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Monde arabe

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Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Le terrorisme, la France... et l'argent de l'Arabie saoudite - Interview (Radio Sputnik France - 19 novembre 2015)

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Pierre Piccinin da Prata, Rédacteur en chef du Courrier du Maghreb et de l’Orient : «Ce ne sont pas seulement ces djihadistes de retour qui constituent une menace, mais les milliers de partisans de l’État islamique qui vivent au sein des communautés arabo-musulmanes issues de l’immigration et installées dans les grandes villes européennes.»

Le Temps d’Algérie - De terribles attentats terroristes ont endeuillé la France. Ces attentats étaient-ils prévisibles ?

Pierre Piccinin da Prata - Bien sûr, qu’ils étaient prévisibles ! La France ne pouvait pas espérer que sa population resterait à l’abri de la guerre, alors que les forces armées françaises sont déployées en Irak et attaquent l’État islamique.

Je ne dis pas que la France doit se retirer d’Irak. Non ! L’État islamique a une logique expansionniste, qui procède d’une application sans concession –ou « radicale », comme d’aucun disent- de l’enseignement et des instructions laissés par le Prophète Mohamed. À savoir l’expansion de l’Islam au monde entier, non seulement de l’Islam en tant que religion, mais aussi du modèle politique théocratique qui en découle. Autrement dit, l’État islamique n’a cure de la conception onusienne de l’État ; il n’a pas de frontière et existe de facto là où existe l’Oumma, la communauté des croyants. Ce qui signifie que l’État islamique, s’il n’est pas combattu, ne s’arrêtera pas au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord –et à l’Espagne-, c’est-à-dire aux territoires qu’il revendique déjà, à la base, comme étant l’ancien territoire de l’Empire arabe des Califes du Moyen-Âge. L’État islamique vise à s’étendre bien au-delà… C’est sa logique naturelle et il est impossible de la renégocier ; la guerre est donc le seul moyen de faire barrage à l’État islamique.

Mais cette guerre qui s’impose aux ennemis de l’État islamique a forcément des conséquences. Les attentats du Musée juif de Bruxelles –mai 2014- et de Paris déjà, contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo notamment –janvier 2015-, avaient constitué une première attaque. J’avais expliqué, à l’époque, dans plusieurs articles et interviews que les deux attaques étaient liées ; qu’il ne s’agissait ni d’un acte antisémite, ni d’une question de liberté d’expression, même si les cibles n’avaient pas été choisies au hasard. J’avais essayé de faire comprendre qu’il s’agissait d’une guerre. Dans un éditorial, j’avais écrit que cette guerre allait faire couler beaucoup de sang en Europe. On m’avait beaucoup critiqué pour cela. Je crois qu’aujourd’hui, malheureusement, les faits se précisent dans ce sens : une guerre… et pour longtemps.

Et l’Europe n’est pas seule concernée. Je suis assez stupéfait d’entendre reparler de Bruxelles, mais pas de l’attentat du Musée du Bardo, à Tunis, ni de celui de Sousse -des villes également visées par les cellules djihadistes de l’État islamique-, ni même de Beyrouth, il y a quelques jours à peine pourtant, où l’État islamique a attaqué un quartier chiite contrôlé par le Hezbollah, dont les miliciens combattent en Syrie aux côtés des forces de Bashar al-Assad. Toutes ces attaques forment un ensemble ; tous ces pays sont désormais liés dans cette guerre contre l’État islamique.

Ils doivent s’entendre et s’unir pour se protéger.

Mais en faisant très attention de ne pas sacrifier la liberté et la démocratie ; c’est ce qui m’inquiète, de manière très aigüe, notamment quand je considère la loi antiterroriste déjà votée en Tunisie, et quand j’entends parler des projets de « Patriot Act » européen… Ne créons pas, s’il vous plaît, des Guantanamo chez nous ! Ce serait tuer l’âme de notre civilisation.

Le Temps DZ - On pense aux extrémistes français partis combattre aux cotés de Daech, en Syrie et en Irak. Quel danger représentent-ils pour la sécurité en France et dans le monde ?

PPdP - Je pense que, à ce stade, il faut ouvrir les yeux.

Les djihadistes français, belges, britanniques, allemands, etc., qui sont partis soutenir l’effort de guerre de l’État islamique et ont intégré son armée constituent effectivement un danger très important pour les pays européens dans lesquelles ils reviennent ensuite. Beaucoup reviennent avec l’objectif de constituer des cellules de guérilla prêtes à frapper ces nations qui ont pour la plupart envoyé des troupes contre l’État islamique.

Mais la problématique est beaucoup plus large, dans des proportions impossibles à chiffrer.

En effet, ce ne sont pas seulement ces djihadistes de retour qui constituent une menace, mais les milliers de partisans de l’État islamique qui vivent au sein des communautés arabo-musulmanes issues de l’immigration et installées dans les grandes villes des États européens. L’État islamique, en tant qu’État proclamant la restauration du Califat, est un phénomène nouveau ; al-Qaeda, par exemple, n’a jamais développé cette dimension-là.

Je suis bien conscient du caractère dramatique de la réalité que je définis en disant cela ; mais il s’agit d’une réalité effective. Pour de nombreuses raisons, souvent socio-économiques, liées au racisme notamment, mais pas seulement, et aussi par conviction religieuse et politique, des membres de ces communautés prennent parti pour l’État islamique.

C’est par exemple le cas de beaucoup de jeunes –dont il ne faut pas sous-estimer les capacités d’entendement ; ce ne sont pas tous des « paumés », comme on le lit dans une presse européenne univoque-, qui sont rejetés par une société xénophobe et ne voient aucun avenir possible dans « l’intégration ». L’Islam politique leur offre une identité « clef sur porte » et leur rend un sens à la vie et une dignité. Alors, ils se disent : « Pourquoi pas ? » Pourquoi pas ce modèle-là de société, plutôt qu’un autre, plutôt que celui qui les rejette ?

C’est aussi le cas d’intellectuels –oui, des gens qui ont un bagage universitaire, et parfois important !-, qui font très consciemment le choix de l’Islam politique et du fondamentalisme religieux. Je le répète : il faut cesser de sous-estimer ces gens et d’attribuer leurs intentions à de l’ignorance ou à un quelconque décrochage social.

Ma grande crainte, quand cette réalité va peu à peu s’imposer, c’est que l’islamophobie commence à flamber en Europe. Que les amalgames se multiplient ou que certains gouvernements finissent par prendre des mesures, par populisme ou par conviction, qui discrimineraient gravement et de manière tragique nos concitoyens d’origine arabo-musulmane ou de confession islamique.

Le Temps DZ - On pense également à la Libye. Le démantèlement de l'État libyen lors de l'ingérence militaire étrangère dans ce pays, menée par Nicolas Sarkozy, n'a-t-elle pas renforcé la capacité de nuisance des terroristes ?

PPdP - C’est très évident ! La France de Sarkozy et le Royaume-Uni, qui ont été les artisans de la prétendue « révolution libyenne », essentiellement pour des raisons d’ordre énergétique, ont profité de quelques troubles qui avaient lieu à Benghazi -et se limitaient à cette région- pour se débarrasser de leur ancien partenaire, Mouammar Kadhafi, en espérant recomposer le gouvernement libyen à leur guise.

Cette opération a été précipitée, très mal préparée. C’était un coup de poker, hasardeux. Je m’étais rendu plusieurs fois sur le terrain, durant la guerre civile ; les risques d’éclatement du pays étaient indéniables, entre les factions islamistes, les tribus, les clans… Des amis du Quai d’Orsay –le ministère français des Affaires étrangères- m’avaient confirmé ces risques énormes ; mais ils m’ont expliqué que Sarkozy n’a pas voulu entendre leurs recommandations.

L’État libyen s’est donc fissuré de toutes parts ; les nations qui le constituaient se sont déchirées, et la guerre civile a laissé ce « failed state » ouvert à toutes les pénétrations : al-Qaeda, bien sûr, qui était déjà implanté dans la région, mais aussi l’État islamique, qui contrôle dorénavant toute la région centrale de Syrte et se répand en Libye.

Le Temps DZ - Quel serait le nombre d'extrémistes français et belges dans les rangs de Daech ?

PPdP- On parle de plusieurs centaines, parfois de plusieurs milliers d’individus… En vérité, personne ne sait combien de combattants vont et viennent. Et pas même les services de la sûreté de l’État.

Certains quittent l’Europe par la Grèce, d’autres par le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, l’Égypte ou le Liban… Les opportunités sont nombreuses. Ils ne prennent pas directement l’avion pour l’Irak ou la Syrie –ce qui est d’ailleurs impossible, dans ce dernier cas-, ni même pour la Turquie, porte d’entrée habituelle des candidats au djihad.

Dès lors, comment contrôler ces milliers de voyageurs ? Faudrait-il arrêter à la frontière toutes les personnes soupçonnables ? Et sur quels critères ? Et pour que faire ? Les interroger ? Enquêter ? De quelle manière ?

Le Temps DZ - Les extrémistes de Daech sont-ils désormais installés en France ?

PPdP - En un mot : oui !

Les derniers attentats de Paris l’ont démontré, s’il le fallait encore. Plusieurs commandos lourdement armés, des artificiers, des attaques synchronisées… Les djihadistes ont choisi les lieux, le jour, l’heure… Rien n’a été fait au hasard. La réussite de l’opération est totale, exécutée avec un grand sang-froid.

L’armée du Calife est en France et, après ce tragique exploit, elle ne fera qu’attirer de plus en plus de vocations ; et que se renforcer.

Lien utile : Le Temps d'Algérie

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

"On doit pouvoir provoquer le lecteur si on a un message à faire passer; mais provoquer et donner dans le trash pour faire monter les ventes, c'est choquant et négatif."

Lien utile : Radio Sputnik France

Les caricatures de Charlie Hebdo sur le crash de l'Airbus russe en Égypte - Interview (Radio Sputnik France - 6 novembre 2015)

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Les médias occidentaux croyaient que la vague dite du « Printemps arabe » allait emporter le dictateur syrien Bashar al-Assad comme elle l'avait fait des dirigeants tunisien, égyptien et libyen. Ils se sont lourdement trompés...

En mars 2011, débutait le « Printemps arabe » syrien. Un mouvement de contestation et de revendication qui allait céder rapidement la place à une épouvantable guerre civile qui dure toujours aujourd'hui. Or, aujourd'hui, la priorité n'est plus de faire tomber Bashar, mais bien de contrecarrer Daesh.

On accuse souvent les journalistes européens de se désintéresser de la Syrie, ce que dément la parution simultanée de deux ouvrages importants. Leur point commun ? Leurs auteurs sont tous les quatre des journalistes qui ont été pris en otage par des groupes islamistes en Irak ou en Syrie. Depuis lors, ils ne cessent de scruter la région en se demandant comment cela va-t-il tourner...

Avec Christian Chesnot et Georges Malbrunot, journalistes, auteurs de Les chemins de Damas (éd. Robert Laffont) et Pierre Piccinin da Prata, rédacteur en chef du Courrier du Maghreb et de l'Orient auteur, avec l’Italien Domenico Quirico de Le pays du Mal (éd. L'Harmattan).

Lien utile : Et Dieu dans tout ça ?

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Irak – Reportage exclusif au cœur du Califat de l’État islamique  - Le martyr de Fallujah…

    

(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juillet 2014) 
        
Falludjah 2 
        
Au-delà des analyses géopolitiques virtuelles qui résument le conflit irakien à une « guerre par procuration » opposant l’Iran chiite aux monarchies sunnites du Golfe persique, la réalité du terrain se révèle beaucoup plus complexe et nuancée : à Fallujah, la population sunnite se bat pour sa survie sous les bombardements de l’armée irakienne, ordonnés par le gouvernement pro-chiite du premier ministre irakien Nouri al-Maliki ; mais elle lutte aussi pour son indépendance, face aux djihadistes de l’État islamique, qui ont envahi les régions sunnites de l’Irak et y ont proclamé la renaissance du Califat.
Reportage et analyses exclusifs de notre envoyé spécial à Fallujah, au cœur d’un Irak devenu celui de tous les extrêmes…
        
 
Le troisième martyr de Fallujah
 
D’Erbil à Fallujah, une course folle à travers le désert irakien
J’avais rencontré Ahmad en prison. Ahmad, c’est mon guide, ici, à Fallujah.
C’est à Damas que je l’ai connu, en mai 2012, à Bab al-Moussala, un centre d’incarcération du régime de Bashar al-Assad.
Pour une raison jamais élucidée, j’avais été arrêté par un des nombreux services secrets syriens, alors que je réalisais un reportage pour le magazine Afrique-Asie sur la rébellion armée qui commençait à se répandre dans le pays. Torturé et passé à l’électricité dans leur centre de Homs, j’avais ensuite été transféré dans plusieurs cachots, avant d’échouer dans un sous-sol de Bab al-Moussala.
J’y étais arrivé assez mal en point, blessé. Ahmad, qui avait un certain ascendant sur les autres prisonniers, m’avait immédiatement pris en charge : les gars ont fait chauffer de l’eau, m’ont aidé à me laver, m’ont donné à manger et m’ont soigné, avec ce qu’ils avaient.
Une semaine plus tard, je réussissais à signaler ma position grâce au téléphone portable dégoté par un de mes codétenus, un Palestinien, et le Consul de Belgique me sortait enfin de ce trou à rats.
Je laissais Ahmad derrière moi, et tous les autres… J’ai bien essayé de demander le concours de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, pour les aider à mon tour. En vain… Il faut dire que la plupart des fonctionnaires onusiens, en Syrie, sont des employés locaux, presque tous proches du régime et corrompus jusqu’à la moelle ; ils n’interviennent jamais, si les détenus ne savent pas payer de pots de vin…
Quelques mois plus tard, j’ai eu des nouvelles d’Ahmad : il s’en était sorti et avait finalement trouvé refuge à Amman, en Jordanie, où il vit aujourd’hui, partageant son temps entre ses affaires, d’une part, des boutiques d’informatique et une entreprise de construction, dans les Émirats arabes unis, et, d’autre part, sa ville natale, Fallujah.
Ahmad, c’est le fils d’un des principaux notables de la ville ; il y connaît tout le monde et il y  a toutes ses entrées.
Il y a deux ans, nous nous sommes retrouvés à Beyrouth, pour y passer ensemble le nouvel an. Ahmad m’a alors raconté son histoire : en 2003, quand les Américains ont attaqué l’Irak, il est entré dans la résistance. Il a pris la tête d’une petite unité et a commencé à harceler les soldats des États-Unis qui avaient envahi son pays. Plusieurs fois, il a attaqué leurs convois, au bazooka, à la grenade. Il a parfois été blessé.
Il n’a jamais supporté la dictature de Saddam Hussein. Il n’a pas davantage accepté la mainmise de Nouri al-Maliki sur l’Irak, le premier ministre chiite, supporté par Washington et qui s’est progressivement aliéné les Sunnites du pays à cause de sa politique communautariste : minorité favorisée sous Saddam Hussein, les Sunnites, depuis l’invasion américaine, ont fait l’objet de nombreuses mesures vexatoires ; les Chiites, sur lesquels les États-Unis se sont appuyés pour contrôler le pays, ont rapidement pris leur revanche sur le passé.
Plus tard, quand la résistance a été décimée, Ahmad a dû quitter l’Irak. Il y était recherché pour « terrorisme ».
Un terroriste, Ahmad ? Non. Un « résistant », comme il insiste lui-même à le dire. Un Sunnite islamiste ? Un fanatique ? Il n’a rien d’un « fou de Dieu », mon ami Ahmad. C’est vrai que, lors de nos retrouvailles, il a vu d’un assez mauvais œil que je commande une bouteille de vin, pourtant si fameux au Liban… Lui, il ne boit pas d’alcool. Mais, en fin de soirée, il me payait un verre de whisky. C’est un croyant, sincère… et tolérant.
Lorsque, soudainement, l’État islamique d’Irak et du Levant a commencé à se répandre sur la Syrie et dans les régions sunnites irakiennes, Ahmad m’a appelé : « Il faut que tu viennes voir ce qui se passe ici ! Le gouvernement bombarde les maisons et tue les gens ! Où sont CNN, la BBC, al-Jazeera !? Il n’y a personne, ici ! »
Je lui ai demandé s’il était certain de pouvoir assurer ma sécurité. « C’est sur ma vie que je te garantis la sécurité », m’a-t-il répondu. « Pas avec mon argent, ni avec les armes des hommes de mon père, mais sur ma vie ! » Je lui ai dit : « D’accord. Je viens. »
Quelques semaines plus tard, j’étais à Erbil, au Kurdistan irakien, dans le nord du pays. Fallujah est plus au sud, au cœur de l’Irak. Mais, dans cette partie-là de l’Irak, les lignes de front du gouvernement de Bagdad sont trop hermétiques pour être franchies. En revanche, les check-points des Peshmergas, les combattants kurdes, laissent passer les véhicules qui vont et viennent, reliant Erbil et Kirkouk aux territoires conquis par Daesh (c’est le nom que l’on donne ici à l’État islamique, d’après son acronyme en arabe), à Mossoul et au reste de l’Irak.
J’avais rendez-vous avec Ahmad à Kirkouk. Il m’y attendait à l’heure convenue, dans un véhicule tout terrain blanc, accompagné de deux hommes de sa tribu. « Pas d’armes ? » « Les Peshmerga ne nous laissent pas entrer au Kurdisatn avec des armes, Pierre ; déjà, ils n’aiment pas les Arabes, alors… Une autre voiture nous attend de l’autre côté, avec des hommes de mon père. Et des armes. »
Il fait très chaud. L’Irak est probablement le pays arabe le plus chaud que j’aie parcouru ; sauf, peut-être, la haute Égypte… Les muezzins ont à peine achevé de chanter l’appel à la prière de la mi-journée. Il faudra cinq heures de pistes pour gagner Fallujah. Cinq heures de désert. Nous y serons dans la soirée. Inutile de voyager de nuit ; ce serait suspect. Cette nuit, je pourrai rencontrer les habitants de Fallujah. Demain, une prudente sortie dans la ville. Puis, retour au Kurdistan.
« Incha’Allah », précise tout de même Ahmad… Mais, avec lui, je n’ai aucune crainte : c’est un vrai Musulman ; s’il m’a promis que je reviendrais vivant, c’est que rien ne m’arrivera de dommageable. Il ne me fera courir aucun risque inutile et tout se passera bien.
Nous ne devons pas perdre de temps et prenons la direction du sud. De Kirkouk, seulement 300 kilomètres nous séparent de Fallujah. Mais il faut traverser des territoires contrôlés par les djihadistes de l’État islamique, tout en évitant les check-points de l’armée irakienne. Nous bifurquons d’abord légèrement vers l’est, vers la frontière iranienne, pour rouler le plus longtemps possible dans la zone encore contrôlée par les Kurdes. Mais, à la hauteur de Tikrit, il faut virer vers l’ouest et franchir la frontière du Califat. Plus au sud, en effet, ce sont la région de Bagdad et les lignes des forces gouvernementales, qui ne nous laisseraient pas passer en zone contrôlée par l’EI.
À présent, le tout-terrain file à vive allure sur la piste de sable et de roches qui coure à travers le désert. Je dois me dissimuler au mieux : mes traits sont trop européens ; impossible de passer inaperçu dans le paysage. Ahmad me coiffe d’un élégant keffieh vert et noir (le vert, c’est la couleur du Prophète Mahomet), dont il arrange les pans pour me cacher le visage. C’est habituel, ici ; ça protège du soleil et de la poussière de la route, et Ahmad et ses hommes sont affublés de même. « Maintenant, tu es un vrai Irakien ! », me lance-t-il en souriant de toutes ses dents d’un blanc intense. Ahmad est beau, le visage sec, le nez fin ; il est fier d’être arabe et il a raison de l’être.
Le risque, à présent, c’est de tomber sur une patrouille de djihadistes, un commando isolé, qui nous prendraient en charge dans l’un de leurs superbes pick-up flambant neuf.
Par contre, les Daesh ne possèdent aucune aviation : le vaste désert irakien est donc très poreux ; ce n’est pas comme en Syrie, où les chemins secondaires que j’ai empruntés en compagnie des rebelles sont régulièrement survolés par l’aviation gouvernementale et où un hélicoptère de combat peut surgir à tout moment.
Nous progressons entre Tikrit et Baiji, qui se trouve plus au nord. Un des hommes d’Ahmad connaît un pont, où franchir le fleuve Tigre ; un pont qui n’est pas gardé par Daesh. L’armée irakienne mène en ce moment une offensive entre Tikrit et Samarra, ville située plus au sud, offensive qui nous empêche de prolonger encore notre route en territoire kurde, ce qui aurait pourtant raccourci notre parcours dans le Califat, et donc limité les risques.
Le Kurdistan est maintenant derrière nous…
 
Le Kurdistan (bientôt) indépendant : la « petite Suisse du Moyen-Orient » 
Au Kurdistan, relativement épargné par l’État islamique, le front est interdit aux journalistes, qui traînent dans les hôtels de luxe d’Erbil, accrochés aux climatiseurs ; dehors, il fait 43°C à l’ombre…
Mais j’ai un atout dans ma manche, un ami de notre correspondant à Erbil : Barzan. Il connaît tous les chefs militaires kurdes. Pour nous, les check-points sont ouverts. Cela ne m’a pas coûté cher : Barzan ne m’a pas demandé d’argent ; il voulait seulement le maillot officiel de l’équipe de France… Et j’en ai trouvé un in extremis, dans la « duty free zone » de l’aéroport de Bruxelles… Le « foot » est décidément la nouvelle religion mondiale.
C’est un front diffus, mal défendu. Voilà peut-être la raison pour laquelle les journalistes n’ont pas l’autorisation de s’y rendre. Les Peshmergas, les célèbres combattants de la résistance kurde à toutes les oppressions, sont de redoutables guerriers. Mais, sans matériel lourd, ces fiers soldats, habitués à se battre dans les montagnes, ne pourront pas grand-chose si l’État islamique décidait de s’attaquer au Kurdistan, dans les plaines de la région de l’antique Ninive. Les Peshmergas sont en outre fort peu nombreux. Lire la suite...
 
 
 
 
     
Lien(s) utile(s) : Le Courrier du Maghreb et de l'Orient  
 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Syria - Inside Syria… Three years later:Tal-Biseh (Homs)

    
(The Maghreb and Orient Courier, July 2014) 
        
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A journey into war, inside a country economically and socially destroyed, where those who demanded democracy now fight,not only against the dictatorship of Bashar al-Assad,but also against hundreds of fanatic Islamist groups...

For Pierre Piccinin da Prata, reporter for The Maghreb and Orient Courier, it is a return to the land, where he spent five monthsas a hostage of the al-Farouk Brigades, one of the numerous jihadist groups fighting in Syria. It is a new courageous departure, to againmeet the revolution’s first militants, which he followed in 2011on the misadventure of the Syrian spring.

The first reportage of a series that will bring us deep... inside Syria.    

 

SYRIE--Alep----Juillet-et-aout-2012 0104.AVI.Still002A devastated land, deserted by the Western media, too risky for journalists who are targetsfor the bands of brigands who, under the uniform of rebellion, plunder and ransom people already bled by war but also prey forjihadist factions, sometimes rivals, who seized the land and confiscated the revolution,which the citizens organized through theFree Syrian Army...

A box with a lid, barelyopened by some daring reporters, but suddenly closed again, one day, in the increasingindifference of the worldwide public opinion on Syria, which has almost disappeared entirely from television screens.

It took me several months, almost a year, before I returned to the perilous paths of the Syrian fields.

With the help of friends, those from the very beginnings of civil insurrection, I managed to enter Syria via circuitous routes, which are necessary to guarantee safety as much as possible, limiting the danger and risk of being spotted on such a short journey into this war-ridden country. None details about the road to enter Syria. Nothing about people who helped me. Not even about the dates of my journey... I have to keep silent.

It once again engulfed me, making me realise the extent of terror and unimaginable realities and stories that I am covering for The Maghreb and Orient Courier.

Why do I go back? Because it is improper to speak of suffering without having lived with those who endure it; because realities on the ground can only be known through experience and cannot be invented, nor developed in the comfort and safety of a newsroom.

Back in Syria, pursuing the trails of the actors of the democratic revolution; those people I had met in 2011 were enthusiasticand confident that victory was at hand.

I returned to the governorate of Homs a few months after the fall of the city in May. Thisshort journey revealed a perplexing reality.

I found Ammar, twenty-eight years old, studying computer science.

May 17, 2012, I left Damascus very early, by car. I went to Homs to film the largely destroyed rebel neighbourhoods. A few kilometres north of Homs, whilst I followed theroad to Hama, I saw a small town along the highway. Partly surrounded by the regular army; already ruined by artillery fire plan. I bypassed the checkpoints; I entered Tal-Biseh. The rebels stopped my car and welcomed me with open arms. There, I met Ammar for the first time.

Three years later, a touching reunion ... and a face to face conversation without illusions... Read more...

 

 Carte---Syrie---Tal-Biseh---Juillet-2014.gif

 

 

 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Monde arabe - Les « affaires » arabes n’excitent plus le voyeurisme de l’opinion...

    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juillet 2014) 
        
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Les « affaires » arabes n’excitent plus le voyeurisme de l’opinion, ni n’en aiguisent désormais les fantasmes comme naguère. La passion s’est éteinte ; le public international s’est habitué à la surenchère qui ravage l’Orient…

Mais ce désintérêt manifestement désabusé ne s’explique pas seulement par l’actualité footballistique dominante, qui mobilise l’attention de bandes d'imbéciles inconscients se trémoussant frénétiquement à la sortie des stades ou, pour les plus courageux, dans leur salon, le cornet de pop-corn sur les genoux et une mousse à la main. Tout ça parce que onze types en culotte courte -qui s'en mettent plein les poches pour pousser la baballe- ont remporté un « match », dans un pays, le Brésil, où des centaines de milliers de miséreux manifestent chaque jour contre ce scandale financier et social qu'on qualifie ainsi : le « Mundial ». Ces tarés, les « supporters », qui ignorent tout, apparemment, des inégalités effarantes qui structurent la vie socio-économique brésilienne, s'imbibent de bière et se couvrent de vomis, dans une joie simple et hébétée…

Mais, non, le « Mundial » n’explique pas tout…

Il s’agirait plutôt d’une forme de déception ou, plus encore, de lassitude (comme après avoir trop mangé de chocolat on lui préfère les fraises), symptôme d’un ennui profond, provoqué par la routine totalitariste et « corruptiviste » à laquelle sont retournés les peuples du Printemps.

Pendant ce temps et toute cette énergie dépensés en rigolade, la guerre civile fait rage en Irak -c’est à peine si les mass médias y font écho- et, mine de rien, la région subit une refonte géopolitique aussi discrète que sensible, l’Iran et les États-Unis d’Amérique s’accordant enfin sur la partition d’une danse macabre, orchestre improvisé face à la surprise provoquée par une insurrection islamiste débridée en mode « tache d’huile » et dans lequel résonne en grosse-caisse le silence attentiste d’Israël. Lire la suite...

 

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The Arab « business » does not excite the opinion voyeurism anymore. Nor does it sharpen fantasies any more. Passion is gone; the international public is henceforth used to the overstatement, which ravages the Orient …

But this disinterest cannot only be explained by the current football-dominated media, which mobilises the attention of hordes of imbeciles, unconsciously wiggling about at the stadium’s exits. The bravest sit in their living rooms, popcorn in reach and a pint in their hand. All this because eleven guys in short pants – laughing all the way to the bank for kicking a ball – have won a “match” in a country, Brazil, in which hundreds of thousands of miserable protest every day against this financial and social scandal – nicknamed the “Mundial”. Thesecretins, the supporters, who apparently ignore everything about the alarming social inequalities structuring economic life in Brazil, become saturated with beer and cover themselves in vomit, in a simple and blank joy…

No, the “Mundial” does not explain everything … It would rather be a form of deception or even weariness (like after eating too much chocolate preferring strawberries), a symptom of a deep boredom caused by the totalitarian and “corruptivist” routine to which the people of the Spring have returned.

Simultaneously to all this energy being spent on leisure, civil war is raging in Iraq – the mass media barely even mention it – and casually the whole region is going through a geopolitical remoulding, as discrete as it is sensitive. Iran and the USA finally agree on the partition of a macabre dance; an improvised orchestra inview of the surprising rise in Islamist insurrections – oil stains – accompanied by the great resounding of Israel’s wait-and-see silence. Read more...

 

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  "الشؤون" العربية لم تعد تثير المتلصصين و لم تعد تشحذ الاستيهام كسابق عهدها. انعدم الشغف، فرأي العام الدولي اعتاد على المزايدات التي باتت تنهش المشرق.

 

و لكن عدم الاكتراث هذا ليس فقط نتيجة مباريات كأس و الاخبار الرياضية لتي أصبحت الشغل الشاغل لمجموعات من الحمقى الذين ليس لديهم أدنى وعي و الذين يهزهزون بجنون عند خروجهم من الملاعب أو أمام شاشتهم في حضنهم طبق من الفشار أو البوشار و في يديهم زجاجة البيرة و كل ذلك لفوز فريق يتكون من احدى عشر لاعباً مرتديين السراويل القصيرة و يجرون وراء كرة تجعلهم يجنون الكثير من الأرباح. بينما البلد الذي تقام به بطولة العالم لكرة القدم هذه، و هو البرازيل يعاني من تفشي الفقر و البؤس الذي يدفع الآلاف للتظاهر ضد هذه الفضيحة المالية و الاجتماعية و التي تدعى "المونديال". فهؤلاء العاهات "المشجعون" كما يبدو يجهلون تماما عدم المساواة الاجتماعية المروعة و التي تشكل الحياة الاقتصادية في البرازيل كل ما يهمهم فهو شرب البيرة و من القيء بأجواء من الفرح البليد...

 

المبرر لهذه اللامبالاة ليست فقط أجواء "المونديال".,, و إنما نتيجة نوع من الإحباط أو بالأحرى الضجر (فمن يكثر من أكل الشوكولاته بالنهاية يفضل الفراولة عليها) و يعتبر ذلك من أعراض الملل العميق الناجم عن الروتين الشمولية و الفساد الأخلاقي التي باتت عرضة له شعوب الربيع العربي.

 

بينما تهدر تلك الطاقات عبثاً فإن الحرب الأهلية جاشت في العراق لا تكاد تجد لها صدى في الإعلام حين أن المنطقة تعاد هيكلتها جغرافيا و سياسيا و كل ذلك بتكتم و حساسية. و أخيرا فقط اتفقتا ايران و الولايات المتحدة الامريكية على توليفة الرقصة المروعة، جوقة مرتجلة نتيجة المفاجأة الناجمة عن تمرد الاسلاميين مطلق العنان "كبقعة الزيت"  (التي تتمدد على سطح الماء) و في ظل ذلك يبدو واضحا أن هناك صمت انتهازي من قبل اسرائيل.

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Syria - Interview with the Jihadist who held me hostage for five months…

    
(The Maghreb and Orient Courier, June 2014) 
        
Piccinin da Prata libéré à Rome

Interviewed by Pierre PICCININ da PRATA

 

On the 6th of April 2013, Pierre Piccinin da Prata entered Syria for the eighth time since the beginning of the troubles, as reporter for The New Times, followed by Domenico Quirico, an Italian journalist of La Stampa.

Two days after he crossed the Syrian border, on the 8th of April, he was kidnapped in the city of al-Qusayr by an Islamist group - the Abou Omar brigade - linked to the “moderate” jihadist organization named “al-Farouk”.

Pierre Piccinin da Prata spent five months in Syria as a hostage. Two months kept in al-Qusayr, under siege by the Syrian army and Hezbollah’s forces; three other months, hidden by the jihadists across all Syria. He was freed on the 9th of September 2013.

One year after his misadventure, he succeeded in finding one of the jihadists who caught him. Face to face, he met him, injured and exhausted, in a dirty room, at the Lebanese border…    

 
   
Alaa 1Pierre Piccinin da PrataVery strange to meet you again… How are you, now? Did you go back to al-Qusayr?

 

JihadistStrange? Why? We are friends, now… I was injured. I didn’t go back to al-Qusayr. It is not possible to go back to my village. Hezbollah and the army are everywhere. It is under control of the Syrian regime. And, like you see, I’m wounded; I have to rest in Lebanon before I continue to fight this regime…

 

PPdP – Where is your katiba (brigade)? Are you still fighting with your friends?

 

JihadistNo, no… I left them… Some problems… I left them after the withdrawal of al-Qusayr, one month after… Now, I’m fighting with another Islamic katiba… Katiba al-Bashar al-Nasser. It means “Hope of Victory”. They are from al-Qusayr, but, now, they fight near Aleppo. When I will be better, I will join them again.

 

PPdP – What do you mean by “problems with them” ?

 

JihadistThey don’t have any strategy in their war against the regime. They just fight for themselves... Sometimes, they… they didn’t dedicate their time only to our goal, to fight the regime… It was not correct. And they didn’t really respect the rules of Islam. They have bad behaviour. So…

 

PPdP – Do you mean that they are like “bandits”? Did they loot the civilian population?

 

JihadistNo, no… but… Some problems like that, yes...

 

And because of your kidnapping… And the kidnapping of your friend… I forgot his name…

 

PPdP – Domenico.

 

JihadistYes, Domenico... I didn’t agree when you were not liberated after we succeeded in leaving al-Qusayr. I know that you were kept as hostages three months again after we crossed the lines of the regime. At the end of the siege of al-Qusayr, Abou Omar promised you your freedom… That was not correct… Because of many reasons, I left them…

 

I have a question: you, and Domenico… When you turned back to Europe, you said that the opposition used chemical weapons… I read that on the Internet. Did you write that? Is it true?

 

PPdP – Yes, I did. We learned some facts, during the three months we stayed in Syria after the siege of al-Qusayr. We have evidence that the chemical attack on the suburbs of al-Gouta, on the 21th of August 2013, was not decided by the Syrian government, but was organized by a group of rebels, to provoke an intervention of the International community.

 

JihadistNo, no! The opposition, the Free Syrian Army, doesn’t have chemical weapons!

 

PPdP – Not the Free Syrian Army. I keep good contacts with FSA; I have many friends in the FSA and I continue to support them. But some Islamist groups ; we don’t know exactly whichone. And, following the inquiry of an American journalist, Seymour Hersh, it seems that Turkey helped this group in providing Sarin gaz.

 

JihadistI didn’t know. We thought that you wrote that to take revenge on us, because we caught you for money… So… OK… OK.

 

PPdP – Do you want to go back to Syria, to fight again?

 

JihadistYes, yes! Of course, of course! Because we… I mean: the opposition, the fighters… We are right! The Syrian regime is on the wrong side. It is logical that the dictatorship of Bashar al-Assad will collapse. God will never give the victory to them. Sooner or later, it will collapse.

 

But, for the moment, the West, European countries and the United States of America, don’t want that the Syrian people take their freedom from this regime, because the regime of Bashar al-Assad supports and protects Israel. Not directly. But it doesn’t fight Israel any more and doesn’t leave Palestinian fighters cross the Golan border. Do you know that the Golan border is protected by the Syrian army, not against Israelitroops, but to forbid Palestinian refugees in Syria to go to fight against Israel?

 

Imagine if we succeeded in taking power in Syria… What about Israel?

 

PPdP – But the regime’s army is conquering ground: after it won the battle of al-Qusayr, it took Yabroud, all the Lebanese border… and now, Homs, a symbolic place for the revolution…

 

JihadistYes, that’s true. Bashar al-Assad had many victories. Because the Islamic groups and the Free Syrian Army don’t have any efficient support from outside Syria ; and because they don’t have a common strategy.

 

On the contrary, Iran and Russia (and the West, in a certain manner) support al-Assad’s army.

 

But we will get the victory. It is only a question of time…

 

When European countries and the United States of America will stop supporting Bashar al-Assad, we will immediately win. I promise!

 

PPdP – Are the fighters of your new katiba all friends from al-Qusayr? Or did you meet them fighting?

 

JihadistYes, yes! I met them in al-Qusayr.

 

PPdP – How were you injured?

 

JihadistI was in Yabroud, where we left you… al-Assad’s army conquered the place… Do you know it? And I was injured because of bombing… Missiles and rockets… and my legs were crashed. I mean… The bones… It was the 22nd of August 2013… Last year.

 

PPdP – To begin, just one thing that I would like to make very clear: you –and your friends-, when I was your prisoner, you don’t hide that you were working for the al-Farouk brigades.

 

JihadistYes! Yes! It is right…

 

PPdP – I ask you this question, because, after I turned back to Belgium, I denounced al-Farouk, but they contested, saying they didn’t know you and they never knew anything about the katiba Abou Omar.

 

JihadistI don’t know why they told you that, because our group was part of the al-Farouk brigades. Our katiba worked for al-Farouk brigades in al-Qusayr and our leader, Abou Omar, received his orders from al-Farouk.

 

PPdP – As you know, more and more journalists were kidnapped in Syria…

 

JihadistYou mean « arrested »!

 

PPdP – As you want… German, Swedish, French, Spanish journalist and photographers… They were kidnapped after I was caught myself. By Islamist groups. For money. This phenomenon began with us, one year ago… And, now, no more journalists will go to Syria to report on what happens there. Except, perhaps, from the government’s side… So, TVs, in Europe, don’t speak any more about your people. What do you think about that?

 

JihadistYou know, Pierre… Yes…

 

I will tell you my point of view.

 

At the beginning of the Syrian revolution, when we began to fight the regimeseriously, after the elections of 2012, there were journalists inside Syria, to cover the conflict. And activists from the opposition welcomed these journalists. You know it very well. You were in Syria with the Free Syrian Army and also with Islamist fighters. Weren’t you welcomed by them? So.

 

We met with the journalists and we spent time with them; we ate with them; we sat and spoke with them; we answered all their questions and told them everything they wanted, about all subjects. And we gave them a lot of information, to help them to understand the conflict.

 

But, after some months, we had doubts; we noticed some details, and we had evidence that some of these journalists were spies, for the moukabarats [Syrian intelligence services], for the regime, or for western countries. We understood that numerous TV channel sent reporters working for the Syrian regime. It was the case, for example, of many channels from Iran: their journalists were working for Iran, who support al-Assad’s regime. They came inside Syria to get information to help the regime. It was the same for American TV channels, like CNN, who share their information with the Syrian regime, to help them against the opposition.

 

So, the fighters of the opposition arrested many journalists, because they were spies. And the opposition took money for their liberation, instead of executing them, like you and your Italian friend… nobody helps the opposition, and we need money.

 

PPdP – But! Domenico and I, we were not spies!

 

JihadistNo! No! But, look, Pierre… We had doubts and we arrested you, because we thought you were spies.

 

PPdP – But, after you understood that we were not… That we were friends of the revolution… You kept us, nevertheless. During five months! And you asked money for our freedom.

 

JihadistYes… It is right…

 

OK. I tell you…

 

On the other hand, journalists were absolutely not useful for the opposition. Even though they wrote and spoke about the conflict in Syria, the West didn’t do anything to help us. And the situation is that we need money to buy food and weapons.

 

God will forgive the Islamic opposition for that...   Read more...

 

 

 

 

 

Usefull link : The Maghreb and Orient Courier   
 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

MAROC – Ali Aarrass, histoire d’un Belgo-Marocain dans les geôles de Mohammed VI : entre désespoir et oubli… (Interview avec Farida Aarrass)

    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juin 2014) 
        
Amnesty International - Maroc - Juin 2014

      propos recueillis par Pierre PICCININ da PRATA

 

 

En juin 2011, il y a trois ans, j’avais participé à une mission de soutien au Belgo-Marocain Ali Aarrass, libraire à Bruxelles, accusé à tort, de toute évidence, d’association terroriste dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Casablanca (qui avaient ébranlé le Maroc en mai 2003), puis, plus simplement, de trafic d’armes.

Il avait été incarcéré par le régime marocain, après que le gouvernement espagnol avait accepté de l’extrader depuis l’enclave de Melilla, dont il était originaire et où Ali Aarrass s’était rendu pour visiter son vieux père et finalement s’établir. Une extradition qui avait eu lieu en dépit d’un dossier d’instruction vide de charges et de l’avis négatif du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU.

Abandonné à son sort par le ministère des Affaires étrangères belge, torturé à plusieurs reprises (violé au moyen d’un bâton et de bouteille en verre, frappé sur tout le corps –ses jambes étaient bleues et il a perdu l’usage d’une oreille-, sur la plante des pieds ; injections de produits chimiques corrosifs, décharges électriques sur les parties génitales ; verre cassé dans la bouche…), puis condamné au terme d’une série de parodies de procès-spectacles destinés à impressionner, Ali Aarrass est aujourd’hui encore détenu au Maroc. J’ai contacté ses avocats marocains, qui n’ont pas répondu à notre sollicitation, manifestement désintéressés par la cause, à l’instar de plusieurs responsables de l’AFD International, une ONG droits-de-l’hommienne, lesquels s’étaient un temps préoccupés du « cas Aarrass », mais nous opposent aujourd’hui de vagues considérations d’agenda et se dérobent…

J’ai donc rencontré Farida, la sœur d’Ali, qui vit à Bruxelles et a accepté de faire le récit, complet et détaillé, du calvaire que vivent son frère et sa famille, pour Le Courier du Maghreb et de l’Orient. Ali Aarrass, entre désespoir et oubli…

 

 

 

Farida AARRASSLe Courrier du Maghreb et de l’Orient – La première demande que je voudrais vous adresser concerne l’enfance d’Ali, son arrivée en Belgique, son adolescence… La presse belge a peu parlé de son cas, puis l’a oublié. Notre public international ne le connaît pas…

 

Farida AARRASS Je vais vous raconter… Depuis le début… Nous sommes nés, mon frère et moi, à Melilla. C’est une petite enclave espagnole, au nord du Maroc. Ali avait cinq ans et moi deux ans, lorsque nous avons été placés par notre mère dans un internat tenu par des sœurs espagnoles, les Sœurs de la Charité, à Melilla. Ça s’appelait la Gota de Leche (la Goute de Lait, en français). Ali a donc été élevé par les religieuses.

 

Parce que ma mère, qui était divorcée de mon père, a décidé de partir en Belgique où elle avait du travail.

 

Quand Ali a eu quinze ans, notre mère nous a fait venir en Belgique…

 

CMO– Ali est donc de nationalité marocaine ?

 

F. AARRASS Oui, parce que les autorités espagnoles n’accordaient pas la nationalité aux habitants d’origine marocaine. Nous avions une carte de résidents, mais un passeport marocain.

 

Mais, plus tard, à sa majorité, comme on n’avait plus aucun lien avec le Maroc –nous avions été élevés en espagnol, par les sœurs, et nous ne parlions même pas l’arabe ; seulement un peu le dialecte, que nous pratiquions avec notre mère-, Ali a demandé la nationalité belge. Et il l’a obtenue rapidement, en 1989, puisqu’il vivait et travaillait en Belgique.

 

Il avait appris le français en Belgique, aux cours du soir, et il travaillait dans la construction : quand il a vu que notre mère travaillait beaucoup, il n’a pas voulu continuer ses études et la laisser seule gagner notre vie. En plus, ma mère avait en charge sa mère, ma grand-mère, qui vivait à Melilla, avec une autre de ses filles qui avait deux enfants et que son mari avait quittée ; elle leur envoyait donc un peu d’argent chaque mois, pour les soutenir... Ali a donc décidé de se sacrifier pour elle et pour moi et il a cherché du travail…

 

Il était très courageux ; c’était un bosseur ! Alors, il a été engagé sur des chantiers de construction, en région flamande. Il partait très tôt le matin, dans la nuit, en train, pour aller sur les chantiers… Il a commencé par un travail où on lui demandait d’arracher des clous des planches, pour démonter des échafaudages, à longueur de journée. Tout ça à quinze ans… Il a aussi travaillé, par exemple, à la construction du centre commercial City 2, à Bruxelles… Au temps où le Cirque Bouglione se trouvait à Bruxelles, il a réussi à avoir un boulot : c’est lui qui allait chercher la viande, dans les abattoirs, pour les tigres et les lions… Il a toujours eu du travail. Après, il a travaillé dans une usine de désossement de viande de porc, pendant cinq ans. Puis il a fait d’autres métiers ; il a aussi été relieur : il reliait des livres. Il acceptait tous les emplois, même mal payés.

 

C’est quelqu’un de très responsable, de très débrouillard… Et tout ça, avec le cœur sur la main ; parce qu’il faisait ça pour aider notre mère.

 

CMO– Votre mère vit toujours avec vous, en Belgique.

 

F. AARRASS Oui, oui. Vous l’aviez rencontrée quand vous étiez venu à une audience du procès à Rabat, pour soutenir Ali…

 

CMO– Oui, en effet, je me souviens…

 

F. AARRASS Pour elle, c’est très très dur de savoir son fils, qui a tant fait pour elle, dans ces conditions, là-bas… Nous avons aussi une petite sœur ; et je me rappelle, quand nous revenions de l’école, s’il était là, c’est lui qui nous préparait à manger : il ne voulait pas que notre mère travaille toute seule. Ça lui faisait mal au cœur de la voir trimer pour gagner un peu d’argent…

 

Et puis, comme notre mère travaillait dans une maison de retraite et n’avait qu’un week-end sur deux, c’est lui qui nous gardait le week-end ; il faisait le ménage, la lessive…

 

Il était devenu le pilier central de notre famille.

 

C’était aussi un sportif ; il faisait de la boxe, avec des amis. Il avait un très bon niveau, mais il a arrêté ; il aimait bien l’entraînement, mais pas les matchs. Il n’était pas à l’aise de devoir se donner en spectacle en frappant sur quelqu’un…

 

CMO– Et, plus tard, il s’est lancé dans le commerce ; il a ouvert une librairie à Bruxelles, si je ne me trompe pas…

 

F. AARRASS Oui, il avait réussi à mettre un peu d’argent de côté et il a repris une librairie. Il l’a agrandi en ajoutant un rayon papeterie, puis informatique. Il n’y avait pas encore de commerce de ce type à Molenbeek-Saint-Jean, à Bruxelles ; c’est un quartier pas très riche, où il y a beaucoup de familles de l’immigration maghrébine.

 

Sa librairie se trouvait rue de l’École ; un nom prédestiné : ses rentrées des classes étaient extraordinaires… Comme il regrettait de ne pas avoir pu faire d’études, il encourageait les jeunes du quartier à bien travailler à l’école. Il leur donnait des conseils quand ils venaient s’approvisionner chez lui.

 

Et j’ai même appris plus tard, par des mères du quartier, qu’il faisait des prix très bas pour ceux qui avaient des difficultés d’argent et, parfois, il donnait gratuitement, des cahiers, des stylos, des crayons… Ce sont des femmes du quartier qui me l’ont dit, par la suite, lorsqu’elles ont appris qu’Ali avait été arrêté et torturé… Il voulait que les enfants du quartier aient le matériel nécessaire, pour ne pas qu’ils baissent les bras.

 

CMO– Et Ali déclarait ses activités commerciales ? Payait-il ses impôts, en bon citoyen ?

 

F. AARRASS Mais bien sûr ! Il se sentait citoyen belge à part entière !

 

CMO– J’avais aussi appris qu’il avait même fait son service militaire en Belgique…

 

F. AARRASS C’était en 1993. La dernière année du service obligatoire… Il a été appelé à se présenter et il a fait son service militaire, à Liège.

 

CMO– En fait, il était complètement intégré en Belgique ; et on peut même dire qu’il n’avait jamais réellement connu d’autre pays, à l’exception de l’internat des sœurs espagnoles…

 

F. AARRASS Oui ! D’ailleurs, les rares fois où j’ai pu lui téléphoner dans sa prison au Maroc, il m’a parlé de la Belgique ; il me parle de la nourriture qu’il aimait, les moules surtout.  Il me taquine avec ça pour essayer de me faire oublier qu’il souffre…

 

Un jour, j’avais pu aller le voir et il m’avait demandé de lui apporter des spéculoos et du chocolat… Des gaufres… C’est dur de parler de tout ça…

 

CMO– Alors, en 2005, Ali se rend à Melilla. Plus précisément, même, il décide de s’y installer, avec sa famille, sa femme et sa petite fille… Pour quelle raison décide-t-il d’y retourner.

 

F. AARRASS Tout simplement pour retourner auprès de notre père, qui commençait à devenir très vieux ; cela faisait des années qu’il en parlait. Il a toujours gardé une relation très profonde avec notre père. Et, Melilla, ce n’est pas le Maroc, c’est l’Espagne ; il pensait que c’était une bonne idée…

 

CMO– Il y avait trouvé du travail ?

 

F. AARRASS Il a créé son propre travail.

 

D’abord, il a ouvert un petit restaurant, une sandwicherie, avec l’argent qu’il avait obtenu à la remise de sa librairie en Belgique. Mais les affaires n’étaient pas très bonnes ; l’emplacement de son commerce était trop désaxé et il n’y avait pas assez de passage. Après un an, il a dû fermer, parce qu’il n’arrivait pas joindre les deux bouts...

 

Il a alors repris l’entreprise de vente de matériaux de constructions de notre demi-frère. Lui, il était gravement atteint par le diabète ; et il était devenu presqu’aveugle. Ali a donc pris la direction de ses affaires. Il conduisait des camions pour approvisionner les chantiers. Comme il avait travaillé tout jeune dans la construction, il connaissait bien le secteur.

 

C’était une période où il vivait un réel bonheur, avec sa femme et sa petite fille.

 

Jusqu’en novembre 2006 ; jusqu’au 3 novembre, quand on est venu l’arrêter…

 

CMO– Par les autorités espagnoles ?

 

F. AARRASS Oui, par la police espagnole…

 

CMO– C’est là que tout bascule… Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qu’on lui reproche ?

 

F. AARRASS D’abord, il est emmené à Madrid, dans un centre pénitencier ; et on l’accuse d’avoir participé à un trafic d’armes. On l’interroge pendant trois jours ; plusieurs juges l’interrogent et, finalement, ils déclarent qu’il n’y a aucune charge contre lui et qu’il peut être libéré sous caution.

 

La caution se montait à 26.000 euros ; mon père a vendu un de ses terrains pour la payer. Et mon frère devait rester à Melilla ; il ne pouvait pas quitter l’Espagne et devait se présenter chaque semaine aux autorités à Melilla.

 

Il a continué à travailler… Le 1er avril 2008, ils sont venus l’arrêter à nouveau, sur son lieu de travail. Et, là, c’est le cauchemar qui commence…

 

CMO– Ce sont toujours les Espagnols ?

 

F. AARRASS Oui, et il est encore emmené à Madrid ; mais, cette fois, il est mis en isolement presque complet, 23 heures sur 24. Et, pour le peu qu’il pouvait en sortir, il nous a dit qu’il ne préférait pas… Parce que c’étaient toujours des humiliations, des brimades, des insultes…

 

On l’emmenait dans une petite cour où, de toute façon, il n’y avait pas de soleil ; mais, le problème, c’était quand on le ramenait en cellule : on le soumettait systématiquement à une fouille complète et très dégradante… Vous voyez… Le garde l’insultait en enfilant ses gants ; il lui disait : « Moro de mierda ! » (« Sale bougnoule ! »), « Regarde ce que tu m’oblige à devoir faire ! » Alors, il préférait ne plus aller à la cour…

 

CMO– Combien de temps est-il resté ainsi en isolement complet ?

 

F. AARRASS Deux ans et huit mois !

 

CMO– Mon Dieu… Toujours à Madrid ?

 

F. AARRASS Non… De Madrid, il a été emmené à Badajos. Il m’a dit que c’était le pire ! Puis ils l’ont déplacé à Algésiras. On le rapprochait petit à petit du Maroc...

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 Torture - dessins Ali Aarrass

 

 

 

 

  
        
   
 
 
 
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