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Monde arabe

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Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Europe - Quel président pour l'Europe? (L'Echo. Le quotidien de l'économie et de la finance, 12 novembre 2009) - Texte intégral


     


Tout prochainement, lUnion européenne devrait choisir son président.

 

A présent quil a été accepté par tous les membres de lUnion, le Traité de Lisbonne, qui a modifié les institutions européennes, peut entrer en vigueur. Or, il prévoit lélection dun président du Conseil des Ministres européen.

 

Cest un moment fort de la construction européenne :  pour la première fois dans lhistoire, tous les Européens, unis en fédération, de lAtlantique aux frontières de la Russie, seront représentés sur la scène internationale par un  « président de lEurope ».

 

Mais quel sera ce président?

 

Trois personnalités sont pressenties :  lancien premier-ministre britannique, M. Anthony Blair, qui, pour assurer sa reconversion, sest demblée porté candidat et a organisé un spectaculaire lobbying partout où il pouvait gagner de linfluence; le premier-ministre luxembourgeois, M. Jean-Claude Juncker, un europhile convaincu; et M. Herman Van Rompuy, le premier-ministre belge.

 

A cet instant, le consensus semble s’organiser autour de la personne de M. Van Rompuy.

 

En effet, le sulfureux M. Blair traîne quelques casseroles fort bruyantes, à commencer par sa décision d’entrer en guerre en Irak, en 2003, à l’encontre des positions française, belge et allemande, et en violation du droit international… En outre, on ne peut pas dire que le Royaume-Uni a jusqu’à présent mené une politique très pro-européenne :  il a différé son entrée dans la « zone euro » et le dernier discours de la Reine devant le parlement britannique a clairement positionné la Grande-Bretagne aux côtés des Etats-Unis, et non de l’Europe.

 

Quant à M. J.-Cl. Juncker, forte personnalité, pourtant, et vieux routier de l’Europe, qui a participé, par exemple, à l’édification du Traité de Maastricht, en déclarant sa candidature, ouvertement, pour faire barrage à M. A. Blair, il s’est attiré l’irrémédiable opposition de Londres.

 

Mais pourquoi M. Van Rompuy? Est-il bien l’homme qu’il faut à l’Europe? Discret, pour ainsi dire inconnu en dehors des frontières belges, tenant de la vieille droite catholique conservatrice flamande, il n’a ni la carrure d’un Blair, ni la dimension européenne d’un Juncker.

 

En outre, si ses qualités de technicien politique, d’homme de dossiers, lui permettraient probablement de gérer avec succès le casse-tête du Conseil des Ministres à vingt-sept, M. Van Rompuy aura-t-il le charisme nécessaire pour imposer internationalement les vues de l’Union?

 

En fait, M. Van Rompuy, qui n’était même pas candidat et n‘a jamais eu d‘ambitions européennes, n’est-il pas plutôt et tout simplement le choix, par défaut, des poids-lourds de l’Europe, de la France et de l’Allemagne en particulier, soucieux d’assoir à la présidence une personnalité neutre et peu remuante?

 

Si c’est le cas, ce n’est pas positif pour l’Europe, qui manquerait alors son entrée sur la scène internationale.

 

Cela dit (et au-delà du débat sur les personnes), quel président les Européens veulent-ils?

 

Car, en fin de compte, le vrai problème est là :  qui que soit le futur président de l’Union, il ne sera pas réellement le représentant des Européens, mais une sorte de super-fonctionnaire, choisi dans les hautes sphères européennes, bien loin des citoyens…

 

Le président de l’Europe ne sera vraiment leur représentant qu’au jour où il sera élu par les citoyens.

 

Ce jour-là, les citoyens auront le sentiment d’appartenir effectivement à cette vaste entité fédérée et pourront reconnaître, dans leur président, leur porte-parole.

 

Mais, à ce stade, le citoyen est laissé pour compte; il est exclu du choix :  sur ce coup-là, l’Europe à manqué le coche.

 

Ainsi, quel qu’il soit, finalement, le président de l’Union ne sera pas le « Barak Obama de l’Europe ».


Lien(s) utile(s) :  L'Echo.

Coupure de presse : PRESIDENT-UE.jpg

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