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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Syrie - Un chercheur belge censuré par le lobby du Conseil national syrien (La Nouvelle République, 10 mars 2012)

  PP à Hama

 

Pierre Piccinin à Hama (décembre-janvier 2011/12)

   

 

Pierre Piccinin a été l’un des tout premiers observateurs étrangers à entrer en Syrie. Par son travail de terrain, depuis le début des événements, il propose une vision très à contre-courant, véritable source d’information alternative face aux médias français. Or, le politologue belge vient d’être radié du Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO).

 

Les motifs invoqués par le service de communication du CCMO sont graves ; nous l’avons contacté ; voici la réponse qui nous a été faite :

 

« En décembre dernier, le bureau du CCMO a lancé une procédure disciplinaire à l'encontre de Monsieur Piccinin, suite à la polémique créée par nombre de ses papiers. Monsieur Piccinin a été invité, à trois reprises, à se présenter devant le bureau pour défendre ses travaux. N'ayant jamais donné suite à nos convocations, menaçant le CCMO d'un recours en justice et ayant tenu des propos injurieux à l'égard de l'association, le Conseil d'administration du CCMO a voté son exclusion à la majorité. »

 

Pierre Piccinin évoque quant à lui d’autres motivations, à l’origine de sa radiation : entre autres, l’influence de deux membres du Conseil national syrien (CNS), aussi membres d’honneur du CCMO. Ces derniers n’auraient que peu apprécié le franc-parler de Pierre Piccinin sur la réalité du terrain en Syrie.

 

Un cas de censure, donc…

 

Aucun média français n’en parlera, ni le Canard enchaîné, ni non plus Médiapart, que nous avons pourtant sollicités.

 

Dans un entretien accordé en exclusivité pour La Nouvelle République, Pierre Piccinin revient sur un épisode qui remet en cause quelques paradigmes d’universitaires aux ordres du politiquement correct, et questionne en profondeur le travail de la presse française dans le dossier syrien.

 

 

propos recueillis par Jonathan MOADAB 

    

 

Syrie-decembre-janvier-2011-2 4597~1-copie-1[photo : Pierre Piccinin, avec Fadwa Suleiman, porte-parole des rebelles, dans une cache à Homs - décembre 2011]

 

 

 

Pierre Piccinin, qu'est-ce que c’est, le CCMO, exactement ? Et qu'attendiez-vous d'un tel cercle de chercheurs ?

 

Le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient a été mis sur pied à l’initiative de son président, Sébastien Boussois, jeune docteur en sciences politiques. Son but était de constituer un outil performant, pour, dans un premier temps, permettre d’aider les jeunes chercheurs à trouver leurs marques ; mais, à terme, le but était de créer un think tank sur le monde arabe, un centre de recherche indépendant et sans tabou. C’est du moins ainsi qu’il m’avait été présenté.

 

Ces deux aspects m’intéressaient : l’idéal de la jeunesse, avec l’espoir d’y trouver un franc-parler et une réelle indépendance, et cette ambition d’en faire « le » think tank sur le Moyen-Orient, comme me l’avait confié son président. Donc, lorsque l’on m’a proposé d’y adhérer, puis demandé d’entrer dans le conseil d’administration, j’ai répondu présent.

 

Je constate, hélas, que, en matière de tabou et d’indépendance, ma crainte s’est rapidement confirmée : la plupart des membres du CCMO, à commencer par le bureau directeur, se comportent en arrivistes rompus aux compromissions et utilisent cette structure pour promouvoir leur carrière. C’est de bonne guerre : la plupart des jeunes membres de ce cercle ont une carrière à faire et doivent donner des gages; mais c’est dommage. Ce qui a d’ailleurs entraîné la démission de plusieurs chercheurs déjà, assez déçus par cette attitude.

 

Et, en matière de compétence, de think tank, le CCMO, à peine créé, rejoint le troupeau des organisations de ce genre qui, comme me le disait tout récemment Moncef Marzouki, n’ont jamais rien compris au monde arabe et n’y comprendront jamais rien, car elles s’enferment dans des grilles de lecture préfabriquées par l’Occident, politiquement correctes surtout, et refusent toute remise en question.

 

Le CCMO est une structure assez récente. Elle n’est pas très connue et, en fin de compte, ma radiation par ce groupe n’a en soi que peu d’importance. Ce qui est proprement effarant, par contre, c’est la manière dont les choses se sont passées et, surtout, les motivations des membres administrateurs de ce cercle.



Quelles sont ces motivations et quel est le conflit qui vous oppose au CCMO (et à quels membres) ?

 

Personnellement, je n’ai jamais eu de conflit avec le CCMO, jusqu’à ce que je me rende une première fois en Syrie, en juillet 2011, et que je témoigne de la réalité du terrain : une opposition minoritaire, fragmentée, aux objectifs différents, parfois violente et armée ; et un pays pas du tout à feu et à sang, généralement très calme, dans les grandes villes notamment, où une large partie de la population soutient le gouvernement, fût-ce par défaut.

 

J’ai aussi rapporté le fait que j’avais pu me déplacer tout à fait librement et me rendre partout où je l’avais voulu.

 

C’est alors que le vice-président du CCMO, Jean-Baptiste Beauchard, jeune doctorant, attaché à l’Institut de recherche stratégique de l'École militaire (ceci permettant peut-être de comprendre cela, en France particulièrement), s’est déchaîné à mon encontre, m’accusant à mi-mots d’être un suppôt du régime. Sa réaction, épidermique, est due –je suppose- aux faits que, d’une part, mes observations contredisaient tout ce que lui et son père, le professeur Jacques Beauchard, professeur émérite de l'Université Paris XII, écrivaient et racontaient sur la Syrie, et, d’autre part, que, moi, je l’ai fait : j’y étais ; pas eux (c’est triste à dire, mais le fait que j’ai couvert tous les terrains du « Printemps arabe », exception faite du Bahreïn, a suscité assez bien de jalousie de la part de plusieurs collègues).

 

Les articles que j’ai publiés à la suite de mes séjours en Syrie on continué de m’attirer des inimitiés, et celle, notamment, du journaliste belge Baudouin Loos, qui fait la pluie et le beau temps au quotidien Le Soir, concernant tout ce qui a trait au Moyen-Orient, et a choisi une ligne éditoriale des plus simplistes concernant la Syrie. Au CCMO, on m’a expliqué que Baudouin Loos avait menacé de mettre un terme à la collaboration entre le CCMO et Le Soir, dans le cadre de l’organisation d’une conférence, vu que j’étais membre de ce cercle. On m’a fait comprendre que je devenais un problème et qu’il me fallait rentrer dans le rang ou quitter le cercle. A tout le moins me mettre un peu à l’écart du Conseil d’Administration, ce que j’ai accepté en donnant ma démission (et ce qui a ensuite été utilisé contre moi : on a justifié la procédure disciplinaire, notamment, au motif que je savais que mes écrits nuisaient au CCMO, puisque j’avais accepté de me mettre en retrait du CA - sic).

 

Ensuite, il y a eu les pressions de Salam Kawakibi, chercheur à l’université d’Amsterdam et sympathisant déclaré du Conseil national syrien. Je ne le connaissais pas et l’ai rencontré pour la première fois à Bruxelles, à l’Institut royal pour les Relations internationales (l’Institut Egmont), lors d’un séminaire : lorsque j’ai fait part de mon expérience en Syrie, il a éclaté, est devenu proprement odieux, et aucun débat scientifique n’a plus été possible ; l’esclandre a mis tous les participants mal à l’aise. J’ignorais qu’il était membre d’honneur du CCMO, qui m’en a informé, en m’apprenant aussi que Kawakibi avait menacé de démissionner du cercle si je n’en étais pas éjecté, imité en cela par Bassma Kodmani, directrice de l’Arab Reform Initiative et porte-parole du CNS en France, également membre d’honneur du CCMO.

 

Et, à ma connaissance, il y a encore eu la réaction d’un autre membre du bureau directeur du CCMO, Julien Salingue, doctorant à l’Université de Paris VIII. Pour moi, il est devenu le parfait exemple de cette bienpensance bobo : d’un côté, il s’insurge –et avec raison- contre les sionistes qui font déprogrammer un colloque sur l’apartheid israélien en Palestine, qu’il avait tenté d’organiser dans son université, et crie à l’atteinte à la liberté d’expression et de recherche ; et, d’un autre côté, cela ne le gêne absolument pas de m’exclure et de me censurer sur le dossier Syrien. Salingue m’a écrit pour justifier sa position : il trouve intolérable qu’un de mes articles sur la Syrie ait été reproduit sur le site pro-Assad InfoSyrie et estime que « cela donne à réfléchir »; mais qu’y puis-je et en quoi suis-je responsable ? Je n’ai fait que décrire ce que j’avais observé sur le terrain et tirer les conclusions qui s’imposaient. Si le Ministère de l’Information syrien reprend le papier, ce n’est pas de mon ressort.

 

Mais, des entretiens que j’ai eus au sein du CCMO, je retiens que ce sont surtout les menaces de Kawakibi et Kodmani qui auraient pesé dans la balance.

 

Je n’ai par ailleurs eu aucun contact avec les autres membres du CA, et je ne connais pas certains d’entre eux ; qui ne me connaissent pas non plus et avec lesquels je n’ai jamais eu l’occasion de débattre de mes observations en Syrie. Je suppose donc qu’ils ont gentiment voté mon exclusion pour, eux aussi, montrer patte blanche et ménager leurs arrières…

 

Le plus effarant, dans cette histoire, en effet, c’est qu’il n’y a jamais eu débat. Je n’ai même pas été entendu : le bureau m’a convoqué à trois reprises, mais chaque fois à une date où le président et le vice-président savaient fort bien que j’étais en Libye et en Tunisie (pour revoir Moncef Marzouki, après son élection), puis en Syrie et, enfin, au Yémen, à l’occasion des élections. Et, là, le bureau a décidé de m’exclure, tout d’un coup, ajoutant aux motifs précédemment mentionnés le fait que je refusais de me présenter pour m’expliquer, et ce alors que je leur avais annoncé que je serais à Paris début avril et que nous avions convenu de nous y rencontrer.

 

Ils ont été jusqu’à retirer du site du CCMO mes articles, qu’ils y avaient publiés après aval du comité de lecture pourtant. Je n’existe plus : mon nom a été martelé, effacé ; mes écrits sont censurés, c’est la mise à l’index.

 

Bref, concernant la Syrie, ils donnent les gages qu’on attend d’eux… Surtout dans la France sarkozienne, dont le gouvernement soutient les rebelles, y compris des mouvements salafistes pas très sympathiques et sûrement pas démocratiques. Car, en fin de compte, le CCMO, qui se voulait international, demeure très franco-français et, vu le climat de terreur qui règne dans les universités sur certains thèmes, on peut les comprendre…

 

Mais c’est en cela que cette affaire devient sérieuse, car symptomatique d’une réalité oppressante qui grève la recherche et empêche la bonne compréhension, en l’occurrence, du conflit syrien.

 


Quelle est la « version officielle » ?

 

Elle ne diffère pas de ce que je viens de dire ; et c’est précisément ce qui est interpellant.

 

Le courrier que j’ai reçu me signifiant mon exclusion, à ma grande surprise (alors que je pensais rencontrer le bureau en avril, comme je l’ai dit), est très clair : « la polémique suscitée par vos écrits et le discrédit qu’ils jettent sur la renommée de notre cercle (…) sont constitutifs d’un motif grave en faveur de votre exclusion ».

 

Comme je le disais, il n’y a même pas débat ; on ne cherche même pas à savoir si mon travail de recherche est honorable ou non et si mes conclusions sont fondées ou non. Aucun débat scientifique. Je suis exclu parce que les observations de terrain que j’ai publiées ne correspondent pas à la pensée dominante et sont désapprouvées de facto ; et ils le disent sans s’en cacher.

 

Si j’avais menti et travesti les faits, dans je ne sais quel but, et que, au terme d’une controverse scientifique, j’eusse été confondu, je n’aurais rien à redire. Mais il ne s’agit pas de cela : les faits que j’ai rapportés sont bien établis et, d’ailleurs, mes adversaires refusent le débat pour cette raison ; non, je suis radié car mes observations dérangent ; la question de leur qualité et de la pertinence de mes conclusions ne se pose même pas !

 

J’ai été invité à participer à une conférence sur la situation en Syrie, à l’Université Libre de Bruxelles. A l’annonce de ma présence à la table, Baudouin Loos et Salam Kawakibi ont refusé d’y participer. Et Kawakibi a répondu aux organisateurs qu’il refusait de se confronter à « des théories négationnistes » (sic). Cela dit, ni l’un ni l’autre n’ont été sur le terrain. En outre, ils connaissent mes arguments et les éléments factuels que j’ai rassemblés lors de mes séjours d’observation en Syrie. Que pourraient-ils leur opposer ? Ils le savent et préfèrent donc éviter le débat. Il en a été de même de la part de Thomas Pierret, un chercheur d’Edimbourg qui m’avait attaqué dans la presse suite aux articles que j’avais publiés en juillet 2011, au retour de ma première incursion en Syrie : invité à confronter sa position avec la mienne à Paris, il a aussi refusé le débat.

 

C’est effrayant qu’on en soit là : on n’est même plus dans le « politiquement correct » ; on est passé à la « pensée unique ». On n’en est plus seulement à dire « ce qu’il faut penser » ; on en est venu à dire aussi « ce qu’il ne faut pas penser ».

 

Et, le plus grave à mon sens (car, des censeurs et des pressions, on en a toujours connu), c’est que tout cela ne semble plus déranger personne et que tout ce petit monde journalistique et universitaire, à quelques rares exceptions près, joue parfaitement le jeu et sait s’indigner quand c’est utile à la bonne conduite d’une carrière et se taire à d’autres occasions, voire, même, a appris à anticiper et à faire montre de sa soumission en s’attaquant d’emblée à ceux qui ne disent pas comme il faut.

 

Outre cela, le bureau me reproche également d’avoir formulé des « critiques, voire des insultes, à l’égard du CCMO ».

 

D’une part, répondant à un courrier qui m’avertissait d’une procédure disciplinaire à mon encontre, je ne m’adressais pas « au CCMO », mais aux seuls membres du Conseil d’Administration, et ce, de manière très informelle, puisque je connaissais personnellement certains d’entre eux. Mais, surtout, en matière « d’insultes », voici ce dont il s’agissait : j’ai comparé à celles de l’Inquisition les méthodes mises en œuvre à mon égard. C’est tout. Aujourd’hui le bureau me le reproche en m’expliquant, avec le plus grand sérieux du monde, que l’Inquisition est une institution qui a tué des milliers de personnes et qu’il est donc intolérable que j’aie osé commettre cette comparaison. Quant aux « critiques » : j’ai supplié le CA de ne pas faire du CCMO, jeune structure porteuse d’espoir, un club de carriéristes prêts à donner tous les gages qu’on lui demanderait.



Comment vos collègues réagissent-ils ?

 

Pour l’instant, personne n’est encore réellement au courant. Si votre article sort dans la presse, je suppose que ça jettera un froid. Mais, connaissant les milieux académiques, chacun viendra certainement me taper sur l’épaule dans mon bureau et me faire part de son indignation, mais aucun ne prendra la plume pour dénoncer la méthode et, en public, tous feront semblant de ne pas me connaître.



Votre point de vue sur la Syrie est bien isolé. Comment expliquez-vous cela ? A part le réseau Voltaire et vous-même, qui critique le regard des médias sur la Syrie ?

 

Il n’est pas si « isolé » que cela… Et il n’est pas nécessaire d’aller chercher le Réseau Voltaire (à propos duquel j’aurais quelques réserves à émettre) pour trouver des témoins du terrain syrien. Plusieurs chercheurs et journalistes se sont rendus sur place et on confirmé, de manière générale, le tableau que j’avais dressé en juillet 2011 déjà : Alain Gresh (Monde diplomatique), Gaëtan Vannay (RSR), François Janne d’Othée (Le Soir), Françoise Wallemaq (RTBF), Christophe Lamfalussy (La Libre Belgique), George Malbrunot (Le Figaro), etc.

 

Je ne crois pas qu’il y ait « complot » des médias contre le régime de Damas. Le problème, c’est que le régime a fermé les frontières à la presse dès le début des événements ; vieux réflexe stalinien propre au fonctionnement du baathisme syrien. Dès lors, il a livré les médias pieds et poings liés à l’Observatoire syrien des Droit de l’Homme, pour qui le champ était libre, leur source quasiment unique, qui travaille main dans la main avec les opposants, le CNS notamment. Et les médias ont promu cette vision artificielle du conflit : « un peuple uni contre une féroce dictature ».

 

Mais, en fin de compte, il n’a pas été très difficile, pour ceux qui le voulaient, d’entrer en Syrie et de constater la réalité des événements. C’est ce que j’ai fait. Et ce que beaucoup d’autres ont fait depuis, mais, le plus souvent, en passant par les canaux de l’opposition, de l’Armée syrienne libre, qui ne montre que ce qui lui est favorable (d’où le reportage complètement parti-pris de Manon Loizeau, par exemple), comme le gouvernement, de son côté, ne montre également que ce qui l’arrange. Il faut lire les presses russe et chinoise, qui donnent une version tout à fait différente de ce que l’on peut lire et entendre en Europe : leurs journalistes entrent en Syrie avec l’accord du régime et se font tout autant trimballer, mais par le gouvernement dans ce cas-là, qui ne leur montre que l’autre côté du conflit. J’ai eu l’opportunité –et c’est probablement ce qui fait l’originalité de mon travail ; et qui dérange mes détracteurs- de rencontrer les deux parties, à plusieurs reprises, dans l’objectif de produire un tableau complet et une analyse dès lors plus réaliste de ce qui se passe aujourd’hui en Syrie.

 

Le problème, pour la presse, c’est maintenant de se dédire : le conflit dure et dure ; et il devient évident que la vision manichéenne développée ne tient plus la route. En outre, les journalistes qui se succèdent sur le terrain se rendent bien compte qu’elle ne correspond pas à la réalité. Il va donc bien falloir que les rédactions revoient leur ligne en ce qui concerne la Syrie, car la distorsion entre ce qui se passe et ce qu’ils disent est devenue flagrante.


Presse indépendante


 

Pensez-vous être victime de ce que Chomsky appelle « la Fabrique du consentement » ?

 

Cela, c’est à vous de me le dire.

 

Pour ma part, je me contenterai de vous rapporter ce que m’a répondu un jour le rédacteur-en-chef d’une revue très connue, mais dont, par charité, je tairai le nom. Je lui avais proposé un article. Il m’a dit : « tout ce que vous dites est vrai et très intéressant ; mais nous ne pourrons pas le publier, car cela risquerait de désorienter nos lecteurs » (sic)…

 


Quels conseils donneriez-vous aux Français pour s'informer correctement sur la Syrie ?

 

Je n’ai pas de conseil à donner en la matière.

 

S’informer n’a rien de très compliqué, en fin de compte, surtout avec l’outil internet qui a depuis longtemps enlevé le monopole de l’information aux grands journaux « politiquement prudents » ; mais rechercher l’information peut prendre beaucoup de temps.

 

Ainsi, ceux qui veulent s’informer le font déjà et trouvent sur la toile des faits, des analyses étayées, et, avec un peu de méthode et d’esprit critique, ils peuvent comprendre assez bien ce qui se passe réellement en Syrie.

 

Quant aux autres, on peut leur donner tous les conseils que l’on veut : ça ne les intéresse pas.



Votre proverbe, maxime favorite...

 

Je n’ai généralement pas peur de dire ce que pense, y compris sur des sujets délicats, comme la question israélo-palestinienne ou, en ce moment, les « révolutions » arabes.

 

Ce sont des sujets à propos desquels règne un politiquement correct convenu, auquel il est difficile de déroger sans s’attirer le courroux de certains cercles de pouvoir, sans prendre le risque de se faire des ennemis, à commencer de ceux-là mêmes qui pratiquent l’équilibre rassurant de l’homme couché et, d’une part, saisissent l’occasion de s’attaquer à un discours à contre-courant pour donner de cette manière un maximum de gages et, d’autre part, haïssent ceux qui, par ce discours politiquement incorrect, mais bien souvent très juste, leur renvoie l’image de leur lâcheté et de leur compromission intellectuelle.

 

Aussi, je cite volontiers ces quelques vers du Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand : « Oui, c'est mon vice. Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse. »

 

Mais il est rare que mes interlocuteurs en saisissent le sens exact.

 

Dès lors, je reprendrai plutôt à mon compte cet extrait d’un célèbre discours de Jean Jaurès : « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. C'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

 

Ou cette très belle pensée de Jean Guéhenno, que j’ai placée en tête de mon blog : « La vraie trahison est de suivre le monde comme il va et d'employer l'esprit à le justifier. » Je trouve qu’elle est parfaite, en la circonstance.

 

C’est à cela que j’essaie de me tenir, en tant qu’être humain et en tant que chercheur. C’est certes difficile et ce n’est pas en pratiquant cette philosophie qu’on peut arriver à « faire carrière ».

 

Mais à quoi bon faire carrière, si c’est pour devoir déguiser sa pensée en permanence, renoncer à dire la vérité et à défendre le juste ?

 

Pour récolter en échange quelques piètres honneurs, une place dans un institut ou telle distinction académique sans la moindre valeur éthique ? De mon point de vue, c’est sans aucun intérêt. A fortiori dans mon métier : la recherche et l’enseignement.

 

Et, si j’avais eu cette « ambition », cet objectif-là, j’aurais choisi la banque, pas l’histoire et les sciences politiques.

 

 

 

 

 Lien(s) utile(s) : La Nouvelle République.

 

  

 

 Coupure de presse :   CCMO-CNS

 

 

 

Lire aussi :

 

- SYRIE – Du fantasme alaouite au surréalisme onusien (article précédé d'interviews filmées en Syrie, en décembre et janvier 2011-2012 - A la rencontre de l'autre « peuple syrien »).

SYRIE – La « révolution » impossible (témoignage et analyse).

SYRIE / LIBYE - Entretien avec Pierre Piccinin : «une intervention en Syrie pourrait déclencher un embrasement généralisé de la région».

- SYRIE - Propagande et média-mensonges, autant en emporte le vent...

 

Et : 

 

Intellectuels faussaires   Intellectuels faussaires'

 

 

 

Copy of hama4

 Pierre PICCININ - Sur Radio Télévision Suisse (Espace 2)
Babylone - présentation Philippe ZIBUNG (14 mars 2012)
 Syrie : "Dans certaines rédactions, les journalistes doivent apprendre à se taire"

 

 

© Cet article peut être librement reproduit, sous condition d'en mentionner la source (www.pierrepiccinin.eu).

 

 

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Etudiant 12/03/2012 19:36


Désolé que vous ayez interprété ma question aussi mal.


Ce n'était pas mon but. Mais bon, peut importe.


Ce que je retire de votre réponse c'est que vous persistez et signez notamment sur les Turcomans. Il n'en faut, à mes yeux, pas plus pour confirmer ce que j'ai écris. Vous commetez des erreurs
factuelles qui au final sont importantes... D'ailleurs vous vous énervez un peu seul.


Je vous invite à regarder le site syrianfacts.wordpress.com qui reviens sur les échanges intervenus entre vous et Mr. Pierret.  


Et quand vous dites qu'il commet des erreurs, je et l'ensemble de la communauté scientifique, ne peut être qu'en désaccord avec vous... J'ai une petite question : comment une organisation
politique dont la simple appartenance était synonyme de condamnation à mort (un décret présidentiel du temps de Hafez condamne à la plus haute peine tout membre de la confrérie) aurait elle pu
subsister, rester organisé et pouvoir coordonner tous les événements en SYrie alors même que les services de sécurité syriens sont à la hauteur de leur réputation.


Mr. Piccinin, vos témoignages de retour de SYrie étaient intéressants. VOs témoignages uniquement. Hélas c'est en tentant de trouver des explications à ce que vous avez vu que vous avez perdu
beaucoup de votre crédibilité. 


BOn courage en tout cas pour la suite.


La marginalisation n'est jamais une bonne solution, au contraire, un débat ouvert avec le CCMO aurait été souhaitable. 


Mais bon le CCMO a également d'autres jeunes chercheurs qui sont loin de tout reproches...

Pierre PICCININ 12/03/2012 20:48



Que puis-je vous répondre ? Tout en constatant que vous continuez d’avancer
masqué.


Vous procédez exactement de la même manière que mes détracteurs : contrairement
à ce que je me donne comme ligne, vous n’apportez quant à vous aucun fait concret ; vous vous contentez d’asserter que je commets des erreurs, mais, une fois encore, sans préciser lesquelles
et sans en apporter les preuves.


Ainsi, sur la question des Frères, niant les faits, vous ne me répondez pas et
continuez sur votre ligne en pratiquant la pirouette rhétorique. Allez donc faire un petit tour en Syrie et renseignez-vous sur la présence des Frères ; vous serez édifié. Comme quoi, le
terrain…


Enfin, c’est bien pratique et très symptomatique. Encore heureusement, vous ne
m’étiquetez pas « négationniste », comme l’a fait Kawakibi, mais en prenant soin de surtout refuser le débat public. Mais vous ne vous privez pas d’ironie bon marché, par contre :
« vous vous énervez un peu seul ».


Non, je ne m’énerve nullement, et je ne recherche pas non plus la marginalisation,
mais, n’ayant aucune ambition dans une carrière universitaire, je ne hurlerai pas avec les loups, ni ne me tairai, comme le font certains chercheurs, un peu plus décents, cela dit, que ceux qui
s’empressent de donner des gages…


Quant au CCMO, je vous demanderai un minimum d’objectivité et de sérieux, pour cette
fois : c’est lui qui refuse le débat ; et pas moi, en aucun cas.


Ps : j’ai lu ce site ; ils oublient la réponse que j’ai faite à Pierret.
Comme c’est dommage… Tout comme il est dommage que vous ne me répondiez pas sur les revirements cavaliers dudit chercheur édimbourgeois…


Reps : je crois bien que vous vous faites beaucoup d’illusions et fantasmez
joyeusement sur les services secrets syriens…



Vincent H. 12/03/2012 16:00


MERCI !

A la lecture du dernier sujet relatif à l'exclusion de Pierre Piccinin du CCMO, je tenais à le remercier personnelement pour le courage et la détermination dont il a fait preuve jusqu'à présent
dans cette démarche qui consiste à vouloir nous éclairer de la manière la plus objective possible sur les évènements qui se déroulent actuellement en Syrie.
Nous lui sommes reconnaissants : son combat est noble et précieux,à nos yeux.


"La force est un géant qui a trois bras : Le courage, la persévérance et la patience."
Citation de Laurent-Pierre de Jussieu

Merci à lui et à tous ceux qui le soutiennent.

Vincent H.

Geoffrey 12/03/2012 01:50


Dear Pierre,


It's the begining of a witch-hunt against intellectuals speaking right.


Be strong!

Etudiant 11/03/2012 12:32


Bonjour,


 


Pour avoir lu vos artiles sur la Syrie, tout n'est pas à jeter cela est évident.


Je ne m'esprimerait pas sur la décision du CCMO, le commentaire de mr Salingue montrant que la situation est bien plus complexe que ce que vous écrivez.


Mais néanmoins, dans vos articles sur la Syrie, et Thomas Pierret l'avait bien relevé, vous avez fait de nombreuses erreurs factuelles (sur les Turcomans entre autres) qui ont fait de votre
travail une source d'information peu judicieuse à exploiter. Dès lors en quoi la qualité de votre travail (mélangeant le vrai et le faux, désolé de le dire) a-telle pesée sur la décision du CCMO
?


 


Cordialement

Pierre PICCININ 11/03/2012 23:39



Monsieur (ou Madame ?),


Je n’ai pas pour habitude de polémiquer avec des personnes qui se cachent derrière un pseudonyme.


Cela dit, je n’ai pas non plus pour habitude, contrairement à d’autres, de censurer qui que ce soit.


Aussi, et puisque vous m’interpelez et me mettez publiquement en cause, je dois vous répondre. Mais il serait courtois de votre part de vous identifier, d’autant
plus au vu de la délicatesse du contexte…


Pour commencer, concernant la décision du CCMO, les choses n’ont rien de complexe. Les informations que j’ai ramenées de Syrie et les conclusions que j’en ai
tirées ont déplu et j’en paie les conséquences. Je ne pleurniche pas à ce propos ; je savais quels étaient les risques que je prenais.


Les tentatives de justification a posteriori de Monsieur Salingue sont malhonnêtes : outre le fait qu’il joue sur les mots, il revient avec ce mensonge déjà
proféré dans le communiqué de presse du CCMO, selon lequel j’aurais refusé de me présenter devant le comité disciplinaire du Cercle. C’est faux : aux dates que le bureau m’avait proposées,
j’étais sur les terrains libyen, tunisien, syrien et yéménite. J’ai proposé une rencontre en avril. Et je n’ai reçu pour réponse qu’un recommandé me signifiant mon exclusion.


Ensuite, concernant Monsieur Pierret : il n’a rien relevé du tout comme « erreurs factuelles » (j’apprécierais d’ailleurs que vous les mentionniez,
au lieu d’asséner au lecteur que j’en ai commises et que mon travail n’est donc pas valable) ; j’ai répondu point par point au courrier prétentieux et agressif qu’il avait adressé à La Libre
Belgique, suite à mon article de juillet 2011, et j’ai bien mis en évidence sa méconnaissance de la question des Turcomans. Je sais qu’il exhibe son courrier un peu partout en omettant
soigneusement de faire suivre ma réponse ; probablement ne l’avez-vus donc pas lue… Par contre, puisque vous en parlez, je vous conseille la lecture de son étude sur le Baath et l’Islam en
Syrie : il y prétend que les Frères musulmans n’existent pour ainsi dire plus, depuis la répression de 1982 ; au contraire, comme je l’expliquais déjà en juillet, les Frères sont
omniprésents ; leur mouvement s’est perpétué dans la clandestinité, et l’on constate aujourd’hui que ce sont eux qui dominent le CNS… De même, Monsieur Pierret, en juillet, prétendait
presque ouvertement que je mentais lorsque j’ai témoigné de la présence de manifestants armés à Homs, car, selon lui, l’opposition était strictement pacifique. On voit bien où on en est
aujourd’hui. Et j’ai été très impressionné par son grand sang froid lorsque, dans une conférence à laquelle il participait il y a quelques mois, à l’Université Libre de Bruxelles, je l’ai entendu
expliquer, sans sourciller, qu’il était « évident que la contestation était militarisée »…


Enfin, pour terminer avec ce Monsieur Pierret, il a reproché à LLB, après que j’ai pu répondre à son courrier qui me critiquait, de ne pas lui avoir accordé un
second courrier pour me répondre à son tour. C’était en juillet. Depuis lors, force vous sera d’admettre que, à quelques menus détails près (je pense à la participation des Druzes à la
contestation, dont j’ai surestimé l’ampleur ; je ne prétends quand même pas être Madame Soleil), ma version des faits et les analyses que j’en avais produites se sont avérées. Tout
récemment, Monsieur Pierret a eu plusieurs opportunités de rattraper son courrier refusé par LLB et de se confronter à moi, lors de conférences-débats où il a été invité.  Pourquoi s’est-il systématiquement désisté, alors que, il y a quelques mois, il ne demandait qu’à en découdre ?


Laissez-moi vous rassurer : le CCMO a motivé, dans sa lettre de radiation, la décision prise ; il n’y est pas question de la « qualité de mon
travail », mais de la polémique suscitée et des « insultes et critiques » que j’aurais dites (je me suis clairement exprimé sur ce point dans l’interview dont question). Je vous
rappelle aussi, à toute fin utile, que le CCMO a publié en son temps plusieurs de mes articles, passés au crible par son comité lecture et jugés dignes, à l’époque, de paraître sous son
label.


Mais fi de tout cela : je pense que ce qui a intéressé les personnes qui m’ont demandé cet interview, c’est moins le cas du CCMO, qui ne représente pas
grand-chose, que l’ingérence, dans une structure de recherche, d’acteurs politiques, membres du CNS. C’est là qu’est tout le problème, a fortiori lorsque des scientifiques acceptent de s’incliner
sous les pressions.


Bref, je ne sais pas à quel titre vous intervenez, mais vous me semblez rédiger ce commentaire avec un parti pris évident et ne voir, retenir et interpréter les
choses qu’en fonction de ce parti-pris.


Salutations.



Julien Salingue 10/03/2012 12:53


"Salingue m’a écrit pour justifier sa position : il trouve intolérable qu’un de mes articles sur la Syrie ait été reproduit sur le site pro-Assad InfoSyrie et estime que « cela donne à réfléchir
»".

Ah oui ?

Pierre, si tu cites mes écrits, cite les vraiment. Je n'ai jamais écrit ça nulle part, et surtout pas pour justifier une décision qui a été prise fin février. Le courrier auquel (je pense que) tu
fais référence date du 7 décembre, soit deux mois et demi avant la décision du CCMO, et l'on n'y trouve même pas la citation que tu reproduis entre guillemets.

Je faisais en revanche un certain nombre de remarques qui expliquaient pourquoi j'étais de ceux qui pensaient qu'une discussion au sujet de tes travaux était nécessaire, sans préjuger de l'issue
de la discussion en question. Nulle trace de ces remarques dans ton interview, ni même de l'objet réel du courrier. A la place, quelque chose que je n'ai pas écrit et un sous-entendu : mon
courrier serait venu après la décision du CCMO.

Ce n'est que grâce à ces petites manips que ce courrier peut devenir, comme par magie, un courrier dans lequel je "justifie" ma position de t'"exclure" et de te "censurer". 

Ca ne fait pas très sérieux. Et, pour te citer, "cela donne à réfléchir".

Tu oublies en effet de rappeler qu'à peu près au moment où je t'ai envoyé le courrier auquel tu te réfères était publié sous ma direction un bouquin dans lequel tu exprimais librement tes
positions sur la Libye, la Syrie, etc. Drôle de "censure"...

Tu oublies aussi de rappeler que le 28 février dernier tu m'as écrit pour me proposer de m'interviewer dans le cadre d'un projet de livre sur le sionisme. Proposition que j'ai bien entendu
acceptée. Sûrement parce que j'estime que tu n'es pas fréquentable...

Enfin, tu oublies de dire que le courrier du 7 décembre se terminait par "tu auras bien entendu l'occasion de t'exprimer, de te défendre, de convaincre... avant qu'une quelconque décision soit
prise".

Tu as depuis lors envoyé balader le CCMO à plusieurs reprises, en employant un ton et des propos souvent méprisants, voire insultants. Alors que nous te proposions de choisir une date, tu as
systématiquement cherché à repousser l'échéance sans jamais rien nous proposer de concret, si ce n'est de nous traduire en justice.

C'est cela qui a conduit une majorité de membres du Conseil d'Administration (et pas du "Bureau directeur", qui n'existe pas) à considérer que le CCMO, pour lequel que tu n'avais pas l'air
d'avoir une grande considération, se passerait désormais de tes services.

Lutter contre la désinformation, c'est important. Mais il faut éviter d'en faire soi-même.

A bientôt

Pierre PICCININ 11/03/2012 02:33



Tu as raison. Après relecture de ton message, voici le texte exact :
« Si mes articles étaient repris in
extenso par le journal ou les sites de propagande [d’]un régime dictatorial et sanguinaire, je m'inquièterais ».


Désolé d’avoir explicité la substance sans avoir été
précis sur la lettre.


Tu sais, les interviews… On cite souvent de
mémoire.


Décision prise en février, vraiment ?


J’avais précisé au président mon agenda, lié (cela
t’étonne ?) aux événements du « Printemps arabe ». Je lui avais dit que je serais à Paris début avril et pourrais vous rencontrer. Pour réponse ? Une lettre me signifiant mon
exclusion.


Salutations.