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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Libye - Ne jamais vendre la peau de l'ours... (L'Echo. Le quotidien de l'économie et de la finance, 18 mars 2011) - Texte intégral

 

  

 
 

 

Photos-illustration-2 3326 - CopieAlors que la plupart des analystes avaient déjà enterré son régime, le Guide de la Révolution arabo-libyenne semble avoir réussi à renverser la situation en sa faveur : l’armée libyenne est parvenue à contenir les forces insurrectionnelles, basées dans l’est du pays, et, après la prise de la ville d’Ajdabiya, encercle à présent Benghazi, le principal et dernier bastion de la rébellion.

 

La « révolution » serait donc sur le point d’être étouffée, au grand désarroi des ministres et diplomates qui avaient cru pertinent de retourner leur veste et de ménager une suite à leur carrière dans un « après-Kadhafi » qui apparaissait tellement probable il y a une semaine encore (on se souviendra de ces instants poignants, où des ambassadeurs libyens, à l’ONU et dans plusieurs capitales, annonçaient, en larmes, leur démission, se réjouissant de la « chute du dictateur », alors que tous, pourtant, désignés à ces fonctions par le régime, avaient jusqu’alors fidèlement servi le Guide de la Révolution).

 

Et au grand désarroi, aussi, de ceux qui, dans la communauté internationale, la France sarkozienne en tête, avaient parié sur un changement de gouvernement en Libye et dès lors renversé du tout au tout leur politique étrangère envers Mouammar Kadhafi, passant d’un soutien diplomatique et militaire inconditionnel au régime à une condamnation radicale, assortie de demandes de sanctions et d’interventions armées sous bannière onusienne. La France avait même pris la position unilatérale de dénoncer le colonel Kadhafi et de reconnaître, comme nouveau gouvernement en Libye, le « Conseil national » autoproclamé, mis en place à Benghazi.

 

 

 

Cette décision de l’Élisée, non concertée et annoncée à la veille d’un important conseil européen qui devait déterminer une position commune sur ce dossier, a toutefois provoqué le courroux de plusieurs États membres, de l’Allemagne notamment. En outre, le Conseil de Sécurité de l’ONU s’est montré lui-même très divisé sur la question, avant d’adopter finalement une résolution imprécise, autorisant les États à mettre tout en oeuvre pour protéger la population civile. Cette résolution, à la limite de la légalité, a été promulguée sans l’aval ni de la Chine, ni de la Russie, ni du Brésil, ni de l’Inde, ni de l’Allemagne (et contre l'avis de la Turquie), fruit d’un compromis difficile et qui arrive trop tard, désespérément porté, à bout de bras, par une France aux abois, bien embarrassée par le retournement de situation et désireuse de « tout mettre en œuvre » pour secourir les rebelles. Paris demandera-t-elle l’extension de la résolution au Bahreïn où, là aussi, le gouvernement réprime la « révolution » dans le sang ? Avec la différence que, au Bahreïn, la troupe a ouvert le feu sur des civils, non pas sur des rebelles armés. Et, dans le cas du Bahreïn, la Ligue arabe donnera-t-elle aussi son accord ? Et pour Gaza ? Ou bien s’agira-t-il, une fois encore, de la politique des deux poids et deux mesures ?

 

C’est que, sur le strict plan du droit international, Mouammar Kadhafi est le chef du gouvernement légitime de l'État de Libye. Ce gouvernement est souverain sur son territoire et a légitimement l'autorité pour rétablir l'ordre face à une rébellion, armée, d’une partie de la population.


Mais, surtout, la réalité libyenne est très particulière et complexe : premièrement, parmi les « révolutionnaires », il y a de nombreux anciens kadhafistes, de ceux-là qui avaient misé sur le renversement du régime et choisi de se réaligner ; et les événements ont rapidement dégagé un parfum de coup d'État, un peu moins de « révolution » (leur calcul, tout comme celui des conseillers de Nicolas Sarkozy, a été mal avisé : la résistance déterminée de Kadhafi, dès le début des événements, indiquait clairement que le gouvernement libyen avait les moyens de s'imposer et que la partie était loin d'être jouée).

 

 

 

Deuxièmement, en Libye, on a moins assisté à une « révolution » qu'à une guerre civile entre des clans territorialement opposés : la dimension tribale de la structure sociopolitique libyenne a échappé aux observateurs, emportés par l’euphorie suscitée par la « vague révolutionnaire » qui déferlait sur tout le monde arabe. La famille Kadhafi ne s’est nullement retrouvée isolée face au « peuple libyen », mais elle a bénéficié de l’appui des tribus qui l’ont traditionnellement soutenue et constituent la majorité de la population libyenne.

 

Troisièmement, la structure du pouvoir elle-même diffère, par exemple, du cas tunisien : contrairement à la dictature, policière, de Ben Ali, qui ne venait pas de l’armée et n’a jamais entretenu avec elle des rapports privilégiés, le régime libyen a été mis en place par l’armée et le colonel Kadhafi est issu de ses rangs (de même qu’Hosni Moubarak, en Egypte, qui a certes quitté la présidence, mais n’a nullement dû fuir le pays et a lui-même désigné ses successeurs et confié le pouvoir aux forces armées).

 

Ainsi, l'erreur d’analyse, qu’il ne fallait pas commettre face à toutes ces « révolutions », c'était de les considérer dans leur globalité, comme un mouvement révolutionnaire solidaire et généralisé au monde arabe, alors que, en réalité, on se trouve devant des cas très différents, qu’il convient d’appréhender individuellement et dont les résultats seront eux aussi très différents.

 

 

 

La question qui se pose, cela étant, c’est de savoir quelles conséquences l’échec, à ce stade, de l’insurrection libyenne pourra avoir sur les révolutions en cours au Bahreïn ou au Yémen, sur les processus politiques en cours en Tunisie ou en Égypte… C’est aussi de savoir comment, maintenant, les chancelleries occidentales, à commencer par Paris, vont parvenir à « rattraper le coup », à l’égard de Mouammar Kadhafi, qui a repris le contrôle de la majeure partie du pays et du pétrole libyen.

 

Mais peut-être un certain Silvio Berlusconi, qui s’est montré beaucoup plus prudent que son voisin français, a-t-il déjà sa petite idée… 

 

 



Lien(s) utile(s) : L'Écho.

 

 
Coupure de presse : 
L'Echo - Libye

 

 

Le clin d'oeil : "souvenirs de l'amitié franco-libyenne" :

 

 

 

 

Lire aussi : TUNISIE – EGYPTE - Derrière les apparences, la stabilité et LIBYE - Les manipulations de la gouvernance.

 

 

 

© Cet article peut être librement reproduit, sous condition d'en mentionner la source (http://pierre.piccinin-publications.over-blog.com).

Commenter cet article

DJAMELITO 19/03/2011 18:17


Pourquoi les occidentaux veulent envahir la Libye quand ils n’ont pas bougé ni en Tunisie ni en Egypte ? Là est la question !

Réponse : Le produit intérieur brut de la Libye est l’un des plus élevés d’Afrique : pas bon pour un pays pauvre ! Son économie repose en grande partie sur l’exportation du pétrole : super pour les
USA qui sont avide de pétrole…