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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Iran - La République islamique en état de siège (La Libre Belgique, 21 mai 2010)

 

 

 

  

 

 

 

 

Ambassade US - TéhéranEn juin dernier, éclatait en Iran la « révolution verte » : des centaines de milliers d’Iraniens descendaient dans les rues de Téhéran pour protester contre le résultat des élections qui reconduisaient le président Mahmoud Ahmadinejad, arborant des foulards verts et scandant « where is my vote ? ».

Cette « révolution » ressemble étonnement à celles qui, depuis 2000, ont ébranlé plusieurs gouvernements pro-russes en Europe et en Asie centrale, en Serbie, Géorgie, Ukraine, Kirghizistan...

La « révolution verte », en effet, semble avoir mis en œuvre les mêmes techniques et concepts que ceux qui furent utilisés lors de ces « révolutions colorées » que l’on sait avoir été provoquées et en grande partie organisées à l’initiative des Etats-Unis, avec des objectifs atlantistes (OTAN), parfois avec le concours de l’Union européenne, et ce au détriment de la sphère d’influence russe.

Aussi, d’aucuns se sont interrogés sur le rôle qu’auraient pu tenir ces mêmes puissances en Iran : la « révolution verte » fut-elle un mouvement proprement iranien, spontané ou généré par le candidat de l’opposition, Mir Hossein Moussavi, mouvement qui s’organisa sur le modèle des « révolutions colorées » ? Ou bien, en Iran comme ailleurs, les événements furent-ils forcés par Washington, soucieux, dans ce cas, de récupérer le gâteau pétrolier iranien, un objectif que la Maison blanche, quel qu’en soit le locataire, poursuit depuis 1979, depuis que la révolution islamique de l’ayatollah Khomeiny renversa l’impitoyable dictature du Shah, jusqu’alors soutenu par la CIA ?

Si l’on a pu hésiter longtemps à donner une réponse précise à ces questions, les indices récents qui se sont fait jour semblent cela dit faire pencher la balance en faveur de la seconde hypothèse.

On pouvait déjà affirmer avec certitude le rôle joué par les Etats-Unis, depuis que Jared Cohen, membre du Département d’Etat, avait ouvertement admis que l’administration Obama avait participé à l’organisation logistique des manifestations de l’opposition iranienne, information finalement confirmée par la Secrétaire d'Etat Hillary Clinton.

 

                                            

 

De même, l’implication de la Grande-Bretagne n’était pas exclue, comme le laissaient déjà penser, notamment, les manipulations d’images par la BBC (très regardée en Iran), qui avait, par exemple, fait passer une manifestation pro-Ahmadinejad pour un rassemblement pro-Moussavi.

Et, tout récemment, c’est l’ingérence de la France qui semble confirmée, par le cas de la jeune Française Clotilde Reiss, qui avait été arrêtée en Iran et y était jugée pour espionnage. La jeune femme avait toujours clamé son innocence, soutenue par le gouvernement français, qui vient d’obtenir sa libération, dans des conditions encore obscures (d'aucuns considèrent que la libération par la France, de l'Iranien Ali Vakili Rad, auteur de l'assassinat, à Paris, de Shapour Bakhtiar, opposant à la République islamique, et ce deux jours après le retour de Clotilde Reiss, constitue la contrepartie d’un marchandage).

C'est que Clotilde Reiss, officiellement assistante à l'Université d'Ispahan pour y rédiger un mémoire sur l'enseignement de l'histoire-géo dans les écoles iraniennes (sic), est en fait diplômée de l'Institut d'Etudes Politiques (IEP) et, en 2007, a rédigé un rapport sur la politique nucléaire iranienne, pour le compte de la Direction des Applications Militaires du Commissariat à l'Energie Atomique... Plus encore, la France est aujourd’hui bien embarrassée, face aux déclarations d’un ancien directeur de la DGSE (les services secrets français), révélant la vraie nature de la mission de l’agent Reiss en Iran…

Reste à déterminer si ces actions subversives de l’Occident furent à l’origine-même de la « révolution verte » ou si les puissances occidentales ont décidé d’intervenir à la faveur d’événements qu’elles n’avaient pas elles-mêmes provoqués.

Mais, quoi qu’il en soit, force est d’admettre que le gouvernement de la République islamique ne fantasmait pas : l’Iran est bel et bien en état de siège.


Lien(s) utile(s) : La Libre Belgique.


Coupure de presse : iran(3)

 

  

Lire aussi : Les Iraniens défendent leurs droits sociaux et De l'art de se débarrasser d'un ennemi.

 

 

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corrales 25/05/2010 14:23


très intéressant cet article.