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Monde arabe

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Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

USA - Elections américaines :  rien de nouveau sous le soleil d'Amérique (La Libre Belgique, 13 novembre 2008)

Hope - Obama (Shepard Fairey poster)

Au soir des élections aux Etats-Unis, ce 7 novembre, si l’on faisait abstraction des sondages, tout portait à envisager une victoire aisée de John McCain :  un président noir, c'était très peu probable dans le contexte sociologique des Etats-Unis.
 
Même s'il nous apparaît très charismatique et sympathique, à nous, Européens (amis de la liberté, du respect des lois internationales, de la paix et des Droits de l'Homme), et probablement aussi à une partie des électeurs états-uniens, Obama reste un "black" dans la perception des WASP états-uniens (Withe Anglo-Saxon and Protestant).
 
Ainsi, probablement les sondages qui donnaient Barack Obama vainqueur étaient-il encore une fois victimes de "l'effet Bradley" :  maire démocrate de LosAngeles, noir, Tom Bradley, quand il s'est présenté au poste de gouverneur de Californie, en 1982, était donné très largement vainqueur par les instituts de sondage (le San Francisco Chronicle, dans son édition du lendemain, avait même annoncé, logiquement, la victoire de Bradley). Pourtant, il a été très largement... battu.
 
Les électeurs interrogés, des démocrates, qui avaient voté pour le candidat républicain, s’étaient cependant massivement déclarés en faveur de Bradley, ne voulant pas avouer qu'ils avaient préféré voter pour un républicain, parce que lui, au moins, était blanc, et qu'ils ne voulaient pas d'un noir comme gouverneur de l'Etat.


Et cette situation de sondages erronés s'est répétée chaque fois qu'un noir s'est présenté à des élections aux Etats-Unis, contre un blanc.

 

Alors, comment expliquer la victoire de Barack Obama? Très certainement par la très grave crise économique qui touche les Etats-Unis depuis quelques mois.
 
En effet, c'est un facteur qui a été trop sous-estimé, car encore mal évalué :   la catastrophe sociale qui ravage les Etats-Unis actuellement.

 

Il était certain que la crise pousserait des électeurs indécis à voter démocrate (donc Obama), comme cela avait été massivement le cas en faveur de Franklin Roosevelt, en 1932, suite à la crise qui avait commencé en 1929 (une certaine partie des électeurs, une partie habituellement assez large, n'est pas liée à un parti politique en particulier, ne s'intéresse pas vraiment à la politique, tant que ça va bien, et change donc son vote en fonction de nombreux critères conjoncturels; c'est le "ventre mou" de la démocratie, ceux que l'on peut séduire, par exemple, en se montrant avec Johnny Hallyday, comme l'a fait Nicolas Sarkozy lors de plusieurs meetings électoraux, ou avec quelques bonnes paroles tout simplement).
 
Si, aux Etats-Unis, il n'existe pas de gauche, mais seulement une droite extrême et une droite moins extrême, les démocrates mènent cela dit généralement une politique sociale plus soutenue et moins mal financée que celle des républicains, pour qui chacun doit se débrouiller seul, sans l'aide de l'Etat, quelle que soit la situation (sauf, bien sûr, si ce sont les banques qui ont besoin d'aide; alors, les républicains débloquent sans hésiter des milliards de dollars en provenance des caisses publiques).
 
Or, il fallait considérer l'ampleur de la crise qui frappe maintenant les Etats-Unis, où même la classe moyenne commence à être durement touchée (perte de son emploi, de son logement, de sa couverture sociale, ruine de beaucoup de petits épargnants; sans oublier la retraite financiarisée : une grande partie de la population a perdu l'entièreté de sa retraite, qui avait été placée en fonds de pension, actions et obligations).


Le résultat a été que les voix de beaucoup de ces électeurs durement frappés par la crise se sont reportées sur le candidat démocrate Obama.
 
Et, dans ce contexte de crise, "l'effet Bradley" a eu, quant à lui, peu de conséquences.
 
En d’autres termes, ce n’est pas pour Obama (pour son charisme et ses idées) que les électeurs ont voté, mais pour les démocrates, à cause de la crise.
 
Et cela peut se vérifier par les résultats des votes pour le Congrès (lors de ces élections, on ne votait pas seulement pour le président) :  alors que, habituellement, on constate des différences sensibles entre les résultats des votes pour la présidence et ceux pour le congrès, cette fois-ci, les résultats sont assez similaires. Cela signifie que les électeurs ont fait un choix politique global, en faveur des démocrates, et non un choix en particulier pour le candidat Obama.
 
Constatons que Obama n'a pas gagné de beaucoup (attention :  il ne faut pas regarder le nombre des grands électeurs -c'est trompeur, puisqu'il suffit d'avoir une majorité dans un Etat, même très courte, pour remporter tous les électeurs de l'Etat-, mais bien le nombre total de votes à l'échelle de tous les Etats-Unis) :  Obama 52% - McCain 46%. C'est tout à fait normal, dans la lignée des précédentes élections.
 
Ce n'est donc pas un raz-de-marée en faveur d'un candidat jeune, noir et aux idées nouvelles... Pas "d'effet Obama", pas de foule hystérique venue soutenir massivement le super-jeune-noir-sympa-nouveau candidat.
 
Non, les Etats-Uniens n'ont pas changé et ils ne sont pas plus ouverts aux minorités ethniques qu'auparavant.
 
En fait, si cela avait été Clinton et non Obama, ou bien n'importe quel autre démocrate, les résultats auraient probablement été très semblables. Et, à l'inverse, sans la crise économique, Obama n'aurait pas été élu.
 
De même, la politique étrangère des Etats-Unis ne va pas changer.

 

En politique intérieure, Obama pourra infléchir un peu la politique sociale (c'est ce qu'attendent principalement ceux qui ont voté pour lui), comme l'avaient fait Johnson, Carter ou Clinton. Mais les dettes laissées par les huit années d'administration républicaine sont très lourdes (la dette a atteint 70% du PNB cette année) et, sans argent, pas de politique sociale vraiment marquante. Obama risque de décevoir beaucoup son électorat...

 

En politique extérieure, l'industrie et l'armée influent sensiblement sur les décisions du président. Ainsi, par exemple, quoi qu'Obama ait pu promettre durant sa campagne, les troupes ne seront pas retirées d'Irak :  la politique énergétique et industrielle des Etats-Unis dépend du contrôle des ressources pétrolières irakiennes, et les Etats-Unis ne vont pas lâcher le pays maintenant que le plus compliqué a été fait. En cela aussi, Obama va beaucoup décevoir... 
 
Bref, rien de nouveau sous le soleil de l'Amérique... même si les apparences sont trompeuses.

Car, maintenant, avec ce nouveau président noir, jeune et dynamique, démocrate, on vient de coller cette grande étiquette "super-sympa" sur la carte des Etats-Unis :  l'emballage change, mais le contenu va rester le même, et il faut craindre que l’opinion publique, à travers le monde entier, s'y laissera prendre (sauf peut-être les Irakiens, les Afghans, les Vénézuéliens, les Cubains, les Iraniens, les Syriens, les Boliviens, les Palestiniens, les ...).
 
D'ailleurs, c'est déjà fait...


Lien(s) utile(s) :  La Libre Belgique.

Coupure de presse :  Election-Obama.jpg

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