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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Monde - Copenhague et le changement climatique :  une arme éco... nomique? (La Libre Belgique,  10 décembre 2009)


            

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (le GIEC) lui-même, le réchauffement climatique serait en cours à l’échelle planétaire et, même si les grands Etats industrialisés parvenaient à s’entendre pour réfréner leurs émissions de gaz à effet de serre de manière significative, il serait déjà trop tard pour enrayer le phénomène et éviter les catastrophes naturelles récurrentes que ces experts nous prédisent.


Notamment, il serait question de la montée du niveau des mers, qui menacerait de nombreux Etats du sud, tout comme de phénomènes de désertification, qui atteindraient en particulier l’Afrique.

 

Et quand bien même serait-il encore possible de les éviter, ce ne seraient pas les demi-mesures envisagées à Copenhague et les objectifs vagues et échelonnés en d’incertaines prédictions jusqu’en 2020 ou 2030 qui permettraient un renversement déterminant de l’évolution du climat.

 

Alors, quels sont donc les enjeux réels de ce super-sommet de Copenhague ? Un sommet qui rassemblera les chefs d’Etats de la plupart des nations de la planète, un sommet hyper-médiatisé, autant qu’une finale de coupe du monde ? Quels sont les objectifs véritables des Etats qui ont promu ce processus, initié à la conférence des Nations Unies sur « l’environnement humain », à Stockholm, en 1972, et poursuivi aux sommets sur « l’environnement et le développement », à Rio, en 1992, et sur « le développement durable », à Johannesburg, en 2002  ?

 

A bien y regarder, les intitulés de ces différents sommets trahissent l’évolution rapide qui a marqué l’histoire de ce processus : si le sommet de Stockholm avait pour thème la protection de l’environnement et s’était achevé sur la définition d’un nombre impressionnant de projets généreux, le sommet de Rio, déjà, a montré un autre visage. C’est que le choc pétrolier de 1973 était passé par là ; le retour de bâton néolibéral des années 1980’ ne laissait aucune chance au discours de 1972 et, à Rio, il s’agissait bien de développement, moins, déjà, d’environnement.

 

Enfin, l’URSS disparue, le monde s’étant ancré définitivement dans l’économie de marché, le sommet de Johannesburg a axé son message sur le seul développement : le « développement durable », un concept assez flou, mais qui impliquerait que, désormais, il n’y aurait plus aucun antagonisme entre l’environnement et le développement économique. Les deux iraient de paire, tout à fait compatibles…

 

En substance, en échange de maigres compensations, les pays industrialisés, au nom de l’environnement, exigent des pays en voie de développement qu’ils renoncent à suivre un processus de développement industriel identique à celui des pays du nord, qui, eux, fourniront les pays du sud en produits industriels… La planète entière ne peut pas vivre, produire, polluer comme les Occidentaux, car ce n’est pas une planète qu’il faudrait alors pour satisfaire aux demandes, mais plusieurs. Les pays du sud doivent l’admettre : il en va de l’avenir de l’humanité. C’est là l’idée nouvelle… et généreuse…

 

Cette fois, les intérêts économiques dominent clairement : économiquement instrumentalisé, le problème de l’environnement est devenu une arme ; la question n’est donc plus de savoir comment faire face ensemble aux causes du changement du climat, mais de savoir si, en fin de compte, il existe réellement une volonté d’y faire face.

 

Dans cet ordre d’idée, on retiendra, à titre d’exemple, que, s’il a manifesté un intérêt de façade à l’égard des questions environnementales, le président Obama, chef du plus grand pollueur au monde, a toutefois affirmé, en d’autres occasions, son intention de réorienter la politique énergétique des Etats-Unis vers le charbon. Une énergie des plus polluantes, mais dont les Etats-Unis regorgent encore et qui, depuis la flambée des cours pétroliers, est redevenue parfaitement concurrentielle.

 

Qu’attendre, dans ces conditions, du sommet de Copenhague ?

 

Quant aux pays du Sud, les Etats en développement, qui seront les plus touchés par les catastrophes naturelles annoncées, ils ne sont plus tout à fait dupes… Plusieurs, déjà, ont réalisé que ces grandes décisions n’étaient pas dans leur intérêt.

 

Puisque les efforts que l’on exige d’eux ne permettraient pas, de toute façon, d’éviter le pire (pour eux en tout cas), ces Etats, qui disposent de peu de moyens, ont bien compris qu’il leur serait plus profitable d’utiliser ces moyens, non pas pour lutter contre le réchauffement climatique, mais pour mettre en œuvre des mesures leur assurant de pouvoir s’adapter aux effets du réchauffement. Et ce, bien sûr, tout en continuant dès lors à poursuivre leurs efforts de développement économique, sans tenir compte d’une quelconque incidence sur le climat.

 

Ainsi donc, au mieux, le sommet de Copenhague amènera-t-il quelques déclarations de bonnes intentions. Et l’on peut s’attendre à un nouvel effet d’annonce de l’excellent communicateur qui occupe aujourd’hui la Maison blanche.

 

Mais, dans le chef de la plupart des délégations étatiques présentes, il est bien clair que le but du jeu est avant tout la préservation et l’accroissement de leur potentiel de développement économique.

 

Lien(s) utile(s) :  La Libre Belgique.

Coupure de presse : de trop vagues objectifs

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Delvoy 11/12/2009 08:32


Monsieur Piccinin,

Je me permets de saluer la pertinence de votre article et votre prise de position dans le journal l'Echo.

Bien à vous