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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
 SYRIE – L’occasion manquée…

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Février- Mars 2017

Historique et analyse du conflit syrien (2011-2017)

« Il est une expression en deux mots », écrivait l’académicien français Bernard Le Bouyer de Fontenelle, « qui nous rappelle que le temps n’est pas à notre disposition : ‘trop tard !’ »

La révolution syrienne qui a fissuré la chape de plomb déposée sur le pays par le parti Baath (au pouvoir depuis le coup d’État de 1963) a commencé en mars 2011, dans la foulée des « printemps » tunisien et égyptien, qui constituèrent indubitablement le signal d’espoir qu’attendait une partie de la population pour s’insurger contre la mafia politico-économique au pouvoir à Damas.

Toutefois, d’une part abandonnée par les démocraties occidentales (qui allaient pourtant s’affairer si activement en Libye) et d’autre part combattue par les forces d’un islamisme sans concession encouragées par les puissances sunnites de la région, la résistance citoyenne au régime de Bashar al-Assad n’a pas réussi à s’imposer. Après avoir tenté un soulèvement armé qui s’est développé de mai à novembre 2012, les révolutionnaires ont peu à peu été contraints de battre en retraite, jusqu’à leur progressive dissolution dans une toute autre forme de guerre…

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Encore trop souvent simplifiée à outrance par des commentateurs très éloignés des événements et présentée comme la révolte d’un peuple uni contre un féroce dictateur, la révolution syrienne, au regard de ceux qui l’ont accompagnée de mois en mois et observée sur le terrain, n’est pas le phénomène statique qu’ont longtemps évoqué les médias unanimes avant de se retrouver confrontés à l’islamisation évidente du conflit.

Tout au contraire, les « événements » syriens ont connu plusieurs phases très distinctes et une évolution rapide qui a surpris et déconcerté, par sa vélocité et la diversité des protagonistes qui se sont invités sur le théâtre, même les experts les plus avertis.

Régulièrement présent –et aujourd’hui encore- sur les différents terrains du conflit en Syrie, à Damas, Homs, Hama, Alep, Idlib… (et otage cinq mois durant, en 2013, enlevé dans la ville d’al-Qousseyr par des bandits qui agissaient sous l’étiquette de l’islamisme, confié à la garde d’une brigade de Jabhet al-Nosra, la présumée branche syrienne d’al-Qaeda, puis vendu aux islamistes « modérés » des Brigades al-Farouk et déplacé à travers le pays sans être empêché ni de voir, ni d’entendre), c’est à l’aune des risques qu’il est nécessaire de prendre pour savoir et comprendre que j’ai pu me rendre compte des évolutions spectaculaires successives du conflit syrien qui est entré dans sa sixième phase.

Cette sixième phase oppose désormais trois composantes (outre bien sûr les Kurdes, dont l’avenir apparaît de plus en plus menacé) : le régime, toujours bien ancré à Damas et qui vient de reprendre Alep, les factions islamistes fédérées par Jabhet al-Nosra (surtout actif dans le gouvernorat d’Idlib) et l’État islamique, qui périclite de plus en plus rapidement.

L’Armée syrienne libre, quant à elle, les « révolutionnaires », n’est plus guère que portion congrue. Elle a depuis longtemps perdu le leadership de l’opposition au gouvernement qu’elle ne combat plus qu’en théorie et ne joue plus de rôle que celui d’une marionnette dans les mains de la Turquie qui la finance et l’appuie avec son armée ; un pantin agité, dans le nord du gouvernorat d’Alep là où elle subsiste encore, contre les Kurdes du Rojava que le président Erdogan envisage d’écraser, et ce probablement dans le cadre d’une alliance tacite avec le gouvernement de Bashar al-Assad.

I. Le « Printemps syrien », lorsque la révolution se faisait attendre (15 mars 2011 – mai 2012)

La Syrie est l’un des six pays du Monde arabe qui connaissent depuis le début de l’année 2011 des troubles conséquents ayant pour contexte l’ainsi dénommé « Printemps arabe » (avec la Tunisie, l’Égypte, la Libye, le Yémen et le Bahreïn).

Toutefois, la crise syrienne, qui s’est muée en conflit armé particulièrement meurtrier, conflit qui s’est progressivement étendu à toutes les régions du pays et perdure depuis six ans, semble aujourd’hui s’acheminer vers... Read more...

 

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