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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ
Amérique latine - Honduras :  l'ombre de l'oncle Barack... (La Libre Belgique, 4 août 2009)





Elu président du Honduras en novembre 2005, Manuel Zelaya a probablement commis un faux pas de trop, en proposant d’organiser un referendum sur la constitution, dans le but de demander ensuite au Parlement la modification de l’article 4 de cette constitution, qui empêche la réélection du président.

 

C’est ce qui lui a valu d’être renversé par un coup d’Etat militaire, le 28 juin dernier, et expulsé au Costa Rica, car, s’il avait eu gain de cause, tout semble indiquer que le président Zelaya aurait pu, rapidement, rempiler pour un nouveau mandat et poursuivre sa politique de réformes.

 

En effet, devenu, suite à ses nombreuses réformes sociales, de plus en plus apprécié de la masse des paysans et ouvriers pauvres qui composent la grande majorité de la population hondurienne, le président Zelaya devenait une menace pour la bourgeoisie néolibérale de son pays, très liée aux multinationales nord-américaines, et, en conséquence, pour les intérêts économiques et politiques des Etats-Unis eux-mêmes.

 

Ainsi, bien qu’issu du parti libéral hondurien, parti de droite, Manuel Zelaya, depuis son élection, n’a cessé de surprendre l’observateur :  dès le début de son mandat, il a axé sa politique intérieure sur la question sociale, notamment en augmentant de 60% le salaire minimum, jusqu’alors dérisoire, et en développant la scolarisation pour lutter contre l’analphabétisme, à l’instar de son homologue vénézuélien, Hugo Chavez.

 

Par la suite, il a fait adhérer le Honduras à l’alliance PetroCaribe, initiative du gouvernement vénézuélien de Hugo Chavez et très défavorable aux intérêts pétroliers nord-américains.

 

Et encore :  premier chef d'État hondurien à se rendre à Cuba depuis 1959, il présente ses excuses à Fidel Castro, devant les caméras de télévision, car son pays a longtemps servi de base d’action aux Etats-Unis pour leurs interventions en Amérique latine.  Et il nomme un ambassadeur à La Havane.

 

Peu après, il mène son pays à devenir membre de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), organisation qui réunit plusieurs gouvernements de gauche d’Amérique latine, tels ceux de Bolivie (Evo Morales), du Venezuela (Hugo Chavez) et, bien sûr, de Cuba (Raoul Castro), en rupture avec la politique économique libérale promue par les Etats-Unis et opposés à l’ingérence nord-américaine dans l’ensemble du continent américain.

 

Et Manuel Zelaya, alors qu’il était en train d’organiser un rapprochement avec le Nicaragua de Daniel Ortega, de déclarer enfin, devant l’Assemblée générale de l’ONU, que « le capitalisme est en train de dévorer les êtres humains », et de conclure, le jour même du putsch :  « ce qui se passe ici, c’est une conspiration pour empêcher le peuple de s’organiser et de demander des droits (…) les riches ne cèdent pas un penny ; les riches ne cèdent rien de leur argent :  ils veulent tout pour eux seuls (…) mais ils doivent comprendre que la pauvreté ne finira pas tant que les pauvres ne feront pas les lois ».

 

Certes, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a été l’un des premiers représentants de la communauté internationale à condamner le coup d’Etat et, à ce stade des événements, Manuel Zelaya reste le président légitime du Honduras, qu’il représente officiellement devant les gouvernements étrangers, qui le reconnaissent encore.


   

     
 

Cependant, le temps passe. Et le mandat du président Zelaya n’est plus très loin de prendre fin, alors que l’administration Obama fait de son mieux pour que les choses traînent :  tandis que le président Obama, grand champion de la communication, s’indigne publiquement et dénonce le coup, sa secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Hillary Clinton, a proposé en coulisse une médiation favorable aux putschistes et à leur meneur, Roberto Micheletti, jusqu’alors président du Parlement et partisan de la ligne dure de la droite libérale. Il s’agissait de la création d’un gouvernement d’union nationale, qui aurait garanti le retour de Manuel Zelaya à la présidence, mais à la condition qu’il renonçât à son projet de referendum et sans qu’il n’exerçât plus réellement le pouvoir…

 

En outre, très curieusement, on notera que, il y a quelques mois, l’ambassadeur des Etats-Unis au Honduras avait été remplacé par Hugo Llorens, d’origine cubaine, militant anticastriste émigré aux Etats-Unis et qui a été en charge de la commission des affaires andines du Conseil National de Sécurité à Washington, en 2002, c’est-à-dire à l’époque du coup d’État contre le président du Venezuela,  Hugo Chavez.

 

Dans l’affaire du Venezuela également, l’ombre des Etats-Unis était apparue très nettement, après que l’on avait établi le rôle du lieutenant-colonel James Rodgers, attaché-militaire de l’ambassade des Etats-Unis à Caracas, qui, très maladroitement, était présent sur la photographie de famille du gouvernement putschiste, prise le jour même du coup d’Etat.

 

Même scénario que celui qui, en 1973, avait entraîné la fin du gouvernement de Salvador Allende, au Chili.

 

C’est que, alors que le gouvernement du président George Bush junior, comme on le sait maintenant, préparait déjà activement l’invasion de l’Irak pour 2003, le président Chavez avait déclaré que, si les Etats-Unis entraient en guerre sans accord de l’ONU, le Venezuela, deuxième fournisseur de pétrole des Etats-Unis, après l’Arabie saoudite, cesserait ses approvisionnements.

 

Toutefois, soutenu par une partie de l’armée et par les masses populaires, qui avaient cerné le palais présidentiel où les putschistes l’avaient interné, Hugo Chavez, après plusieurs heures de négociations, réussit à éviter la guerre civile et reprit ses fonctions, graciant les putschistes et assurant aux Etats-Unis, dès sa première réapparition à la télévision, que les ventes de pétrole ne seraient pas interrompues…

 

Hélas pour lui, le président Zelaya n’a pas eu cette chance et son éviction définitive n’est plus qu’une question de temps, puisque son mandat, brutalement interrompu (du moins, dans les faits), prendra officiellement fin le 27 janvier 2010, dans quelques petits mois.

 

Qui donc disait « il faut toujours s’en prendre aux Américains, même quand on pense avoir tort ; eux savent qu’on a raison » ?

Lien(s) utile(s) : La Libre Belgique.

Coupure de presse : Honduras.jpg

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