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Monde arabe

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Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Europe - Un « non à Lisbonne » n’est pas un « non à l’Europe » (L'Echo. Le quotidien de l'économie et de la finance, 2 octobre 2009) - Texte intégral

 

                    Irlande vote

 

Ce vendredi 2 octobre, les Irlandais repassent aux urnes pour se prononcer à nouveau sur le Traité de Lisbonne.

 

Certes, ils ont déjà manifesté leur opposition à ce traité européen, lors du référendum de juin 2008.

 

Mais leur décision a déplu, semble-t-il, et le plat leur est resservi, en espérant que, cette fois, « ils voteront bien »…

 

En somme, c’est un peu comme si le premier référendum comptait pour du beurre et qu’on recommençait tout. Etranges subtilités de la « démocratie »…

 

Et l’Europe d’attendre la décision de l’Irlande, seul pays à avoir soumis le traité aux votes populaires (c’est la loi constitutionnelle irlandaise qui l’impose), alors que, partout ailleurs, les parlements ont déjà entériné le traité, à l’exception de la Pologne et de la République tchèque, qui attendent l’annonce de la position irlandaise pour se déterminer.

 

Même les parlements de la France et des Pays-Bas l’ont ratifié, pays dont les populations avaient pourtant largement rejeté, par les référendums de 2005, la « Constitution européenne » (Traité de Rome II, de 2004) dont le Traité de Lisbonne n’est qu’une version bis, mais qui ne doit plus nécessairement être soumise à une consultation populaire.

 

Ainsi donc, en France comme aux Pays-Bas, la « Constitution européenne », jetée par la porte, est rentrée par la fenêtre, déguisée en Traité de Lisbonne.

 

Déni de démocratie ? C’est que, la question qui fâche, ce n’est pas tant l’Europe elle-même qu’une certaine vision de l’Europe, une vision particulièrement libérale, qui avait constitué l’objet de la méfiance des citoyens à l’égard de la « Constitution européenne » et en avait été la principale cause de rejet.

 

En effet, si la « Constitution » présentait un progrès indéniable pour la démocratisation des Institutions européennes, notamment en donnant un rôle plus déterminant au Parlement européen, le seul organe directement élu par les citoyens, en revanche, ce même texte coulait les lignes générales de la politique économique européenne dans le bronze du libéralisme et des lois du marché.

 

Dressant les citoyens des différents pays de l’Union les uns contre les autres, dans une concurrence à l’emploi effrénée, sujet de délocalisations et de substitutions de travailleurs de l’ouest par des travailleurs de l’est, y compris au niveau des cadres et donc de la classe moyenne, cette « Constitution européenne » fut ainsi rejetée, principalement à l’appel des organisations syndicales.

 

Pas plus qu’un « non à Lisbonne » ne le serait, le « non à la Constitution » n’a ainsi signifié un « non à l’Europe ».

 

Il doit au contraire être compris comme une demande de plus d’Europe, mais d’une Europe qui ne serait pas seulement une construction économique, un vaste espace de marché, mais une Europe politique qui apporterait à ses citoyens la sécurité sociale.

 

C’est cette Europe-là que veulent les citoyens qui se sont exprimés en 2005 et en 2008, et nullement l’Europe de Lisbonne.

 

Nombreux sont dès lors ceux qui attendent le vote irlandais, avec l’espoir qu’il confirmera le rejet de cette Europe libérale que certains gouvernements semblent vouloir à tout prix imposer à leur population, très loin de l’idéal des Pères fondateurs si bien exprimé par Robert Schuman, en 1950 déjà, et inscrit dans le Traité de Rome de 1957 : « en aucun cas, le niveau de vie des travailleurs ne devra être abaissé; c'est là une règle absolue que nous avons, dès la première heure, inscrite en tête de nos principes; les pouvoirs politiques (…) auront le rôle d'un contrôleur toujours vigilant, préoccupé d'assurer, d'imposer s'il le faut, l'observation d'une politique générale de bien-être, de plein emploi et de justice sociale ».


Lien(s) utile(s) : L'Echo 1 et L'Echo 2.

Coupure de presse :  lisbonne.jpg

 

 

 

Henri STERDYNIAK - 9 septembre 2011 (Euronews)
A propos des choix socio-économiques de l'Union européenne...

 

 

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