Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Maroc - Les illusions perdues du Printemps arabe (Centre de Recherche sur la Mondialisation, 28 juin 2011)

 

 

Source - Cyberpresse  

"Cette lucidité nous manque trop souvent : la lucidité des réalistes, et non les illusions des rêveurs passifs et des émotifs naïfs." 

(Tariq Ramadan)

   

Vignette Rabat

Le bilan que l’on peut déjà tirer de manière assez précise des révoltes qui ont secoué le Moyen-Orient et l’Afrique du nord depuis décembre 2010, et ce même s’il est peut-être un peu trop tôt encore pour conclure définitivement, n’exclut pas le cas du Maroc, le grand oublié du « Printemps arabe ».

 

Partout, le « Printemps arabe » s’achève sur le relatif échec de l’opposition et, partout, la stabilité des régimes demeure, y compris en Tunisie et en Égypte, où, derrière des apparences de changement, les anciens maîtres restent aux commandes de l’État et de l’ensemble du secteur économique.

 

Les « jeunes », qui ont été les instigateurs et le fer de lance de ces révoltes, se retrouvent, en pratique, complètement exclus des négociations (quand il y en a). C’est que leur slogan, « dégage ! », repris partout à travers le monde arabe, ne constitue aucunement un programme de réformes, de la part de mouvements, en outre, spontanés, sans organisation, ni représentation.

 

Ceci explique pourquoi les inquiétudes états-uniennes des débuts se sont rapidement évanouies pour laisser place au soulagement. D’où l’absence d’intervention de Washington : rien de fondamental, en somme, n’a changé sur l’échiquier arabo-musulman, qui reste sous contrôle. « Que vient si souvent faire ici Jeff Feltman (Sous-secrétaire d’État US pour le Proche-Orient) auprès du gouvernement provisoire ? », s’interroge Radhia Nasraoui (Ligue des Droits de l’Homme de Tunisie), que nous avons rencontrée à Tunis ; « le dictateur est parti, mais la dictature est toujours en place ».

 

Et l’attitude est identique de la part du gouvernement israélien, même s’il profite de la situation pour s’alarmer publiquement et justifier un renfort sécuritaire : la « nouvelle » Égypte, par exemple, protestera certainement sur la question palestinienne et rouvrira ses frontières avec la Bande de Gaza. Mais elle ne fera pas la guerre…

 

En Tunisie, en effet, l’opposition, affaiblie et désorganisée, comme partout ailleurs, par deux décennies d’exils et d’emprisonnements, n’a pas réussi à chasser l’establishment benaliste de la direction de l’État. Certes, le dictateur a quitté le pays et son premier ministre a démissionné. Exutoires à la colère du peuple, fusibles et poudre aux yeux, qui ont permis le retour au calme et la reprise en main de la rue par l’armée... Car les seconds couteaux, inconnus du grand public, ont su habilement prendre leur place. Comme nous l’ont confirmé Radhia Nasraoui, Hamma Hammami (Parti communiste des ouvriers de Tunisie) et Moncef Marzouki (Parti du Congrès pour la république), principales figures de l’opposition tunisienne, les institutions au service de la dictature n’ont pas été démantelées, pas même la police politique du président Ben Ali : elle reste active et continue de surveiller et d’intimider les opposants, qui craignent pour leur vie…

 

La situation est similaire en Égypte, où l’armée assure le maintient de l’ordre, tandis que l’establishment moubarakiste, qui tient toujours fermement les rouages de l’État et les outils de financement, s’est réorganisé en créant de nouveaux partis.

 

En Égypte également, l’opposition, qui peine à s’imposer, est donc laissée pour compte et cantonnée en marge du pouvoir (à l’exception notable des Frères musulmans, qui nous ont reçu dans leur quartier général du Caire, seul mouvement politique structuré, lequel s’est cela dit rapidement rallié aux anciens ministres du président Moubarak, pour former avec eux un gouvernement, et dont les intentions, à long terme, restent incertaines). Les élections législatives, programmées en septembre, ne réserveront donc guère de surprise ; des élections qui arrivent beaucoup trop tôt pour une opposition à peine en train d’entamer sa reconstruction, en Égypte, comme en Tunisie.

 

À Tunis, ainsi, « l’Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution », organe créé pour pallier la non-représentativité du gouvernement provisoire (toujours composé des ministres choisis par Mohammed Gannouchi, l’ancien premier ministre, démissionnaire), assemblée chaotique, non-élue, sert de caution au pouvoir, désireux de hâter l’élection d’une « Assemblée nationale constituante », chargée de rédiger une nouvelle constitution pour la Tunisie, avant des élections législatives et présidentielles, de sorte à couper l’herbe sous le pied de l’opposition en ne lui laissant pas le temps de s’organiser en vue de ces élections.

 

Initialement prévue en juillet, l’élection de cette Assemblée constituante a finalement été reportée en octobre, à la demande de l’opposition (et non à l’initiative du gouvernement provisoire qui serait soucieux de conserver le pouvoir le plus longtemps possible, contrairement à ce que colportent maints observateurs sensés « avertis »). Mais ce court laps de temps supplémentaire suffira-t-il à l’opposition pour qu’elle puisse s’organiser et mener campagne pour affronter ce puissant establishment qui, en Tunisie aussi, s’est reconverti sous de nouvelles étiquettes ?

 

Ironie du sort, s’il en est, les benalistes du gouvernement provisoire de Tunisie, pays qui s’effondre dans le chaos économique et l’explosion de la criminalité, se sont autorisés l’effet d’annonce d’un vaste programme pour le développement de l’emploi dans les zones les plus défavorisées : le « Plan Bouazizi », du nom du jeune homme dont le suicide par le feu avait été à l’origine de la révolte populaire ; comme toujours, le système récupère les symboles...

 

En Égypte, par contre, la « nouvelle » constitution a déjà été rédigée, en deux temps et trois mouvements, par un comité restreint « d’experts », nommés par le gouvernement, avec, en termes d’opposition, le seul concours des Frères musulmans, qui ont ensuite appelé au vote du texte lors du referendum, lui aussi organisé illico presto, le 19 mars 2011 : les Égyptiens, encore tout étourdis par la chute de Moubarak et confiants en la « révolution », ont massivement soutenu le texte et l’ont approuvé par 77 % des votes. L’affaire est donc dans le sac pour les tenants de l’ancien régime qui, de surcroît, bénéficient désormais de l’aval « démocratique » que leur confère le referendum…

 

En Algérie, en Jordanie aussi, les mouvements contestataires ont duré le temps que durent les roses, le temps d’un « Printemps… arabe » : ils ont pu être maîtrisés par le pouvoir, à la faveur de quelques vagues promesses et concessions mineures, et se sont progressivement éteints. En Jordanie, ainsi, si le roi Abdallah II a promis une réforme des institutions, il n'a fait que réitérer des engagements pris en 2000 déjà et qui n'ont jamais été suivis d'effets. Par contre, dès le début des émeutes, il a rappelé Maarouf Bakhit au poste de premier ministre, son ancien conseiller militaire, qui avait supervisé le déroulement des élections de 2007, les plus frauduleuses qu'ait connu le pays, au terme desquelles pas un seul membre de l'opposition n'avait obtenu de siège au parlement jordanien. Le nouveau premier ministre, chargé de mener à bien « de réelles réformes politiques », a d'emblée déclaré que le processus serait « lent et graduel » et prendrait « le temps d'une génération »…

 

Quant aux monarchies de la péninsule arabique, elles semblent épargnées par la « vague révolutionnaire ».

 

Le Bahreïn, seul, a fait figure d’exception. L’opposition a été écrasée dans le sang, avec l’aide de l’armée saoudienne et l’accord tacite des Etats-Unis qui occupent dans le pays une base militaire abritant la cinquième flotte US et plus de trois mille soldats (certes, la Maison blanche a protesté, du bout des lèvres ; mais ce genre de déclaration ne mange pas de pain et ne change pas le cours des choses ; au mieux participe-t-il à augmenter le « soft power » états-unien dans la région…).

 

Au Yémen, où, face au risque de somalisation du pays, le Conseil de Coopération du Golfe tente de ramener un semblant de stabilité et a parié sur la fermeté du président Ali Abdallah Saleh (ou, à défaut, du système qu’il a mis en place), la guerre des clans s’enlise dans les querelles de succession qui se sont substituées aux révoltes, dont les revendications sociales sont désormais passées au second plan.

 

La guerre tribale s’est aussi invitée en Libye, où la France et ses alliés, dans une logique néocolonialiste manifeste et en quasi-violation du droit international (en tout cas en outrepassant, sans doute aucun, le cadre de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU), ont choisi de supporter les leaders de la rébellion, pourtant d’anciens ministres kadhafistes, qui ne peuvent que fort difficilement passer pour de parfaits démocrates, à commencer par le président même du Conseil national de Transition, le nouvel ami du très médiatique Bernard-Henri Lévy, Mustapha Abud al-Jalil : ministre de la justice de Kadhafi, c’est lui qui avait condamné à mort les cinq infirmières bulgares dans l’affaire que l’on sait…

 

L’OTAN a donc choisi Charybde contre Scylla et participe de facto à une guerre civile dont elle soutient une des parties de manière effective, et ce par des bombardements massifs, qui ont déjà causé la mort de nombreux civils (il convient de rappeler ici que la résolution 1973 autorisait l’emploi de la force pour protéger la population civile, et non pour aider une rébellion armée à renverser et à remplacer le gouvernement de l’État de Libye). Est-ce cela, le « Printemps arabe »?

 

Seule la Syrie, peut-être, au moment où nous publions cette analyse, paraît en situation incertaine, bien que le gouvernement de Bashir Al-Assad, qui conserve le soutien complet et entier de l’armée, ait choisi la fermeté et semble être en passe d’écraser la contestation, sans que personne, d’ailleurs, n’y trouve vraiment à redire… Probablement le retour en grâce de Damas et son rapprochement avec l’Arabie saoudite (alliée majeure des Etats-Unis), et ce à l’instigation de ces derniers, explique-t-il cela. Il faut de plus prendre en considération le fait que les Frères musulmans syriens, beaucoup moins modérés que leur équivalent égyptien, ont l’oreille de la rue et prônent un radicalisme religieux intransigeant : « plutôt Al-Assad que ces gens-là », doit-on se dire dans certaines chancelleries. Et le gouvernement de Damas, le seul des États arabes qui, avec celui du Liban, n’a jamais renoncé à la lutte contre l’occupation israélienne de la Palestine (officiellement et en paroles, du moins), bénéficie aussi du soutien du Hezbollah et de l’Iran, sans compter la sympathie de la résistance palestinienne, mais également celle des populations de la région, de manière générale, pour qui la Syrie demeure le champion de la cause arabe. Paradoxalement, le gouvernement de Bashir al-Assad assure le statu quo à l’égard d’Israël (en réalité et en actes, du moins) : depuis le début des négociations sur le Golan, en 2007, et la perspective de la restitution de ce territoire à la Syrie contre un accord de paix, Damas a scrupuleusement contrôlé sa frontière et assuré la tranquillité à son voisin hébreux. Israël ne peut donc que se féliciter de la stabilité politique en Syrie et dudit statu quo, qu’un renversement de régime risquerait plus que probablement de remettre en question.

 

Comme on peut le constater, la géopolitique du monde arabe est autrement plus complexe et diverse que ne pourrait l’expliquer un « élan révolutionnaire » impulsé par l’acte désespéré d’un jeune Tunisien.

 

Au Maroc, enfin, où existe un mouvement de contestation oublié du reste du monde, l’opposition à la monarchie absolue du roi Mohamed VI a mis plus de temps à se manifester, dans la plus totale indifférence des médias étrangers et, dès lors, de l’opinion publique internationale.

 

Ainsi, le 2 juin, Kamal Ammari, un jeune homme de trente ans, est décédé des blessures qu’il avait reçues lors de la grande manifestation du 29 mai ; c’est le premier mort du fait de la répression des manifestations au Maroc. Pas une ligne dans les quotidiens européens ; pas une image des démonstrations qui ont suivi son enterrement, ni des manifestations du 5 juin où son portrait fut brandi dans toutes les villes marocaines…

 

 

Maroc 5 juin 2011 Nathalie Deprez

                                                                                                                   ©  photo Nathalie DEPREZ - 5 juin 2011 

 

 

La contestation s’est organisée via les sites sociaux de l’internet, à l’initiative d’un groupe d’étudiants, inspirés par les événements survenus en Tunisie : le Mouvement du 20 février réclame la réforme des institutions pour l’instauration au Maroc d’une monarchie constitutionnelle ; des manifestations-monstres, pacifiques, un dimanche par mois, rassemblent les opposants depuis le 20 février, date de la première marche des jeunes, qui a eu lieu dans cinquante-trois villes, selon le ministère de l’intérieur.

 

Certes, les Marocains ont toujours eu le droit de manifester et, régulièrement, ils en ont usé. Mais, dès le début, le Mouvement du 20 février a pris une ampleur géographique inhabituelle : le 20 mars, la deuxième manifestation a touché plus de soixante villes et, le 24 avril, cent six villes et villages.

 

En outre, les jeunes ont réussi à lever les barrières qui existaient entre les différentes composantes de l’opposition : islamistes, nationalistes et socialistes ont marché ensemble, alors que l’État avait jusque-là réussi à les jouer les uns contre les autres. C’est probablement là ce qui constitua un premier facteur d’inquiétude pour les autorités.

 

Plus encore, le 9 mars, le roi était sorti de sa réserve : dans son discours, il avait affirmé avoir entendu le message du peuple et annoncé de profondes réformes pour y répondre. Le roi, personne sacrée, ayant pris position, le « Marzen », l’État monarchique (et la multitude de réseaux qui gravitent dans l'orbite du roi et tiennent le pays sous leur coupe), ne pouvait plus tolérer la moindre réplique ou protestation. Pourtant, les 20 mars et 24 avril, les marches ont redoublé : le roi a promis une nouvelle constitution, mais c’est lui qui a nommé la commission chargée de l’élaborer. Les manifestants ont demandé la dissolution de cette commission.

 

 

Maroc 5 juin 2011 Nathalie Deprez'

                                                                                                                   ©  photo Nathalie DEPREZ - 5 juin 2011 

 

 

Ils ont aussi demandé la fermeture du centre de détention illégal de Temara, situé dans la banlieue de Rabat, où la police politique enferme et torture les opposants (Khadija Ryadi, Présidente de l’Association marocaine pour les droits humains, nous a confié que le centre aurait également reçu des personnes transférées au Maroc, notamment depuis Guantanamo, pour y être interrogées ; il ferait partie des fameuses « prisons secrètes de la CIA »). Les manifestants ont ainsi organisé un immense pique-nique devant le centre, autre facteur qui a provoqué la réaction de l’État.

 

La répression a donc commencé, le 15 mai, à Temara. Les forces de police avaient reçu des ordres : viser les militants les plus actifs, les leaders, et leur casser un bras ou une jambe. Elle s’est poursuivie, de plus en plus brutale, lors de la manifestation du dimanche 22 mai, puis le 29, se soldant cette fois par un décès.

 

Dans le même temps, les autorités ont emprisonné Rachid Niny, directeur du seul groupe de presse réellement indépendant de l’État, al Massae, et chroniqueur qui, depuis plusieurs semaines, dénonçait sans ménagement la pratique de la torture à Temara et les corrompus gravitant dans l’orbite du roi. « Lorsqu’il a été arrêté, nous a expliqué Youssef Jajili, le porte-parole du groupe et le rédacteur en chef de l’hebdomadaire al Awal (l’un des seuls médias marocains à faire état des manifestations et à avoir fait sa une sur la mort de Kamal Ammari), nous avons pensé à un accident de parcours dans le processus de démocratisation engagé par le roi ; mais, très rapidement, aussi avec l’augmentation de la répression, nous avons compris que le pouvoir avait décidé de ‘gérer’ autrement la contestation. »

 

Le pouvoir semble en effet avoir perçu les limites du Mouvement du 20 février : s’ils ont été rejoints par les médecins, les fonctionnaires, les avocats, les enseignants, autant de corporations qui avaient l’habitude de manifester seules et se fédèrent à présent, les jeunes, pour la plupart issus des milieux universitaires, n’ont pas réussi à mobiliser les masses des milieux les plus défavorisés, dubitatives. Les pauvres du Maroc manifestent depuis toujours, pour du pain, des logements, de meilleurs salaires, des transports publiques ; mais que veulent ces jeunes, qui réclament une nouvelle constitution ? Le Mouvement du 20 février reste donc élitiste et confiné à la classe moyenne.

 

Surtout, les couches populaires demeurent fidèles à leur roi : la monarchie de droit divin n’est pas remise en question par ces milieux ; ni non plus, d’ailleurs, par une partie des islamistes les plus radicaux (le parti « Justice et Développement ») qui défendent le « Commandeur des Croyants » (nous ne parlons pas ici des salafistes, qui sont pour ainsi dire inexistants au Maroc).

 

La majorité des Marocains n’est donc pas prête à faire la révolution contre son roi (qui, enfin, lui apparaît, par le biais d’une propagande médiatique omniprésente, comme le seul à se soucier réellement du bien-être de son peuple), et ce d’autant moins que le pouvoir a tiré les leçons des mésaventures qu’ont connues ses voisins et, entre autres mesures, a sans tarder distribué du pain aux milieux les plus pauvres et augmenté les aides d’État pour court-circuiter le mouvement de contestation.

 

Le pouvoir peut donc frapper sans plus craindre un embrasement généralisé : la « vague révolutionnaire », semble-t-il, sera venue mourir sur les plages du Maroc.

 

Reste la question de savoir quelle attitude, en fonction de l’évolution des événements, adopteront les mouvements islamistes, auxquels adhère la majeure partie de la population. En effet, si le courant radical, incarné par le parti « Justice et Développement », défend la monarchie, le courant dominant, « Justice et Spiritualité » (ndlr : parfois traduit par « Justice et Bienfaisance »), plus modéré et qui a axé son discours sur la justice sociale, semble vouloir emboîter le pas à la contestation.

 

 

Maroc 5 juin 2011 Nathalie Deprez''

                                                                                                                   ©  photo Nathalie DEPREZ - 5 juin 2011 

 

 

Cet islamisme-là, qui contredit tous les fantasmes de l’Occident, cet islamisme éclairé, l’islamisme de la solidarité et du partage des richesses, pourrait bien rapidement faire valoir ses droits et s’ériger en arbitre de la « révolution » marocaine.

 

La « nouvelle » constitution promise par le roi sera soumise à référendum, ce 1er juillet. Il s’agit de la réponse du Marzen à la contestation, une constitution qui a été réélaborée sans l'opposition et ne change pas réellement les bases du régime : loin de présenter une « nouvelle » constitution, le texte proposé apparaît davantage comme le résultat d’un « toilettage » de l’ancienne constitution et le principal changement réside dans le fait que le roi, qui nommera toujours lui-même son premier ministre, devra toutefois le choisir parmi les élus du parti vainqueur des élections.

 

Sans changer radicalement la donne, cette modification de la constitution pourrait néanmoins apparaître comme une avancée démocratique, aussi légère soit-elle. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle a été reçue par la diplomatie européenne. Toutefois, paradoxalement, cette mesure reviendrait à un renforcement de la position du monarque : le premier ministre, qui ne pourra agir, comme auparavant, que sous la tutelle du roi, assumera désormais seul les décisions du gouvernement, lesquelles, cependant, continueront de dépendre de la volonté du palais.

 

Si les Marocains devaient voter favorablement à l'adoption de cette constitution, incontestablement, il s'agirait, dans les faits, d'un plébiscite de soutien au roi, qui retrouverait une pleine légitimité, et d'un désaveu du Mouvement du 20 février, et donc, peut-être, de la fin de la "révolution" au Maroc.

 

Si le oui l'emporte, en effet, la monarchie marocaine, cette théocratie parlementaire, sera validée par le vote du peuple marocain, qui confirmera ainsi le statut royal du "Commandeur des Croyants".

 

De Damas à Rabat, les fleurs du printemps se sont déjà fanées.

 

 

 

 Lien(s) utile(s) : Centre de Recherche sur la Mondialisation.

 

 

 

 

 

Lire aussi :

- MAROC - La révolution oubliée du "Printemps arabe".

- MAROC - Entretien avec Nadia Yassine ou "l'islamisme au féminin".

 

 

© Cet article peut être librement reproduit, sous condition d'en mentionner la source (http://pierre.piccinin-publications.over-blog.com).

Commenter cet article

F. 03/07/2011 11:57



Des millions de personnes, descendre à cause d'urnes bourrées???
Depuis quand les Marocains descendent dans la rue pour contester une élection truquée par le pouvoir?? Allons, allons ...

Pour en revenir aux "faits", si vous ignorez les scores soviétiques des référendums précédents, je vous invite à y jeter un oeil. Les résultats sont éloquents.
Donc rien de neuf sous le soleil, si vous croyez avoir découvert quelque chose. Chacun joue sa partition, c'est de bonne guerre.

Quant au 70 % de participation, je signale que des militants chevronnés (et pas les deux trois punks dont vous parlez) les contestent vigoureusement.

Bref, nous verrons la suite que l'épisode marocain va prendre, vu que le mvt appelle à manifester encore et encore. C'est donc maintenant que les choses sérieuses vont commencer, si elles le
doivent.

Patience!!! Nous sommes dans la longue durée et je constate une fois de votre fâcheuse tendence à voir les choses selon des a priori, préjugés et convictions qui vous obsèdent. Un problème à la
fois svp loool

Nous ne sommes qu'au début de cette affaire. Au tout début...

Le régime marocain gère une double contrainte, la "bienveillance" occidentale et la pression des contestations régionales qui se diffuse lentement comme un poison dans le corps. Le mvt du 20 n'a
donc rien à perdre à se faufiler dans la brèche ouverte par la Tunisie



Pierre PICCININ 03/07/2011 12:01



Et depuis quand les Tunisiens et les Egyptiens sortaient-ils dans les rues pour s'opposer à leur président?


Je ne conteste nullement ce que vous écrivez (je ne partage cependant pas les "convictions qui vous obsèdent" et m'en tiendrai pour ma part aux faits).


Nous sommes donc parfaitement d'accord : à ce stade, il n'y a pas de révolution au Maroc.


Le 20 février est minoritaire et n'a pas pu entraîner la rue, contrairement à ce qui s'est passé en Tunisie ou en Égypte (même si, là aussi, la révolte a
tourné court; mais c'est un autre débat).


Que vous ayez la conviction que les choses viendront sur le long terme, c'est votre droit; ce sont vos "a priori et préjugés". Mais,
personnellement, en tant que scientifique, je n'aime pas cette "fâcheuse tendance" à sortir du cadre des faits.



Philippe 03/07/2011 11:52



Je sais qu'un chercheur est détaché si pas désincarné, mais quel est votre sentiment? Etes-vous satisfait de ce knock-out?



Pierre PICCININ 03/07/2011 11:58



Je ne m'en réjouis pas. Je constate seulement que j'avais raison.


Vous savez, c'est frustrant de devoir jouer les Cassandres. Depuis le début des événements de ce soit-disant "Printemps arabe", j'ai produit des analyses, dans la presse et pour des organismes scientifiques, qui, très à contre-courant, démontrent l'erreur de vue de maints observateurs qui, quant à eux, se sont passionnés pour ces
révoltes et se sont dès lors aveuglés quant à la réalité.


Contrairement à nombre d'entre eux, je suis allé sur le terrain, en Iran, en Egypte, en Tunisie, au Maroc. Je pars prochainement pour la Syrie et la Libye.


Résultat : on m'a traité de défaitiste, d'agent d'Israël soucieux de démotiver les révolutions, etc, etc. Alors, non , je ne me réjouis pas de ces échecs, mais,
plus le temps passe et plus les événements se précisent, plus je constate que mes conclusions étaient fondées.



F. 03/07/2011 11:48



 


Au lieu de fanfaronner, dites-moi : vous êtes passé les voir les membres du 20 février lors de votre périple marocain?

Si non vous auriez dû...

Rappel de base pour ne pas s' égarer : les régimes arabes c'est 50 ans de savoir-faire ( c'est d'ailleurs leur seul champ de compétence reconnu) et feu Hassan II,
le + classe des esbroufes arabes du siècle passé, un orfèvre en la matière.

Le Maroc tire encore et encore son pouvoir de la pelote Hassan II mais aucun fil n'est illimité....



Pierre PICCININ 03/07/2011 11:51



J'ai rencontré des membres, mais chacun avait son discours, excité et désorganisé. Rien d'utilisable en terme d'interview pour comprendre la situation. Si non que, précisément, ils sont
très désorganisés.


 


Mais, pour en revenir aux faits (ndlr : je ne "fanfaronne" pas; j'analyse) : le 20 février avait appelé à boycotter le référendum. La participation a dépassé les 70%. La constitution a été
approuvée par 98% des votants. Conclusion : de deux choses l'une, soit il y a eu fraude et les résultats sont truqués. Dans ce cas, je suppose que des millions de
personnes seraient descendues dans les rues et hurler "where is my vote?" (allusion, pour ceux qui ne l'auraient pas compris, à l'Iran où, pour quelques voix détournées, l'opposition s'est
emparée des grands boulevards); ce n'est pas le cas; au contraire, les militants que j'ai recontactés hier se cachent et craignent maintenant pour leur famille. Soit les résultats ne sont pas
truqués et, dans ce cas, l'autorité de Mohamed VI est légitime, plébiscitée par les citoyens marocains. Dans les deux cas, le 20 février est knock-out.



Pierre PICCININ 03/07/2011 11:45



Plébiscite écrasant en faveur du roi Mohamed VI au Maroc. Désaveu complet pour le Mouvement du 20 février...


http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/07/02/victoire-du-oui-au-referendum-constitutionnel-au-maroc_1543794_3218.html



Sylvie R. Tremblay 02/07/2011 20:37



La vérité pour contrer la désinformation des médias traditionnaux.


AUX ARMES CITOYENS !


http://www.voir.ca/blogs/jeannedulys/archive/2011/07/02/aux-armes-citoyens.aspx


Sylvie R. Tremblay


La Chef du Parti Jeanne du Lys