Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Ex-Yougoslavie - Milosevic :  une défaite pour la justice internationale (Le Soir, 20 mars 2006)



Le décès du président yougoslave Slobodan Milocevic, « retrouvé » mort ce 11 mars, de l’avis de maints observateurs, constituerait un dommage pour le Tribunal Pénal International de La Haye.

 

Une analyse plus approfondie semble néanmoins démontrer tout le contraire…

 

S. Milocevic, président élu à la tête de la Serbie, l’une des républiques de la confédération yougoslave, a été confronté à deux problématiques majeures, au courant des années 1990.

 

D’une part, dès 1990, plusieurs républiques ont désiré prendre leur indépendance. Jusqu’alors, la confédération avait garanti la protection des minorités ethniques. Or, l’indépendance de la Croatie et des communautés de Bosnie Herzégovine impliquait l’isolement de populations serbes au sein de ces nouveaux Etats. Ces populations subirent rapidement l’hostilité des autres communautés, particulièrement en Croatie, où les Serbes furent victimes de nombreuses attaques, sans que les autorités intervinrent. Aussi, l’armée yougoslave entra en Croatie et en Bosnie, à la demande de la Serbie et avec l’accord des autres républiques, pour protéger les enclaves serbes. Il s’en suivit un vaste conflit, au terme duquel l’ONU parvint à faire accepter un partage à toutes les parties, par les accords de Washington (1994-Croatie) et de Dayton (1995-Bosnie), qui se révélèrent très défavorables aux minorités serbes.

 

D’autre part, en république de Serbie même, dans la province du Kossovo, existait une minorité albanophone, cela dit largement majoritaire à l’échelle de la province. En avril 1987 déjà, S. Milocevic, alors simple émissaire du gouvernement de Belgrade, avait pu constater la situation des Serbes du Kossovo, en proie, comme d’ailleurs les Gitans, les Tziganes et les autres minorités ethniques, aux attaques des populations albanophones et de la branche armée du mouvement indépendantiste, l’UCK. A cette époque, une simple opération de police et la suppression de la semi-autonomie administrative dont jouissait le Kossovo avaient permis de remettre de l’ordre dans la province. Mais, profitant de l’éclatement généralisé de la Yougoslavie, les Kossovars albanophones (musulmans) tentèrent de détacher le Kossovo de la Serbie. Et les attaques répétées contre les villages serbes et les monastères chrétiens orthodoxes, visant à expulser les Serbes par la terreur, entraînèrent finalement une réaction de l’armée gouvernementale, en 1998.

 

Il s’agissait cette fois du territoire de la Serbie et Belgrade refusa tout compromis quant à sa souveraineté sur le Kossovo.

 

Cette intervention armée déclencha le bombardement de la Serbie par l’OTAN, à partir du 24 mars 1999.

 

Mais, dès le début, ces opérations furent sujettes à caution. En effet, cette intervention eu lieu en violation du droit international, sans accord de l’ONU (au conseil de sécurité, la Russie et la Chine avaient apposé leur veto et le Brésil et l’Inde avaient voté contre l’ingérence). Mais l’OTAN justifia son action en prétextant de l’existence d’un plan serbe visant à l’épuration ethnique du Kossovo, le tristement célèbre « plan en fer à cheval », sensé cerner et éliminer toutes les populations non serbes.

 

Toutefois, l’épuration ethnique, les massacres de populations albanophones et les colonnes de réfugiés ne firent leur apparition qu’après le début des bombardements de l’OTAN :  le gouvernement serbe, conscient de ne pouvoir résister bien longtemps à l’OTAN, n’a opté qu’à ce moment là pour cette méthode radicale, de sorte à conserver le Kossovo…

 

Quant à la tactique de l’OTAN, elle est surprenante :  bombardement systématique de toute l’industrie, militaire, mais aussi civile, y compris de secteurs sans aucune importance stratégique, des centrales électriques, routes, ponts, bâtiments publiques, bref une destruction systématique de toutes les infrastructures économiques…

 

Depuis le début de son procès, S. Milocevic avait renversé plusieurs chefs d’accusation, démontrant notamment que le « plan en fer à cheval » n’avait jamais existé et qu’il s’agissait d’une invention des services secrets allemands, reprise par la propagande de l’OTAN. Il a posé de nombreuses questions. Pourquoi l’OTAN a-t-elle ainsi ruiné l’économie de son pays ? Le but n’a-t-il pas été de contraindre la Serbie, enclave au sein des pays membres de l’OTAN qui s’étend toujours plus à l’est, à rompre son alliance traditionnelle avec la Russie, pour recevoir l’aide économique de l’Occident, que la Russie n’est pas en mesure de lui fournir ? Et de rappeler que c’est d’ailleurs dans ce contexte qu’il avait été livré au TPI, sur ordre du premier ministre Zoran Djindjic, issu de l’opposition, mais sans l’accord du parlement serbe et en violation des lois. Il a aussi pointé le fait que ce n’avait pas été le « peuple » serbe qui l’avait chassé du pouvoir, mais quelques milliers seulement de partisans de l’opposition, véritable coup d’Etat soutenu par l’Occident.

 

La situation devint rapidement embarrassante pour le TPI et ses instigateurs…

 

Une chose est donc sûre :  la mort du président serbe met fin au procès. Décidément, non, la mort de Slobodan Milocevic n’est pas une bonne chose pour la justice internationale. 


Lien(s) utile(s) :  Le Soir - Traduction en serbo-croate.

Coupure de presse :  milosevic.jpg

Commenter cet article