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Monde arabe

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Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Europe - Assez! (La Libre Belgique, 15 juin 2006 et  Le Soir, 21 juin 2006)

Un élève récalcitrant puni par l'Oncle Sam

«Tout individu a droit à la liberté et à la sûreté de sa personne. Nul ne sera soumis à la torture . Nul ne peut être arbitrairement arrêté et détenu. Chacun a droit à être entendu par un tribunal indépendant et impartial » (Déclaration universelle des Droits de l’Homme)

 

La Belgique, mon pays, a-t-elle aidé les Etats-Unis d’Amérique à enlever des personnes et à les séquestrer dans des lieux tenus secrets, lieux de non-droit d’où la torture n’est pas exclue ? Des pays membres de l’Union européenne ont-ils contribué à ces violations des conventions internationales et des Droits de l’Homme ?

 

Depuis des mois, les rumeurs courent. Quelques élus, courageux, veulent savoir et faire savoir :  Mrs. Terry Davis et Dick Marty, respectivement Secrétaire général et Rapporteur du Conseil de l’Europe, M. Franco Frattini, Commissaire européen à la Justice et la Liberté, d’autres encore, réclament des différents gouvernements soupçonnés les informations concernant des vols illégaux, orchestrés par les services secrets états-uniens via des aéroports européens, avec la complicité de ces gouvernements, vers des prisons illégales, secrètes, où des personnes arrêtées illégalement seraient interrogées et torturées, ou vers d’autres lieux, telle la prison de Bagram, en Afghanistan, ou celle de Guantanamo, dont le nom résonnera dans l’histoire telle une tache indélébile, une souillure, objet de honte ineffaçable pour les démocraties qui auront laissé faire. Mais les Etats refusent de livrer ces informations.

 

Dans notre pays, la Belgique, le Parlement, les élus du peuple, tentent depuis des semaines, en vain, de savoir si nos propres services secrets ont participé à de telles exactions, si nos aérodromes ont été utilisés pour commettre ces violations du droit international. Nos propres services secrets refusent d’informer clairement les élus de la nation. Serait-il admissible qu’un organe de l’Etat n’obéisse plus au pouvoir démocratiquement élu ?

 

Quelques-uns s’indignent. Mais la polémique n’éclate pas :  le citoyen commence à s’habituer à ce genre de pratiques… La torture serait-elle devenue compatible avec la démocratique, sous prétexte que des Etats qui se prétendent démocratiques l’utilisent?

 

Qu’est-il en train d’arriver dans mon pays ? Cela, en effet, ne se passe pas aux Etats-Unis, ni dans une république bananière d’Amérique latine ou d’Afrique centrale au temps de la guerre froide, mais aujourd’hui, chez nous, en Belgique. Ce n’est pas l’universitaire qui s’interroge, mais le citoyen belge :  mon pays a-t-il contribué à perpétrer des actes de barbarie ? A-t-il aidé les Etats-Unis d’Amérique à pratiquer la torture, à séquestrer des gens, en violation des principes les plus élémentaires qui fondent l’Etat démocratique ? Des êtres humains ont-ils été déportés avec l’assentiment de mon gouvernement, sans que ceux qui ont reçu mandat du peuple belge de faire appliquer les lois du Royaume et ont juré d’en défendre les libertés ne leur aient porté secours ?

 

Si cela se passe dans mon pays, cela doit s’arrêter dans mon pays.

 

Les citoyens exigeront-ils du Parlement belge, du Parlement européen que la vérité soit dite sur ces activités et que les responsables de ces crimes graves soient condamnés ?

 

Plus largement, combien de temps encore admettrons-nous que les Etats-Unis d’Amérique, nos alliés, foulent ainsi au pied les principes même qui garantissent notre liberté ? Combien de Guantanamo accepterons-nous encore ?  Nos démocraties européennes, civilisées, ne devraient-elles pas exiger sans plus tarder d’avantage que les personnes enlevées et détenues illégalement, à Guantanamo, à Bagram et ailleurs, soient immédiatement remises à l’ONU.

 

Hélas, ce qui devrait constituer la polémique la plus houleuse du moment sera vite oublié. Car le vrai danger est là :  dans le nouveau totalitarisme, qui passe par l’endormissement des masses, confortablement installées dans le système et gavées de messes footbalistiques, d’imbécillités télévisées et d’affaires de mœurs qui font les gros titres à n’en plus finir, développant le sens inné du voyeurisme, détournant le citoyen de la chose publique.

 

Alors, dormez, citoyens, dormez bien, pendant que l’on torture dans les recoins de votre civilisation.


Lien(s) utile(s) : La Libre Belgique Le Soir.

Coupures de presse :  Assez-.jpg (La Libre Belgique) et Dormez-pendant3 (Le Soir).

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