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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Vatican - Benoît XVI, entre tradition et progrès (La Libre Belgique, vendredi saint, 2 avril 2010; Le Monde.fr, 9 avril 2010; et Le Monde, 10 avril 2010) - Texte intégral

 

 

            Benoit XVI-election m

 

 

 

 

 

                        « Avoir une foi claire, selon le Credo de l’Eglise, est souvent étiqueté comme du fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c’est-à-dire se laisser porter à tout vent de la doctrine, apparaît comme la seule attitude digne du temps présent. Peu à peu, se constitue une dictature du relativisme, qui ne reconnaît rien comme définitif et qui ne retient comme ultime mesure que son propre ego et ses désirs. »

 

Benoît XVI

 

 

Vignette RomeAvortement, contraception, pédophilie à présent… L’Eglise catholique est à nouveau l’objet de polémiques et de virulentes attaques.

Alors que Benoît XVI, qui a décidé de faire toute la lumière sur les faits de pédophilie au sein de l’Eglise, a pris le parti de la nettoyer au grand jour de ceux qui se sont rendus coupables de tels actes, sa volonté d’ouverture et de clarté se retourne néanmoins contre l’Eglise, vilipendée de toutes parts, dans une campagne de presse derrière laquelle d’aucuns perçoivent l’action des milieux protestants (dans le cadre de cette véritable « guerre de religion » qui a lieu entre catholiques et protestants évangélistes, en Afrique et en Amérique latine), à la remorque desquels se sont accrochés d’autres groupes d’influence, bien trop heureux de pouvoir participer à cette tentative de discréditer l'Eglise catholique.

Et ce sans compter l'Eglise anglicane, qui connaît une véritable hémorragie de fidèles, des dizaines de milliers d'entre eux rejoignant l'Eglise catholique, depuis que l'archevêque de Canterbury a décidé de « moderniser » son Eglise, notamment en permettant l'ordination de femmes ou les mariages homosexuels. D'où cette attaque de l'archevêque Rowan Williams, qui a affirmé, en plein week-end pascal, que l'Eglise catholique avait perdu toute crédibilité en Irlande...

Pourtant, comment ne pas soutenir le Vicaire du Christ, qui, encore une fois, étonne par tant de fermeté à défendre justice et vérité ? Comment ne pas reconnaître, dans ces derniers événements, une nouvelle étape d’une politique courageuse, qui tranche singulièrement avec l’image conservatrice et réactionnaire qui colle à Benoît XVI depuis le début de son pontificat ?

Ainsi, dès l’instant de son intronisation, le ton avait été donné : Benoît XVI était apparu coiffé du camauro de velours rouge, symbole du pouvoir pontifical, qui n’avait plus été porté depuis le pape Jean XXIII. Le message était donc clair : le cardinal Joseph Alois Ratzinger, jusqu’alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritière de l’Inquisition, devenu pape, avait la nette intention de conduire l’Eglise apostolique et romaine sur le sévère chemin de la tradition et de ramener ses 1.098 millions de fidèles au strict respect de la foi catholique, de ses dogmes, de ses doctrines et de ses règles.

Benoît XVI, sur ce point, poursuit l’œuvre entreprise par Jean-Paul II, qui, dans son encyclique Veritatis Splendor, rappelait aux catholiques que la religion ne se pratique pas comme l’on va au restaurant, en choisissant dans le menu les seuls aspects plaisants de la vie du croyant.

Loin de vouloir revenir sur les décisions du Concile de Vatican II, Benoît XVI, comme Jean-Paul II avant lui, cherche, cependant, à contrer et corriger les excès de certains « catholiques », dont bon nombre de prêtres qui, ayant mal interprété les conclusions du Concile, se sont peu à peu éloignés des dogmes et doctrines du catholicisme romain pour emprunter, sans qu’ils s’en soient toujours bien rendu compte, des sentiers identiques à ceux parcourus par la réforme protestante, divisant l’Eglise et trahissant le successeur de Saint Pierre. Car, dans la logique catholique, il ne revient pas à l’Eglise de courir derrière le monde, ni aux dogmes et aux vérités de s’adapter à la vie moderne : « la parole de Dieu n’est pas soumise aux fluctuations du monde ».

Tout récemment encore, la reprise du dialogue avec les chrétiens intégristes de l’église schismatique de Monseigneur Lefebvre (la Fraternité Saint-Pie-X) ou la remise à l’honneur de la célébration du culte en latin ont contribué à renforcer cette image d’un pape doctrinaire et conservateur.

Mais, si Benoît XVI a entrepris de remettre l’église au milieu du village dans le domaine de la foi, il surprend ailleurs, par bien des aspects de son message…

En effet, en octobre 2008, c’est en ces termes que le pape s’était élevé contre les effets de la crise économique qui s’annonçait alors : « il ne faut  pas capituler  face à la faim et à la malnutrition, comme s'il s'agissait simplement de phénomènes endémiques et sans solution. (…) Dans la communauté mondiale, la vie économique devrait être orientée vers le partage des biens, vers leur usage durable et la juste répartition des bénéfices qui en découlent ». Et Benoît XVI d’affirmer alors que les moyens et les ressources dont le monde dispose aujourd'hui peuvent procurer une nourriture suffisante, pour satisfaire les nécessités croissantes de tous. Et de dénoncer la « spéculation effrénée » qui frappe les mécanismes des prix et s’oppose à la dimension communautaire de l’homme.

De même, peu de temps après, renouant avec la tradition missionaire de la Compagnie de Jésus, le général des Jésuites a déclaré, à propos de la Théologie de la libération, de ces prêtres d’Amérique latine qui s’étaient rangés au côté des masses populaires misérables et dont certains avaient même pris les armes pour rejoindre les rangs des guérillas marxistes : « c’est là une réponse courageuse et créative face à une situation d’injustice insupportable en Amérique latine » !  Jamais, sous Jean-Paul II, qui avait condamné ces prêtres, le supérieur des Jésuites, toujours en communion avec le Saint Siège et obéissant au Saint Père, n’aurait pris cette position : cela indique, si non un revirement total de la part de Benoît XVI, à tout le moins un assouplissement considérable.

Mais c’est plus encore par la publication, en juillet dernier, de l’encyclique sociale Veritas in Caritate, que le pape Benoît XVI surprend, défendant avec verve les droits sociaux et soutenant les plus humbles de par le monde : outre qu’il rappelle, avec une grande conviction, le devoir de défendre la vérité et de promouvoir la charité, le pape y fustige, sans aucun détour, « la visée exclusive du profit qui, s'il n'a pas le bien commun pour but ultime, engendre la pauvreté » ! Le pape y dénonce la paupérisation qui touche même les classes moyennes et se développe dans les pays riches où, pourtant, la richesse croît. Il montre du doigt les multinationales et appelle les Etats à reprendre le contrôle de l’économie et à la réguler et, dans ce but, il enjoint les citoyens à participer plus activement à la vie publique ! Le pape y dénonce aussi les délocalisations, le détricotage de l’Etat social, la dérégularisation du monde du travail, les politiques d’équilibre budgétaire et les coupes dans les dépenses sociales, recommandées par les Institutions internationales, qui « ont entraîné l'affaiblissement des réseaux de protection sociale en faveur de la compétitivité, faisant peser de graves menaces sur les droits des travailleurs (...) et qui laissent les citoyens désarmés face aux risques nouveaux et anciens ». Et Benoît XVI invite les syndicats à résister, pour la défense des droits des travailleurs, et les appelle à s'organiser internationalement pour faire face à la mondialisation de l'économie ! Car « la gestion de l'entreprise ne peut pas tenir compte des intérêts de ses seuls propriétaires, mais aussi de tous ceux qui contribuent à la vie de l'entreprise ». Et de conclure que le développement économique ne constitue pas un progrès s’il ne profite qu’à quelques-uns et laisse la majorité pour compte : « c’est l'homme qui est l'auteur, le centre et la fin de toute vie économico-sociale (...) et toute décision économique a une conséquence de caractère moral ».

Dans l'Evangile selon Matthieu (XXV), le Christ prononce ces mots : « j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais l'étranger, et vous m'avez recueilli; j'étais nu, et vous m'avez vêtu; j'étais malade, et vous m'avez visité (...) toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites ».

Ainsi, le pape Benoît XVI, dans Veritas in Caritate, se révèle une fois de plus et parle, dans son siècle, d’un langage commun à celui des évangiles.

C’est que, entre la réalité virtuelle dans laquelle certains médias ont plongé l’opinion publique et la réalité effective, il y a un monde…

Beaucoup moins « médiatique » et « populaire » que son prédécesseur, Benoît XVI est cependant plus préoccupé par la question sociale que ne l’avait été Jean-Paul II, dont le pontificat, sur ce point, fut davantage consacré à lutter contre la gauche, contre le « communisme », la bête noire du défunt pontife.

L’image réactionnaire de Benoît XVI occulte ses sentiments progressistes. Mais son action ne trompe pas. Et son message social constitue presqu’un aboutissement de cette lente transformation de l’Eglise, amorcée à la fin du XIXème siècle, sous le pontificat de Léon XIII, qui appela la bourgeoisie à se préoccuper du sort des ouvriers, misérables, et l’enjoignit à cesser de les traiter comme des bêtes de somme : l’encyclique Rerum Novarum ne préfigurait-elle pas, dès 1891, ce grand tournant du catholicisme, poursuivi par l’encyclique Populorum progressio de Paul VI, en 1967, et que parachève aujourd’hui Veritas in Caritate ?

Entre tradition et progrès, dans la règle et dans le siècle, déjà, le pontificat de Benoît XVI a changé le visage de l’Eglise.

 

Lien(s) utile(s) : La Libre Belgique et Le Monde.fr.

Coupure de presse : llb 20100402 pe3fla LIBRE 034
(La Libre Belgique) et Le Monde Pape 2 (Le Monde).

 

 

 

 (Election de Benoît VI, le 19 avril 2005)

 

 

Texte de la Lettre encyclique Veritas in CaritateVeritas in Caritate.

 

Lire également la Lettre encyclique Laborem exercens de jean-Paul II : Laborem exercens

 

Voir aussi :

- Pierre PICCININ, Le pape et la capote : la dernière blague belge (Le Soir et La Libre Belgique, 7 avril 2009).

- Pierre PICCININ, Arte - Qui veut la peau de Benoît XVI ?

- Pierre PICCININ, Réponse d'un Catholique romain au théologien suisse Hans Küng.

 

 

 

Paul VI et Jean-Paul Ier (à propos de la propriété privée) :  

 

L'appel de l'Abbé Pierre :                                        

            
  
Extrait de Il Vangelo secondo Matteo (Pier Paolo PASOLINI) :

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Pino Perri 10/04/2010 20:23


Article tres remarquable: à lire et relire.
Le Monde a trouvé, finalement, qui sait ce que dit à propos de l'Eglise.