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Monde arabe

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Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

USA - Obama :  tout ce qu'il n'a pas fait... (La Libre Belgique, 14 octobre 2009) - Texte intégral



Le 9 octobre dernier, le Président nord-américain Barack Obama a reçu le prix Nobel de la paix 2009, «pour ses efforts extraordinnaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationale entre les peuples».


Pourtant, si M. Obama sait communiquer et jouer de son image avec une rare virtuosité, son bilan, à y regarder sérieusement, est plutôt inquiétant, après presqu’un an de gouvernance, et ce tant sur le plan intérieur que sur celui de la scène internationale, et de la paix en particulier…

Ainsi, s’il a effectivement convaincu le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas de poser avec lui pour la photo à New York, M. Obama n'est cependant nullement intervenu pendant que les bombes s’abattaient sur les populations civiles de Gaza. Et son action aurait même plutôt empêché toute condamnation d’Israël par les Nations Unies. Mais n’avait-il pas affirmé :  «si quelqu'un lançait des roquettes sur ma maison la nuit (...), je ferais tout mon possible pour l'en empêcher» ? Résultat :  plus de mille morts et de cinq-mille blessés.

Et que faut-il penser de la politique obamienne au Honduras, alors que tout indique clairement l’implication des services secrets états-uniens, entre autres choses l'action du tout nouvel ambassadeur US à Tegucigalpa, M. Hugo Llorens, militant anticastriste émigré aux Etats-Unis et qui a été en charge de la Commission des affaires andines du Conseil National de Sécurité à Washington, en 2002, c'est-à-dire à l'époque du coup d'Etat contre le président du Venezuela, Hugo Chavez. Même si M. Obama tente de donner le change en condamnant le coup d’État, sans toutefois rien entreprendre de concret, il est clair qu’il joue la montre :  plus le temps passe et plus s’approche la fin officielle du mandat présidentiel de M. Zelaya.

Et dans les événements qui ont perturbé les élections en Iran où, là aussi, le rôle de l’Amérique ne fait plus aucun doute, depuis qu’il a été affirmé par M. Jared Cohen, haut responsable du Département d’État ?

De même, l’Administration Obama aurait renoncé au projet de « bouclier antimissile » en Europe centrale, prévu pour 2013 par l’administration Bush et visant la Russie. C’est vrai, le projet a bien été revu : il portera désormais jusqu’en 2015 et visera principalement l’Iran.

M. Obama a annoncé qu’il retirait les troupes d’Irak. C’est faux :  il a ordonné le retrait d’une partie des troupes d’Irak, mais a maintenu une forte présence militaire, qui doit se poursuivre jusqu’en 2011 au moins, ne changeant rien au plan de l’administration Bush. Quant aux troupes retirées, c’est pour être envoyées en Afghanistan, où la guerre continue et demande des renforts importants.

Et que dire du « Patriot Act », loi que le président Bush avait fait passer en force après les événements du 11 septembre 2001 et qui a plongé les Etats-Unis dans des pratiques non conformes à la Constitution, bridant les libertés individuelles et permettant des abominations comme Guantanamo ?  M. Obama en a inconditionnellement prolongé la validité, sans autre forme de débat.

Et qu’en est-il, d’ailleurs, des prisons de la honte ? Certes, il semble que Guantanamo, la partie visible de l’iceberg, soit sur le point d’être fermée, en grandes pompes. Mais où en est-on en ce qui concerne Bagram et les autres « prisons secrètes » de la CIA ? Le Sénateur McCain, lui, ancien prisonnier torturé au Vietnam, avait promis une enquête approfondie et la fermeture complète de ces centres de détention et de torture illégaux. Il n’en est pas question dans le chef de M. Obama.

Quel beau prix Nobel de la paix que voilà !

D’un côté, M. Obama a promis un changement de politique à propos du protocole de Kyoto et ambitionne de convoquer une conférence mondiale sur l’énergie et le climat. D’un autre, plus concrètement, son administration envisage de réorienter sa politique énergétique vers le charbon, l’énergie la plus polluante et productrice de C02, mais dont les États-Unis regorgent encore et qui est redevenue compétitive, depuis la flambée des cours du pétrole.

Enfin, concernant les avancées dans le domaine de la sécurité sociale, le principal espoir que bon nombre d’électeurs américains avaient placé en lui, M. Obama a accouché d’une souris. Certes, il faut reconnaître, à sa décharge, qu’il n’a pas la majorité au Congrès. Mais, cela, il le savait déjà fort bien, lorsqu’il promettait de grandes réformes, durant la campagne électorale… Rappelons, en attendant, que pas moins de 16% des citoyens des Etats-Unis n’ont aucune assurance santé.

Bref, beaucoup d’effets d’annonce, mais rien de bien concret, en somme. Tout au contraire.

 

Mais le Président Obama sait ménager son image.

Rédiger un mot d’excuse à une fillette qui sèche les cours pour voir le meeting du président ou inviter un professeur noir à se réconcilier avec un policier blanc raciste autour d’une bière à la Maison blanche ? Yes, he can ! Et tout cela, bien sûr, devant des caméras de télévision et un parterre de journalistes.

La « com' » pour masquer la réalité, en politique, c'est utile. Mais pendant combien de temps encore le Président Obama pourra-t-il tenir bon, simplement avec des mots, des paillettes et de la poudre aux yeux?

 

Lien(s) utile(s) :  La Libre Belgique.

Coupure de presse :  obama-nobel-.jpg

Commenter cet article

Jacques WEERTS 04/11/2009 09:12


Réaction publiée dans "La Libre Belgique" (4 novembre 2009, p. 51).


A M. Piccinin

Votre article au sujet d’Obama est négatif en ce sens que s’il ne comporte pas à vrai dire de contre-vérités, il fait, une fois de plus peser sur les Etats-Unis toute la responsabilité dont nous,
parfaits "assistés" européens, ne voulons pas. Même si nous devrions d’abord balayer devant notre porte. Nombre de sujets que vous soulevez et que vous auriez voulu qu’Obama règle en 9 mois, sont
devant nous, Européens, depuis des dizaines d’années ! Qu’en avons nous fait ? 1. Je n’appréciais ni la rhétorique, ni les actes de Bush - au moins ici, je sens une promesse d’air frais et
d’espérance Alors, give him a chance ! 2. Il ne faut tout de même pas blâmer BO pour l’héritage qu’il a trouvé. Nombre de promesses faites prendront du temps, car elles ne dépendent pas d’un seul
homme. Malheureusement dans ce cas, Obama n’est pas à la tête d’un régime dictatorial ! Quand on voit les campagnes de haine dont il a fait et fait l’objet (d’ailleurs inconcevables en Europe !) on
se dit qu’il aura beaucoup de difficultés. Au moins, il a annoncé la couleur. 3. L’Afghanistan est un problème super-épineux; comment en sortir ? En laissant la victoire aux Talibans, oui, sans
doute. Ce qui fait peur, c’est que par le système des dominos, si Kaboul tombe, le Pakistan tombera bientôt dans l’escarcelle des intégristes, avec la capacité nucléaire, autrement plus menaçante
que celle de l’Iran. Et le problème, Obama l’a hérité, non seulement de Bush mais de nous tous en Europe : balayons devant notre porte. 4. "La politique vis-à-vis d’Israël" n’est pas là non plus le
seul fait d’Obama, ni de l’administration précédente. Nous, en Europe soutenons tout autant Israël, sinon plus. Nous devrions balayer devant notre porte, et ne pas toujours blâmer les autres. 5.
Enfin, je préfère me réjouir de ce prix gage d’avenir, espérons-le, plutôt que de le dénigrer avec l’extrême droite et la droite américaine, ainsi que les intégristes de tout bord.


Pierre PICCININ 04/11/2009 09:40



Monsieur,

J'ai lu avec attention votre réaction, publiée par La Libre Belgique (link).

Je vous réponds en peu de mots, car plusieurs commentaires, auxquels j'ai déjà eu l'occasion de réagir, vont dans votre sens.

Soyons bien concrets :  il ne s'agit nullement de reprocher à M. Obama de n'avoir pas, "en 9 mois", résolu tous les problèmes de la planète. Je ne dresse ainsi absolument pas un bilan
d'échec de la politique de M. Obama. Ni non plus un bilan positif.


Mon propos est tout différent :  j'ai essayé de montrer que, derrière une rhétorique qui plaît et des prouesses de communicateur, se cache une politique identique à celle que les Etats-Unis
ont jusqu'à présent menée.

M. Obama n'a pas modifié les grands axes de la politique nord-américaine, même si, pour dire les choses sans détour, il essaie (et avec un succès indéniable, pour le moment) de faire croire le
contraire.


Dans tous les dossiers importants (Amérique latine, Moyen-Orient, ressources énergétiques, défense, etc.), l'Administration Obama poursuit la politique qui a été celle de ses
prédécesseurs.

Bref, j'essaie de porter au grand jour ce qui se cache derrière les effets de manche du grand communicateur qu'est M. Obama (ce que n'était pas du tout M. Bush Jr).

Car, la question, ce n'est pas seulement de montrer ce que M. Obama n'a pas fait, mais, bien plus, ce qu'il a fait, en dépit de sa rhétorique et de ses effets d'annonce. Et, ce qu'il a fait
déjà et ce qu'il poursuit en terme de politique, dans tous des domaines évoqués, va complètement à l'encontre de cette "promesse d'air frais et d'espérance" dont vous parlez.

Presqu'un an après ce que certains avaient imaginé comme un grand renversement de la politique nord-américaine, ce devrait, déjà, être en fait le réveil, une bonne "gueule de bois" pour ceux-là
qui y avaient cru.

Pour ceux qui s'intéressent non pas aux discours de M. Obama, mais à la réalité de sa politique, l'obamamania, c'est déjà du passé.

Mais peut-être était-il encore un peu trop tôt pour l'écrire, tant les performances de séducteur de M. Obama sont impressionnantes et parviennent encore, alors que tout, pourtant, dénonce
l'imposture, à hypnotiser l'opinion publique...



Thomas Fairhurst 17/10/2009 23:09


Je pense que mon commentaire n’a pas entièrement fonctionné dans son but, notamment de faire passer le message que je voulais faire passer.

Obama n’a rien fait. Et alors ? Ce n’est pas son problème. C’est le notre. C’est de notre faute si on est déçu car cela veut dire qu’on y a cru.

Pourquoi, je vous le demande, est-ce que la presse américaine ainsi que la presse internationale a-t-elle fait passer Obama comme un ange. Il n’est pas blanc comme neige. Par définition, s’il est
au pouvoir c’est qu’il a commis quelques coups bas et qu’il a des amis haut placés, qui sont aussi coupables de coups bas. Mais tout le monde, et en disant le monde je veux dire le monde, est tombé
sous son charme.

Pas moi. Je n’y ai jamais cru. Son speech au Caire, j’aurais pu l’écrire moi-même. Je suis sur que vous auriez pu faire la même chose Monsieur Piccinin. Il dit ce que tout le monde veut entendre,
c’est un sale politicien, (et monsieur je crois que vous me connaissez assez pour savoir que je m’y connais un peu sur le sujet)

Il dit quelque chose et il fait le contraire. Wow. Encore un de plus sur la liste. On le savait déjà qu’ils étaient comme ca, alors pourquoi a-t-on cru le contraire pour Obama ?

On savait que la presse mentait avant alors pourquoi a-t-on cru le contraire pour Obama ?

Henry Kissinger à gagné le prix Nobel pour la paix alors pourquoi pas le président de la plus grande armée du monde enroulée dans le plus grand nombre de guerres, la plupart illégales.

Mais Obama n’est pas au contrôle de la presse internationale ni des prix Nobel. Alors qui est ?

P.S Monsieur,
Il faut être fier de vos opinions sur le sujet. Comme Morgane l’a dit, je n’y crois pas non plus à la "neutralité journalistique". Car prendre la neutralité c’est déjà prendre un coté. Pensez-y
comme si vous écriviez sur un sujet comme la position de la femme dans la société. Bien que je sais que votre opinion sur le sujet sera aussi neutre que possible, si vous deviez vous expliquer en
Arabie saoudite je vous promets que votre description ne sera pas considérer comme neutre. La neutralité est déjà formée par la définition de neutre de notre société. Et malheureusement vous et moi
ne sommes pas au contrôle de ces définitions.

Le monde croit qu’Obama est un ange. C’est la nouvelle définition de vrai (bien que ce ne soit pas vrai). Votre article est donc une opinion. Et il faut en être fier.


Morgan 17/10/2009 16:23


"Mon métier n’est pas de porter des jugements, mais d’analyser des situations (bien que je ne pense pas non plus qu’un scientifique doive se contenter de regarder le monde tourner sans s’engager
lorsqu’il le faut "

Je ne crois pas beaucoup à la "neutralité journalistique" qui prend de facto position lorsqu'il rapporte un événement. Je ne crois pas qu'il soit possible de faire taire complètement son opinion
personnelle, d'ailleurs je trouve dommage qu'on trouve de moins en moins de journaliste d'opinion, la plupart se contentant de se relayer des idées toutes faites. L'idéal du journalisme est, pour
moi, de ne pas cacher ses opinions mais de les allier à une honnêteté intellectuelle qui puisse provoquer une remise en question.
Par conséquent, je vous suis gré d'être un journaliste d'opinion même si je ne les partage pas du tout. Par contre, je trouve que votre article sur Obama n'était pas tout à fait honnête.

Par exemple en 2007, la moitié de l'électricité produite aux USA l'était par le charbon, Obama ne "réoriente pas sa politique vers le charbon", il continue sur ce point la politique en cours, dû
vraisemblablement aux pressions du lobbying du charbon qui bave devant les extraordinaires ressources du sud Canada. Néanmoins, l'administration en place a assorti l'usage de ce charbon à
l'utilisation de nouvelles technologies devant limiter les émissions de CO2, ce n'est tout de même pas tout à fait la même chose que ce que vous avancez.
Concernant la réforme de santé, tout le monde est au courant des difficultés qu'Obama éprouve pour la faire passer, difficultés aux enjeux sans doute décisifs pour la suite de son mandat, ce qui ne
l'empêche pas de s'obstiner, je trouve donc cette attaque en dessous de la ceinture, incompréhensible et totalement gratuite...

Vous dites : "Mais, surtout, elle ne correspond pas du tout non seulement aux espoirs qui avaient été placés dans le nouveau gouvernement états-unien (dans son Président en particulier), mais pas
du tout non plus –et c’est ce que j’ai tenté de mettre en lumière par cette mise en série- au discours officiel actuel de la Maison blanche, tel que relayé, en outre, par la plupart des
médias."

Mais à quoi vous attendiez-vous ? A la paix sur Terre du jour au lendemain ? Que je sache, Obama n'est pas le président du monde, il est le président des USA, il est donc normal qu'il défende avant
tout l'intérêt des USA (qui sont nos alliés de circonstance depuis et pour encore un certain temps). Certes, il a une marge de manoeuvre mais cela ne l'autorise pas à faire n'importe quoi sous
prétexte qu'il le peut. Heureusement, en homme avisé, il n'a pas retiré complètement les troupes d'Irak et en homme avisé, il rajoute des hommes en Afghanistan. L'erreur fondamentale et dangereuse
de Bush est d'avoir sous estimé, voire négligé le théâtre Afghan pour attaquer l'Irak. Or, l'Afghanistan est une guerre que nous devons impérativement gagner ! (Je dis nous car je vous rappelle que
nous y sommes, nous sommes techniquement en guerre).
Par ailleurs, laisser l'Irak instable et s'en retirer laisserait les mains libres à l'Iran pour déstabiliser un pays proche du chaos et accroître sa zone d'influence, ce qui n'est vraiment pas
notre intérêt (enfin, tout dépend de quel côté on se place naturellement). Perdre en Afghanistan remettrait en selle le pouvoir Taliban qui, contrairement à Al Quaida, n'a aucun problème ni de
recrutement, ni de fonds... Or, il me semble que la disparition ou l'affaiblissement du fanatisme Taliban est également de l'intérêt, non seulement des USA mais aussi de l'Europe, de la Russie et
de tout ceux qui veulent un monde et un orient plus stable, c'est à dire (osons le dire), un orient débarrassé de sa composante islamiste (composante, certes encouragée, ô fatale erreur, par ces
mêmes USA qui ont tout les peines aujourd'hui à maîtriser le monstre qu'ils ont eux-mêmes nourris - cela n'empêche que le monstre doit être abattu ). Certes, le monstre ne sera pas tuer uniquement
par le fer et le feu et il faut à côté une politique de la main tendue à l'orient et y chercher à résoudre les extraordinaires disparités qu'il y existe, mais c'est justement la politique qu'Obama
tente de mettre en place.
Dans le même ordre d'idée, j'ose espérer que les USA et d'autres puissances ont encouragé les mouvements contestataires libertaires en Iran, mon seul regret (ainsi que celui de toute une diaspora
et une intelligentsia iranienne ), que le régime mollah ne soit pas tombé.

De quelle dénucléarisation je parle ? De La résolution 1887 qui vient d’être adoptée et qui a été rédigée par les Etats-Unis.
Je rappelle que sous l'ère Bush, les USA se sont refusés à la ratification de plusieurs traités de non prolifération, or ici le texte appelle aussi tous les Etats signataires à œuvrer à
l’élaboration d’un traité de désarmement général et complet sous strict contrôle international.
Moi j'appelle ça un progrès certain !!!

De même, je suis ravi que les relations USA-Russie se réchauffent et que le bouclier anti missiles ne soit plus dirigé vers la Russie. Qu'il soit redirigé vers l'Iran ? La belle affaire.. que les
mollahs et les gardiens de la Révolution montrent un peu moins d'entrain à exécuter leurs opposants politiques et un peu plus à ouvrir leurs installations aux experts internationaux et on aura plus
besoin de bouclier... En attendant mieux vaut prévenir...

Ce que je reproche à votre position (mais encore une fois merci de l'exprimer) c'est d'être "anti-américaine" de base, du coup chaque action géostratégique, défensive ou guerrière des USA est
systématiquement critiquable et critiquée avec, de plus, un mépris total pour les intérêts européens. Ce qui, à mon sens, vous amène à dériver vers des sympathies plutôt suspectes...

Bien à vous,
Morgan.


Pierre PICCININ 19/10/2009 16:22



Cher Morgan,

Entendons-nous bien :  je ne suis pas journaliste. Je suis historien et mon propos est de comprendre ce qui se passe actuellement en matière de politique nord-américaine.

J'essaie de disséquer le sujet et de mettre en évidence ses zones d'ombres, tout en restant le plus objectif possible.

Mais je suis bien d'accord avec vous :  l'objectivité parfaite est probablement impossible à atteindre.

Cela dit, je crois avoir donné ici moins une opinion qu'un ensemble de faits, assez exhaustif a fortiori, qui laisse peut de doute sur la réalité de la politique obamienne et montre que l'image
de M. Obama n'est qu'une construction médiatique très éloignée de la réalité -et même, pour dire les choses comme elles sont, en quasi complète opposition avec la réalité.

Ainsi, concernant les points que vous épinglez et qualifiez de peu honnêtes, permettez-moi de ne pas être d’accord avec vous et de compléter votre information, sur la question du charbon pour
commencer :  c’est bien le Président Obama qui, tout en prétendant faire œuvre d’écologiste, dans les faits (mais sans le claironner bien sûr), a
proposé cette option du retour au charbon.


 


Déjà durant la campagne électorale, le candidat à la présidence tenait un double discours, proche de la
schizophrénie :  aussi bien M. Obama que Mme Clinton, lors de leurs meetings en Pennsylvanie, en Illinois, en Virginie ou encore au Kentucky,
pour ne mentionner que les Etats particulièrement concernés par la production de charbon, ont insisté sur leur volonté de remettre à l’honneur cette ressource énergétique pour la production
d’électricité.


 


Certes, pour ne pas apparaître trop incohérents, l’un et l’autre ont développé dans leur communication le
nouveau concept de « charbon propre ». Mais savez-vous de quoi il s’agit exactement (outre un simple slogan) ?


 


Simplement, il s’agit d’utiliser le charbon, mais sans rejeter de grandes quantités de gaz à effet de serre,
en en stockant la majeure partie. Mais, au-delà du discours, sur un plan pratique, les techniques de stockage du CO2 sont encore expérimentales et pas du tout viables économiquement, car générant
des coûts énormes. Autant dire qu’elles sont actuellement impraticables.


 


Ainsi, « le charbon propre n'existe pas », a déclaré M. Brent Blackwelder, le président de
Friends of the Earth, groupe écologiste important aux Etats-Unis.


 


Les centrales au charbon génèrent actuellement près de 50% de l’électricité produite aux Etats-Unis et 40% des
émissions de gaz à effet de serre du pays. Je vous laisse imaginer les conséquences écologiques de la politique énergétique de l’administration Obama…


 


Donc, en réalité, ce sera le charbon et la pollution.


 


Et vous devez bien comprendre que cette option du charbon sera maintenue, non seulement parce que M. Obama
envisage certainement un second mandat et ne prendra pas le risque de décevoir ses électeurs, mais, plus simplement, pour les raisons économiques majeures qui y sont liées.


 


Cela étant, comprenez qu’il n’est pas possible, dans l’espace médiatique restreint d’un quotidien imprimé, de
pouvoir détailler les faits de la sorte.


 


Mais soyez certain que je n’affirme pas les choses sans avoir auparavant entrepris un sérieux travail de
documentation et de confrontation des sources, dont mon modeste texte ne constitue que le succinct condensé.


 


Concernant vos reproches sur la question de la sécurité sociale, je dois également m’en
défendre :  certes –et je suis sur ce point d’accord avec vous- M. Obama tente vaille que vaille d’obtenir le maximum du Congrès. Néanmoins, son
vaste projet, qui avait été le principal argument dans sa campagne pour séduire nombre de citoyens durement frappés par la crise (qui a fait des ravages aux Etats-Unis), s’est dégonflé comme
ballon de baudruche. M. Obama savait très bien qu’il n’aurait pas le soutien du Congrès et a ainsi surfé sur la crise en promettant monts et merveilles, mais tout en sachant alors déjà que ce
n’étaient là que des promesses en l’air. Je ne dis rien de plus dans cet article.


 


Pour le reste, soyez rassuré en ce qui me concerne :  je ne
suis pas aussi naïf qu’il a pu vous paraître et je ne m’attendais nullement à la paix du jour au lendemain (vous pouvez d’ailleurs lire, sur ce même site, l’article très pessimiste que j’avais
écrit le jour de l’élection de M. Obama comme président des Etats-Unis).


 


Précisément, comme je vous le disais, la question n’est pas ce que M. Obama n’a pas fait (si ce n’était que
cela…), mais plus exactement ce qu’il a fait, déjà, et qui nous montre la réalité de sa politique.


 


Et cette politique ne va pas vraiment dans le sens de la paix.


 


Quant à savoir si nous devons suivre les Etats-Unis dans leurs guerres pour le contrôle des ressources
énergétiques planétaires (pétrolières et gazières), dans la mesure où nous n’en profitons pas et/ou où elles sont particulièrement dévastatrices (à vous de choisir l’option realpolicy et/ou
humaniste), je suis d’avis que non. Mais c’est là, bien évidemment, un tout autre débat.


 


Il en va de même au sujet de l’Iran.


 


Sur ces questions, je vous invite à lire le résumé de ma conférence, que vous pouvez trouver sur ce site. Je
pense que vous y rencontrerez quelques informations qui vous permettront d’y voir plus clair, notamment sur les enjeux réels de la guerre en Afghanistan et des tentatives d’ingérence
nord-américaine en Iran. Vous constaterez que la réalité est très éloignée de la vision que vous vous êtes forgée de la situation.


 


Concernant le nucléaire, enfin, je ne dis rien d’autre que ce vous dites vous-même :  d’un côté, Obama appelle au démantèlement des arsenaux nucléaires et annonce avec tambours et trompettes la fin du projet « bouclier
antimissile » de l’administration Bush contre la Russie ; d’un autre, en réalité (très concrètement, dans les faits), il lance la construction d’un vaste bouclier, contre l’Iran cette
fois. Un discours, une action. Les deux ne correspondent pas ; ils sont même tout à l’opposé l’un de l’autre.


 


Pour conclure cette réponse, j’aimerais attirer votre attention sur ceci :  l’antiaméricanisme (dont je me garde bien) n’existe qu’en réaction aux actions des Etats-Unis. Il ne faut pas faire cette faute de logique d’inverser les
propositions.


 


Pour ma part, je me définis comme un « europhile » convaincu.


 


Le tout est de savoir de quelle Europe nous parlons :  une
Europe affranchie de toute allégeance, forte, qui fera triompher certains principes, socio-économiques et humanistes (pouvez-vous imaginer, demain matin, qu’un gouvernement européen instaure une
sécurité sociale à l’américaine ou crée un Guantanamo ; ces choses, qui sont possibles aux Etats-Unis, feraient tomber ce gouvernement dans la journée, en Europe ; le respect des droits
de l’homme semble encore être, en Europe, la « red line » à ne pas franchir ; cela fait belle lurette que ce n’est plus le cas aux Etats-Unis), ou une Europe qui se cantonnera au
second plan, effacée derrière son suzerain, le tout-puissant « ami » américain ?



Thomas Fairhurst 15/10/2009 10:30


Laissez le tranquille. Le pauvre. Le president des etats unis n'est pas au controle des etats unis. Il est lui meme controllé comme tout les autres politiciens. Arretons de jouer a leurs jeu et de
croire qu'Obama peut faire qqchose. "No he can't"


Pierre PICCININ 15/10/2009 17:51



Messieurs,

Il faut avant tout éviter de faire des procès d’intention et des amalgames douteux, et de classer mon propos dans telle ou telle catégorie politique.


 


Mon métier n’est pas de porter des jugements, mais d’analyser des
situations (bien que je ne pense pas non plus qu’un scientifique doive se contenter de regarder le monde tourner sans s’engager lorsqu’il le faut ; et notamment dans le cadre du conflit
israélo-palestinien, car les actions de l’Etat d’Israël, sans plus aucune retenue et illégales aux termes du droit international, sont devenues telles qu’elles ne peuvent plus en aucun cas être
justifiées et provoquent immanquablement l’indignation*1).


 


En fait, si vous voulez bien me lire attentivement, vous constaterez que
mon but n’est nullement de m’en prendre personnellement au Président Barack Obama, même si, contrairement à ce qu’affirme Thomas Fairhusrt, il n’est pas complètement irresponsable de la politique
qu’il choisit de mener (certes, le Président des Etats-Unis est toujours tenu –et depuis longtemps déjà dans l’histoire de ce pays- de respecter les intérêts des groupes industriels qui influent
gravement sur le Congrès ;  il n’en est pas moins vrai que, d’une part, il accepte de jouer ce jeu et que, d’autre part, il bénéficie tout de
même d’une certaine marge de manœuvre).


 


Mon principal propos, en effet, en rédigeant cet article, était de
remettre en perspective –et de la manière la plus complète possible, compte tenu de l’espace médiatique qui m’était accordé- les choix, décisions et actions du Président Obama (et, plus
généralement, de son gouvernement, de son administration), qui caractérisent sa politique depuis presqu’un an maintenant, et ce dans les différents domaines pour lesquels nous avons des
informations relativement fiables et précises.


 


Or, cette mise en perspective n’est nullement réjouissante, comme vous
pouvez le constater.


 


Mais, surtout, elle ne correspond pas du tout non seulement aux espoirs
qui avaient été placés dans le nouveau gouvernement états-unien (dans son Président en particulier), mais pas du tout non plus –et c’est ce que j’ai tenté de mettre en lumière par cette mise en
série- au discours officiel actuel de la Maison blanche, tel que relayé, en outre, par la plupart des médias.


 


Comme il apparaît clairement, ainsi, d’un côté, on peut entendre un
certain discours, des mots de paix, et voir des gestes hyper-médiatiques et hyper-médiatisés qui rendent le Président Obama éminemment sympathique aux yeux de l’opinion publique internationale
(déjà moins aux Etats-Unis-mêmes, selon divers sondages récents*2) ; mais, d’un autre côté, il y a la réalité de la politique de ce gouvernement et de son président.


 


L’administration Obama prétend vouloir la paix en Palestine, mais
n’intervient nullement pendant l’opération « plombs durcis » qui fait des centaines de victimes civiles dans la Bande de Gaza ; elle soutient officiellement le Président destitué
du Honduras, mais c’est la CIA qui, en vérité, a assisté les putschistes*3 ; même chose en Iran ; elle annonce avoir renoncé au « bouclier antimissiles », mais en construit un autre (de quelle
« dénucléarisation » parlez-vous, Morgan ?) ; elle prétend avoir retiré les troupes d’Irak, mais elle en laisse cependant un bonne partie et envoie les autres en
Afghanistan ; Obama fait la une des journaux parce qu’il va fermer Guantanamo, mais pas un mot sur toutes les autres prisons du genre, moins connues ou complètement secrètes, là où pourra se
poursuivre ce qui se faisait à Guantanamo, pire même, mais sans que plus personne n’en parle cette fois ; etc.


 


Fallait-il attendre la fin des quatre années de mandat du Président Obama
pour constater que sa politique n’est pas celle que le monde attendait ? Il me semble que la série d’éléments que j’ai ici fournie est suffisante pour pouvoir peindre un tableau objectif de
la réalité. En neuf mois, M. Obama a déjà bien indiqué quelle sera sa politique.


 


Le problème, ce n’est pas « tout ce que M. Obama n’a pas fait »
(vous aurez bien sûr compris l’ironie qui marque le titre de l’article). Le problème, c’est, tout au contraire, ce qu’il a fait (ce que déjà, en à
peine neuf mois de pouvoir, il a fait), à savoir une série de choix et d’actions qui ne correspondent nullement à la politique imaginaire qu’on lui attribue.


 


Bref, mon propos était somme toute fort simple :  tordre le coup à ce que d’aucuns appellent la « Obamamania », cette image naïve et angélique d’un président-messie, une sorte de « Mister
Magic », qui s’est un peu partout mise en place et a probablement largement contribué, d’ailleurs, à la décision d’attribuer le Nobel de la Paix à M. Obama.


 


Ne serait-il en effet pas temps de sortir de cette « réalité
virtuelle », véhiculée, notamment, par bon nombre de médias, dans laquelle le monde s’est installé, depuis l’élection de M. Obama, plus encore qu’auparavant, et de regarder bien en face la
réalité de la politique nord-américaine, sans craindre la « gueule de bois » du réveil ?


 


Une dernière remarque, à votre intention, Morgan, en guise de
conclusion :  vous parlez des Etats-Unis comme d’un « pays ami ». Ne vous y trompez pas :  en politique internationale, il n’y a pas « d’ami » ; uniquement des alliés de circonstances*4.


 


*1 Lisez, cela dit, sur ce site, l’article que j’écrivais en 1998, à propos des Accords d’Oslo, et vous
constaterez que je suis loin d’être un pro-palestinien inconditionnel et béat.


 


*2 N’oublions pas qu’il y a trois Obama :  le Obama tel
que le perçoivent les Etats-Uniens ; le Obama tel que nous le voyons en Europe et dans le reste du monde (il est sensiblement différent du premier) ; et le Obama réel, qui mène la
politique que je décris dans cet article.


 


*3 Sur ce point, Morgan, permettez-moi de vous répondre que le Président des Etats-Unis a tous les
pouvoirs nécessaires pour arrêter ce genre d’opérations « occultes » (et plus encore depuis l’adoption par le Congrès, sous l’administration Bush, du « Patriot Act »). Ainsi,
durant son mandat unique, le Président James Carter avait pris la décision de stopper toute aide à bon nombre de dictatures soutenues jusqu’alors par les Etats-Unis, notamment en Amérique Latine
(ce qui entraîna, entre autres, la chute du dictateur Somoza au Nicaragua). Mais M. Obama a-t-il l’intention de prendre cette voie ? Il semblerait que non.


 


*4 Sur ce point, les choix du Général de Gaulle sont éloquents, lui qui avait non seulement retiré son
pays de l’OTAN, mais également développé un programme d’armement nucléaire qui assure aujourd’hui à la France une relative indépendance politique, ainsi que, indirectement, à l’Union européenne
(politique gaulliste traditionnelle avec laquelle le Président Sarkozy a rompu de manière radicale…).



Morgan 14/10/2009 21:05


Quel réquisitoire impressionnant ! Non, décidément, Obama vous ne l'aimez pas... Encore un peu, on y lirait des arguments prouvant qu'il est l'antéchrist comme se plaisent à le dire ses ennemis
Républicains... A moins, qu'il se cache platement derrière cet article un sentiment anti-américain de base, anti-sioniste et pro-palestinien fort bien pensant, nettement marqué à l'ultra-gauche ?
C'est naturellement votre droit le plus strict, mais que cela ne vous aveugle pas, le prix nobel, Obama le gagna pour son œuvre naissante de dénucléarisation. De même, à voir les oppositions dont
il est l'objet concernant la réforme de santé, je trouve ça malhonnête de l'attaquer sur ce point.
Quand aux positions de politique étrangère des Etats Unis, êtes-vous naïf à ce point de croire qu'on puisse du jour au lendemain se dégager de toute implication ou manoeuvre occulte... Est-ce même
souhaitable? Les Etats-Unis usent de leurs services secrets activement...ho mon Dieu ! Nous sommes choqués ! Vous n'êtes pas naïf au point de croire que la Russie, la Chine ou l'Iran ne font pas de
même... Seul l'Europe semble (je dis bien semble) s'être résigné à perdre son influence partout dans le monde... Si le monde connait une diminution des conflits ouverts à grande échelle, les
guerres d'influence font toujours rage et ce n'est pas avec des bons sentiments qu'on les arrêtera, alors comme on ne fait rien, j'aime autant que ce soit un pays ami qui soit sur le devant de la
scène.
De même pour les guerres Irak-Afghanistan, on peut discuter la pertinence de les avoir commencée, les gagner unilatéralement est une nécessite sous peine de graves conséquences... Mais tout cela
vous le savez car vous n'êtes pas un naïf, vous êtes intelligent... Je soupçonne donc vos motivations (et votre allégeance) d'être tout autres. Soupçons renforcés à la lecture de vos articles sur
l'Iran qui ne laisse pas de place au doute quant à savoir où se situe votre camp. Ce blog, qui n'avait pas trop mal débuté, devient donc une annexe grossière du Réseau Voltaire au point de vue et
aux alliances fort nauséabondes... dommage.