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Monde arabe

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Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ

Europe - Un « non à Lisbonne » n’est pas un « non à l’Europe » (L'Echo. Le quotidien de l'économie et de la finance, 2 octobre 2009) - Texte intégral

 

                    Irlande vote

 

Ce vendredi 2 octobre, les Irlandais repassent aux urnes pour se prononcer à nouveau sur le Traité de Lisbonne.

 

Certes, ils ont déjà manifesté leur opposition à ce traité européen, lors du référendum de juin 2008.

 

Mais leur décision a déplu, semble-t-il, et le plat leur est resservi, en espérant que, cette fois, « ils voteront bien »…

 

En somme, c’est un peu comme si le premier référendum comptait pour du beurre et qu’on recommençait tout. Etranges subtilités de la « démocratie »…

 

Et l’Europe d’attendre la décision de l’Irlande, seul pays à avoir soumis le traité aux votes populaires (c’est la loi constitutionnelle irlandaise qui l’impose), alors que, partout ailleurs, les parlements ont déjà entériné le traité, à l’exception de la Pologne et de la République tchèque, qui attendent l’annonce de la position irlandaise pour se déterminer.

 

Même les parlements de la France et des Pays-Bas l’ont ratifié, pays dont les populations avaient pourtant largement rejeté, par les référendums de 2005, la « Constitution européenne » (Traité de Rome II, de 2004) dont le Traité de Lisbonne n’est qu’une version bis, mais qui ne doit plus nécessairement être soumise à une consultation populaire.

 

Ainsi donc, en France comme aux Pays-Bas, la « Constitution européenne », jetée par la porte, est rentrée par la fenêtre, déguisée en Traité de Lisbonne.

 

Déni de démocratie ? C’est que, la question qui fâche, ce n’est pas tant l’Europe elle-même qu’une certaine vision de l’Europe, une vision particulièrement libérale, qui avait constitué l’objet de la méfiance des citoyens à l’égard de la « Constitution européenne » et en avait été la principale cause de rejet.

 

En effet, si la « Constitution » présentait un progrès indéniable pour la démocratisation des Institutions européennes, notamment en donnant un rôle plus déterminant au Parlement européen, le seul organe directement élu par les citoyens, en revanche, ce même texte coulait les lignes générales de la politique économique européenne dans le bronze du libéralisme et des lois du marché.

 

Dressant les citoyens des différents pays de l’Union les uns contre les autres, dans une concurrence à l’emploi effrénée, sujet de délocalisations et de substitutions de travailleurs de l’ouest par des travailleurs de l’est, y compris au niveau des cadres et donc de la classe moyenne, cette « Constitution européenne » fut ainsi rejetée, principalement à l’appel des organisations syndicales.

 

Pas plus qu’un « non à Lisbonne » ne le serait, le « non à la Constitution » n’a ainsi signifié un « non à l’Europe ».

 

Il doit au contraire être compris comme une demande de plus d’Europe, mais d’une Europe qui ne serait pas seulement une construction économique, un vaste espace de marché, mais une Europe politique qui apporterait à ses citoyens la sécurité sociale.

 

C’est cette Europe-là que veulent les citoyens qui se sont exprimés en 2005 et en 2008, et nullement l’Europe de Lisbonne.

 

Nombreux sont dès lors ceux qui attendent le vote irlandais, avec l’espoir qu’il confirmera le rejet de cette Europe libérale que certains gouvernements semblent vouloir à tout prix imposer à leur population, très loin de l’idéal des Pères fondateurs si bien exprimé par Robert Schuman, en 1950 déjà, et inscrit dans le Traité de Rome de 1957 : « en aucun cas, le niveau de vie des travailleurs ne devra être abaissé; c'est là une règle absolue que nous avons, dès la première heure, inscrite en tête de nos principes; les pouvoirs politiques (…) auront le rôle d'un contrôleur toujours vigilant, préoccupé d'assurer, d'imposer s'il le faut, l'observation d'une politique générale de bien-être, de plein emploi et de justice sociale ».


Lien(s) utile(s) : L'Echo 1 et L'Echo 2.

Coupure de presse :  lisbonne.jpg

 

 

 

Henri STERDYNIAK - 9 septembre 2011 (Euronews)
A propos des choix socio-économiques de l'Union européenne...

 

 

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Publié le par Pierre PICCININ

ONU - Kadhafi, pas si folklorique que ça... (La Libre Belgique, 28 septembre 2009)

Kadhafi à l'ONU pour la première fois 

 

Curieux reportage, que celui du journal parlé de la RTBF, ce mercredi 23 septembre, évoquant en termes facétieux le discours du chef d’État libyen, Mouammar Kadhafi, à la tribune de l’Organisation des Nations Unies… Par contre, aucune information sur le fond de son discours. Il est vrai que le bonhomme, « folklorique », « perdu dans ses notes », se serait prêté, pendant plus d’une heure, à une logorrhée sans queue ni tête, dont le contenu ne mérite pas que l’on s’y attarde.

 

Mais la RTBF n’est pas la seule à avoir passé sous silence ce flot de paroles. La plupart des grands médias internationaux se sont eux aussi bien gardés d’y faire écho, préférant épiloguer sur les difficultés rencontrées par M. Kadhafi pour trouver un lieu où planter sa tente bédouine à New York.

 

Et les paroles du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, n’ont pas connu un sort plus enviable :  qualifiées d’emblée de profondément antisémites, elles n’ont pas été diffusées, la grande presse ayant choisi de titrer sur l’indignation des délégations occidentales qui ont quitté l’assemblée, certaines, comme la délégation du Canada, ayant même préalablement décidé de ne pas y participer.

 

En fait de « propos antisémites », s’il a par le passé eu des mots inacceptables, cette fois, le président iranien s’est surtout exprimé sur le conflit israélo-palestinien :  " comment peut-on imaginer que la politique inhumaine d'Israël en Palestine puisse se poursuivre encore? Comment les crimes de l'occupant contre des femmes et des enfants sans défense, les destructions de maisons, de fermes, d'hôpitaux, d'écoles, peuvent-ils être soutenus sans condition par certains gouvernements? ", a-t-il demandé.

 

Et, dans la seconde partie de son intervention, prononcée en anglais, M. Ahmadinejad a délivré le message de paix qu’il avait annoncé, concluant :  « notre nation est prête à serrer toutes les mains qui se tendront vers nous ».

 

 

               

 

 

Quant à M. Kadhafi, il ne fut pas si « folklorique » qu’on a bien voulu le dire :  évoquant les injustices sociales qui touchent la grande majorité de la population de la planète, M. Kadhafi a dénoncé la principale cause de dysfonctionnement de l’ONU, qui était sensée mettre fin à ces injustices en empêchant les guerres et en promouvant le bien-être des peuples, mission dans laquelle, manifestement, l’ONU a échoué.

 

Ainsi, il a pointé du doigt le droit de veto que, dès la création de l’ONU, se sont arrogés les puissants, à savoir les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine, qui sont en outre les seuls à siéger de façon permanente au Conseil de Sécurité et déterminent ainsi les destinées du monde, selon leurs intérêts et, bien souvent, au détriment des États les plus faibles.

 

Et M. Kadhafi d’ajouter que « le Conseil de Sécurité n’a jamais condamné un de ses membres », de demander alors une enquête sur les grands conflits provoqués par les puissances, comme celui d’Irak ou d’Afghanistan, sur les deux poids et deux mesures qui prévalent toujours dans la question israélo-palestinienne, ou sur l’invasion illégale du Panama par les Etats-Unis, en 1989, aujourd’hui oubliée de tous. Et d’appeler enfin au transfert des prérogatives du Conseil à l’Assemblée générale, qui, seule, devrait être souveraine :  « en ce moment, vous constituez le décor et ils se moquent de vous ; soit nous sommes tous égaux, soit nous nous retirons pour créer une autre organisation », a-t-il conclu, vivement applaudi par une large partie des représentants présents.

 

Ainsi, pendant que certains s’en gaussaient, chaque mot du leader Libyen était très attentivement écouté par les délégations de nombreux pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, qui, elles, ne rigolaient pas du tout…

 

Kadhafi fut ainsi, l’espace d’un discours que d’aucuns qualifient déjà d’historique, à la tribune de l’ONU, le porte-parole magnifique et puissamment ovationné du Tiers-Monde.

 

Tout autre chose :  ces quelques constatations laissent perplexe sur le rôle réel de certains médias…

 

 

Lien(s) utile(s) :  La Libre Belgique - Traduction en arabe.

 

Coupure de presse : Kadhafi---ONU.jpg

 

Voir aussi : La Libre Belgique : pas de trêve de Kippour dans le dénigrement d'Israël.

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Publié le par Pierre PICCININ
Amérique latine - Honduras :  l'ombre de l'oncle Barack... (La Libre Belgique, 4 août 2009)





Elu président du Honduras en novembre 2005, Manuel Zelaya a probablement commis un faux pas de trop, en proposant d’organiser un referendum sur la constitution, dans le but de demander ensuite au Parlement la modification de l’article 4 de cette constitution, qui empêche la réélection du président.

 

C’est ce qui lui a valu d’être renversé par un coup d’Etat militaire, le 28 juin dernier, et expulsé au Costa Rica, car, s’il avait eu gain de cause, tout semble indiquer que le président Zelaya aurait pu, rapidement, rempiler pour un nouveau mandat et poursuivre sa politique de réformes.

 

En effet, devenu, suite à ses nombreuses réformes sociales, de plus en plus apprécié de la masse des paysans et ouvriers pauvres qui composent la grande majorité de la population hondurienne, le président Zelaya devenait une menace pour la bourgeoisie néolibérale de son pays, très liée aux multinationales nord-américaines, et, en conséquence, pour les intérêts économiques et politiques des Etats-Unis eux-mêmes.

 

Ainsi, bien qu’issu du parti libéral hondurien, parti de droite, Manuel Zelaya, depuis son élection, n’a cessé de surprendre l’observateur :  dès le début de son mandat, il a axé sa politique intérieure sur la question sociale, notamment en augmentant de 60% le salaire minimum, jusqu’alors dérisoire, et en développant la scolarisation pour lutter contre l’analphabétisme, à l’instar de son homologue vénézuélien, Hugo Chavez.

 

Par la suite, il a fait adhérer le Honduras à l’alliance PetroCaribe, initiative du gouvernement vénézuélien de Hugo Chavez et très défavorable aux intérêts pétroliers nord-américains.

 

Et encore :  premier chef d'État hondurien à se rendre à Cuba depuis 1959, il présente ses excuses à Fidel Castro, devant les caméras de télévision, car son pays a longtemps servi de base d’action aux Etats-Unis pour leurs interventions en Amérique latine.  Et il nomme un ambassadeur à La Havane.

 

Peu après, il mène son pays à devenir membre de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), organisation qui réunit plusieurs gouvernements de gauche d’Amérique latine, tels ceux de Bolivie (Evo Morales), du Venezuela (Hugo Chavez) et, bien sûr, de Cuba (Raoul Castro), en rupture avec la politique économique libérale promue par les Etats-Unis et opposés à l’ingérence nord-américaine dans l’ensemble du continent américain.

 

Et Manuel Zelaya, alors qu’il était en train d’organiser un rapprochement avec le Nicaragua de Daniel Ortega, de déclarer enfin, devant l’Assemblée générale de l’ONU, que « le capitalisme est en train de dévorer les êtres humains », et de conclure, le jour même du putsch :  « ce qui se passe ici, c’est une conspiration pour empêcher le peuple de s’organiser et de demander des droits (…) les riches ne cèdent pas un penny ; les riches ne cèdent rien de leur argent :  ils veulent tout pour eux seuls (…) mais ils doivent comprendre que la pauvreté ne finira pas tant que les pauvres ne feront pas les lois ».

 

Certes, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a été l’un des premiers représentants de la communauté internationale à condamner le coup d’Etat et, à ce stade des événements, Manuel Zelaya reste le président légitime du Honduras, qu’il représente officiellement devant les gouvernements étrangers, qui le reconnaissent encore.


   

     
 

Cependant, le temps passe. Et le mandat du président Zelaya n’est plus très loin de prendre fin, alors que l’administration Obama fait de son mieux pour que les choses traînent :  tandis que le président Obama, grand champion de la communication, s’indigne publiquement et dénonce le coup, sa secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Hillary Clinton, a proposé en coulisse une médiation favorable aux putschistes et à leur meneur, Roberto Micheletti, jusqu’alors président du Parlement et partisan de la ligne dure de la droite libérale. Il s’agissait de la création d’un gouvernement d’union nationale, qui aurait garanti le retour de Manuel Zelaya à la présidence, mais à la condition qu’il renonçât à son projet de referendum et sans qu’il n’exerçât plus réellement le pouvoir…

 

En outre, très curieusement, on notera que, il y a quelques mois, l’ambassadeur des Etats-Unis au Honduras avait été remplacé par Hugo Llorens, d’origine cubaine, militant anticastriste émigré aux Etats-Unis et qui a été en charge de la commission des affaires andines du Conseil National de Sécurité à Washington, en 2002, c’est-à-dire à l’époque du coup d’État contre le président du Venezuela,  Hugo Chavez.

 

Dans l’affaire du Venezuela également, l’ombre des Etats-Unis était apparue très nettement, après que l’on avait établi le rôle du lieutenant-colonel James Rodgers, attaché-militaire de l’ambassade des Etats-Unis à Caracas, qui, très maladroitement, était présent sur la photographie de famille du gouvernement putschiste, prise le jour même du coup d’Etat.

 

Même scénario que celui qui, en 1973, avait entraîné la fin du gouvernement de Salvador Allende, au Chili.

 

C’est que, alors que le gouvernement du président George Bush junior, comme on le sait maintenant, préparait déjà activement l’invasion de l’Irak pour 2003, le président Chavez avait déclaré que, si les Etats-Unis entraient en guerre sans accord de l’ONU, le Venezuela, deuxième fournisseur de pétrole des Etats-Unis, après l’Arabie saoudite, cesserait ses approvisionnements.

 

Toutefois, soutenu par une partie de l’armée et par les masses populaires, qui avaient cerné le palais présidentiel où les putschistes l’avaient interné, Hugo Chavez, après plusieurs heures de négociations, réussit à éviter la guerre civile et reprit ses fonctions, graciant les putschistes et assurant aux Etats-Unis, dès sa première réapparition à la télévision, que les ventes de pétrole ne seraient pas interrompues…

 

Hélas pour lui, le président Zelaya n’a pas eu cette chance et son éviction définitive n’est plus qu’une question de temps, puisque son mandat, brutalement interrompu (du moins, dans les faits), prendra officiellement fin le 27 janvier 2010, dans quelques petits mois.

 

Qui donc disait « il faut toujours s’en prendre aux Américains, même quand on pense avoir tort ; eux savent qu’on a raison » ?

Lien(s) utile(s) : La Libre Belgique.

Coupure de presse : Honduras.jpg

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Publié le par Pierre PICCININ

Iran - De l'art de se débarrasser d'un ennemi (Le Monde, 4 juillet 2009) - Texte intégral

 
 
Petite méthode pratique pour renverser un régime ennemi ou comment se débarrasser d’un gouvernement, en une leçon.


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Ambassade US - TéhéranEn sciences politiques, les vieilles recettes resservent toujours.

Ainsi, prenez un président qui vous empêche de contrôler à votre guise les ressources pétrolières de son pays, préférant en consacrer les bénéfices à développer une politique sociale en faveur des masses populaires.
Assaisonnez-le d’une bonne pincée d’opposition (pas trop légère quand même, sans quoi la sauce ne prendra pas) et faites monter au moyen d’une bonne logistique (celles dont vos « services » ont les « secrets »), et nappez d’une grande louche de campagne de presse internationale pour faire mousser le tout.

Vous pouvez servir, mais sans oublier toutefois une note de couleur, pour le coup d’œil, et quelques slogans simples, mais que vous aurez pris soin de rédiger en anglais, pour que l’opinion publique internationale y adhère sans difficulté (car, le persan, c’est fort peu pratiqué dans le monde).
Vous obtiendrez un beau résultat qui, vu de l’extérieur comme de l’intérieur du pays visé, aura toutes les apparences d’une véritable révolution (le tour de main, c’est de faire passer une position minoritaire pour majoritaire par un activisme acharné). Et inutile de perdre votre temps à en servir dans tout le pays :  seule la capitale importe vraiment.

Rien que de très banal, dites-vous ?
En effet, le procédé a été maintes fois expérimenté déjà…

Pour exemples, la chute de Milosevic, en Serbie, orchestrée par l’opposition avec le soutien des Etats-Unis et de l’Union européenne, en 2000 ; la « révolution rose », en Géorgie, en 2003 ; la « révolution orange », en Ukraine, en 2004 ; et, en 2005, la « révolution citron » ou « tulipe », au Kirghizistan, et la « révolution du cèdre », au Liban… Toutes ces « révolutions » se sont déroulées suivant le même schéma, très exactement suivant la même recette. Elles ont été le fait d’oppositions très minoritaires, mais financièrement et logistiquement assistées par l’étranger, par le gouvernement des Etats-Unis en l’occurrence, et ce, notamment, au travers d’ONG qui lui sont étroitement attachées et dont le meilleur exemple est la célèbre Freedom House, dont la présence est avérée dans la plupart de ces révolutions, qui ont toutes permis de se débarrasser de dirigeants opposés à l’influence nord-américaine, lesquels ont depuis été remplacés par des candidats « amis ».

En Iran-même, c’est une recette assez semblable que les Etats-Unis avaient mise en œuvre, en 1953 déjà, pour chasser du pouvoir le premier ministre Mohammad Mossadegh, qui, après avoir renversé l’impitoyable dictature du Shah, l’ami des Américains et des Britanniques, avait nationalisé les ressources pétrolières.
Et l’implication du gouvernement des Etats-Unis dans les événements qui secouent aujourd’hui l’Iran est désormais avérée, depuis qu’un des membres du Département d’Etat, J. Cohen, en charge des nouvelles technologies et des médias en relation avec le monde arabo-musulman, a ouvertement admis que l’administration Obama est intervenue auprès des responsables du service de « micro-blogging » Twitter, le principal service de messagerie en ligne au moyen duquel s’organise l’opposition iranienne, notamment pour la coordination des manifestations :  le 15 juin, le Département d’Etat a enjoint ces derniers de reporter une opération de maintenance, qui aurait rendu Twitter inutilisable pendant plusieurs heures, au moment, précisément, où se préparait la grande manifestation prévue ce jour-là. Les Etats-Unis ont ainsi permis à l’opposition d’organiser cette impressionnante mobilisation des ses partisans.

 

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Alors, quoi de plus normal que les autorités iraniennes s’inquiètent de ce qui se passe aujourd’hui dans leur pays ? Quoi d’étonnant, avec l’expérience du passé, à ce qu’elles déploient les forces de l’ordre pour ramener le calme dans les rues de la capitale, à la limite de déclarer l’état de siège ? Ou bien qu’elles se défient des diplomates étrangers en poste sur le territoire ? En particulier des Britanniques et des États-Uniens ?

Et, d’ailleurs, qu’aurait fait le président Sarkozy, si, au lendemain de son élection, les militants socialistes, déçu de la défaite de leur leader Ségolène, s’étaient rués dans les rues de Paris en hurlant à la fraude et en réclamant à corps et à cris l’annulation du scrutin, arborant des pancartes en anglais « where is my vote ? », brisant les vitrines des Champs Elysées et incendiant les automobiles parquées sur le boulevard Saint Germain ?

Et qu’aurait donc fait le président Bush (junior), le soir des élections de novembre 2000, si ses opposants démocrates avaient manifesté contre les irrégularités et proclamé leur candidat, Al Gore, vainqueur du scrutin ? Pourtant, sur ce coup-là, ils n’auraient pas dû hésiter un instant à descendre dans les rues, dans l’Etat de Floride pour commencer ; car, dans le cas de cette élection-là, il y en a eu, des fraudes, dignes d’une république bananière…

Rien d’étonnant à ce que le gouvernement iranien prenne les mesures utiles pour se protéger de son opposition qui, soutenue par les puissances occidentales et une presse internationale univoque, essaie depuis plusieurs jours de renverser le président élu, par une… « révolution verte ».

Dans le cas de l'Iran, toutefois, les Etats-Unis se sont attaqués à forte partie. Probablement, dès lors,ne peuvent,-ils raisonnablement, espérer une issue totalement favorable.

Le but, semble-t-il, serait, par contre, de faire passer un message...


Lien(s) utile(s) :  Le Monde 1 - Le Monde 2.

Développement :  Iran - Entre "révolution verte" et révolution de palais .


Coupure de presse :  le monde

 

Voir aussi : Leopold UNGER, Wolnosc prof. Piccinina, Gazeta Wyborcza, 6 juillet 2009.

 

Lire aussi : Les Iraniens défendent leurs droits sociaux et La République islamique en état de siège.

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Publié le par Pierre PICCININ

Iran - Les Iraniens défendent leurs droits sociaux (L'Echo. Le quotidien de l'économie et de la finance, 16 juin 2009) - Texte intégral

 

 

  

 

 

Ambassade US - TéhéranLe poids de l’histoire est lourd encore en Iran. C’est pourquoi, en dépit de son radicalisme religieux, M. Ahmadinejad a été réélu à la présidence.

Depuis 1909, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, ensuite, avaient confisqué les revenus du pétrole, tandis que le peuple iranien vivait dans une misère noire.


Or, l’islam, profondément social, et plus encore l’islam shiite iranien, considère la pauvreté comme une honte immense pour l’Etat, l’un des principaux devoir de tout musulman résidant dans la solidarité. Ce fut donc autour des leaders religieux que se cristallisa la résistance, jusqu’au triomphe de la révolution, en janvier 1979, dirigée par l’ayatollah R. Khomeiny et soutenue par les masses populaires et les étudiants :  le Shah, qui, avec l’aide des Etats-Unis, avait imposé une dictature féroce, fut chassé et la république proclamée.


Pour plus de 80% des Iraniens, s’est ouverte une ère nouvelle, de progrès sociaux et d’amélioration des conditions de vie.


Et la majorité des Iraniens, n’a pas oublié le passé :  beaucoup de ceux qui ont voté, ce 12 juin, ont connu l’Iran du Shah. Ils se souviennent aussi du rôle joué à l’époque par les Etats-Unis ; et ils se reconnaissent dans les propos de leur président, hostiles au « grand Satan ».

Ainsi, pour ces millions de déshérités, abandonnés jusqu’alors par le régime du Shah, ce qui a importé avant tout, ce fut l’instauration d’une démocratie sociale :  accès aux soins de santé, aides aux familles en difficulté, droit au logement, une sécurité sociale performante, mais aussi la scolarisation et l’alphabétisation du peuple et l’accès pour tous aux études universitaires.


Les leaders radicaux de la République islamique reçurent donc les suffrages populaires pendant près de dix ans, jusqu’à l’élection du président H. Rafsandjani, en 1989.


Ce dernier, élu sur un programme de tolérance religieuse et d’assouplissement des lois islamiques, a séduit la jeunesse. Qualifié de « progressiste » et de « réformateur » par l’Occident, il était surtout le candidat des industriels et de la haute finance iranienne, s’entourant rapidement de partisans d’une économie de marché sans concession, tel M. Khatami, qui lui succéda à la présidence de 1997 à 2001.


Et, lorsque les élections législatives de 2000 donnèrent enfin une majorité parlementaire aux « réformateurs », le président Khatami mit en œuvre cette politique libérale, assortie de mesures antisociales qui fragilisèrent les plus pauvres.

La sanction populaire ne se fit pas attendre :  aux législatives de 2004, 53,7% des électeurs votèrent pour les « conservateurs » et, en 2005, près de 62% des électeurs portèrent M. Ahmadinejad à la présidence.


Face à M.-H. Mousavi, M. Ahmadinejad a bel et bien le soutien des laissés pour compte par les réformes de l’ère Khatami, lesquels ont donc choisit de se mobiliser pour défendre leurs droits sociaux, rejetant une nouvelle fois et sans ambiguïté les « réformateurs » et leur politique économique libérale.

Ces derniers réagissent à présent en tentant de semer le doute sur la validité de cette élection. Mais, si quelques irrégularités sont à relever (la participation massive au scrutin, notamment, a surpris certains bureaux de vote qui ont manqué de bulletins), c’est précisément ce taux record de participation (plus de 84% !) qui assure au président Ahmadinejad une réélection confortable, car démocratique et bien difficile à contester.

L’opposition, qui a le soutien de l’Occident, essaie de renverser la situation par la force, en jetant dans les rues des milliers de ses partisans, parmi lesquels de nombreux casseurs qui ont mis à sac des magasins et incendié des automobiles. Mais ces démonstrations sont-elles objectivement crédibles, face aux 39 millions d’électeurs qui se sont rendus aux urnes ?

Et ce n’est pas parce que nous, en Occident, nous n’aimons ni le radicalisme religieux de M. Ahmadinejad, ni ses dérives antisémites et homophobes, ni non plus les craintes qu’ils nous inspire dans le domaine du nucléaire, que l’élection doit être contestée et ce dernier appelé « dictateur ».

Le peuple iranien a élu M. Ahmadinejad ; c’est son choix, un choix social et démocratique.


Lien(s) utile(s) :  L'Echo 1 et L'Echo 2.

Coupure de presse :  Iran.jpg

 

Lire aussi : De l'art de se débarrasser d'un ennemi et La République islamique en état de siège.

 

Voir (vidéos des manifestations) : Téhéran 1 - Téhéran 2 - Téhéran 3 - Shiraz - Ispahan.



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Publié le par Pierre PICCININ

Vatican - Le pape et la capote :  la dernière blague belge (Le Soir, 7 avril 2009, et La Libre Belgique, 7 avril 2009) - Texte intégral



« La distribution de préservatifs n’est pas une solution pour lutter contre l’épidémie de sida », aurait déclaré le Pape Benoît XVI, « mais leur utilisation, au contraire, aggrave le problème. »


Et c’est reparti : dans le monde entier, les médias se déchaînent, les politiques s’excitent, le citoyen lambda avale tout sans se poser de question, et ce petit monde s’emballe et fait haro sur le baudet.


Et le parlement belge de pousser le ridicule, non pas jusqu’à rappeler son ambassadeur près le Saint Siège (non, quand même pas…), mais à être le seul État du monde à protester officiellement contre « les propos irresponsables » du Pape (et même le CD&V et le CDH, anciennement « Parti Catholique de Belgique », ont voté la résolution, mercredi dernier; décidément, pour un 1er avril, on pouvait difficilement faire mieux).


Le ridicule? Et bien oui! Car la déclaration par laquelle nous avons commencé notre histoire n’est pas du Pape Benoît XVI… De qui, alors? Personne ne le sait au juste.

Ce que le Pape a réellement dit ? « Si on n’y met pas l’âme, si on n’aide pas les Africains, on ne pourra pas résoudre le fléau du sida par la seule distribution de préservatifs; au contraire, le risque est d’augmenter le problème, (…) sans respect et sans un juste comportement à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre. »


Ha, bon?  Mais c’est tout à fait autre chose, alors!?


Ainsi donc, le Pape n’a jamais appelé les Africains à forniquer dans tous les coins, pourvu que, surtout, ils le fassent sans préservatif…


Benoît XVI n’a même pas condamné l’utilisation du préservatif. Il rappelle seulement (aux catholiques) que, au sein de l’Eglise, il y a quelques principes à suivre et que l’acte sexuel a pour cadre le mariage, dans le respect du couple (un propos précédemment développé par le Pape Paul VI dans l’encyclique Humanae Vitae et repris par Jean-Paul II, qui, alors déjà, avait été déformé en « interdiction du préservatif »; les mauvaises habitudes ont la peau dure…).


Plus simplement encore, le Pape, sans nullement renoncer aux distributions de préservatifs, a expliqué que cela ne suffisait pas et a appelé les catholiques à ne pas négliger le respect du partenaire, dans l’acte sexuel, et la dimension spirituelle de l’homme; une autre conception de la sexualité, qui doit participer à vaincre le sida.


Sont-ce là des « propos irresponsables »? Rien de bien différent, en fait, des résultats de l’étude menée par l’Université de Harvard, en Ouganda, le seul pays qui a vu son taux de contamination se réduire (alors que, partout ailleurs, l’infection augmente), grâce au plan ABC :  « abstinence, be faithfull (sois fidèle) and condom (préservatif) ».

Faudra-t-il dès lors faire condamner la Belgique par l’ONU, pour avoir remis en cause un moyen efficace de lutte contre le sida?


Et, contrairement à ce qui a été écrit un peu partout, le Pape n’a pas fait cette déclaration devant des foules de fidèles, qui auraient pu mal interpréter ses propos, mais lors d’un interview, face à des journalistes, dans l’avion qui le menait du Cameroun vers l’Angola. Et le Pape avait ensuite rappelé qu’une grande partie des organisations qui s’occupent des malades du sida en Afrique dépendent de l’Eglise catholique.
Devant les foules, Benoît XVI a par contre insisté sur l’importance de combattre le sida, de « s’opposer à l’irresponsabilité sexuelle » et de « cesser de considérer les autres comme des objets à manipuler ».

On l’aura compris :  la dernière blague belge du Parlement, ce 1er avril, fera encore bien rire toute l’Europe.


Ferait… si elle ne participait, malheureusement, indirectement, au malheur de l’Afrique.


Le but essentiel de la visite du Pape au Cameroun et en Angola était en effet d’attirer l’attention du monde sur les graves problèmes que connaissent les pays d’Afrique, surtout dans le contexte actuel de crise, que le Pape avait dénoncé, en octobre 2008, rappelant que « les moyens et les ressources dont le monde dispose aujourd'hui peuvent procurer une nourriture suffisante pour satisfaire les nécessités croissantes de tous » et incitant les responsables « à ne pas capituler face à la faim et à la malnutrition comme s'il s'agissait simplement de phénomènes endémiques et sans solution » . Hélas, par leurs « propos irresponsables », ceux qui ont d’abord déformé les paroles de Benoît XVI et ceux qui ont ensuite provoqué une polémique injuste et stérile n’ont réussi qu’à détourner l’attention de l’opinion publique des problèmes de l’Afrique, y compris de celui du sida.


Ainsi, peut-être le Parlement belge aurait-il mieux agi en protestant contre le traitement réservé aux sans-papiers, qui ne trouvent abri ailleurs que dans les églises du Royaume.


Une chose est cependant certaine :  les Africains ne lui diront pas merci…


Lien(s) utile(s) :  Le Soir.

Coupures de presses :  Pape-capote.jpg (La Libre Belgique)et le-pape-et-la-capote.jpg (Le Soir).

 

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Publié le par Pierre PICCININ

Proche-Orient - Gaza :  un projet planifié ? (Le Monde, 5 janvier 2009) - Texte intégral

 



Un père pleure ses enfants       

 

 

 



Vignette Palestine bis[Photo : Naplouse - Cisjordanie]

 

On pensait l’opération terminée, mais les crimes de guerre reprennent et les morts civiles s’accumulent à nouveau dans la Bande de Gaza.

 

Depuis décembre 2008, en effet, sous prétexte de « riposte » à des tirs de roquettes sur son territoire, l’armée israélienne a détruit de nombreuses infrastructures et tué des centaines de civils palestiniens.

 

Mais il est bien clair que ce n’est pas en bombardant une fois de plus les populations civiles que les dirigeants israéliens parviendront à éradiquer la résistance palestinienne à l’occupation des territoires. Au contraire, même, Israël ne fait que radicaliser cette résistance et susciter des vocations au martyr parmi les proches des victimes.

 

Aussi, l’objectif est forcément ailleurs… Et la question se pose donc de savoir ce qu’Israël fait réellement à Gaza.

 

Conviendrait-il de mettre en relation le retour d’Israël à Gaza (officiellement évacuée par les colons et l’armée sous le gouvernement d’Ariel Sharon, en 2005) avec le regain d’intérêts pour les vastes gisements gaziers dans les eaux territoriales palestiniennes, découverts en 2002, mais que l’on sait depuis peu être bien plus importants que ce que l’on avait pu estimer à l’époque ?

 

Ou bien, sans toutefois négliger ce fait, l’invasion israélienne ne procèderait-elle pas plutôt d’une politique plus systématique ?

 

Ainsi, le gouvernement israélien aurait-il décidé d’achever de vider les territoires palestiniens par la terreur, la ruine économique et l’insécurité ?

 

Comment, en effet, pourrait réagir un père de famille, sans revenu, sans plus d’espoir et dont les enfants sont régulièrement mis en danger, autrement qu’en se décidant, tôt ou tard, à émigrer et à rejoindre les communautés de la diaspora arabe palestinienne ? N’est-ce donc pas là le véritable objectif d’Israël, de progressivement chasser les Arabes de Palestine, vers l’Egypte, la Jordanie ou d’autres pays arabes ?

 

En fait,  n’est-ce pas là la politique menée par Israël depuis sa création, en 1948, et qui, en réalité, avait commencé avant même la proclamation de l’Etat israélien déjà, par les attentats anti-arabes perpétrés par les mouvements terroristes juifs Irgoun ou Stern ?

 

Ne sont-ce pas les mêmes méthodes que celles pratiquées lors du massacre de la population arabe du village de Deir Yassin, durant la nuit des 9 et 10 avril 1948, qui avait provoqué la panique et le début de l’exode des Arabes de Palestine, petit à petit remplacés par des colons israéliens?

 

N’est-ce pas dans ce but que l’armée israélienne lance par avions quantité de tracts sur la Bande de Gaza, annonçant aux Gazaouis l’intensification des opérations militaires et leur enjoignant : «pour votre propre sécurité, nous vous demandons de quitter la zone immédiatement » ?


Ces tracts ne sont pas sans rappeler ceux qui avaient été distribués aux populations arabes par le mouvement sioniste, après le massacre de Deir Yassin, par lesquels il était conseillé aux Arabes de quitter leurs villages, car d’autres Deir Yassin allaient suivre…

 

Et il n’y a pas que Gaza :  la politique d’enclavement des territoires autonomes palestiniens de Cisjordanie, encerclés par les établissements de colonies juives et régulièrement objets de bouclages économiques, d’interventions armées et de violences, n’est-elle pas la continuité logique et la poursuite systématique d’un projet d’épuration soigneusement planifié ?

 

Autre question : les conséquences de cette nouvelle agression dépassent largement le seul cadre israélo-palestinien et sont lourdes pour l’ordre international.

 

Le constat est une fois de plus dramatique quant au rôle de l’ONU :  à nouveau, les principes les plus fondamentaux sur lesquels reposait le droit international ont été bafoués par Israël. Sans objectif militaire défini, l’armée a pris pour cible, directement et consciemment, des populations civiles, méthodes habituelles, appliquées, par exemple, lors de l’invasion du Liban, en juillet 2006, dont l’épisode le plus ignoble avait été le massacre de Qana ; Israël avait même bombardé des installations de la Croix rouge, détruit les routes qu’empruntaient les secours et réduit en cendres des quartiers de villes et des villages entiers.

 

Sans aucune ambiguïté, il s’agit de crimes de guerre d’une extrême gravité aux termes de la Convention de Genève. Et cela recommence aujourd’hui.

 

Une nouvelle fois, cette agression illégale démontre l’impuissance de l’ONU et les limites du droit international.

 

L’ONU ? Le droit international ? Ce sont là des éléments du jeu de la haute politique étrangère des Etats qui en ont les moyens, économiques et militaires :  les règles en sont somme toute assez simples et, en fin de compte, tout le monde joue carte sur table. Les dès, bien sûr, sont pipés. Mais tout le monde le sait. Et chacun fait semblant d’y croire, avec une grande conviction apparente, beaucoup de sérieux.

Des centaines de civils sont morts déjà, les blessés s’entassent dans les hôpitaux, mais aucune force internationale ne s’interpose…

 

Et, déjà, le nouveau et « super-sympa » président des Etats-Unis déçoit par son silence. Son silence ?  Non, il supporte même : «si quelqu’un lançait des roquettes sur ma maison la nuit (…), je ferais tout mon possible pour l’en empêcher», avait-il déclaré…

 

N’est-ce pas précisément ce que font les Arabes de Palestine depuis la terrible nuit de Deir Yassin, depuis cinquante ans maintenant ?

 

Ainsi, pour les Palestiniens, le grand changement Obama n’aura pas lieu. La nouvelle administration présidentielle se bornera à poursuivre la politique de la précédente, qui a, une fois encore, paralysé l’ONU et empêché toute action pour faire cesser l’agression sur Gaza, en utilisant son droit de véto au Conseil de sécurité.

 

Un soutien inconditionnel à l’Etat israélien qui tue des enfants ? «Yes, he can !»…

 

 



Lien utile :  voir aussi Guerre du Liban - 2006.

Coupure de presse :  copie-de-Gaza.jpg

 

Voir également : Breaking the Silence (Israeli soldiers talk about the occupied territories).

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Publié le par Pierre PICCININ

USA - Elections américaines :  rien de nouveau sous le soleil d'Amérique (La Libre Belgique, 13 novembre 2008)

Hope - Obama (Shepard Fairey poster)

Au soir des élections aux Etats-Unis, ce 7 novembre, si l’on faisait abstraction des sondages, tout portait à envisager une victoire aisée de John McCain :  un président noir, c'était très peu probable dans le contexte sociologique des Etats-Unis.
 
Même s'il nous apparaît très charismatique et sympathique, à nous, Européens (amis de la liberté, du respect des lois internationales, de la paix et des Droits de l'Homme), et probablement aussi à une partie des électeurs états-uniens, Obama reste un "black" dans la perception des WASP états-uniens (Withe Anglo-Saxon and Protestant).
 
Ainsi, probablement les sondages qui donnaient Barack Obama vainqueur étaient-il encore une fois victimes de "l'effet Bradley" :  maire démocrate de LosAngeles, noir, Tom Bradley, quand il s'est présenté au poste de gouverneur de Californie, en 1982, était donné très largement vainqueur par les instituts de sondage (le San Francisco Chronicle, dans son édition du lendemain, avait même annoncé, logiquement, la victoire de Bradley). Pourtant, il a été très largement... battu.
 
Les électeurs interrogés, des démocrates, qui avaient voté pour le candidat républicain, s’étaient cependant massivement déclarés en faveur de Bradley, ne voulant pas avouer qu'ils avaient préféré voter pour un républicain, parce que lui, au moins, était blanc, et qu'ils ne voulaient pas d'un noir comme gouverneur de l'Etat.


Et cette situation de sondages erronés s'est répétée chaque fois qu'un noir s'est présenté à des élections aux Etats-Unis, contre un blanc.

 

Alors, comment expliquer la victoire de Barack Obama? Très certainement par la très grave crise économique qui touche les Etats-Unis depuis quelques mois.
 
En effet, c'est un facteur qui a été trop sous-estimé, car encore mal évalué :   la catastrophe sociale qui ravage les Etats-Unis actuellement.

 

Il était certain que la crise pousserait des électeurs indécis à voter démocrate (donc Obama), comme cela avait été massivement le cas en faveur de Franklin Roosevelt, en 1932, suite à la crise qui avait commencé en 1929 (une certaine partie des électeurs, une partie habituellement assez large, n'est pas liée à un parti politique en particulier, ne s'intéresse pas vraiment à la politique, tant que ça va bien, et change donc son vote en fonction de nombreux critères conjoncturels; c'est le "ventre mou" de la démocratie, ceux que l'on peut séduire, par exemple, en se montrant avec Johnny Hallyday, comme l'a fait Nicolas Sarkozy lors de plusieurs meetings électoraux, ou avec quelques bonnes paroles tout simplement).
 
Si, aux Etats-Unis, il n'existe pas de gauche, mais seulement une droite extrême et une droite moins extrême, les démocrates mènent cela dit généralement une politique sociale plus soutenue et moins mal financée que celle des républicains, pour qui chacun doit se débrouiller seul, sans l'aide de l'Etat, quelle que soit la situation (sauf, bien sûr, si ce sont les banques qui ont besoin d'aide; alors, les républicains débloquent sans hésiter des milliards de dollars en provenance des caisses publiques).
 
Or, il fallait considérer l'ampleur de la crise qui frappe maintenant les Etats-Unis, où même la classe moyenne commence à être durement touchée (perte de son emploi, de son logement, de sa couverture sociale, ruine de beaucoup de petits épargnants; sans oublier la retraite financiarisée : une grande partie de la population a perdu l'entièreté de sa retraite, qui avait été placée en fonds de pension, actions et obligations).


Le résultat a été que les voix de beaucoup de ces électeurs durement frappés par la crise se sont reportées sur le candidat démocrate Obama.
 
Et, dans ce contexte de crise, "l'effet Bradley" a eu, quant à lui, peu de conséquences.
 
En d’autres termes, ce n’est pas pour Obama (pour son charisme et ses idées) que les électeurs ont voté, mais pour les démocrates, à cause de la crise.
 
Et cela peut se vérifier par les résultats des votes pour le Congrès (lors de ces élections, on ne votait pas seulement pour le président) :  alors que, habituellement, on constate des différences sensibles entre les résultats des votes pour la présidence et ceux pour le congrès, cette fois-ci, les résultats sont assez similaires. Cela signifie que les électeurs ont fait un choix politique global, en faveur des démocrates, et non un choix en particulier pour le candidat Obama.
 
Constatons que Obama n'a pas gagné de beaucoup (attention :  il ne faut pas regarder le nombre des grands électeurs -c'est trompeur, puisqu'il suffit d'avoir une majorité dans un Etat, même très courte, pour remporter tous les électeurs de l'Etat-, mais bien le nombre total de votes à l'échelle de tous les Etats-Unis) :  Obama 52% - McCain 46%. C'est tout à fait normal, dans la lignée des précédentes élections.
 
Ce n'est donc pas un raz-de-marée en faveur d'un candidat jeune, noir et aux idées nouvelles... Pas "d'effet Obama", pas de foule hystérique venue soutenir massivement le super-jeune-noir-sympa-nouveau candidat.
 
Non, les Etats-Uniens n'ont pas changé et ils ne sont pas plus ouverts aux minorités ethniques qu'auparavant.
 
En fait, si cela avait été Clinton et non Obama, ou bien n'importe quel autre démocrate, les résultats auraient probablement été très semblables. Et, à l'inverse, sans la crise économique, Obama n'aurait pas été élu.
 
De même, la politique étrangère des Etats-Unis ne va pas changer.

 

En politique intérieure, Obama pourra infléchir un peu la politique sociale (c'est ce qu'attendent principalement ceux qui ont voté pour lui), comme l'avaient fait Johnson, Carter ou Clinton. Mais les dettes laissées par les huit années d'administration républicaine sont très lourdes (la dette a atteint 70% du PNB cette année) et, sans argent, pas de politique sociale vraiment marquante. Obama risque de décevoir beaucoup son électorat...

 

En politique extérieure, l'industrie et l'armée influent sensiblement sur les décisions du président. Ainsi, par exemple, quoi qu'Obama ait pu promettre durant sa campagne, les troupes ne seront pas retirées d'Irak :  la politique énergétique et industrielle des Etats-Unis dépend du contrôle des ressources pétrolières irakiennes, et les Etats-Unis ne vont pas lâcher le pays maintenant que le plus compliqué a été fait. En cela aussi, Obama va beaucoup décevoir... 
 
Bref, rien de nouveau sous le soleil de l'Amérique... même si les apparences sont trompeuses.

Car, maintenant, avec ce nouveau président noir, jeune et dynamique, démocrate, on vient de coller cette grande étiquette "super-sympa" sur la carte des Etats-Unis :  l'emballage change, mais le contenu va rester le même, et il faut craindre que l’opinion publique, à travers le monde entier, s'y laissera prendre (sauf peut-être les Irakiens, les Afghans, les Vénézuéliens, les Cubains, les Iraniens, les Syriens, les Boliviens, les Palestiniens, les ...).
 
D'ailleurs, c'est déjà fait...


Lien(s) utile(s) :  La Libre Belgique.

Coupure de presse :  Election-Obama.jpg

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Publié le par Pierre PICCININ

Belgique - Le PS sanctionné, la gauche est intacte (La Libre Belgique, 15 juin 2007)


  Belgium's French-speaking parties leaders Jean-Michel Javaux (R) of Ecologist party (ECOLO), Elio Di Rupo (C) of socialist party (PS) and Joelle Milquet (L) of Christian Democrat party (CDH) launch the programme of the future Walloon region government i... 


Curieuses analyses que celles qui dominent dans les médias depuis les élections législatives qui ont mobilisé le Royaume ce dimanche 10 juin 2007 :  au sud du pays, les électeurs auraient choisi de déplacer le « centre de gravité » et, comme au nord, le pays serait à présent à droite !


En réalité pourtant, les chiffres montrent que, si le Mouvement réformateur (MR) gagne des points dans certains cantons, il recule dans d’autres et, au bout du compte, son avancée, dérisoire, s’apparente plutôt à un quasi statu quo.


Ainsi, plus exactement, le MR ne doit-il pas d’être devenu le premier parti du sud du pays au seul recul du PS, qui occupait jusqu’alors cette place, et nullement au choix des électeurs d’un nouveau « centre de gravité » ?

En effet, dans la plupart des cantons électoraux, le PS recule, parfois de plus de dix pourcents !


La question, simple, est d’observer vers quel(s) autre(s) parti(s) se sont déplacées les voix des électeurs qui soutenaient auparavant le PS.


Ce n’est manifestement pas le MR qui profite de ce report de voix. Il ne s’agit pas non plus du Parti du Centre démocrate humaniste (Cdh), qui, certes, progresse, mais très faiblement.


Le grand gagnant de ce report des électeurs, c’est, bien évidemment, le Parti écologiste qui, dans certains cantons, double son score précédent. C’est donc bien vers Ecolo que les électeurs de la gauche ont choisi de reporter leurs voix.


Ainsi, le centre de gravité est resté à gauche.


Les scandales à répétition qui ont éclaboussé le PS, principalement à Charleroi, mais pas uniquement, révélant un PS usé par l’exercice du pouvoir et gangrené de mandataires corrompus, ont découragé une partie non négligeable des électeurs traditionnels de ce parti, qui donne en outre, depuis trop longtemps, l’image d’un club clientéliste plus occupé de se maintenir à la direction des affaires que de défendre le projet de société qu’attendent de lui ses électeurs. En conséquence, une partie de ceux-ci, dans les circonstances que l’on a connu juste avant les élections, a très clairement décidé d’envoyer un message fort aux dirigeants du PS, en déplaçant ses votes, non pas sur un parti de droite, mais sur un parti qui, tout au long de la campagne, s’est très explicitement déclaré « à gauche » et a même eu un discours plus engagé « à gauche » que le PS lui-même :  sanctionner le PS, mais voter pour la gauche.


Et, en effet, c’est bien plus sur les thèmes de l’emploi et de la sécurité sociale que sur celui de l’environnement, qu’Ecolo a fait campagne, ne manquant aucune occasion de s’affirmer sans ambiguïté « à gauche » .


Il apparaît donc que l’électorat n’a pas varié et que les grandes tendances restent stables :  le sud du pays est toujours à gauche.


Et, à l’avenir, si le PS parvient à réellement effectuer son « renouveau », s’il parvient à se débarrasser des pommes pourries et à redevenir le parti de ses idéaux, de manière déterminée et sans concession, il est certain que le prochain scrutin électoral verra le PS redevenir le premier parti du sud du pays.


Bien entendu, cela implique que des têtes devront tomber ; et pas des moindres… il faudra voir si le PS aura la capacité (la liberté) interne de procéder à cette purge si nécessaire à son avenir.


Un autre élément qui comptera certainement dans l’avenir du PS, c’est la position qu’adoptera Ecolo dans les prochaines semaines :  Ecolo a-t-il profité des « affaires » pour récupérer les électeurs déçus du PS en leur offrant une alternative crédible à gauche, se positionnant comme tel, ou son positionnement est-il sincère ? Il est évident qu’une participation d’Ecolo à un gouvernement à droite (avec le MR et le Cdh) serait perçue par son nouvel électorat comme une trahison.

Or, depuis les élections, n’entend-on pas Ecolo parler moins, déjà, d’emploi et de mesure sociale, tandis que l’environnement est redevenu le leitmotiv ?… 


Lien(s) utile(s) :  La Libre Belgique.
Coupure de presse :  PS-sanctionne-gauche-intacte3


Voir aussi copie-de-Le-socialisme-aujourd-hui.jpg (élections de 1998) et Elections de 2009.
Egalement : CTE-enseignement.

 

Elections 2010 : Ecolo : « les convergences de gauche, c’est le passé! ».

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Publié le par Pierre PICCININ

Europe - Assez! (La Libre Belgique, 15 juin 2006 et  Le Soir, 21 juin 2006)

Un élève récalcitrant puni par l'Oncle Sam

«Tout individu a droit à la liberté et à la sûreté de sa personne. Nul ne sera soumis à la torture . Nul ne peut être arbitrairement arrêté et détenu. Chacun a droit à être entendu par un tribunal indépendant et impartial » (Déclaration universelle des Droits de l’Homme)

 

La Belgique, mon pays, a-t-elle aidé les Etats-Unis d’Amérique à enlever des personnes et à les séquestrer dans des lieux tenus secrets, lieux de non-droit d’où la torture n’est pas exclue ? Des pays membres de l’Union européenne ont-ils contribué à ces violations des conventions internationales et des Droits de l’Homme ?

 

Depuis des mois, les rumeurs courent. Quelques élus, courageux, veulent savoir et faire savoir :  Mrs. Terry Davis et Dick Marty, respectivement Secrétaire général et Rapporteur du Conseil de l’Europe, M. Franco Frattini, Commissaire européen à la Justice et la Liberté, d’autres encore, réclament des différents gouvernements soupçonnés les informations concernant des vols illégaux, orchestrés par les services secrets états-uniens via des aéroports européens, avec la complicité de ces gouvernements, vers des prisons illégales, secrètes, où des personnes arrêtées illégalement seraient interrogées et torturées, ou vers d’autres lieux, telle la prison de Bagram, en Afghanistan, ou celle de Guantanamo, dont le nom résonnera dans l’histoire telle une tache indélébile, une souillure, objet de honte ineffaçable pour les démocraties qui auront laissé faire. Mais les Etats refusent de livrer ces informations.

 

Dans notre pays, la Belgique, le Parlement, les élus du peuple, tentent depuis des semaines, en vain, de savoir si nos propres services secrets ont participé à de telles exactions, si nos aérodromes ont été utilisés pour commettre ces violations du droit international. Nos propres services secrets refusent d’informer clairement les élus de la nation. Serait-il admissible qu’un organe de l’Etat n’obéisse plus au pouvoir démocratiquement élu ?

 

Quelques-uns s’indignent. Mais la polémique n’éclate pas :  le citoyen commence à s’habituer à ce genre de pratiques… La torture serait-elle devenue compatible avec la démocratique, sous prétexte que des Etats qui se prétendent démocratiques l’utilisent?

 

Qu’est-il en train d’arriver dans mon pays ? Cela, en effet, ne se passe pas aux Etats-Unis, ni dans une république bananière d’Amérique latine ou d’Afrique centrale au temps de la guerre froide, mais aujourd’hui, chez nous, en Belgique. Ce n’est pas l’universitaire qui s’interroge, mais le citoyen belge :  mon pays a-t-il contribué à perpétrer des actes de barbarie ? A-t-il aidé les Etats-Unis d’Amérique à pratiquer la torture, à séquestrer des gens, en violation des principes les plus élémentaires qui fondent l’Etat démocratique ? Des êtres humains ont-ils été déportés avec l’assentiment de mon gouvernement, sans que ceux qui ont reçu mandat du peuple belge de faire appliquer les lois du Royaume et ont juré d’en défendre les libertés ne leur aient porté secours ?

 

Si cela se passe dans mon pays, cela doit s’arrêter dans mon pays.

 

Les citoyens exigeront-ils du Parlement belge, du Parlement européen que la vérité soit dite sur ces activités et que les responsables de ces crimes graves soient condamnés ?

 

Plus largement, combien de temps encore admettrons-nous que les Etats-Unis d’Amérique, nos alliés, foulent ainsi au pied les principes même qui garantissent notre liberté ? Combien de Guantanamo accepterons-nous encore ?  Nos démocraties européennes, civilisées, ne devraient-elles pas exiger sans plus tarder d’avantage que les personnes enlevées et détenues illégalement, à Guantanamo, à Bagram et ailleurs, soient immédiatement remises à l’ONU.

 

Hélas, ce qui devrait constituer la polémique la plus houleuse du moment sera vite oublié. Car le vrai danger est là :  dans le nouveau totalitarisme, qui passe par l’endormissement des masses, confortablement installées dans le système et gavées de messes footbalistiques, d’imbécillités télévisées et d’affaires de mœurs qui font les gros titres à n’en plus finir, développant le sens inné du voyeurisme, détournant le citoyen de la chose publique.

 

Alors, dormez, citoyens, dormez bien, pendant que l’on torture dans les recoins de votre civilisation.


Lien(s) utile(s) : La Libre Belgique Le Soir.

Coupures de presse :  Assez-.jpg (La Libre Belgique) et Dormez-pendant3 (Le Soir).

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