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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
ÉTAT ISLAMIQUE – Entretien exceptionnel (1/3) – « Pour Dieu et pour Raqqa ! »

Le Courrier du Maghreb et de l’Orient, Juillet-Août 2017

 

Le politiquement correct qui prévaut dans le courant médiatique dominant n’a laissé que peu d’espace d’expression (voire aucun) aux partisans de l’État islamique (EI), auquel l’Occident a déclaré la guerre en août 2014.

Ainsi, les rares témoignages de combattants de l’EI diffusés par certains médias ont jusqu’à présent systématiquement plaidé à charge du mouvement islamiste, à propos duquel courent par ailleurs nombre de légendes, comme par exemple celui du massacre des Chrétiens d’Orient. Ces rares « témoignages » ont été recueillis auprès de djihadistes capturés et emprisonnés, et qui, manifestement, soit cherchaient à donner le change pour affirmer leur repentir et négocier les conditions de leur détention, soit, le plus souvent, ont été interrogés dans des geôles sous contrôle des combattants kurdes de Syrie ou des forces armées turques, et n’étaient donc pas libres de leurs propos.

C’est, par exemple, principalement sur ce genre de « témoignages » que s’est construit le scénario de la série britannique The State (réalisée par Peter Kosminsky) qui fait polémique depuis sa diffusion fin août par Channel 4 et par Canal+ en septembre 2017 : une étrange polémique, puisque la série présente une image très négative et presque caricaturale de l’État islamique, confrontant de manière naïve et incongrue les valeurs des sociétés occidentales à celles de l’Islam salafiste ; mais peut-être le trait n’a-t-il pas été assez forcé encore pour correspondre à la doxa médiatique en la matière. Le fait est suffisamment symptomatique pour être épinglé.

Dans ses précédentes éditions, la rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient avait déjà estimé qu’il était non seulement utile et nécessaire à l’information de ses lecteurs, mais également déontologiquement impératif de donner la parole aux Salafistes adeptes du djihad armé et supporteurs de l’EI. Notre reporter Pierre Piccinin da Prata avait à l’époque rencontré des partisans de la cause djihadiste, à Paris et à Bruxelles, ainsi qu’un imam d’obédience salafiste, lesquels avaient eu l’opportunité d’exprimer leur point de vue sur les événements et d’exposer librement leurs motivations.

Après la chute de Mossoul (Irak) et à l’heure où la capitale du Califat, ar-Raqqa (Syrie) est assiégée, le CMO a donc choisi de diffuser l’interview d’un combattant de l’État islamique, contacté par notre envoyé spécial et rencontré dans la bourgade d’Hawi al-Hawa, située à 4 km de la ligne du front occidental à Raqqa.

Parti d’Europe pour la Syrie à la fin de l’année 2012, Ismail a d’abord combattu dans les rangs de Jabhet al-Nosra (la branche syrienne d’al-Qaeda), avant de rejoindre l’État islamique au printemps 2014.

Cet entretien, réalisé en août 2017, a été rendu possible grâce à la coopération de proches du djihadiste, lesquels ont régulièrement communiqué avec ce dernier. Pour des raisons évidentes de protection des sources, les noms des personnes impliquées ne sont pas révélés dans l’interview ; les détails et les lieux relatifs à la préparation de cet entretien ne seront pas non plus mentionnés.

La rédaction tient à préciser que son envoyé spécial n’a pas pénétré le territoire encore sous le contrôle de l’EI. L’extrême porosité de la ligne de front a en revanche permis à Ismail de le rejoindre à Hawi al-Hawa, zone déjà libérée par les Forces démocratiques syriennes (FDS – majoritairement kurdes).

Les deuxième et troisième parties de cet entretien exceptionnel seront publiées dans les éditions de septembre et octobre 2017 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

 

Pierre PICCININ da PRATA – Ismail, tu étais ingénieur informaticien et, parallèlement, tu préparais un doctorat. On est très loin du profil de « jeune paumé en décrochage social » que la plupart des médias n’ont cessé de véhiculer à propos des personnes qui ont pris la décision, à un moment de leur vie, d’abandonner leur existence, souvent confortable, en Europe notamment, pour rejoindre les rangs de l’État islamique et se consacrer à cette cause. La question est simple, mais elle s’impose : pourquoi ce choix, de renoncer à la carrière prometteuse qui s’annonçait pour toi, mais aussi de t’éloigner de tes parents, de ta famille, et cela pour un destin incertain et en tout cas très dangereux ?

Ismail – Tout d’abord, je te remercie de me laisser m’exprimer. Mes Frères et moi, nous avons bien compris que cette soi-disant « liberté d’expression », un principe dont les journalistes occidentaux se vantent à plaisir, n’existe que lorsqu’on dit ce que tout le monde a le droit d’entendre. C’est probablement pour cela que nos médias –je veux dire : les médias de l’État islamique- sont systématiquement censurés par Google, Youtube, Facebook et tous les réseaux d’information soi-disant « libres »…

Alors… Ta question est intéressante, tout d’abord parce qu’elle me permet de répondre à un point qui est particulièrement irritant pour nous. C’est cette image, en effet, que tu décris… Moi, je n’ai vu tout autour de moi que des gens généreux, courageux, des héros… et pas des « paumés », comme ils disent.

Mais avant de te répondre, je voudrais préciser que, au départ, je ne me suis pas engagé avec l’État islamique. Non, pas du tout. J’ai d’abord voulu simplement aider  « mon peuple ».

Qu’est ce que j’entends par « mon peuple » ? Les Musulmans.

Car les Musulmans forment un peuple. C’est ce qu’on appelle en arabe « l’Oumma ».

En Syrie –puis j’ai compris que c’était la même chose en Irak, où les Sunnites étaient victimes des méfaits des Chiites, qui ont abandonné le chemin de Dieu-, les Musulmans se sont révoltés contre un système oppressif qui n’avait que trop duré. Ils voulaient rendre cette terre à l’Islam. Et la réponse de ce système a été de massacrer tous ceux qui s’y opposaient, mais aussi leur famille, leurs enfants, leurs sœurs, leurs mères, mon peuple… Comment quelqu’un de sensé –je veux dire : quelqu’un de raisonnable et qui a la foi, qui reconnaît l’existence de Dieu et admet que Mohamed est son Prophète (la paix et la bénédiction sur lui)- pouvait-il rester inactif et fermer les yeux ? Ou bien secouer la tête en disant « Quel malheur ! » mais en n’agissant pas, et en s’en retournant ensuite comme si de rien n’était à ses petites habitudes ? Comment, si ce quelqu’un prétend qu’il est « musulman » ?

Ça, ça a été ma première réaction.

Puis, pour être cohérent avec ce que j’en pensais et ne pas me faire plus hypocrite encore que les autres, j’ai bien dû renoncer à ce confort –par ailleurs tout relatif- que mes parents m’avaient construit. Ça a été une décision logique, mais je mentirais en faisant l’orgueilleux et en disant que ça a été facile… Bref… Il ne faut pas être un ouléma sorti d’al-Azhar [ndlr : l’Université islamique d’al-Azhar, au Caire, est l’un des centres majeurs de la pensée islamique] –tout au contraire, en fait- pour comprendre que le seul moyen de venir en aide à notre peuple, c’était d’aller combattre avec ceux qui se défendaient des ennemis de l’Islam. Si tous les Musulmans du monde s’étaient levés au lieu de se donner de bonnes raisons de continuer à mener leurs petites affaires lucratives, mesquines et impies, on n’en serait pas là aujourd’hui…

Mais que pouvais-je faire seul ? Donc, j’ai cherché une structure combattante solide et je l’ai rejointe. En Syrie, Jabhet al-Nosra m’est apparu correspondre à ce que je savais du Coran, de la vie du Prophète (la paix et la bénédiction sur lui) et de la religion de mon père et de ma mère, l’Islam…

 PPdP – En effet… Car tu n’as pas seulement un diplôme d’ingénieur, mais tu as aussi étudié les sciences islamiques…

Ismail – Oui, c’était aussi quelque chose de logique ; je veux dire : qui avait sa place dans ma vie… En tant que Musulman… Cela dit, ce peut être décevant… Selon qui enseigne et ce qu’il tente de prouver… Le plus souvent de se prouver à lui-même… Mais c’est un autre débat…

Donc, j’ai rejoint Jabhet al-Nosra… Mais leur idéologie m’est très vite apparue biaisée : le but n’était pas d’accomplir le dessein de Dieu, tel que le Prophète (la paix et la bénédiction sur lui) l’a communiqué, tel qu’il est bien défini dans le Coran… Alors, quand l’État islamique s’est affirmé, je me suis intéressé à sa doctrine. Elle m’a convaincu parce qu’elle correspond point par point à ce qu’exige et implique la révélation ; et comme ma katiba –le groupe de combattants que j’avais intégré- a répondu à l’appel du Calife de restaurer l’Islam dans sa splendeur et, par-dessus tout, dans la vérité du Coran, je l’ai suivi.

Mon choix avait des conséquences… Mais, si tu as véritablement la foi, alors, tu as un guide : le Coran.

Il suffit de lire ce que Dieu a dit au Prophète (la paix et la bénédiction sur lui), et de suivre ce guide ; et sans essayer, chaque fois que quelque chose te choque ou t’inquiète, de le contourner en te soustrayant à ton devoir.

Dieu a dit que les hommes, parfois ...

 

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PPdP, envoyé spécial à Raqqa (Syrie)

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hassib 28/09/2017 13:36

jihadiste egal terroriste , il faut éradiquer le mal ,leurs enfants seront des terro ,agissons