerne en premier lieu leurs relations avec les étrangers de plus en plus nombreux dans le pays. Mais pas seulement…

 

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