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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
EDITORIAL – Vendue à Bashar par Erdogan, Alep est tombée…

 

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Décembre 2016

 

Vendue à Bashar par Erdogan, Alep est tombée… Ou a été libérée… C’est selon.

Une simple question de vocabulaire, qui ne change rien au fait que Bashar al-Assad et le gouvernement baathiste infirment de plus en plus clairement les prédictions que maints analystes avaient produites dès le début du « printemps syrien », en mars 2011, et, à l’inverse, confirment celles des quelques professionnels du terrain qui avaient pu estimer, à l’aune de leurs observations, que le régime avait devant lui de longues années encore à survivre.

Probablement le gouvernorat d’Idlib sera-t-il la prochaine étape de la « reconquête ».

C’est, mise à part la région d’ar-Raqqa (toujours aux mains de l’État islamique), le dernier bastion de l’opposition au régime (en fait, du Front al-Nosra, pour l’essentiel), la dernière zone sérieusement défendue par les rebelles et qui pourrait produire une résistance farouche à la progression de l’armée syrienne et de ses alliés russes, iraniens et chiites de tout poil.

Une fois que ce bastion sera tombé lui aussi...

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Sold by Erdogan to Bashar, Aleppo has fallen … or has been liberated… depending on the perspective.

A simple question of vocabulary, that does not change the fact that Bashar al-Assad and the Baathist government contradict the predictions, which most analysts had made since the beginning of the “Syrian spring”, in March 2011, more and more clearly – whilst those of some professionals on the ground, who had suggested that the regime still had many years of rule ahead, are confirmed.

Probably the Idlib governorate will be the next step of the re-conquest.

It is, apart from the region of ar-Raqqa (still at the hands of the Islamic State), the last bastion of opposition to the regime (mainly the al-Nosra Front), the last zone that is seriously defended by the rebels and which could fiercely resist the advance of the Syrian army and its Russian, Iranian and Shi’a allies.

Once this bastion will have fallen too...

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حلب التي باعها أردوغان لبشار الأسد سقطت أم تحررت ... كل يستخدم الكلمة التي تناسب موقفه من الحرب في سورية

إنها مسألة مفردات لا أكثر ولا تغير شيئاً من حقيقة أن بشار الأسد وحكومته البعثية يثبتون خطأ التوقعات التي صدرت عن كثير من المحللين منذ بداية ما يسمى بالربيع السوري في العام 2011. لكن من ناحية ثانية يؤكدون دقة تنبؤات بعض محترفي العمل على الأرض والذين قدروا منذ البداية أن النظام السوري باقٍ ولفترة طويلة

من المحتمل أنه سيتم استرجاع محافظة إدلب في المرحلة القادمة. باستثناء إقليم الرقة الخاضع لسيطرة تنظيم الدولة الإسلامية، فإن إدلب هي المعقل الأخير للمعارضة المُكونة أساساً من جبهة النصرة ولذلك من الممكن أنها ستُقاوم مقاومة ضارية من أجل منع تقدم الجيش السوري وحلفائه الروس والإيرانيين والشيعة عموماً.

وعندما سيسقط هذا المعقل ، وهو سيسقط بالتأكيد كما كان عليه الحال في حمص وحلب ، إنها مسألة وقت لا أكثر، عندها ستكون »سورية المفيدة« بالكامل تقريباً تحت سيطرة حكومة دمشق التي ستنظف هذه المناطق من جيوب المقاتلين الإسلاميين بفئاتهم المتنوعة ومن ما تبقى ممن تحالفوا معهم من الجيش السوري الحر سواء بشكل طوعي أو بالإكراه.

يبقى إذن القضية الكردية...ماذا سيفعل النظام السوري لمواجهة المطالب الإستقلالية لثلاث كانتونات كردية في شمال البلاد؟ يسيطر الأكراد بالتدريج، وهم اليوم حلفاء موضوعيون للنظام في مواجهة تنظيم الدولة الإسلامية وإسلاميي جبهة النصرة وما تبقى من الجيش السوري الحر المدعوم والمُستخدم كأداة من قِبل أنقرة، على الأقاليم التي طالبوا بها مسبقاً ويصنعون فيها كردستانهم الصغير الذي حلموا به منذ مئة عام ، هذا الحلم لم يكن ممكناً تحقيقه بدون الاضطرابات المتعاقبة التي سببها ما سمي الربيع العربي.

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
SYRIE – Qui se bat à Alep ?

 

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Novembre 2016

 

C’est la question cruciale à laquelle tous les analystes tentent de répondre. Une question difficile, car plus aucun observateur neutre n’est actuellement présent dans la cité assiégée.

Toutefois, fort de son réseau de correspondants à travers tout le Moyen-Orient et en Syrie notamment, Le Courrier du Maghreb et de l’Orient propose d’essayer de se rapprocher de la réalité et de définir avec autant de précision que possible qui sont exactement les protagonistes qui s’affrontent encore à Alep, dans la ville, stricto sensu, mais aussi dans le gouvernorat du même nom.

La question est déterminante.

En effet, pour le régime de Bashar al-Assad et ses alliés, la Russie et, très impliquée mais plus discrète, l’Iran, seules des factions djihadistes occupent encore le poumon économique de la Syrie ; ainsi Damas et Moscou justifient-ils les bombardements massifs qui ravagent la cité, reprenant à leur compte la rhétorique occidentale sur la thématique de la « guerre contre le terrorisme ».

Pour la Coalition internationale, menée par les États-Unis, et pour le gouvernement turc de Recep Tayyip Erdoğan et leurs alliés de l’opposition syrienne, il s’agit, chacun ayant ses propres motivations pour l’affirmer, de « rebelles », révolutionnaires anti-régime, qui se battent pour la liberté.

Précisions et décryptage…

Côté « rebelles »…

Lorsque la bataille d’Alep a commencé, le 21 juillet 2012, l’essentiel des forces rebelles était constitué des milices de l’Armée syrienne libre (ASL). Il s’agissait de citoyens qui avaient pris les armes, encadrés très souvent par des officiers de l’armée régulière qui avaient abandonné le régime.

À côté de l’ASL, laïque et dont l’objectif était l’instauration en Syrie d’un état démocratique, plusieurs milices à caractère plus ou moins islamiste se sont rapidement manifestées, dont les effectifs ne représentaient toutefois qu’un très faible pourcentage des combattants hostiles au régime, à l’exception cependant de deux formations, Jabhet al-Nosra (le Front al-Nosra, un mouvement proprement syrien qui a accueilli en son sein un petit nombre de combattants étrangers, mais en aucun cas dans les proportions que l’on connaît en ce qui concerne l’État islamique), organisation mieux structurée et davantage présente sur le terrain ; et Liwa al-Towheed, mouvance à coloration islamiste, mais en réalité très modérée et dont la rhétorique islamiste procédait surtout de la foi omniprésente dans les milieux populaires propres à Alep et à sa région, dont ses effectifs étaient issus.

Très vite, cela dit, l’ASL a perdu le gros de ses effectifs, qui ont rejoint les rangs de Jabhet al-Nosra.

En effet, l’ASL n’a pas reçu le soutien que ses chefs étaient convaincus de recevoir des États-Unis et de l’Union européenne (espérant même une intervention identique à celle qui avait eu lieu en Libye) ; et les combattants de l’Armée libre se sont ralliés au Front al-Nosra, qui était quant à lui financé par les monarchies du Golfe (Arabie Saoudite, Koweït et Qatar principalement) et disposait de l’armement et de la logistique nécessaires à la poursuite des combats.

Si les observateurs absents du terrain syrien ont abusivement catégorisé Jabhet al-Nosra sous l’étiquette de « branche syrienne d’al-Qaeda » -et bien que le chef du mouvement, Abou Mohammed al-Joulani, ait prêté allégeance à al-Qaeda-, le Front al-Nosra se présentait plus exactement, initialement, comme une nébuleuse de milices plus ou moins en relation les unes avec les autres, dont certaines étaient effectivement d’obédience salafiste, parfois très intégristes, mais dont la plupart se composaient de jeunes Syriens désireux d’en découdre avec le régime et qui n’avaient adhéré à ce mouvement pour d’autre raison que celle de bénéficier des moyens militaires dont il disposait. Qu’il y ait eu par la suite une islamisation des combattants de ces brigades, c’est certain ; mais elle a été très relative en fonction des brigades elles-mêmes et des hommes qui les composaient…

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
ISLAM – Soufisme – Entretien (4/5) : «L’Islam est une spiritualité laïque»

 

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Novembre 2016

 

Dans ses éditions précédentes, Le Courrier du Maghreb et de l’Orient a donné la parole aux islamistes fondamentalistes, aux Salafistes, partisans d’une lecture littérale du Coran et d’un « Islam authentique ».

Ces différents entretiens ont suscité de très nombreuses réactions au sein de la communauté des Musulmans « modérés », et dans le milieu du Soufisme notamment, très opposé aux thèses salafistes et à leur lecture d’un Coran qui, notamment, autoriserait la violence (le djihad armé) comme moyen licite de promouvoir et de répandre l’Islam.

Pour en débattre, Pierre Piccinin da Prata a engagé le dialogue avec Saïd Djabelkhir, journaliste algérien, chercheur en sciences islamiques et spécialiste du Soufisme.

Quatrième partie de cet entretien, dont le premier volet a été publié dans l’édition de juillet-août 2016 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

 

PPdP – Vous avez affirmé que toutes les religions sont pacifiques. Je connais nombre de religions qui n’ont rien de pacifique ; certaines sont même éminemment guerrières. Les exemples ne manquent pas dans l’histoire de l’humanité… Si le Christianisme appelle en effet à la paix et au sacrifice de soi pour la foi, à perdre sa vie, en refusant de combattre, pour la sauver dans l’au-delà, c’est une rareté en la matière et, en revanche, le Judaïsme, par exemple, est sans pitié envers les peuples qui se trouvent sur son chemin, et l’Ancien Testament pullule d’occurrences où Dieu a ordonné la destruction de populations entières, passées par les armes.

Quant à l’Islam, le Prophète lui-même et les premiers Califes immédiatement après lui ont fait la guerre et conquis des peuples, dans le but déclaré de répandre l’Islam. Et le Coran est ponctué de versets martiaux (je pourrais ainsi en mentionner tout autant que ceux que vous avez cités relatifs à la paix). Certes, l’argument souvent avancé par les Musulmans « modérés » qui s’opposent à la pratique du djihad armé, c’est qu’il ne s’agissait pas de guerre de conquêtes, mais de guerre défensives… Mais soyons sérieux : en un peu plus d’un siècle seulement, entre 622 et 732, les Musulmans avaient déjà conquis un empire qui s’étendait de la péninsule arabique à la péninsule ibérique et avaient même tenté d’envahir le royaume des Francs… Faire la guerre pour promouvoir l’Islam ne semblait donc pas être un problème pour le Prophète Mohamed et ses successeurs, les Commandeurs des Croyants (califes « bien guidés », comme vous l’avez précisé), ni pour les oulémas de l’époque qui justifiaient toutes ces démonstrations guerrières.

N’est-il pas dès lors un peu étrange et audacieux d’affirmer sans autre forme de procès que, « dans le contexte actuel », tous les versets qui appellent à la guerre doivent être considérés comme obsolètes, tandis que ceux qui appellent à la paix sont parfaitement d’actualité ?

S. DJABELKHIR - Tous les textes religieux qui appellent à la guerre, à l’hégémonie, à l’expansionnisme et à l’anéantissement d’autrui sont en général des textes fabriqués de toutes pièces par les rabbins, juristes et autres oulémas dont les intérêts se croisent avec ceux des pouvoirs en place.

Toutes les guerres ordonnées ou menées par le Prophète Mohamed étaient des guerres défensives. Je vous défie de trouver un seul exemple d’une guerre offensive qui a été ordonnée ou menée par Mohamed.

Le Prophète n’est pas responsable du détournement de l’Islam après son décès, de même qu'il n'est pas responsable des politiques expansionnistes hégémoniques menées par...

 

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
EDITORIAL - Trump, Fillon, la Syrie, Bashar, Alep?

 

Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Novembre 2016

 

Trump, Fillon, la Syrie, Bashar, Alep ? Quel est le point commun ?

L’arrogance irréductible des médias dominants, des mainstreams, des faiseurs d’opinion qui pullulent au sein des rédactions.

Ceux-là même qui avaient annoncé l’avènement de la démocratie en Libye, au Yémen, en Égypte… Et qui, à grand renfort de « Poutine-bashing », s’évertuent au politiquement correct à qui mieux-mieux.

Qui avaient annoncé la défaite de Donald Trump aux élections présidentielles états-uniennes ; la victoire d’Alain Juppé aux primaires de la droite, en France ; qu’une lame de fond populaire allait emporter la dictature en Syrie, à l’instar de la révolution en Tunisie ; que Bashar al-Assad tomberait en quelques semaines, en quelques mois au plus ; que les rebelles résisteraient à Alep… et que le « Printemps arabe » changerait le Monde.

Ceux-là, qui répondaient par l’invective et l’assassinat médiatique, en deux traits de plume, en deux « coups » de plume, aux observateurs plus avertis qui savaient que le régime syrien était solide et percevaient, à force de côtoyer les acteurs du terrain, sur le terrain, combien grand était le risque d’involution du conflit et d’expansion de l’Islam salafiste…

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Trump, Fillon, Syria, Bashar, Aleppo? What is the common point?

The irreducible arrogance of dominant media, mainstreams and opinion makers who crowd the newspapers.

It is them who had announced the coming of democracy in Libya, in Yemen, in Egypt… and whilst greatly enjoying Putin-bashing, they insist on the politically correct as if it were a greatly prized competition.

They had announced the defeat of Donald Trump in the US presidential election; the victory of Alain Juppé in the primaries of the French right; that a popular force would swipe away the dictatorship in Syria, as it did in Tunisia; that Bashar al-Assad would fall within few weeks and at most some months; that the rebels would resist in Aleppo… and that the ‘Arab spring’ would change the world.

They who responded by invective and media assassination, in a few lines of text, with two strikes of a pen, to those observers that were better informed and knew that the Syrian regime was solid, because they had contacts with the people on the ground, because they had been on the ground themselves, and therefore also knew of how great the risk was of involution of the conflict and of expansion of Salafist Islam…

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ترامب وفيون وسوريا وبشار وحلب؟ ما هي النقطة المشتركة بينهم؟

العجرفة الشديدة لوسائل الإعلام التقليدية ولصناع الرأي المُقحمين بكثرة في أوساط المحررين.

هؤلاء الذين أعلنوا قيام الديمقراطية في ليبيا واليمن ومصر والذين يشنون هجوماً إعلامياً متواصلاً على فلاديمير بوتين

هؤلاء الذين أعلنوا هزيمة دونالد ترامب في الإنتخابات الرئاسية الأمريكية، وفوز آلان جوبيه في الإنتخابات التمهيدية لليمين الفرنسي، وكذلك موجة تسونامي شعبية تطيح بالدكتاتور في سوريا على غرار الثورة في تونس، وأن بشار الأسد سيسقط في غضون أسابيع أو أشهر على أبعد حد وأن المتمردين سيقاومون في حلب وأن ما سمي بالربيع العربي سيغير العالم.

هؤلاء الذين أجابوا بالقدح والإساءة وبالإغتيال الإعلامي للإعلاميين المخضرمين الذين عرفوا أن النظام السوري متماسك والذين أدركوا من خلال قربهم من الفاعلين على الأرض إلى أي مدى كان خطر ارتداد الصراع  قائماً  وكذلك خطر توسع الإسلام السلفي.

هؤلاء وبعد أن أخطأوا كثيراً تظاهروا بمظهر من يحاول إجراء النقد الذاتي ومن يقوم بجلد الذات، وكتبوا في صفحهم أنهم سيحاولوا أن يكونوا أكثر حذراً في المرات المقبلة  لكن ذلك لم يستمر أكثر من أسبوع.

هؤلاء الذين عادوا إلى طبيعتهم المتغطرسة وإلى استخدام الأساليب القديمة وكأن شيئاً لم يحدث!

هؤلاء الذين يحتلون شاشات التلفزة بدون منازع ويتابعون احتكار الميكرفونات كخبراء ويغزون أعمدة الصحف بدون اي تأنيب للضمير.

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Islam – Soufisme - Entretien (3/5) : "Les Musulmans sont en déphasage par rapport à l'humanité"
    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, octobre 2016) 
        
 

     

Dans ses éditions précédentes, Le Courrier du Maghreb et de l’Orient a donné la parole aux islamistes fondamentalistes, aux Salafistes, partisans d’une lecture littérale du Coran et d’un « Islam authentique ».

Ces différents entretiens ont suscité de très nombreuses réactions au sein de la communauté des Musulmans « modérés », et dans le milieu du Soufisme notamment, très opposé aux thèses salafistes et à leur lecture d’un Coran qui, notamment, autoriserait la violence (le djihad armé) comme moyen licite de promouvoir et de répandre l’Islam.

Pour en débattre, Pierre Piccinin da Prata a engagé le dialogue avec Saïd Djabelkhir, journaliste algérien, chercheur en sciences islamiques et spécialiste du Soufisme.

Troisième partie de cet entretien, dont le premier volet a été publié dans l’édition de juillet-août 2016 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

 

PPdP – « Le Coran ‘parle’ à travers nous, pas à travers Dieu. » Ne serait-ce pas plutôt que Dieu nous a parlé directement, au Prophète du moins, qui nous a fidèlement transmis le message, lequel a été consigné dans le Coran ? Décidément, les Salafistes me semblent faire preuve d’une rigueur et d’une logique plus exactes au regard du Coran ; et ce tant en ce qui concerne le processus de transmission du message qu’en ce qui concerne la mise en œuvre de  ce qu’il prescrit… Et j’insiste à mon tour : si les doctrines se heurtent et s’entrechoquent, ce n’est pas parce que le Coran est ésotérique ou serait imprécis, mais parce que d’aucuns, pour des raisons diverses et nombreuses (souvent politiques ou économiques et peu avouables), ont voulu lui faire dire ce qu’il ne dit pas, au-delà du sens simple et intelligible du message délivré. Il en va de même de toutes les religions, de la loi de Moïse, qui est d’une limpidité exemplaire, ou du message de Jésus-Christ, que des clercs ont trituré dans tous les sens pour justifier l’injustifiable, comme par exemple saint Augustin, la « guerre juste »…

Si je puis reformuler ainsi ma question : l’idjtihad ne doit pas être imposé au Coran pour adapter la parole de Dieu à la société comme elle va ; ce devrait être le contraire : ce devrait être la société qui devrait subir une forme d’idjtihad, pour devenir conforme à la loi de Dieu… Si je prends l’exemple de la prière… Le respect des cinq prières quotidiennes est une des règles fondamentales de l’Islam. Le Coran ne présente aucune ambiguïté à ce propos (pas plus qu’en ce qui concerne le châtiment réservé par Dieu aux voleurs… par exemple… la main coupée…). Pourtant, nombreux sont les Musulmans « modérés » qui ne respectent pas cette règle absolue des cinq prières quotidiennes… Et qui justifient leur attitude en prétextant de la modernité et des impératifs de la vie en société au XXIème siècle… Vous admettez donc que, par l’idjitihad et au regard de la modernité, ce pilier de l’Islam pourrait être abrogé ?

S. DJABELKHIR - Dieu ne nous a pas « parlé directement » comme vous le dites ; il ne l’a fait avec personne. Même au Prophète, il n’a pas « parlé directement » ; il lui a « parlé » à travers l’archange Gabriel. Dieu a transmis un message à l’archange Gabriel, qui l’a transmis à son tour au Prophète.

Mais il y a une chose très importante... Lire la suite...

 

 

 

 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

MONDE ARABE - La démocratie et l'Islam sont-ils compatibles?

(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Octobre 2016)

La démocratie et l’Islam sont-ils compatibles ?

Une question éculée ? Certes… Mais a-t-elle jamais reçu une réponse satisfaisante ?

Cinq années après le bref espoir tremblant d’un printemps passé…

Alors que la Syrie et l’Irak, à feu et à sang, n’ont pas fini de descendre aux Enfers… Alors que la Libye et le Mali (à sa suite) implosent… Alors que l’Égypte vit désormais sous les bottes et les verrous d’une tyrannie militaire impitoyable… Alors que le Yémen manifeste une disposition à disparaître de la carte du Monde… Alors que la Tunisie –même si certains observateurs ne s’en sont pas encore très bien rendu compte- est rattrapée par les démons de l’ancien régime et gangrenée par les velléités islamistes de tout poil…

L’histoire récente n’aurait-elle pas rendu son verdict ?

Mais peut-être faut-il formuler autrement la question…

L’Islam a-t-il la vocation –comme ce fut le cas du Christianisme- de produire la démocratie ?

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Are democracy and Islam compatible?

A much addressed question? For sure… But has it ever been answered in a satisfactory way?

Five years after the brief but vibrant shaking of a past spring…

As Syria and Iraq, burning and bleeding, have not completed their descent into hell… As Libya and Mali (subsequently) implode… As Egypt now again lives under the boots and the stick of a merciless military tyranny… As Yemen manifests a disposition to disappear from the world map… As Tunisia is caught up again with the demons of the old regime and gangrened by Islamist velleities – even if some observers have not quite understood…

Has recent history not given its answer to the question?

Perhaps the question is better phrased differently…

Does Islam have the vocation – as was once the case of Christianity – of producing democracy?

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الإسلام والديمقراطية، هل هما متوافقان؟

نعرف أن هذه القضية قد أُشبعت بحثاً لكن هل تم تقديم جوابٍ كافٍ ووافٍ لها؟

سؤال يعود اليوم بعد خمس سنوات على بداية الأمل الكبير الذي خلقه الربيع الذي أصبح من الماضي، فهذه هي الحصيلة : نار ودماء في سوريا والعراق الذين يستمران في النزول إلى الجحيم. ليبيا ومن بعدها مالي انفجرتا، فيما تعيش مصر تحت حكم العسكر وخلف أقفال طغيان عسكري لا يرحم... اليمن في طور الإختفاء عن خارطة العالم وتونس عادت إلى حكم شياطين النظام القديم وقد تفشت فيها نزعات الإسلام السياسي من كل حدب وصوب، مع أن بعض المراقبين لم يدركوا ذلك بعد.

إذن، أَلم يُطلق تاريخ العهد القريب حكمه؟

لكن هل يمكننا صياغة السؤال السابق حول الديمقراطية والإسلام بطريقة مختلفة؟ هل مهمة الأخير، كما كان الحال مع المسيحية، أن يُنتج الديمقراطية؟ أو بالعكس، هل أنتج هذا الدين الذي وُلد في بوتقة الضراوة البدوية لشبه الجزيرة العربية مبدأ الإكراه السياسي؟ هل يشكل كل من الخليفة والنظامين الملكي والديني الإنبثاق الطبيعي للنص القرآني القاسي والمتشدد الذي لقنه النبي محمد الذي كان هو نفسه سيداً قوياً غلى شعب خاضع؟ 

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Attentats de Bruxelles - Interview (Le Temps d’Algérie – 23 mars 2016)

Attentats terroristes à l’aéroport de Bruxelles et dans le métro de la capitale belge. Interview avec Pierre Piccinin da Prata, Rédacteur-en-chef du mensuel Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, expert du conflit syrien.

Thanina Benamer (Le Temps d’Algérie) - Certains médias parlent d'une réaction suite à l'arrestation de Salah Abdeslam. Qu'en pensez-vous ?

Pierre Piccinin da Prata - Les nouvelles attaques qui ont frappé la Belgique, ce mardi 22 mars, n'ont certainement rien à voir avec une « réaction » à l'arrestation de Salah Abdeslam. Contrairement à ce que l'on a immédiatement entendu partout dans les commentaires de presse...

Salah Abdeslam a trahi l'État islamique en abandonnant sa mission : il ne s'est pas fait sauter dans les attaques de Paris, mais a abandonné sa charge explosive et s'est enfui. On peut même supposer qu’il se cachait autant des forces de polices que des djihadistes de l’État islamique certainement encore présents à Bruxelles ; c’était un homme traqué par tous. Il n’y a donc pas eu de « vengeance » ou de « réplique » suite à son arrestation.

Sérieusement, il ne faut pas donner trop d'importance à Salah Abdeslam. C'était un petit exécutant qui ne doit pas avoir beaucoup d’informations en sa possession, d’autant moins si l’on considère le principe de cloisonnement de l'information et de la chaîne de commandement qui prévaut dans l'organisation de l'EI. Il n’était manifestement pas assez entraîné et a paniqué au moment de passer à l’action.

Il s'agit donc manifestement d'une opération programmée depuis un certain temps déjà et qui a suivi son cours normal. Ce type d’attaque, multiple et coordonnée, ne s’improvise pas. Il nécessite des artificiers expérimentés, un long repérage du terrain et des habitudes des agents de sécurités qui y sont actifs… Il faut aussi prendre en considération la logistique que cela exige, et également la préparation psychologique et l’entraînement des exécutants.

Peut-être l’opération a-t-elle été avancée de quelques jours… On pense en effet aux départs massifs en vacances prévus vendredi, trois jours plus tard (en Belgique, à la fin de cette semaine, c’est le début des vacances de la fête de Pâques). Et il est plausible que l’opération était prévue pour vendredi ou samedi ; le hall de l’aéroport aurait été bondé de familles et on imagine l’effroyable massacre qui aurait eu lieu alors…

Si cette hypothèse était avérée, l’opération aurait donc été précipitée, probablement à la suite des différentes perquisitions menées à Bruxelles depuis deux semaines, dont une a permis l’arrestation de Salah Abdeslam. Mais ce serait le seul lien entre les attaques et cette arrestation.

Thanina Benamer - Vous dite que l'attentat est prémédité. Pensez vous que d'autres actes similaires pourraient êtres exécutés ?

PPdP - C'est toujours possible ; et c’est très logique dans la conjoncture dont il est ici question. Le mode opératoire de l'EI, c'est d'avoir infiltré les métropoles européennes avec des cellules indépendantes, autonomes. Ce n'est pas parce qu'on arrête une cellule qu'on peut identifier les autres. Elles restent en stand-by et s’activent sur ordre.

Ainsi, on peut s’attendre à ce que la campagne d’attaques de l’EI se poursuive. En France, en Belgique et ailleurs… Il faut arrêter de croire que ces attaques à répétition, à Paris, à Tunis, à Bruxelles, etc., ne sont que des actes isolés et réalisés par des loups solitaires. L’attaque djihadiste sur la ville tunisienne de Ben Guerdane, frontalière avec la Libye où l’EI a pris une ampleur considérable, comme les attaques de Tunis et de Sousse, comme les deux attaques de Paris, toutes ces attaques n’ont pas lieu au hasard.

Je l’avais déjà exprimé, en janvier 2015, au moment du premier attentat de Paris, contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo : la plupart des médias et des politiques européens s’étaient mis la tête dans le sable et le leitmotiv était qu’il s’agissait d’une attaque isolée, organisée par deux jeunes paumés radicalisés, contre « la liberté d’expression ». Bien entendu que non ! Les autres cibles qui avaient immédiatement été attaquées, des intérêts israéliens et des agents des forces de l’ordre, indiquaient sans ambiguïté qu’il était question d’une première attaque de l’EI contre la France, militairement engagée en Irak contre les djihadistes.

Thanina Benamer - Peu-t-on dire que des communes bruxelloises, Molenbeek notamment, sont devenues un lieu d’accueil du radicalisme salafiste ?

PPdPPas plus que d’autres lieux en Europe où se concentre une forte immigration arabo-musulmane…

C’est une polémique médiatique absurde.

La presse focalise sur Molenbeek et sur la Belgique parce que les attentats de Paris, qui ont été très médiatisés, ont été commis en partie par une cellule djihadiste basée dans cette commune.

Mais d'autres cellules sont certainement implantées dans d'autres pays, dans d'autres villes. Pour preuve : tous les djihadistes qui partent en Syrie ne proviennent pas de Molenbeek.

Thanina Benamer - Comment a-t-on pu commettre un tel attentat dans un aéroport sensé être sécurisé ?

PPdPCe que je vais dire pour répondre à votre question ne doit pas être mal interprété…

Il est un fait que, dans les capitales européennes, beaucoup d’emplois subalternes et souvent mal rémunérés (services techniques, entreprises d’entretien, sous-traitance de la sécurité par des sociétés de vigils, etc.) sont occupés par des personnes issues de l’immigration, et désormais de l’immigration arabo-musulmane. C’est particulièrement le cas dans le contexte d’activités d’un aéroport international. Il est donc très facile, pour des réseaux djihadistes, de patiemment tisser leur toile au cœur de ces populations au sein desquelles vivent des individus « prédisposés » à entendre un message islamiste et de recruter parmi le personnel de ces sociétés, qui ont accès à des espaces sécurisés.

Mais, cela étant dit, plus simplement, n’importe qui peut emprunter le métro ou prendre un taxi à partir de n’importe quelle adresse dans Bruxelles et se rendre tout à fait normalement à l’aéroport et accéder au hall des départs, là où les explosions ont eu lieu.

Thanina Benamer - Bruxelles était déjà ciblé par des menaces d'attentat de Daech, selon les autorités belges elles-mêmes. Alors, peut-on parler d’un manque de vigilance ?

PPdPProbablement serait-il temps, pour les aéroports européens de grande envergure, d’étendre les contrôles de sécurité aux entrées des installations, alors qu’elles ne sont actuellement limitées, dans la plupart des cas, qu’aux accès aux terminaux.

En cela, vu le contexte international lié aux activités de l’EI qui prévaut depuis plus d’un an, on peut se demander si un aéroport comme Bruxelles-National n’aurait pas dû être mieux équipé… Je voyage personnellement très régulièrement dans les pays du Maghreb et au Proche et au Moyen-Orient ; on n’y accède jamais aux aéroports sans passer d’abord par une série de contrôles (des fouilles ou des portiques de sécurité) qui ont souvent lieu à des check-points extérieurs aux installations aéroportuaires.

Mais probablement l’Europe n’a-t-elle pas encore pris pleinement conscience de la situation de guerre dans laquelle elle s’enfonce. Les populations européennes et leurs gouvernements sont habitués à regarder les guerres du Moyen-Orient sur leur écran de télévision, bien à l’abri… Des guerres que les États occidentaux ont parfois provoquées, mais par lesquelles leurs citoyens ne se sentent pas réellement concernés…

Certes, plusieurs pays européens ont déjà connus des attentats. Ce fut le cas de la France, dans le contexte de la guerre d’Algérie ; mais c’était la guerre, et il y a longtemps. Ce fut le cas de l’Espagne ou de la Grande-Bretagne ; mais il s’agissait d’opérations très conjoncturelles, menées par al-Qaeda, en l’occurrence.

Cette fois, l’Europe doit prendre la mesure de ce qui se passe : il s’agit d’une guerre et d’un processus de long terme. Alors, oui, il faudra s’habituer à cette situation de guerre asymétrique, et développer la vigilance.

Thanina Benamer - Quelle est la responsabilité des autorités belges pour assurer la sécurité des citoyens ? Faut-il s'attendre à de lourdes sanctions ?

PPdPÀ décharge des services de renseignement et de sécurité belges, je dirais qu’il s’agit là d’une autre polémique purement « médiatique » et qui n’a pas beaucoup de sens.

Pour être concret : au moment des seconds attentats de Paris, j’ai entendu un responsable de la DGSI, la sécurité intérieure française, vociférer sur une radio parisienne contre « l’incapacité » des forces de l’ordre belges. Il expliquait que, si la Belgique autorisait la France à déployer une antenne de ses services de renseignement à Molenbeek, il n’y aurait plus d’attaques terroristes… C’est ridicule ! C’est surtout un moyen pour les autorités françaises de se dédouaner auprès de leur opinion publique. La France a connu d’autres attaques djihadistes, dans les années 1990’ notamment, dont les promoteurs n’étaient nullement liés à la Belgique.

La réponse à votre question, c’est qu’il est extrêmement difficile pour des services de renseignement d’anticiper une attaque ciblée de ce type. Il faudrait avoir eu ce qu’on peut appeler un coup de « chance ». Par exemple, disposer, parmi les indicateurs recrutés dans les milieux islamistes, d’une personne qui a été approchée par la cellule terroriste et a ensuite pu l’infiltrer et transmettre les informations utiles sur la préparation de l’attaque. Comment, sans cela, à l’échelle d’un territoire aussi vaste que ceux de nos grandes métropoles, les services de sécurité pourraient-ils repérer des individus en train d’organiser ce genre d’opération ?

Le principe d’action des agents djihadistes, c’est précisément de passer inaperçu ; jusqu’à se raser la barbe, aussi simplement que cela, et cesser de fréquenter la mosquée, pour ne pas attirer l’attention, d’aucune manière ; certains consomment même ostensiblement de l’alcool, pour brouiller les pistes (c’est permis, si c’est dans le cadre du djihad). Ils vivent « normalement », comme des centaines de milliers d’autres citoyens d’origine arabo-musulmane, voire d’individus de type européens convertis, dont les activités sont encore plus difficiles à repérer.

En outre, si les chefs et les recruteurs peuvent parfois être soupçonnés -car il s’agit assez régulièrement d’individus qui se sont rendus en Syrie, en Irak, au Yémen…-, les exécutants le sont d’autant moins que les cellules n’ont pas de contact entre elles et que la communication passe rarement par les moyens électroniques, mais le plus souvent par la poste ou par des contacts personnels indirects impliquant parfois de nombreux intermédiaires.

Des sanctions à l’égard des services de sécurité, dans ce contexte, seraient malvenues ; et, si elles émanaient des politiques, n’auraient pour effet que de démontrer leurs soucis, dans ce cas également, de se dédouaner aux yeux de leur électorat en lui désignant des boucs émissaires.

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Chérif Abdedaïm (La Nouvelle République) - Par une cruelle ironie du sort, les rebelles de Daech étaient jusqu’à tout récemment présentés comme « des combattants de la liberté de l’opposition » en Syrie, dévoués au « rétablissement de la démocratie » et au renversement du gouvernement laïc de Bachar al-Assad. Comment expliquer le fait qu’aujourd’hui Daech est dépeint comme l’ennemi des États-Unis et du monde Occidental?

Pierre Piccinin da Prata - Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation selon laquelle l’État islamique –dénommé « l’État islamique en Syrie et en Irak », à l’origine- aurait à un certain moment été considéré comme un élément de « l’opposition démocratique » en Syrie. Si Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, a pu dire qu’al-Nosra « faisait du bon boulot » (probablement par ignorance des réalités du terrain), n’oublions pas que, très tôt, les États-Unis ont placé al-Nosra sur la liste des organisations terroristes.

Pour ma part, en tout cas, j’ai toujours fait la distinction entre : d’une part, l’Armée syrienne libre (l’ASL), les rebelles laïcs et démocrates que j’ai rencontrés pour la première fois à Homs, en décembre 2011, là où la rébellion armée commençait effectivement à cette époque déjà, et, par la suite, dans plusieurs autres gouvernorats de Syrie, à maintes occasions, et à Alep en particulier, le fief principal de l’ASL, où j’ai réalisé plusieurs reportages, en juillet et août 2012 notamment, en tant que correspondant du journal belge Le Soir. Et, d’autre part, les factions islamistes, qui ont commencé à s’imposer dans le conflit syrien dès la fin de l’été 2012, et dont j’avais pu constater la prédominance, devenue incontestable, à partir de novembre 2012. J’avais notamment eu l’opportunité d’accompagner sur les lignes de front des katiba (brigades) de Jabhet al-Nosra (disons la « branche syrienne d’al-Qaeda », même si la structure d’al-Nosra est certainement plus complexe et nébuleuse en réalité) et d’Ahrar as-Sham, par exemple… Des mouvements moins radicaux aussi, comme al-Farouk, que j’avais rencontré à Idlib, en janvier 2013, et Liwa al-Towheed, avec les combattants duquel j’avais passé plusieurs semaines à Alep… Ceci pour dire que la rébellion est très plurielle et qu’il faut être précis si l’on veut en appréhender les composantes.

En réalité, je crois que l’on peut même parler de plusieurs rébellions, qui s’opposent parfois les unes aux autres et se combattent : les islamistes d’al-Nosra se sont divisés et certains combattent aujourd’hui l’État islamique, tandis que d’autres en ont rejoint les rangs; al-Nosra s’est souvent attaqué à l’ASL, qui combat aussi, régulièrement, contre l’État islamique…

Il faut donc bien dissocier l’ASL –ou, du moins, le peu qu’il en reste- des islamistes et, en particulier, de l’État islamique.

Les combattants de l’ASL sont, de mon point de vue, les seuls démocrates, de véritables démocrates. Je les ai assez fréquentés pour en témoigner.

Hélas pour le peuple syrien, ces démocrates n’ont reçu aucune aide, d’aucun État, pas même de l’Occident (ou, vraiment, si peu); alors que les islamistes d’al-Nosra et de l’État islamique ont été soutenus par de riches hommes d’affaires wahhabites issus des monarchies du Golfe, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït… Par la Turquie, aussi, qui appuie aujourd’hui encore l’État islamique dans le cadre d’une politique pro-sunnite et néo-ottomane absolument folle… Les islamistes ont ainsi pu s’armer, profitant du trafic en provenance de Turquie, du Liban, d’Irak, et monter en puissance, attirant à eux de nombreux combattants de l’ASL découragés, qui se sont alors islamisés.

Le basculement dans le rapport de force entre l’ASL et les islamistes a eu lieu à la fin de l’année de 2012 déjà; et, au printemps 2013, l’avènement de l’insurrection islamiste en Syrie était consommé. Et l’on peut dire que, désormais, le conflit syrien se résume en une lutte à mort entre le régime du président al-Assad et ces factions islamistes qui, pour la plupart, se sont regroupées sous la bannière noire de l’État islamique.

Les Occidentaux, qui sont aujourd’hui directement menacés par l’idéologie antioccidentale et expansionniste de l’État islamique, commencent d’ailleurs à le comprendre fort bien; et même la France de François Hollande, très « amie » du Qatar et de l’Arabie saoudite et qui a vertement fustigé le régime syrien depuis 2011, est à présent obligée de revoir sa politique et de reconnaître que, sur le terrain, la seule force capable de faire barrage à l’État islamique, c’est l’armée régulière syrienne.

Ch. Abdedaïm (LNR) - Les milices de Daech, qui sont actuellement la cible présumée d’une campagne de bombardements des États-Unis et de l’OTAN en vertu d’un mandat de « lutte contre le terrorisme », ont été et sont toujours soutenues clandestinement par les États-Unis et leurs alliés. Ne s’agit-il pas là d’une contradiction ?

PPdP - À ma connaissance –et pour avoir été sur le terrain des opérations plus qu’à mon tour-, ni les États-Unis ni aucune puissance occidentale n’a jamais soutenu l’État islamique. Mais leurs alliés du Golfe, par contre, certainement.

Il ne faut pas exagérer ni les intentions ni le rôle des États-Unis dans le conflit syrien –ni non plus, d’ailleurs, en général, dans les événements de ce que l’on a appelé le « Printemps arabe » : Washington a été surprise par ces événements et prise de court, comme l’illustre parfaitement la « révolution » égyptienne et les tergiversations concernant le sort de Moubarak, finalement lâché, au dernier moment, en faveur des Frères musulmans qui s’étaient imposés face à l’armée; les États-Unis n’avaient rien vu venir, rien préparé, et, lorsque les événements se sont précipités, la Maison blanche a réagi au coup par coup, maladroitement parfois, comme ce fut aussi le cas en Tunisie. Ainsi, dans le cas de la Syrie, les États-Unis n’ont jamais eu de plan pour renverser le régime baathiste; c’est pourquoi ils n’ont pas soutenu l’ASL. Leur objectif était plus modestement d’affaiblir le régime syrien, à la faveur de la révolution, et de l’amener progressivement à infléchir sa politique pro-russe et pro-iranienne. Par ailleurs, Washington n’a pas non plus vu venir la vague islamiste; si cela avait été le cas, il est certain que les États-Unis auraient appuyé davantage les rebelles laïcs.

La position la plus ambigüe, dans cette problématique, c’est celle de la Turquie. Ankara ambitionne de redevenir le pivot du monde sunnite, de reprendre au Caire cette position centrale. C’est pourquoi l’AKP d’Erdogan a systématiquement soutenu les révolutions islamistes : Ennahdha en Tunisie, les Frères musulmans en Syrie et en Égypte… Erdogan n’a d’ailleurs pas encore réussi à avaler le renversement de Mohammed Morsi par le coup d’État militaire du maréchal al-Sissi.

Cette politique turque est non seulement ambigüe, mais elle est aussi devenue absurde : les Frères musulmans, par exemple, ont échoué partout; et la politique d’Erdogan en la matière ressemble à une course folle et désespérée… Qu’attend-il de son soutien à l’État islamique? Ankara lui achète clandestinement son pétrole (avec l’aide, par ailleurs, de la faction kurde PDK de Barzani, le président de l’autorité kurde autonome d’Irak, qui laisse le pétrole transiter depuis l’État islamique, à travers le Kurdistan irakien, jusqu’en Turquie). Ankara aide aussi l’État islamique militairement, contre les Kurdes et les milices chrétiennes de Syrie, notamment, comme j’ai pu le constater cette année lors d’un reportage dans le nord-est de la Syrie : des cargaisons d’armes continuent d’affluer de Turquie à destination de l’État islamique, avec la bénédiction des services secrets turcs, et la Turquie fournit aussi une aide logistique aux combattants de l’État islamique, des faits bien documentés qui impliquent sans aucun doute qu’il existe une coordination militaire entre la Turquie et l’État islamique.

J’ignore exactement ce que la Turquie espère retirer de cette politique, mais il est certain qu’elle joue avec le feu… L’État islamique n’a idéologiquement aucune affinité avec l’islamisme « modéré » promu par l’AKP.

Ch. Abdedaïm (LNR) - Peut-on adopter une posture morale lorsqu’il s’agit de Damas et fermer les yeux sur ce que font Doha et Ryad ?

PPdP - C’est bien évidemment une question d’argent… Et c’est tout l’art, en politique internationale, de défendre tout et son contraire en gardant son sérieux.

Ce n’est pas moi qui défendrai la dictature syrienne; mais je ne le ferai pas plus des monarchies absolues qui gouvernent dans le Golfe. Les ONG de défense des Droits de l’Homme n’ont de cesse de dénoncer les violations des droits humains qui se succèdent dans ces pays. Et, bien évidemment, le financement des organisations islamistes sunnites par ces gouvernements est de notoriété publique… Des organisations qui pratiquent le terrorisme et tuent des citoyens en Occident et dans le Maghreb.

Mais peut-être les choses commencent-elles à changer.

Je ne fais pas ici allusion à la politique de l’Arabie saoudite, qui avait abandonné les Frères musulmans en Égypte pour soutenir al-Sissi; la politique de Ryad est en effet en train de s’inverser à nouveau, depuis l’accession au trône du nouveau roi et le remaniement complet de l’équipe du palais qui, face à l’Iran qui gagne des points au Yémen, en Syrie et en Irak, a décidé de revenir à sa politique de soutien des Frères musulmans et aussi du terrorisme islamiste.

Je parle de la position de Washington, qui commence à frapper du poing sur la table : Obama a déjà mis les points sur les i à Erdogan, qui, durant un temps, avait même refusé l’utilisation des aéroports militaires turcs aux avions de la coalition internationale déployée contre l’État islamique. Washington est également en train de se montrer plus ferme avec son allié saoudien.

La menace que constitue l’État islamique est devenue plus lourde de conséquences que le maintien des bonnes relations avec Ryad -qui pèsent d’autant moins que Washington est en train de trouver un terrain d’entente avec Téhéran.

Ch. Abdedaïm (LNR) - On dit souvent qu’on ne combat pas une maladie en s’attaquant aux symptômes, mais bien en éliminant les causes ou le substrat. Vouloir apporter une solution au problème sans dénoncer le rôle essentiel que jouent ces États (l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, trois alliés majeurs de l’Occident, des États-Unis et de la France) qui soutiennent l’EI est absolument vain. C’est une fuite en avant irresponsable de la part de ces trois pays qui voient leur stratégie contrée par l’entrée en jeu de Moscou. Face à cette situation peut-on réellement éradiquer Daech ? Et si oui, comment ?

PPdP - Militairement, l’action déterminée de la Russie est essentielle; de même que l’intervention de l’Iran de plus en plus présent en Irak.

D’un autre côté, les attentats de Paris ont provoqué un électrochoc en Occident, qui a débouché, non seulement, sur un rapprochement désormais officiel avec Moscou, même de la part de la France, mais aussi sur une prise de conscience, qu’il est devenu impératif de faire concrètement la guerre à l’État islamique, que l’État islamique n’est pas seulement un problème arabe, qui se limiterait au Moyen-Orient, et qu’il faut dès lors déployer les moyens militaires nécessaires à son éradication.

La vaste coalition militaire internationale qui est ainsi en train de se constituer de fait aura les moyens d’impressionner la Turquie et l’Arabie saoudite et de combattre l’État islamique avec efficacité. Cette coalition s’élargira encore : elle impliquera d’autres régions du monde, comme le Maghreb, sans aucun doute, lui aussi touché par l’État islamique, présent en Libye, en Tunisie, et aussi l’Égypte, confrontée à l’État islamique dans le Sinaï et qui est déjà en relation active avec Moscou.

Toutefois, on ne vaincra pas l’État islamique sans l’envahir, c’est-à-dire sans occuper son territoire par l’envoi de troupes au sol. Une opération de grande ampleur qui demanderait le déploiement de milliers de soldats de cette coalition. Car les frappes aériennes ne sont pas suffisantes : comme j’ai pu m’en rendre compte en Irak, elles sont très efficaces en terrain découvert, en plaine, lorsque des colonnes de véhicules progressent sans aucune protection –rappelons que l’État islamique ne dispose d’aucune force aérienne et que la coalition internationale possède seule la maîtrise du ciel, ce qui, dans une guerre moderne, est un atout extraordinaire. C’est ainsi qu’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien a été sauvée de l’invasion des combattants islamistes qui n’étaient plus qu’à une vingtaine de kilomètres de la ville lorsque l’aviation états-unienne a commencé de frapper. Mais, en zone urbaine, les frappes deviennent aléatoires… Des civils sont touchés… Les combattants ennemis se dispersent dans les agglomérations, se dissimulent et ne peuvent plus être ciblés…

C’est là le point d’achoppement de cette politique militaire : quel État occidental acceptera-t-il de risquer ses soldats contre l’État islamique et de les engager face à une guérilla totale?

La donnée fondamentale que l’on n’évoque que très rarement, en effet, et qu’il faut cependant garder à l’esprit, c’est que les populations sunnites des régions déjà investies par l’État islamique ne lui sont pas hostiles! Dans leur grande majorité en tout cas. Principalement parce que ces populations sunnites ont été soumises, en Syrie, à un régime dominé par les Alaouites et en tout cas très lié à l’Iran chiite et, en Irak, depuis l’invasion du pays par les États-Unis en 2003, au gouvernement chiite de Nouri al-Malaki, porté au pouvoir par Washington et qui a chassé les Sunnites de Bagdad et presque totalement de l’armée –dans les régions sunnites d’Irak, l’armée irakienne, essentiellement constituée de Chiites, s’est comportée comme une armée d’occupation, brimant et rançonnant la population. L’État islamique est donc apparu comme un « libérateur ». Mais aussi parce que le mode de vie de ces populations rurales ne diffère en fin de compte que très peu du modèle sociétal qu’impose l’État islamique; l’État islamique n’est donc pas un « problème » en soi.

Dans ces régions, l’État islamique est « chez lui »; il sera très difficile de l’en déloger.

Ch. Abdedaïm (LNR) - Détruire Daech passerait par la création d’un « Sunnistan ». C’est l’hypothèse avancée récemment par John Bolton, ancien ambassadeur américain aux Nations unies, proche des néoconservateurs. Pensez-vous que c’est une solution idéale ?

PPdP - À ce stade, c’est inévitable.

Je ne sais pas si on peu dire que c’est la solution idéale, mais il n’y en a pas d’autre… Si les populations sunnites de Syrie et d’Irak ont accueilli favorablement l’État islamique, elles sont fatiguées, aujourd’hui, de l’état de guerre permanent qu’implique la présence des djihadistes. De plus, si ces populations, dans les zones rurales, s’accommodent assez volontiers des règles religieuses imposées par l’État islamique, ce n’est pas le cas dans les villes, dont les populations étaient accoutumées à un mode de vie plus « occidentalisé ». Et, de manière générale, les structures tribales traditionnelles qui charpentaient le quotidien sociopolitique de ces populations ont été attaquées par l’État islamique, qui a imposé sa propre hiérarchie jusque très localement. Aussi, si l’opportunité se présentait, pour ces populations, de se débarrasser de la tutelle djihadiste mais tout en ayant la garantie de ne pas retomber sous la coupe du gouvernement de Damas ou des milices chiites de Bagdad, beaucoup de chefs locaux cesseraient de soutenir l’État islamique.

C’est donc la solution pour juguler la menace globale que constitue l’État islamique, mais c’est aussi le seul avenir possible pour la région : après les atrocités commises de part et d’autre en Syrie durant la terrible guerre civile qui ravage le pays depuis près de cinq ans, une « réconciliation nationale » est tout simplement inimaginable! Les haines sont exacerbées, et pour longtemps… J’ai couvert, en tant que reporter, plusieurs conflits dans le monde; mais je n’ai jamais vu une guerre aussi féroce et inhumaine qu’en Syrie… Idem en Irak : les milices chiites se vengent sur la population lorsqu’elles reprennent un village sunnite à l’État islamique; et les Sunnites creusent des fosses communes pour les Chiites qui leur tombent sous la main… Les actes de barbarie se multiplient là-bas aussi.

Bien sûr, on pourrait envisager une autre formule, celle d’États fédéraux, avec des gouvernements régionaux qui hériteraient de la plupart des compétences communautaires… Un peu sur les modèles suisse, belge ou allemand : le gouvernement central conserverait uniquement quelques compétences essentielles à la survie de l’État, comme la Défense, les Affaires étrangères, l’Intérieur… Mais, l’Intérieur et la Défense, rien que cela, déjà, poserait problème et ferait l’objet de querelles inextricables entre les communautés…

La solution passe donc inévitablement par le redécoupage des frontières syriennes et irakiennes, par l’abolition des Accords franco-britanniques « Sykes-Picot », qui avaient consacré la fin de l’Empire ottoman, au terme de la première guerre mondiale.

Probablement le moment est-il venu de définitivement tourner la page du colonialisme et de laisser les réalités ethniques, culturelles et religieuses arabes recouvrer leurs espaces naturels respectifs.

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

La force aérienne turque abat un bombardier russe.

"Il existe une coordination militaire entre la Turquie et l'État islamique."

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Pierre Piccinin da Prata est historien, politologue, reporter de guerre et spécialiste du Monde arabo-musulman. Il a suivi les révolutions du Printemps arabe. Il s’est rendu de nombreuses fois en Syrie et nous parle de l'État islamique et du djihadisme.

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