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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

MAROC – Ali Aarrass, histoire d’un Belgo-Marocain dans les geôles de Mohammed VI : entre désespoir et oubli… (Interview avec Farida Aarrass)

    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juin 2014) 
        
Amnesty International - Maroc - Juin 2014

      propos recueillis par Pierre PICCININ da PRATA

 

 

En juin 2011, il y a trois ans, j’avais participé à une mission de soutien au Belgo-Marocain Ali Aarrass, libraire à Bruxelles, accusé à tort, de toute évidence, d’association terroriste dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Casablanca (qui avaient ébranlé le Maroc en mai 2003), puis, plus simplement, de trafic d’armes.

Il avait été incarcéré par le régime marocain, après que le gouvernement espagnol avait accepté de l’extrader depuis l’enclave de Melilla, dont il était originaire et où Ali Aarrass s’était rendu pour visiter son vieux père et finalement s’établir. Une extradition qui avait eu lieu en dépit d’un dossier d’instruction vide de charges et de l’avis négatif du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU.

Abandonné à son sort par le ministère des Affaires étrangères belge, torturé à plusieurs reprises (violé au moyen d’un bâton et de bouteille en verre, frappé sur tout le corps –ses jambes étaient bleues et il a perdu l’usage d’une oreille-, sur la plante des pieds ; injections de produits chimiques corrosifs, décharges électriques sur les parties génitales ; verre cassé dans la bouche…), puis condamné au terme d’une série de parodies de procès-spectacles destinés à impressionner, Ali Aarrass est aujourd’hui encore détenu au Maroc. J’ai contacté ses avocats marocains, qui n’ont pas répondu à notre sollicitation, manifestement désintéressés par la cause, à l’instar de plusieurs responsables de l’AFD International, une ONG droits-de-l’hommienne, lesquels s’étaient un temps préoccupés du « cas Aarrass », mais nous opposent aujourd’hui de vagues considérations d’agenda et se dérobent…

J’ai donc rencontré Farida, la sœur d’Ali, qui vit à Bruxelles et a accepté de faire le récit, complet et détaillé, du calvaire que vivent son frère et sa famille, pour Le Courier du Maghreb et de l’Orient. Ali Aarrass, entre désespoir et oubli…

 

 

 

Farida AARRASSLe Courrier du Maghreb et de l’Orient – La première demande que je voudrais vous adresser concerne l’enfance d’Ali, son arrivée en Belgique, son adolescence… La presse belge a peu parlé de son cas, puis l’a oublié. Notre public international ne le connaît pas…

 

Farida AARRASS Je vais vous raconter… Depuis le début… Nous sommes nés, mon frère et moi, à Melilla. C’est une petite enclave espagnole, au nord du Maroc. Ali avait cinq ans et moi deux ans, lorsque nous avons été placés par notre mère dans un internat tenu par des sœurs espagnoles, les Sœurs de la Charité, à Melilla. Ça s’appelait la Gota de Leche (la Goute de Lait, en français). Ali a donc été élevé par les religieuses.

 

Parce que ma mère, qui était divorcée de mon père, a décidé de partir en Belgique où elle avait du travail.

 

Quand Ali a eu quinze ans, notre mère nous a fait venir en Belgique…

 

CMO– Ali est donc de nationalité marocaine ?

 

F. AARRASS Oui, parce que les autorités espagnoles n’accordaient pas la nationalité aux habitants d’origine marocaine. Nous avions une carte de résidents, mais un passeport marocain.

 

Mais, plus tard, à sa majorité, comme on n’avait plus aucun lien avec le Maroc –nous avions été élevés en espagnol, par les sœurs, et nous ne parlions même pas l’arabe ; seulement un peu le dialecte, que nous pratiquions avec notre mère-, Ali a demandé la nationalité belge. Et il l’a obtenue rapidement, en 1989, puisqu’il vivait et travaillait en Belgique.

 

Il avait appris le français en Belgique, aux cours du soir, et il travaillait dans la construction : quand il a vu que notre mère travaillait beaucoup, il n’a pas voulu continuer ses études et la laisser seule gagner notre vie. En plus, ma mère avait en charge sa mère, ma grand-mère, qui vivait à Melilla, avec une autre de ses filles qui avait deux enfants et que son mari avait quittée ; elle leur envoyait donc un peu d’argent chaque mois, pour les soutenir... Ali a donc décidé de se sacrifier pour elle et pour moi et il a cherché du travail…

 

Il était très courageux ; c’était un bosseur ! Alors, il a été engagé sur des chantiers de construction, en région flamande. Il partait très tôt le matin, dans la nuit, en train, pour aller sur les chantiers… Il a commencé par un travail où on lui demandait d’arracher des clous des planches, pour démonter des échafaudages, à longueur de journée. Tout ça à quinze ans… Il a aussi travaillé, par exemple, à la construction du centre commercial City 2, à Bruxelles… Au temps où le Cirque Bouglione se trouvait à Bruxelles, il a réussi à avoir un boulot : c’est lui qui allait chercher la viande, dans les abattoirs, pour les tigres et les lions… Il a toujours eu du travail. Après, il a travaillé dans une usine de désossement de viande de porc, pendant cinq ans. Puis il a fait d’autres métiers ; il a aussi été relieur : il reliait des livres. Il acceptait tous les emplois, même mal payés.

 

C’est quelqu’un de très responsable, de très débrouillard… Et tout ça, avec le cœur sur la main ; parce qu’il faisait ça pour aider notre mère.

 

CMO– Votre mère vit toujours avec vous, en Belgique.

 

F. AARRASS Oui, oui. Vous l’aviez rencontrée quand vous étiez venu à une audience du procès à Rabat, pour soutenir Ali…

 

CMO– Oui, en effet, je me souviens…

 

F. AARRASS Pour elle, c’est très très dur de savoir son fils, qui a tant fait pour elle, dans ces conditions, là-bas… Nous avons aussi une petite sœur ; et je me rappelle, quand nous revenions de l’école, s’il était là, c’est lui qui nous préparait à manger : il ne voulait pas que notre mère travaille toute seule. Ça lui faisait mal au cœur de la voir trimer pour gagner un peu d’argent…

 

Et puis, comme notre mère travaillait dans une maison de retraite et n’avait qu’un week-end sur deux, c’est lui qui nous gardait le week-end ; il faisait le ménage, la lessive…

 

Il était devenu le pilier central de notre famille.

 

C’était aussi un sportif ; il faisait de la boxe, avec des amis. Il avait un très bon niveau, mais il a arrêté ; il aimait bien l’entraînement, mais pas les matchs. Il n’était pas à l’aise de devoir se donner en spectacle en frappant sur quelqu’un…

 

CMO– Et, plus tard, il s’est lancé dans le commerce ; il a ouvert une librairie à Bruxelles, si je ne me trompe pas…

 

F. AARRASS Oui, il avait réussi à mettre un peu d’argent de côté et il a repris une librairie. Il l’a agrandi en ajoutant un rayon papeterie, puis informatique. Il n’y avait pas encore de commerce de ce type à Molenbeek-Saint-Jean, à Bruxelles ; c’est un quartier pas très riche, où il y a beaucoup de familles de l’immigration maghrébine.

 

Sa librairie se trouvait rue de l’École ; un nom prédestiné : ses rentrées des classes étaient extraordinaires… Comme il regrettait de ne pas avoir pu faire d’études, il encourageait les jeunes du quartier à bien travailler à l’école. Il leur donnait des conseils quand ils venaient s’approvisionner chez lui.

 

Et j’ai même appris plus tard, par des mères du quartier, qu’il faisait des prix très bas pour ceux qui avaient des difficultés d’argent et, parfois, il donnait gratuitement, des cahiers, des stylos, des crayons… Ce sont des femmes du quartier qui me l’ont dit, par la suite, lorsqu’elles ont appris qu’Ali avait été arrêté et torturé… Il voulait que les enfants du quartier aient le matériel nécessaire, pour ne pas qu’ils baissent les bras.

 

CMO– Et Ali déclarait ses activités commerciales ? Payait-il ses impôts, en bon citoyen ?

 

F. AARRASS Mais bien sûr ! Il se sentait citoyen belge à part entière !

 

CMO– J’avais aussi appris qu’il avait même fait son service militaire en Belgique…

 

F. AARRASS C’était en 1993. La dernière année du service obligatoire… Il a été appelé à se présenter et il a fait son service militaire, à Liège.

 

CMO– En fait, il était complètement intégré en Belgique ; et on peut même dire qu’il n’avait jamais réellement connu d’autre pays, à l’exception de l’internat des sœurs espagnoles…

 

F. AARRASS Oui ! D’ailleurs, les rares fois où j’ai pu lui téléphoner dans sa prison au Maroc, il m’a parlé de la Belgique ; il me parle de la nourriture qu’il aimait, les moules surtout.  Il me taquine avec ça pour essayer de me faire oublier qu’il souffre…

 

Un jour, j’avais pu aller le voir et il m’avait demandé de lui apporter des spéculoos et du chocolat… Des gaufres… C’est dur de parler de tout ça…

 

CMO– Alors, en 2005, Ali se rend à Melilla. Plus précisément, même, il décide de s’y installer, avec sa famille, sa femme et sa petite fille… Pour quelle raison décide-t-il d’y retourner.

 

F. AARRASS Tout simplement pour retourner auprès de notre père, qui commençait à devenir très vieux ; cela faisait des années qu’il en parlait. Il a toujours gardé une relation très profonde avec notre père. Et, Melilla, ce n’est pas le Maroc, c’est l’Espagne ; il pensait que c’était une bonne idée…

 

CMO– Il y avait trouvé du travail ?

 

F. AARRASS Il a créé son propre travail.

 

D’abord, il a ouvert un petit restaurant, une sandwicherie, avec l’argent qu’il avait obtenu à la remise de sa librairie en Belgique. Mais les affaires n’étaient pas très bonnes ; l’emplacement de son commerce était trop désaxé et il n’y avait pas assez de passage. Après un an, il a dû fermer, parce qu’il n’arrivait pas joindre les deux bouts...

 

Il a alors repris l’entreprise de vente de matériaux de constructions de notre demi-frère. Lui, il était gravement atteint par le diabète ; et il était devenu presqu’aveugle. Ali a donc pris la direction de ses affaires. Il conduisait des camions pour approvisionner les chantiers. Comme il avait travaillé tout jeune dans la construction, il connaissait bien le secteur.

 

C’était une période où il vivait un réel bonheur, avec sa femme et sa petite fille.

 

Jusqu’en novembre 2006 ; jusqu’au 3 novembre, quand on est venu l’arrêter…

 

CMO– Par les autorités espagnoles ?

 

F. AARRASS Oui, par la police espagnole…

 

CMO– C’est là que tout bascule… Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qu’on lui reproche ?

 

F. AARRASS D’abord, il est emmené à Madrid, dans un centre pénitencier ; et on l’accuse d’avoir participé à un trafic d’armes. On l’interroge pendant trois jours ; plusieurs juges l’interrogent et, finalement, ils déclarent qu’il n’y a aucune charge contre lui et qu’il peut être libéré sous caution.

 

La caution se montait à 26.000 euros ; mon père a vendu un de ses terrains pour la payer. Et mon frère devait rester à Melilla ; il ne pouvait pas quitter l’Espagne et devait se présenter chaque semaine aux autorités à Melilla.

 

Il a continué à travailler… Le 1er avril 2008, ils sont venus l’arrêter à nouveau, sur son lieu de travail. Et, là, c’est le cauchemar qui commence…

 

CMO– Ce sont toujours les Espagnols ?

 

F. AARRASS Oui, et il est encore emmené à Madrid ; mais, cette fois, il est mis en isolement presque complet, 23 heures sur 24. Et, pour le peu qu’il pouvait en sortir, il nous a dit qu’il ne préférait pas… Parce que c’étaient toujours des humiliations, des brimades, des insultes…

 

On l’emmenait dans une petite cour où, de toute façon, il n’y avait pas de soleil ; mais, le problème, c’était quand on le ramenait en cellule : on le soumettait systématiquement à une fouille complète et très dégradante… Vous voyez… Le garde l’insultait en enfilant ses gants ; il lui disait : « Moro de mierda ! » (« Sale bougnoule ! »), « Regarde ce que tu m’oblige à devoir faire ! » Alors, il préférait ne plus aller à la cour…

 

CMO– Combien de temps est-il resté ainsi en isolement complet ?

 

F. AARRASS Deux ans et huit mois !

 

CMO– Mon Dieu… Toujours à Madrid ?

 

F. AARRASS Non… De Madrid, il a été emmené à Badajos. Il m’a dit que c’était le pire ! Puis ils l’ont déplacé à Algésiras. On le rapprochait petit à petit du Maroc...

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 Torture - dessins Ali Aarrass

 

 

 

 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Monde arabe - Immuabilité, terreur et oubli...

    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Juin 2014) 
        
   
PPdP-copie-1

De la vague démocratique, qui, tremblement de terre annoncé, devait rénover  une « nation » de quatre cents millions d’Arabes, il ne reste aujourd’hui qu’un murmure léger, étouffé par l’intolérance religieuse et le claquement des bottes, et qui s’épuise et s’amenuise comme, au matin, s’essouffle le Sirocco qui n’aura hurlé que l’espace d’une courte nuit.

Les « printemps arabes », ainsi, continuent de faire peine et donnent définitivement raison aux pessimistes de la première heure…

Mais l’instant n’est pas à triompher, pour les rares analystes qui avaient anticipé tous les avatars qui renversent aujourd’hui les assertions péremptoires des mass-médias euphoriques de l’époque.

Les « chaos arabes », de coups d’État militaires en affrontements civils, de censures en exécutions sommaires, de massacres fanatiques en meurtres rituels (en Syrie, on crucifie des Chrétiens sur des croix de bois), entraînent dans leur sillage des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui, emportés par le torrent furieux de la guerre et de la répression tous azimuts, en Syrie, en Irak, en Égypte, en Libye, au Yémen, au Mali, en Afghanistan bientôt (où les talibans attendent le moment de reprendre l’initiative et regrettent que Washington a décidé de prolonger la présence de ses troupes jusqu’en 2016), tendent les mains vers le ciel et poussent le cri déchirant des désespérés, tandis que, au Maroc ou au Bahreïn, d’autres malheureux hurlent dans les prisons où l’on torture pour faire taire, à l’ombre du vernis luisant de monarchies absolues agréées par les démocraties du Couchant.

En Occident, en effet, apeurées par l’islamisme militaire galopant, les chancelleries ont rangé au placard leurs discours enthousiastes et enchanteurs des débuts, toutes ces belles envolées qui ont naguère justifié l’intervention libyenne.

Chacun se replie dorénavant dans ses retranchements et élève le niveau de sécurité intérieure face au phénomène que constitue le départ, de tous les pays d’Europe, de milliers de jeunes Musulmans, candidats au martyr, recrutés pour le djihad en Syrie, dont, très tacitement et discrètement, les gouvernements de l’Ouest, à l’instar de Washington, qui s’étaient jusqu’à présent abstenus de soutenir la révolution, ont commencé à réhabiliter le dictateur au pouvoir, meilleur cheval pour la sécurité internationale que le seraient les fanatiques de la Charia.

Les régimes autoritaires du Monde arabe en profitent dès lors pour se renforcer : au Qatar ; en Égypte, où l’armée a balayé et caché sous le tapis les débris d’une révolution éphémère et où les Égyptiens, tous ou presque, par peur ou par intérêt, tentent d’oublier ce mauvais rêve et de se convaincre que rien n’est jamais arrivé sur la place Tahrir ; au Maroc, destination de nombreux vacanciers européens inconscients, où la pratique de la torture connaît une spectaculaire recrudescence, à tel point qu’Amnesty International y consacre sa nouvelle campagne ; au Bahreïn, où une répression folle a succédé à un printemps réprimé sous les yeux clos des militaires de la Cinquième Flotte US ancrée dans le port de Manama, une répression (enlèvements, disparitions et tortures) qui n’a pas faibli et frappe quotidiennement encore la résistance civile, laquelle refuse de courber la tête et se demande comment il a été possible que Lewis Hamilton et l’écurie Mercedes aient eu l’indécence d’accepter la coupe du sang versé, en avril dernier…

Le Monde arabe bégaye… et la volatilité médiatique étant ainsi faite, les chaînes de télévisions occidentales, les quotidiens de l’Ouest, tous se sont détournés de ces causes perdues, déjà passées de mode, et que les vacances d’été qui s’approchent relègueront un peu plus encore dans le profond tiroir des affaires classées…

 

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Stability, terror and oblivion …

 

Of the democratic wave, which was supposed renew a « nation » of four hundred million Arabs and was announced as an earthquake, only a slight whisper is left today, smothered by religious intolerance and the sound of marching boots. It is fading away, as does the Sirocco in the morning, running out of puff after howling one short night.

 

Hence the « Arab Springs » continue to have considerable trouble achieving anything and definitely prove those right, who were pessimistic about the thaw from the very beginning…

 

But the moment is not one for triumph for those few analysts who had anticipated all these misadventures, now overturning the pre-emptive assertions of the mass-media euphoria of the first days of the uprisings.

 

The « Arab chaos » leaves behind hundreds of thousands of men and women, who now hold out their hands up to the sky and cry out in despair and out of a torn apart world. Military coups, civil conflicts, censorship and summary execution, fanatic massacres and ritual murders (in Syria, Christians are being crucified on wooden crosses) have carried away raging warriors in all-out furies across Syria, Iraq, Egypt, Libya, Yemen, Mali and soon in Afghanistan (where the Taliban wait for the right moment to seize power and regret Washington’s decision to prolong the presence of US troops until 2016). In Morocco and Bahrain other miserables howl in prisons where they are tortured to be silent, in the shadow of the shining glaze of absolute monarchies, tolerated by the occident.

 

Indeed, in the West, the fear of military Islamism is galloping and the governments have put away their enthusiastic speeches about the delight of new beginnings and all these beautiful departures, which formerly justified Libyan intervention.

 

Everyone is folding back into their trenches and domestic security levels are raised, facing the phenomenon of an exodus of thousands of young Muslims, martyr candidates, heading from all over Europe into Syria, recruited to fight in the holy war. Whilst the Western governments, headed by Washington, had so far withheld support for the revolution in Syria, they have now begun restoring the dictator to his power – recognising it is the safest bet for international security, in view of Sharia fanatics.

 

The authoritarian regimes of the Arabic world are hence using this time to strengthen themselves; in Qatar; in Egypt, where the army has swept up the debris of an ephemeral revolution and brushed its remains under the carpet. The Egyptians, all or most of them, try to forget the bad dream in their own interest or out of fear and convince themselves that nothing ever happened on Tahrir Square. In Morocco, a popular destination for numerous unconscious European holidaymakers, torture is common practice and has known such an important resurgence recently, that Amnesty International devotes its new campaign to the situation in this country. In Bahrain, where a crazy repression followed the suppression of the local Arab spring – under the closed eyes of the Fifth US fleet, anchored in the port of Manama. It is an incessant repression with kidnappings, disappearances and tortures, daily finding its victims within popular resistance, which stands resolute and refuses to bow its head, wondering how it was possible, that Lewis Hamilton and the Mercedes stable had the indecency of accepting the blood-covered Cup last April…

 

The Arab world stutters… and the media volatility being as it is, the occidental television channels, the daily newspapers of the West – all have turned away from these lost causes, already out of fashion, and which the commencing holidays will push even further into the back of the deep drawer of closed cases…

 

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ثبات و ارهاب و نسيان...

 

من موجة الديمقراطية التي كانت بمثابة زلزال معلن و التي كان من شأنها أن تجديد أمة تتألف من أربعة مليون مواطن عربي، لم يبقى اليوم إلا حمس بسيط أختنق بسبب التعصب الديني و طقطقة الأحذية، بدأ ينفد و يخمد كما تخمد ريح جنوبية شرقية حارة عند طلوح الفجر بعد أن هبت خلال فترة الليل القصيرة.

 

"الربيع العربي" بذلك ما زال بحالة محزنة و يدلي بأن الذين كانوا متشائمين منذ اللحظات الأولى كان عندهم حق...

 

فالأن ليست ساعة الانتصار بالنسبة للمحللين الأقلة الذين توقعوا كل المصائب التي تحدث اليوم و التي اطاحت بالتأكيدات القطعية التي ادلى بها الإعلام بحماس في ما مضى.

 

ف"الفوضى العربية" من انقلابات عسكرية و رقابة و اعدام و مجزار من قبل متعصبين التي تأخذ طابع الصقوس (كالجثث الذي وجدت مصلوبة في سوريا على صلبان خشبية)، تجر في أعقابها مئات الآلاف من الرجال والنساء الذين انجرفوا في سيل حرب و قمع هائج و شامل في سوريا والعراق ومصر وليبيا واليمن ومالي وأفغانستان قريبا (حيث تتنتظر طالبان لحظة استعادة زمام المبادرة وتأسف لأن واشنطن قررت تمديد وجود قواتها حتى عام 2016)، هؤلاء الرجال والنساء لا يملكون ألا رفع  أيديهم إلى السماء و اطلاق صرخات اليأس الثاقبة. بينما في المغرب والبحرين، هناك بؤساء آخرون يطلقون صرخات حتى وطأة التعذيب في السجون ولإسكاتهم في ظل الطلاء اللامع للأنظمة الملكية المطلقة التي أقرتها الديمقراطيات في "الغارب".

 

حيث أنه في الغرب المتخوف من التيار الإسلامي العسكري المتصاعد، قد وضعت الحكومات في الخزائن خطاباتها الحماسية و الساحرة التي كانت تصدرها في البدايات، وجميع الموجات الجميلة التي بررت سابقا التدخل في ليبيا.

 

فكل واحدة من هذه الحكومات  منطوية في الزاويتها منشغلة في الرفع من مستوى أمنها الداخلي أمام ظاهرة انضمام آلاف الشباب المسلم من كل دول أوروبا لصفوف الجهاديين و المرشحين للجهاد في سبيل نيل الشهادة في سوريا. فهذه الحكومات الغربية و التي على غرار واشنطن، قد امتنعت حتى الآن عن دعم الثورة، بدأت تساهم في إعادة تأهيل الدكتاتور في السلطة، و الذي يعتبر أفضل الخيول للأمن الدولي بدلا من متعصبي الشريعة.

 

الأنظمة الاستبدادية في العالم العربي تستغل هذه الفرصة لتعزز نفسها كما هو الحال في قطر و مصر ، حيث قش الجيش و أخفى تحت السجادة حطام ثورة سريعة الزوال. كما أن المصريين كلهم تقريبا،  أما تحت وطأة الخوف أو المصلحة، باتوا يحاولون نسيان هذا الحلم السيئ و إقناع أنفسهم بأنه لم يحدث سيء في ميدان التحرير. اما في المغرب و الذي يعتبر وجهة الكثير من السياح الأوروبيين اللامبالين، فإن ممارسات التعذيب تشهد تزايد كبير، لدرجة أن منظمة العفو الدولية قد خصصت حملتها الجديدة لهذا البلد. و البحرين، حيث تبع الربيع المقموع حالة من القمع الجنوني و ذلك تحت أعين جيش الاسطول الخامس الامريكي الراسي في ميناء المنامة المغلقة، فهذه الحالة من القمع (اختطاف واختفاء و تعذيب) لم تضعف بعد، و تستهدف يوميا المقاومة المدنية، التي ترفض الانحناء، وتتساءل كيف كان من الممكن للويس هاميلتون و فريق مرسيدس قبول و بكل بذاءة كأس من الدماء التي أُريقت في ابريل/نيسان ...

 

العالم العربي متلعثم... فبالنسبة لوسائل الإعلام والصحف الغربيقابل للتبخرة كل شيء ، لذلك ا تحولت اهتماماتهم بعيدا عن هذه القضايا الضائعة التي أصبحت "موضة قديمة"، يعزز قدوم العطلة الصيفية من تصنيفها في درج القضايا التي أُقف البحث في أمرها...

 

     

 

 

 

 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Syria - Seymour Hersh : « A massive bombing attack on Syrian military positions would have been a war crime. »

    
(The Maghreb and Orient Courier, Mai 2014) 
        
syrian gas attack victims (al-Ghouta)

Interviewed by Pierre PICCININ da PRATA

 

On the 21st of August 2013, a gas attack occured in al-Ghouta, the Eastern suburbs of Damacus, a territory controlled by the Syrian rebellion.

Immediately, most of the International Western Community accused the regime of Syrian President Bashar al-Assad of being responsible for this attack and the use of chemical weapons.

The attack provoked the death of more than one thousand people, not only fighting rebels, but mainly civilians, amongst wich women and children.

On the 20th of August 2012, just one year and one day before this gas attack, US President Obama declared that the use of chemical weapons by the Syrian government against its own people would trigger a US intervention in Syria.

Some doubts exist about the authors of this gas attack.

The well known investigative journalist Seymour Hersh, Pulitzer Prize for his famous reportages during the Vietnam War, accepted to expand on his inquiry for us…

 
   
Seymour HERSH

Pierre PICCININ da PRATA - My first question will be to ask you to tell us what about your personal interest in Syria, in particular about the Syrian revolution.

Seymour HERSH - I have spent much time in Syria since 9/11 and learned within a few months of the attacks that the Syrian intelligence service, at the direction of Bashar al-Assad, was sharing much valuable information about the Muslim Brotherhood with our CIA… Literally hundreds, if not more, of files.

We knew very little about what had been going on in Hamburg, where Mohamad Atta, one of the organizers of the attacks, had his base of operations… And the Syrian files were eye-openers. I saw Bashar al-Assad on my first meeting then, and he was very clear in his statements that he was sympathetic to America in the wake of 9/11, and very much wanted to begin a serious relationship with the US.

That did not happen, nor did the Syrian government get any credit from the Bush/Cheney administration for its early help.  It seemed to me at the time to be very bad policy.  I also thought Bashar al-Assad was more sophisticated and intelligent than he was perceived to be by the Western media...

I must add that in my later visits with him I always raised the human rights issue… Conditions were better, in terms of access to the Internet and foreign news reporting, but Syrian dissidents still have the prospect of being jailed for speaking out publicly against the leadership. And the president would agree that he needed to make improvements in that area ; but said his highest priority was to eliminate corruption.

PPdP - What exactly did you find out the gas attack on the rebels’ positions in Damascus’s suburbs (al-Ghouta) ? Do you affrim that the Syrian government is not responsible for this attack ?

S. HERSH -  I do not think I can add to what I have written about my knowledge and also have made it clear in the two articles I wrote for the London Review of Books that I’m not claiming to know who did what inside al-Ghouta.

What I do know is that the Sarin that was recovered after the August 21 attack, as well as the materials recovered from at least one site after the March/April chemical attacks did not match the materials that is known by Western intelligence to be in the Syrian arsenal. Therefore, as I have written, it seemed evident that my President, Barack Obama, was willing to authorize a massive bombing attack on Syrian military positions on the basis of faulty and incomplete evidence .

That was seen by many inside the US government to be a war crime or, at the least, to be an unjust military escalation.

PPdP - So, can you confirm that rebels organized the attack ?

S. HERSH - As I said below, I can only say that the American case for accusing Syria of carrying out the chemical attack on August 21 was far weaker than known, and far short of the kind of categorical information needed to justify an American air strike.

PPdP -  Could you tell us a little more about your inquiry, your sources and the manner in wich you succeeded to obtain this information ?

S. HERSH -  Of course I could tell you more about whom I talked to, but I would be out of business if I did so… Clearly, I have access to men and women on the inside who know what is going on… Must leave at that…

As I said in my London Review story, I also have obtained a very sensitive highly classified American intelligence document that is focused on the ability of the al-Nusra Front, with the help of some elements in Turkey, to obtain the materials needed to produce Sarin, and the technical skill to do so.

PPdP - Which rebel group in particular was involved in the events of al-Ghouta ? Al-Nusra ?

S. HERSH - The intelligence I have written about and  heard of strongly suggests that al-Nusra has the knowledge and means to carry out such an attack, but as I have said above, I do not know whether al-Nusra – or any other known rebel group – was involved.  It is just not known to Western intelligence, as far as I can tell.

PPdP - What role did the Turkish government play in this matter ?

S. HERSH - I have no reason to believe that any Turkish intelligence or military official was in al-Ghouta at the time of attack, but there are some in the US intelligence community who have concluded that the Turkish government was eager for an chemical warfare attack to be carried out…One that could be blamed on the Syrian government… To force President Obama to carry out his threat of retaliation if his « red line » was crossed.

PPdP - And what was the goal of the Turkish government ?

S. HERSH - The war was going very badly for the Ergodan government, and the Prime Minister had staked so much on a victory over Bashar.

He was facing, with the seemingly inevitable defeat of the rebels in Syria, the prospect of an Assad government in Damascus that would be hostile, a hostile Russian government, and the possibility of being forced to deal with and take care of thousands of jihadists who would most likely flee into his country at the inevitable end of the war – many of them enraged at Ergodan for not providing more support.

Not a pretty picture.

PPdP - Was this place (al-Ghouta) a strategic position ? Would this justify the use of chemical weapons by the governement army ? Especially considering the risk of an international intervention against the Baas regime…

S. HERSH - We all know al-Ghouta was a major rebel controlled area near Damascus… One that also contained fertile fields and farms that were a source of much food stuff for the city.

There also had been a renewed attempt in early August of last year by the rebels to storm the city through the Jobar Gate in the south, which was only a few miles from the old city.  The Syrian army had beaten back the offensive, pretty much, by August 21 and was escalating its mortar and artillery attacks against al-Ghouta.

No need to use Sarin ! Which is an enormously unpredictable weapon – wind direction can change any time – and also it seemed to me (and many others) that Bashar would have to be suicidal to order such an attack at a time when the UN inspectors had just arrived in Damascus to continue their inquiry into the March/April chemical incidents.

PPdP – What is your reaction when the conclusions of the investigations of such a brilliant and well known journalist as you are (Pulitzer Prize, amongst other journalism awards and recognitions) are refused by the majority of the medias, like The Washington Post or The New Yorker, and when the all main media sphere keep what you found silent ?

S. HERSH - The mainstream press in America has been ignoring my stories about the American war on terror, with a few exceptions since 9/11…

I’ve learned not to worry about what I cannot control, though it does make me very sad ; especially because I worked for many wonderful years at The New York Times, and won many, many prizes reporting on national security issues for  the paper.

Clearly, some of the editors and reporters at The Times who understand that I have sources on the inside must wonder what in hell is going on, but maybe not.

I hear nothing from them…

PPdP - Do we have a global problem within today’s world of « information » ?

S. HERSH - I’ll say we have a global problem. Thank God for the internet, and all of the new news services proliferating around the world – like yours, I gather.

My stories in the London Review of Books get spread all over the world because of the Internet –a most marvellous new printing press !

PPdP - Why President Obama finally not decided to intervene in Syria, although the Syrian government had crossed the « red line », which the US President fixed about the use of chemical weapons ?

S. HERSH - The senior generals in the American military came to him saying that the evidence about the Sarin does not prove what he was saying in public, and they also found the bombing attack he authorized to be totally out or proportion.

It took courage and integrity for them to say so.

PPdP - What’s your analysis about the perspectives for the Syrian conflict ?

S. HERSH - Bashar al-Assad is winning the war but if Obama decides to escalate his support for the rebels – who are largely led by militias whose values are similar to those who did the 9/11 attack – the slaughter and killing could drag for another year or so.

What will Obama do ?  Not clear… And that is a little frightening.

Does he really think Israel would stay quiet if a Salifist or Wahibi regime took power in Syria ?

Still a dangerous time.

 

 

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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Monde arabe - Le XXIème siècle sera celui du Monde arabe

    
(Le Courrier du Maghreb et de l'Orient, Mai 2014) 
        
   
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Le XXIème siècle sera celui du Monde arabe.
    

Cette assertion, qui était contestée par d’aucuns il y a trois ans, s’est muée en évidence.

Les printemps arabes –je dis bien : « les » printemps arabes- ont ébranlé l’ordre mondial et renversé nombre des fondamentaux qui structuraient les relations entre l’Orient et l’Occident, généralement construites sur le principe de la domination économique et/ou militaire du second sur le premier.

Mais ces bouleversements n’ont pas toujours emprunté les chemins que les éditorialistes leur avaient rêvés…

Ils sont en outre bien plus considérables qu’il n’y paraît encore aujourd’hui : maints observateurs de l’instantané n’en ont toujours pas pris la juste mesure, par défaut de prospectivité dans leurs analyses, parce qu’ils sont confrontés à des changements en devenir ; mais aussi parce que, trop souvent, les phénomènes qui s’entrelacent dorénavant et se tissent à travers tout le Monde arabo-musulman, de Rabat à Kaboul, ne sauraient être démêlés dans une perspective occidentalo-centriste, à l’aune d’échelles et de grilles de lecture inadéquates et à travers des prismes ciselés à des lieues des réalités singulières du Maghreb et de l’Orient.

Une fois dépassée l’euphorie médiatique des premiers mois du « Printemps arabe », l’heure est à présent aux analyses moins optimistes : les sociétés civiles imaginées par les chroniqueurs de presse –ces « sociétés civiles » qui devaient entraîner dans leur essor tous les États arabes, vers un modèle politique calqué sur les démocraties européennes et états-unienne- n’existent pas… Tout au contraire, les velléités « démocratisantes » que certains ont cru déceler dans les motivations socio-économiques profondes des révoltes arabes sont, au mieux, en recul, quand, plus réellement, elles n’ont pas été d’emblée supplantées par l’islamisme ou, plus précisément, les islamismes : l’islamisme politique, celui des Frères musulmans, en Égypte, ou d’Ennahdha, en Tunisie, par exemple ; et l’islamisme salafiste, dont les rhizomes vivaces et souterrains se sont étirés à travers la Syrie, la Libye, l’Algérie, la Jordanie aussi, s’enracinant d’avantage au Yémen, n’épargnant pas non plus Tunis ou Le Caire, atteignant jusqu’au Mali et provoquant l’effroi des monarchies saoudienne et qatarie, qui l’avaient pourtant soutenu de leurs pétro et gazo-dollars.

Face à l’émergence soudaine et brutale de ces phénomènes, l’Occident, comme stupéfait et décontenancé, cherche des interlocuteurs.

Mais les tendances qui s’opposent aux islamismes ne sont pas non plus démocratiques. Le coup d’État militaire égyptien en a magistralement illustré la réalité ; et, même en Tunisie, où un parlement provisoire vient de s’accorder sur une nouvelle constitution, derrière les apparences et l’enthousiasme médiatique benoît, se cachent un texte mal ficelé, dont les zones d’ombre laissent la porte ouverte à des interprétations dangereusement liberticides, et le retour probable des forces anciennes, celles de la dictature, qui attendent l’heure de la revanche.

Partout, les régimes anciens et nouveaux se crispent ; en Égypte, la « révolution » a cessé de s’exprimer et l’emprisonnement et la peine de mort menacent ceux qui ne l’ont pas encore accepté, tout comme claque le fouet des muletiers qui courent quotidiennement tout le long des berges du Nil. La démocratie n’a pas germé ; le dialogue s’est interrompu.

Au Yémen ou en Libye, à la faveur de l’effondrement de l’État central, les antiques pratiques claniques ont ressurgi : pillages, enlèvements, vendetta et brigandage… rendent ces pays plus perméables que jamais aux réseaux djihadistes. Et l’Algérie se déchire dans un imbroglio électoral sans solution.

Le retrait des forces occidentales d’Afghanistan –aux accents de débandade penaude-, dans un contexte électoral à haut risque, laisse, livré à lui-même, un pays morcelé par les chefs de guerre et dévasté par le banditisme, où, là aussi, le salafisme ne manquera pas de réimplanter immédiatement ses bases à vocation internationales…

En Turquie, alors qu’Ankara n’a pas réussi à remplacer Le Caire comme nouveau pivot régional, le courant kémaliste s’inquiète de la dégradation de l’État de droit et s’interroge sur la parade à adopter face aux coups de boutoir successifs et de plus en plus violents de l’AKP.

Au Mali, soustraits au regard indiscret de l’opinion international par les discours triomphalistes de Paris, les djihadistes du Sahara poursuivent une guérilla acharnée qui frappe chaque jour et multiplie les victimes.

Tandis qu’un « printemps irakien » ambigu, aux relents de guerre civile sunno-chiite, est étouffé, dans le plus grand silence médiatique, à coups de canons et sous les chenilles des chars du gouvernement pro-occidental qui, depuis 2003, gouverne plus mal que bien un État tout près de la scission. A Falloujah, on compte les morts par centaines…

Quant à l’Iran, qui, d’une lèvre, souffle le chaud et le froid sur la Syrie et le Liban, de l’autre, elle se rabiboche spectaculairement avec le « Grand Satan » de Washington, renversant les perspectives régionales, au grand dam des faucons de Tel-Aviv.

C’est dans ce contexte général, celui d’une ère nouvelle qui animera pour longtemps les relations internationales et les rapports entre l’Orient et l’Occident, qu’est né le principe de cette publication, dont voici la première édition.

Le Courrier du Maghreb et de l’Orient se distingue de la sphère médiatique, avant tout par la composition de son équipe éditoriale, constituée d’universitaires, spécialistes du Monde arabe qui, d’une part, disposent des clefs d’interprétation nécessaires à la compréhension de ces phénomènes, sociaux, politiques, économiques, culturels, trop rarement abordés avec les outils appropriés, et, d’autre part, sont pour la plupart natifs de plus d’une vingtaine de pays arabes ou périphériques du Monde arabo-musulman, où ils résident en permanence.

Tous les articles publiés dans Le Courrier du Maghreb et de l’Orient sont ainsi le produit d’enquêtes de terrain rigoureuses ; et les informations fournies, souvent inédites, sont recoupées en situation, indépendamment des circuits globalisants, inféodés aux grandes agences de presse, et des pratiques habituelles du recyclage médiatique.

Mais, tout aussi déterminant de son identité, la Rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient a pour seule ligne éditoriale de promouvoir le pluralisme des points de vue et des analyses et de se garder de toute forme d’autocensure, hélas si commune au monde des médias.

Ce sont là les services que notre équipe propose à ses lecteurs et la promesse à laquelle la Rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient s’engage à ne jamais déroger.

 

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The 21st century is that of the Arabic world.

This claim, uncontroversial three years ago, has now become reality.

The Arab springs – I consciously write in the plural – have shaken the global order and thrown over numerous foundations, which structured the relations between the Orient and the Occident and were most often built on the principle of economic and/or military domination of the former by the latter.

But these changes and mutations have not always taken the paths, which editors and newsmen had wished for them to take….

Most of all, these changes are more weighty than they even seem today: many observers have analysed the instantaneousness of the current affairs, failing to fully grasp the entirety of the changes due to lacking foresight in their analyses. The changes faced today are changing realities. Moreover, the phenomena are more often interconnected and woven throughout the entire Arabic and Muslim world, ranging from Rabat to Kabul, unable to be spelt out through a western perspective or through deforming prisms and inadequate keys of understanding, miles away from the singular realities of the Maghreb and the Orient.

Once past the media euphoria of the first months of the “Arab Spring”, the time has come for the less optimistic analysts. The civil societies which were supposed to capture in their dynamic all the Arabic states and pull them towards a political model similar to the European and North-American democracies, as was imagined by the press columnists, do not exist. On the contrary, the vague democratisation desire some thought to have perceived within the socio-economic depths of the Arabic revolts are at best retreating but, more realistically, are being replaced by Islamism – or more precisely various types of Islamism. The political Islamism, for instance that of the Muslim Brotherhood in Egypt, or of Ennahdha in Tunisia; the Salafi Islamism, whose vivacity has spread throughout Syria, Libya, Algeria and also Jordan, engraining itself mostly in Yemen and not sparing Tunis or Cairo, reaching as far as Mali and frightening the Saudi and Qatari monarchies, although they had supported it with their oil dollars.

In the light of such sudden and brutal emergence of these phenomena, the Occident, stunned and disoriented, is looking for points of contact.

But the political tendencies opposing the Islamists are not democratic either. The military coup in Egypt masterfully displayed the reality. Even in Tunisia, where a provisory Parliament, behind appearances and media enthusiasm, gave itself a new constitution, ambiguously phrased with grey areas leaving the door open for dangerously free interpretations, as well as for the probable return of the forces of the past – those of the dictatorship – awaiting revenge.

Everywhere the old and new regimes are tensing; in Egypt the revolution stopped to express itself and imprisonment, as well as capital punishment, threaten those who have not yet accepted it – like beaters whipping their animals along the banks of the Nile. Democracy did not flourish; the dialogue has been interrupted.

In Yemen or in Libya ancient clan practices have succeeded the crumbling of the central government: pillage, abductions, vendettas and raiding … make these countries more permeable than ever to jihadist networks. Algeria is tearing itself apart in an electoral imbroglio without issue.

The retreat of Western forces from Afghanistan – in other words a meek stampede – leaves the country, in the context of a high-risk electorate, at its own mercy. The country is dissected by warlords and devastated by bandits and also here Salafism will not refrain from immediately establishing bases with international vocation…

Whilst Ankara did not manage to replace Cairo as new regional pivot point, Turkey’s Kemalist movement is worrying about the degradation of the state of law, the AKP’s increasingly violent and daring actions and how to return the gaze. In Mali the Saharan jihadists pursue their bloody guerrilla warfare making more victims every day – mostly unspoken of and below the radar of international consciousness, sedated by triumphant speeches from Paris.

An ambiguous « Iraqi spring », tainted with the odour of the Sunni-Shi’ite civil war, is being smothered by the government with gunshots and the weight of tanks in the greatest media silence. Nonetheless, the pro-Western government controls, lesser and lesser, a state falling apart. In Fallujah, bodies are being counted in the hundreds …

Iran breathes hot and cold over Syria and the Lebanon and at the same time spectacularly patches things up with the « Great Satan » of Washington, blowing over regional perspectives, much to the annoyance of Tel-Aviv’s hawks.

This new era, which will drive international relations and the ties between the Orient and the Occident for a long time, provides the context from which is born the principle of this publication – of which this is the first edition.

The Maghreb and Orient Courier distinguishes itself from the media sphere above all through its editorial team gathering together academics and specialists of the Arabic world. The editorial team possesses the tools for interpretation that are necessary for the understanding of these social, political, economic and cultural phenomena. Too rarely are these subjects approached with sufficient know-how and acquaintance with the topic – something the editorial team can provide for, given the contributor’s origins from and permanent residence in more than twenty countries of the Arabic and Muslim world and its periphery.

All articles published in The Maghreb and Orient Courier are results of rigorous on-site research; the supplied information, often unpublished and novel, is tallied with the situation, independent of globalised circuits of information and is not recycled news, which the big press agencies distribute.

A further determining characteristic of The Maghreb and Orient Courier is the one and only editorial line: the promotion of plural points of view and analyses. The editorial team withholds itself from any form of self-censorship, which is sadly so common in the world of the media.

Those are the services, which The Maghreb and Orient Courier proposes to its readers and the promise, which its editorial team vows never to renege.

 

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الافتتاحية 

  “القرن الواحد و العشرون هو قرن العالم العربي”

فهذا مما لا شك فيه وقد تأكد ذلك منذ ثلاثة أعوام. “الأربعة العربية” و أؤكد على صيغة الجمع، قد هزت النظام العالمي و أطاحت ببعض الأسس التي كانت تهيكل العلاقات بين الشرق و الغرب و التي كانت مبنية على مبدأ هيمنة الغرب على الشرق اقتصادياً و/أو عسكرياً.

و لكن هذه التغييرات المفاجئة لم تأخذ المسار الذي حلم به الكتاب الصحفيين، فهي أكبر مما يتهيأ لنا حتى يومنا هذا : فالكثير من المراقبين للحدث الآني لم يتخذوا بعد الإجراءات اللازمة لأنهم يواجهون تغييرات ما زالت في طور التكوين و نتيجة تغيب إمكانية الاستكشاف لديهم و لان هذه الظواهر في اغلب الأحيان تتشابك و تُنسج في العالم العربي و الاسلامي من الرباط إلى كابول. فليس من الممكن إيجاد حلول لهذه الظواهر من منطلق غربي و وسطي و في ظل قراءة تحليلية لا تتلاءم مع الواقع الخاص فقط بالمغرب العربي و الشرق الأوسط.

فبعد ان تجاوزنا مرحلة الغبطة الإعلامية التي تلت الربيع العربي في أشهره الاولى فقد اصبح الان بإمكاننا أن ندلي بتحليلات أقل تفاؤلا : فالمجتمعات المدنية التي تخيلها الصحفيون، و التي كان من شأنها و هي في طور تطورها أن تجر وراءها كافة الدول العربية للقدم نحو نموذج سياسي على غرار النظم الديمقراطية في أوربا و الولايات المتحدة الامريكية، ليست موجودة… على العكس تماماً، فطموحات “الدمقرطة” التي ظن البعض كشفها من خلال الدوافع الاجتماعية و الاقتصادية العميقة للثورات العربية تتأرجع بين مسارين إما نوع من التراجع للوراء أو حالة إبطال من قبل التيارات الاسلامية المتشددة و هذا ما يشير إليه الواقع و بشكل خارج عن السيطرة : فهي تواجه إما الاسلام السياسي الذي يتجسد مع الاخوان المسلمين في مصر أو حزب النهضة في تونس على سبيل المثال ؛ أو الاسلام السلفي الذي امتدت جذوره و تغلغلت بالخفاء في سوريا و ليبيا و الجزائر و حتى الأردن لتمتد لليمن بشكل خاص، طائلة تونس و القاهرة أيضاً و صلا إلى المالي محدثة بعض المخاوف لدى المملكة العربية السعودية و قطر رغم أنهما كانتا الداعمتين الأساسيتين لهذا التيار ممدة إياه بالدعم المادي من بترول و غاز و دولارات.

امام هذا النشوء المفاجئ و العنيف لمثل هذه الظواهر فإن الغرب بات مستغرباً و مضطرباً يبحث عن محاورين.

و لكن الاتجاهات المعارضة لهذه التيارات الاسلامية ليست بالديمقراطية هي الاخرى. فالانقلاب العسكري في مصر خير مثال على هذا الواقع ؛ و كذلك الحال في تونس أيضاً، فالبرلمان التونسي المؤقت قد اتفق على أعداد دستور جديد، ولكن خلف الحماس الإعلامي المتسامح، يتخفى نص يحمل الكثير من الثغرات و النقاط الغامضة مما يجعل الباب مفتوحا امام التفسيرات الخانقة للحريات بشكل خطر كما انها تفسح المجال للعودة المحتملة للقوى القديمة التي تنتظر ساعة الانتقام.

ففي كل هذه الدول هناك حالة من التوتر ما بين الأنظمة القديمة و الحديثة ؛ ففي مصر الثورة توقفت عن التعبير حتى وطأة الأحكام بالسجن و الإعدام التي باتت تهدد كل من يعارض الانقلاب. فالديمقراطية لم تنبت و انقطع الحوار.

اما في اليمن و ليبيا فبعد انهيار الدولة المركزية، فإن الممارسات القبلية القديمة من نهب و خطف و ثأر و سرقة عادت تطفو على السطح جاعلة هذه البلدان عرضة للشبكات الجهادية اكثر من اي وقت مضى. و الجزائر أصبح ممزق ضمن وضع انتخابي معقد دون حل.

اما انسحاب القوات الغربية من أفغانستان – الآخذة طابع الفرار الجماعي الخجول – متزامنا مع عملية انتخابية عالية المخاطر، يترك هذا البلد بدون عون مجزأ بين أمراء الحرب و مدمر من قبل اللصوص مما يتيح الفرصة للتيار السلفي بغرس قواعده ذات التوجه الدولي هنا و على الفور.

و في تركيا بينما أخفقت أنقرة في أن تكون المحور الجديد للمنطقة بدلا من القاهرة فإن التيار الكمالي يبدي تخوفه من تراجع دولة القانون و يتساءل بشأن الموكب الذي يجب أن يتبناه أمام الضربات المتتالية و متزايدة العنف و الموجهة من قبل حزب العدالة و التنمية.

و بما يخص المالي  و البعيد عن أعين المتطفلين من الرأي العم الدولي بسبب الخطابات الانتصارية التي تدلي بها باريس فإن الجهاديين يواصلون حرب العصابات في الصحراء مخلفين أعداد كبيرة من ضحايا بشكل يومي.

و في ظل كل هذه الأحداث فقد تم خنق “الربيع العراقي” الغامض الذي ظهرت فيه تلميحات إلى حرب طائفية بين السنة و الشيعة و كل ذلك ضمن صمت إعلامي و تحت وطأة مدافع و دبابات نظام موالي للغرب يحكم بشكل سيء منذ توليه السلطة في عام ٢٠٠٣ بلد على وشك الانشقاق. ففي الفلوجة الضحايا تحصى بالمئات…

و بالنسبة لإيران و التي تتحكم بمصير سوريا و لبنان بكلمة واحدة من طرف لسانها فهي تعيش حالة مصالحة مذهلة مع “شيطان واشنطن الكبير” مطيحة بالمنظورات الإقليمية مثيرة استياء صقور تل أبيب.

ففي نطاق هذا السياق العام لعصر جديد سيحي و لفترة طولية العلاقات الدولية بشكل عام و علاقات الشرق بالغرب بشكل خاص، ولدت فكرة هذا المنشورة بعددها الاول هذا.

فبريد المغرب العربي و الشرق الأوسط يتميز من جهة عن الميدان الإعلامي قبل كل شيء بكونه يضم فريق تحرير يتألف من أكاديميين متخصصين بقضايا الوطن العربي بحوزتهم مفاتيح التفسير اللازمة لفهم مثل هذه الظواهر الاجتماعية و السياسية و الاقتصادية و الثقافية التي قلما تستخدم الأدوات الملائمة لطرحها، و من جهة أخرى فإن أكثر أعضاء فريق العمل هم من مواليد تلك البلدان العربية أو البلدان المجاورة للعالم العربي و الاسلامي حيث هم مقيمون بصفة دائمة.

و بذلك كل المقالات المنشورة من قبل بريد المغرب العربي و الشرق الأوسط هي نتاج تحقيق ميداني صارم و شديد الدقة لذلك فأغلب الأخبار المنشورة تكون حصرية و مؤكدة و بعيدة عن دوائر العولمة المتشيعة لوكالات الأنباء الكبرى، كما انها لا تعتمد مبدأ اعادة التدوير الإعلامي المتبع عادة.

كما ان لجنة تحرير بريد المغرب العربي و الشرق الأوسط لم تعتمد إلا خط تحريري واحد قائم على مبدأ تعزيز التعددية في الآراء و التحليلات كما انها اختارت الامتناع عن اي شكل من أشكال الرقابة الشائعة للأسف في العالم الإعلامي، و ذلك من ضمن الأسس التي تحدد هوية هذه المنشورة.

فنحن بذلك قمنا بعرض الخدمات التي أقر فريق العمل تقديمها لقارئيه و الوعد الذي تعهدت  لجنة تحرير بريد المغرب العربي و الشرق الأوسط بعدم المساس به ابداً.

 

 

 

 

 

  
        
   
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA

Syrie - Deux reporters de guerre témoignent

(L'Histoire en marche, Radio Algérie/Chaîne3 - 24 avril 2014)

 
Pierre Piccinin da Prata et Jonathan Alpeyrie ont tous deux couvert le conflit syrien. Ils ont tous deux été enlevés, détenus comme otages et libérés contre rançon.

Témoignages...   
 
 
 
 
 
L'évolution de la question palestinienne, les raisons de l'instabilité du Proche-Orient, les fondements de la politique américaine dans la région... Meriem Abdou passe en revue les dossiers chauds de l'actualité internationale. Des témoins, des événements, des personnalités politiques de premier plan et des spécialistes des relations internationales se relaient pour apporter leur éclairage.
 
 
Radio Algérie - L'Histoire en marche
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Les "Printemps arabes"

Pierre PICCININ da PRATA

L'imbroglio médiatique
L'islamisme
Les conséquences pour l'Europe

(Conférence filmée le 18 mars 2014)

Résidence universitaire Neussart

Université catholique de Louvain (UCL)
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PPdP et le Printemps arabe
Pierre Piccinin da Prata et le "Printemps arabe"
 
      
   

Pierre Piccinin da Prata donne ici les clefs d’interprétation des révoltes ou des révolutions qui ont bouleversé le monde arabe depuis le mois de décembre 2010.

L’ensemble de ce cataclysme révolutionnaire, qui s’est diffusé du Maghreb au Moyen-Orient, est aussi connu sous l’appellation de « Printemps arabe ». Cette expression recouvre un contenu qui est souvent mal compris ou mal interprété.

Ce mouvement protestataire s’est répandu sous des formes et avec des niveaux d’intensité et des impacts différents d’un pays à l’autre.

La Résidence universitaire Neussart a invité l’historien et politologue Pierre Piccinin da Prata à apporter une vision expérimentée de l’évolution de ces processus révolutionnaires.

Dès le début des « printemps arabes », Pierre Piccinin da Prata s’est rendu sur les terrains des révoltes pour en observer directement les événements : il a assisté à la chute du président Ben Ali en Tunisie et à celle du président Hosni Moubarak, en Égypte, où il a rencontré les leaders des Frères musulmans. Il a été l’envoyé spécial du magazine Afrique Asie au Liban et en Syrie et, plus tard, le correspondant de l’hebdomadaire The New Times au Mali. Il était aussi présent à Benghazi, en Libye, et à Tripoli, au moment du renversement de Mouammar Kadhafi. Et il était observateur au Yémen, lors des élections qui ont suivi le départ du président Saleh.

Pierre Piccinin da Prata a rédigé pour le journal belge Le Soir deux séries de chroniques quotidiennes depuis les quartiers rebelles de la ville syrienne d’Alep. Les éditions L’Harmattan ont publié ces chroniques sous le titre de « La Bataille d’Alep ».

Après plusieurs autres livres encore, à propos de la Syrie, il a publié un livre d’entretiens avec le président tunisien Moncef Marzouki.

Pierre Piccinin da Prata est le seul observateur européen qui a couvert tous les « printemps arabes », ce qui lui confère un degré d’expertise incontestable.

Mais sa relation avec ces révoltes arabes est aussi très profonde et personnelle. Après plusieurs voyages d’observation en Syrie, il a été arrêté par les services secrets du régime et torturé, à Homs, en mai 2012 ; et ce n’est qu’après plusieurs jours de détention qu’il a été libéré. Par la suite, lors de son huitième séjour en Syrie, le 8 avril 2013, il est pris en otage par une faction islamiste dans la ville d’al-Qousseyr. Sa libération n’adviendra qu’après cinq mois de captivité.


I. Introduction - Les "printemps arabes" et les médias 

 

 

II. a. Les "printemps arabes" - Première partie
 

 

 

II. b. Les "printemps arabes" - Deuxième partie
 

 

 

III. L'islamisme et les conséquences pour l'Europe
 

 

 

            IV. Questions / Réponses
 
 
 
 
      
Affiche conférence LLN - Version définitive
       
   
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Tunisie - La Tunisie selon Moncef Marzouki (entretien avec Pierre Piccinin da Prata)
 
On ne présente plus Pierre Piccinin da Prata, souvent controversé mais dont le courage et la détermination forcent le respect.

Enseignant et reporter de guerre, Pierre Piccinin da Prata a fait parler de lui à de nombreuses reprises, notamment l'année dernière, lorsqu'il a été enlevé en Syrie.

Mais Pierre Piccinin da Prata ne s'intéresse pas qu'à la Syrie. Pour preuve, cette série d'entretiens en tête-à-tête que lui a accordés durant trois ans le président tunisien, Moncef Marzouki.

Mises bout-à-bout, ces rencontres inédites éclairent singulièrement la manière dont ce pays a traversé les soubresauts qui l'agitent depuis décembre 2010.

Avec l'adoption toute récente d'une nouvelle constitution, la Tunisie est-elle tirée d'affaire ? Pierre Piccinin da Prata en doute fortement...   
 
 
 
 
 
Politique, société, culture, histoire, religion, philosophie, science : rarement le monde aura été secoué par autant de grands débats de sens. Mais que se cache-t-il derrière ces polémiques permanentes ? Décrypter, analyser, comprendre : tel est le but de « Et dieu dans tout ça ? », magazine hebdomadaire qui réunit les meilleurs spécialistes dans un esprit d’ouverture, de tolérance, de curiosité. Et sans tabou.
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Ukraine - Mais que s'est-il passé !? - Texte intégral 
  
(Femmes de Chambre, 24 février 2014)
 
 
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Depuis que l’opposition au président Iakounovitch a pris le pouvoir, ce samedi 22 février, les médias européens titrent sur la victoire de la démocratie. En revanche, la presse russe qualifie les événements de coup d’État, qui a renversé un gouvernement légitime et un président démocratiquement élu.
Alors, que s’est-il précisément passé en Ukraine ? Comment, en deux jours, l’équipe du président Viktor Ianoukovitch, qui apparaissait inébranlable, a-t-elle été si brusquement éjectée du pouvoir ?
Explications... * 
 
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Le point de départ de la crise, ce fut le constat, fin 2013, de la nécessité pour l’Ukraine d’obtenir une aide économique substantielle dans le contexte financier désastreux qui minait le pays.
Deux « candidats » se sont proposés d’aider l’Ukraine en lui accordant le prêt sollicité : l’Union européenne, notamment par le truchement du Fond monétaire international (FMI), et la Russie, qui a immédiatement réagi.
« Réagi » ? En effet, car, si la guerre froide a officiellement pris fin en 1992, après le renversement de Mickaël Gorbatchev par Boris Eltsine, qui a sabordé l'URSS et vendu pour trois copecks toutes les entreprises d’État viables à ses amis de la mafia, depuis que Vladimir Poutine a pris en main les rênes de la Confédération de Russie, en 2000, ce dernier a récupéré le contrôle des principales ressources du pays, dont le gaz et le pétrole, par des méthodes policières musclées et parfois illégales, mais qui ont permis d’assigner les mafieux en justice ; le président Poutine a ainsi pu restaurer un embryon de sécurité sociale et, surtout, il essaie de rendre à la Russie un statut de puissance mondiale, d’où, à nouveau, une logique de confrontation face aux États-Unis d’Amérique et à l'OTAN, mais aussi face à l'Union européenne (UE) ; l’OTAN et l’UE, qui ont tous deux grignoté l'ancien espace d'influence soviétique en Europe centrale et s'attaquent désormais à l'espace russe lui-même (Géorgie, Ukraine, etc.).
Cette réaction russe a été sans commune mesure avec ce que proposait l’UE, qui ergotait sur les montants de l’aide, tandis que le FMI conditionnait sa participation au gel des avantages sociaux (pensions de retraites, aides aux familles, bourses d’étude, hausse des salaires…) et des dépenses dans la fonction publique : la Russie a proposé de mettre immédiatement sur la table une aide de 15 milliards de dollars (de loin plus importante que la somme négociée par l’UE), sans condition, et a en outre offert une diminution du prix du gaz de… 30% ! Le gaz russe, une source d’énergie dont l’industrie et les foyers ukrainiens dépendent très largement.
Le principal objectif de Moscou, c’est de convaincre l’Ukraine de renoncer à un rapprochement avec l’UE et d’adhérer à son projet d’Union eurasienne, dont la Russie négocie actuellement les termes avec la Biélorussie et le Kazakhstan notamment. Ce qui satisfait la majorité des Ukrainiens, dont plus de 50%, principalement établis dans la moitié sud-est du pays, la plus peuplée, et dans la péninsule de Crimée, en mer Noire (où sont établies des bases militaires russes), sont très attachés à la Russie.
Le 21 novembre 2013, le gouvernement ukrainien suspend dès lors les négociations avec l’UE, des négociations qui avaient débuté cinq ans auparavant, en vue de créer un partenariat économique entre l’Ukraine et l’UE, par le biais d’un « accord d’association ». Et l’accord avec la Russie sera signé à Moscou, le 17 décembre.
Dans ce laps de temps, appuyée par la diplomatie de l’UE, l’opposition au gouvernement pro-russe du président Ianoukovitch se réveille et mobilise ses troupes, qui manifestent d   ans la capitale, Kiev.
  
Une opposition soutenue par l’Occident.
2002-2004 : c’est la présidence pro-russe de Léonid Koutchma ; Viktor Ianoukovitch est premier ministre.
2004 : élections présidentielles – Léonid Koutchma se retire de la politique ; Viktor Ianoukovitch se présente aux élections et les remporte.
Mais son rival malheureux, Viktor Iouchtchenko, pro-UE, appuyé par l’autre grande figure de l’opposition, Ioulia Tymochenko, prétend que les élections ont été manipulées et appelle à l’insurrection.
C’est la « Révolution orange », appuyée médiatiquement et financièrement par l’UE et les Etats-Unis d’Amérique : plus de 100.000 manifestants envahissent la capitale et portent Viktor Iouchtchenko et Ioulia Tymochenko au pouvoir, mais sans qu’ils aient été élus.
Surpris par les événements, le parti pro-russe ne sait comment réagir.
2006 : élections législatives – Étonnant retournement de situation : les Ukrainiens votent massivement pour la formation de Viktor Ianoukovitch qui remporte le scrutin ; le président Viktor Iouchtchenko est contraint de nommer Viktor Ianoukovitch au poste de premier ministre.
Les pro-russes n’étant plus au pouvoir et ne contrôlant plus l’organisation du scrutin, il est cette fois-ci impossible à Iouchtchenko et Tymochenko de crier à la fraude électorale…
2010 : élections présidentielles – Les élections démentent une nouvelle fois les apparences « oranges » : les Ukrainiens votent en faveur de Viktor Ianoukovitch, qui est élu président ; Ioulia Tymochenko, sa rivale malheureuse, est renvoyée dans l’opposition (elle sera plus tard jugée pour malversations durant son mandat de premier ministre et condamnée à quatre ans de prison ferme).
Les élections ont ainsi renversé tout ce qui avait été imposé à l’Ukraine par la force, lors de la « Révolution orange ».
Une « révolution » qui n’avait rien eu de « spontané », en réalité, et participait au remodelage global de l’ancien glacis soviétique, remaniement que Washington et les chancelleries européennes avaient entrepris en promouvant ces « révolutions de couleur » qui tentaient d’abattre les derniers gouvernements pro-russes, en Serbie, Géorgie, Ukraine, Kirghizistan et, avec moins de succès, en Biélorussie.
Des « révolutions de couleur » qui ont toujours procédé de la même recette : un groupuscule organisateur est mis sur  pied, une cellule, composée d’opposants, financés et soutenus logistiquement (ordinateurs portables, abonnements à internet, téléphones cellulaires, etc.). Formés par des instructeurs, professionnels de la révolution, sous le couvert d’ONG sensées promouvoir la démocratie et les droits de l’homme, telle la célèbre Freedom House, ils arborent une couleur et un slogan simple, qu’il est facile de diffuser.
Le mouvement vise avant tout la jeunesse, aisément mobilisable, et, par un militantisme acharné, centré sur la capitale, donne l’impression que la population est majoritairement favorable au changement.
La « révolution » éclate à l’occasion d’une échéance électorale importante : le pouvoir est accusé de « fraudes massives » et le chef du gouvernement est désigné comme responsable de tous les maux du pays ; il est le seul à être diabolisé, ce qui permet à son entourage de prendre ses distances et de changer de camp tant qu’il en est encore temps...
L’objectif est de concentrer plusieurs dizaines de milliers de personnes en un point symbolique de la capitale, et de donner alors une impression de révolution, que relayeront les médias nationaux et étrangers, amplifiant ainsi le phénomène.
Il va sans dire que cette formule ne peut réussir que dans un contexte démocratique, puisqu’elle nécessite à la fois l’existence de médias indépendants et d’une certaine liberté d’action.
Mais, en Ukraine tout comme au Kirghizistan, le verdict des urnes a eu raison des velléités euro-atlantistes, en rétablissant au pouvoir une majorité pro-russe. 
Exit, donc, la « Révolution orange ».
À Washington comme à Bruxelles, on a grincé des dents… 
2012 : élections législatives - Les Ukrainiens confirment leur choix de 2006 et 2010 en faveur des partis pro-russes et de la formation de Viktor Ianoukovitch, qui renforce ainsi sa position au parlement.
2014 : l’opposition pro-UE remet ça… et les médias européens aussi. Ils titrent à nouveau : « les Ukrainiens se révoltent contre le président Ianoukovitch ».
 
Retour de l’insurrection.
Fort de la légitimité des urnes, le président Ianoukovitch a résisté et a obtenu du parlement ukrainien le vote de pouvoirs extraordinaires pour faire face à cette tentative de déstabilisation du gouvernement.
Mais, en février, parmi les dizaines de milliers de manifestants qui déboulent dans la capitale, Kiev, et bien que ceux-ci soient qualifiés de « pacifiques » par les médias européens, des activistes d’extrême droite, issus de mouvements nationalistes ukrainiens opposés à l’alliance avec la Russie, principalement les groupes paramilitaires du parti néofasciste Svoboda (antisémite et russophobe), venus de la Galicie voisine, dressent des barricades et s’arment de bâtons, de barres de fer et de couteaux pour contrer les offensives des forces de la police qui tentent de les déloger de leurs positions. Des armes à feu et des cocktails Molotov font aussi leur apparition ; et les « manifestants pacifiques » n’hésitent pas à tirer à balles sur les policiers, qui répliquent. Certains groupes encore mal identifiés s’emparent même de plusieurs bâtiments publiques et ministères et prennent des fonctionnaires en otage. Dans les médias européens, on parle de « volontaires de l’autodéfense », victimes des « snipers du gouvernement »…
Cette violence a rapidement provoqué le départ de nombreux manifestants, qui ont déserté le terrain des combats. À partir du 20 février, ne demeurent plus sur la place Maïdan, au cœur de Kiev, qu’une vingtaine de milliers de manifestants armés, selon l’opposition, moins de dix milles, selon le gouvernement (la population ukrainienne se chiffre à près de 45 millions d’âmes).
Pour éviter l’escalade, confronté aussi au bilan des morts et des blessés qui s’alourdit d’heure en heure, le président Ianoukovitch accepte la médiation de l’UE, seule capable d’amener l’opposition à accepter la signature d’un accord.
D’abord hésitants, Vitali Klitschko, Arseni Iatseniouk et Oleg Tiagnibok, les leaders de l’opposition, qui se sont constitués en « Conseil du Maïdan », sont bien obligés d’accepter les propositions de l’UE, leur puissant soutien : la fin des pouvoirs spéciaux (réforme de la Constitution), des élections présidentielles anticipées et la formation d’un nouveau gouvernement, d’union nationale.

Oleg Tiagnibok, le chef du Parti national-socialiste ukrainien (PNSU), parti xénophobe et ultranationaliste... Une formation rebaptisée Svoboda en 2004, dont les milices paramilitaires occupent la mairie de Kiev et en interdisent l’entrée aux fonctionnaires attitrés (les portes d’entrées de la mairie sont désormais ornées de croix gammées et un portrait d’Hitler trône dans la salle du conseil, à côté de celui du collaborateur pro-nazi Stepan Pandera) ; et ce sont les milices du mouvement néofasciste Praviy Sektor, héritières des divisions ukrainiennes de la waffen-SS qui s’étaient battues aux côtés des nazis durant la seconde guerre mondiale, qui assurent le service d’ordre dans le centre de la capitale...   

Le président Ianoukovitch accepte lui aussi les termes de l’accord.
Il croit pouvoir ainsi sortir de la crise sans augmenter l’usage de la force et, certain d’une victoire  par les urnes, pense avoir coupé l'herbe sous le pied de l'opposition.
L’accord est entériné le vendredi 21 février, en présence des représentants allemands et polonais.
   
Coup d’État.
C’est le samedi 22 février que la situation bascule : l’annonce de l’accord ne met pas fin aux heurts qui ravagent le centre de Kiev ; la police, qui a reçu l’ordre de ne plus répliquer aux provocations des émeutiers, bat en retraite ; mais les manifestants armés poursuivent leur action et progressent vers le parlement.
Paniqués par les concessions acceptées par le président et par l’affaiblissement du gouvernement, des députés du parti des Régions (le parti du président Ianoukovitch) quittent Kiev, précipitamment, pour se réfugier dans l’est de l’Ukraine (dans les fiefs pro-russes) ; d’autre tournent casque et essaient de changer de camp en donnant des gages aux leaders de l'opposition, suivis par le chef de la police et plusieurs ministres.
Il devient évident que les accords signés sous l’égide des émissaires de l’UE ont constitué un marché de dupes : pris à son propre jeu, le président Ianoukovitch abandonne lui aussi la capitale et gagne Donetsk, se réfugiant lui aussi en territoire pro-russe.
Appuyé par ceux des députés qui siègent encore dans l’enceinte parlementaire, sous la pression des manifestants armés qui encerclent le bâtiment, Oleksandr Tourtchinov, membre de l’opposition et proche de Ioulia Tymochenko, se fait élire chef du parlement. Le parlement vote aussi, d’affilée, la destitution du président Ianoukovitch et la libération immédiate de Ioulia Tymochenko, qui apparaît sur la place Maïdan et harangue la foule. Elle est suivie par Vitali Klitschko, qui, pourtant signataire de l’accord, s’exclame : « Ianoukovitch a été mis KO ! »
Le coup d’État est consommé.
 Il sera immédiatement avalisé par les gouvernements européens, y compris les signataires des accords du 21 février, qui reconnaissent les uns après les autres la validité des décisions prises par le parlement ukrainien (en réalité par les députés de l’opposition et les quelques députés de la majorité renversée qui n’ont pas déserté l’hémicycle). Le premier ministre polonais, dont le ministre des Affaires étrangères avait apposé sa signature au bas du texte de l’accord de sortie de crise deux jours plus tôt, appelle à « l’incarcération de Ianoukovitch » (sic).
Le dimanche 23 février, ce semblant de parlement désigne Oleksandr Tourtchinov président intérimaire (Ioulia Tymochenko, qui a déjà annoncé sa candidature à la présidence et se réserve pour cette échéance, prévue pour la fin mai 2014, a refusé le poste, de même que celui de premier ministre).
Au-delà du cas personnel du président Ianoukovitch (et quel que soit le degré d’antipathie que génère le personnage), qui a déclaré depuis lors n’avoir plus l’intention de démissionner (son mandat s’achève en mars 2015) et refuser, dans ces conditions, de donner suite aux accords du 21 février, c’est de la souveraineté de l'Ukraine, qu’il s’agit à présent, et de la démocratie ukrainienne. Les putschistes ont en effet déjà exprimé leur intention de résilier l'accord économique et gazier passé avec Moscou pour s'empresser (sans même attendre les prochaines élections promises) de signer l'accord d'association avec l'UE auquel avait renoncé le gouvernement Ianoukovitch, un accord pourtant catégoriquement défavorable à l'Ukraine, tant économiquement que socialement, et très nettement moins intéressant que les offres d'aide russes. On voit pour qui roule la révolution; quelques jours à peine, et les masques sont tombés...
Permettra-ton au président Ianoukovitch de se présenter face à Ioulia Tymotchenko, à l’élection présidentielle prochaine ? Comment la communauté pro-russe va-t-elle réagir à ce nouveau coup de théâtre ? Quelle conséquence l’attitude des chancelleries européennes aura-t-elle sur la crédibilité de l’UE dans ses relations avec les républiques de l’est ? Quelle attitude la Russie (qui a d’emblée suspendu son aide économique) adoptera-t-elle désormais face à l’Ukraine et à l’UE ?
Les élections à venir rétabliront-elles à nouveau une majorité pro-russe à la tête de l’Ukraine ? Et une troisième révolution, soutenue par l’ouest, viendra-t-elle une nouvelle fois renverser le verdict des urnes ?     
   
* Pierre Piccinin da Prata est l'auteur de Iran, 2009. Une révolution colorée ? (Analyse du mouvement contestataire - Framework et clivages du paysage sociopolitique iranien), à paraître aux éditions Dictus.
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
Syrie/Genève II - Nouveau tournant dans le conflit syrien : Bashar al-Assad reprend la main... (Agoravox, 20 janvier 2014)
 
par Pierre PICCININ da PRATA
Historien – politologue (otage en Syrie - avril à septembre 2013*)
 
À deux jours de l’ouverture de négociations sur la crise en Syrie pour un second tour de table, à Genève, ce 22 janvier 2014, les espoirs d’aboutir à une issue politique sont quasiment nuls. Analyse d’un conflit en perpétuelle évolution… 
  Syrie - Djihad - Alep
   "Il n'y a de Dieu que Dieu" (Alep) - photo © Edouardo Ramos Chalen
 
 
Pierre-46[Photo : PPdP avec une katiba islamiste à Alep, dans le quartier de Karm al-Jabal - © Benoit De Freine]
 
Le conflit syrien, qui n’a cessé de rebondir depuis près de trois ans, d’une révolution timide et pacifique qui s’était soudainement radicalisée et militarisée pour se transformer ensuite en guerre civile et finalement sombrer dans le djihadisme, connaît en ce moment un tournant de plus : forts d’une caution internationale tacite face à la menace croissante de l’islamisme militant, le régime baathiste et son chef, le président Bashar al-Assad, semblent bien décidés à reprendre la main. 
Depuis plusieurs semaines, en effet, la deuxième ville du pays, Alep, poumon économique de la Syrie, est en proie à une recrudescence spectaculaire de la violence exercée par l’armée gouvernementale sur les quartiers tenus par les multiples factions rebelles, qui sont désormais la proie de bombardements massifs et extrêmement destructeurs. Cette reprise de l’offensive vise à enfoncer la ligne de front et à en finir avec le statu quo qui s’était figé depuis juillet 2012. Et ce que d’aucuns appellent déjà la « nouvelle bataille d’Alep » survient alors que le régime, depuis avril 2013, a commencé de reprendre à la rébellion plusieurs positions importantes…    
Abandonnée par les démocraties occidentales, l’Armée syrienne libre (ASL), la composante majoritairement laïque et démocratique de l’opposition armée à la dictature baathiste, a peu à peu cédé le terrain aux mouvements islamistes radicaux nombreux et divers qui ont commencé à faire leur apparition en août 2012 déjà et n’ont cessé de se développer, avec le soutien des monarchies du Golfe.  
Plus récemment, une partie de ces brigades djihadistes se sont fédérées sous la bannière d’un nouvel acteur, l’État islamique de l’Irak et du Levant (EIIL), qui, depuis juin 2013, fort de l’apport de combattants étrangers (Tchétchènes, Nord-Africains, Irakiens, Afghans, combattants venus des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale et des métropoles européennes à forte immigration arabo-musulmane…), a déferlé sur la Syrie et établi un califat indépendant, dans le nord-est, autour de la ville d’ar-Raqqa, avec pour objectif d’étendre la guerre sainte sur tout le monde arabo-musulman et, au-delà, en Espagne, terre médiévale d’Islam, et en Europe.
Toutefois, phénomène spectaculaire, les factions djihadistes demeurées indépendantes se battent aujourd’hui entre elles et plusieurs mouvements islamistes proprement syriens se sont attaqués, sans grand succès cela dit, aux positions de l’EIIL, confirmant le hors-jeu manifeste de l’ASL…
 
Pierre Piccinin da Prata sur France Culture (24 décembre 2013)
"Un nouveau tournant dans la révolution syrienne : le régime reprend la main."
 
C’est donc principalement contre cette lame de fond djihadiste que le régime baathiste se bat à présent, multipliant les succès, conséquences logiques de trois facteurs majeurs constitutifs de la nouvelle conjoncture syrienne :  
Premièrement, la dictature baathiste bénéficie d’un changement d’attitude très sensible de plusieurs États occidentaux, qui commencent à prendre la mesure du danger que constitue la poudrière islamiste syrienne  et, cyniquement, font aujourd’hui le choix de laisser les mains libres au gouvernement syrien pour y faire obstacle.  
Le revirement spectaculaire de Washington est à ce propos très symptomatique, lorsque la Maison banche a renoncé à l’intervention armée dont elle avait pourtant menacé Damas si la « ligne rouge » que constituait l’utilisation d’armes chimiques contre la population était franchie : si le doute persiste sur la responsabilité de l’attaque au gaz sarin qui a eu lieu le 21 août 2013 dans la banlieue damascène d’al-Ghouta (un faisceau croissant de preuves incrimine de plus en plus formellement une faction rebelle), l’empressement du président états-unien Barack Obama d’emprunter la porte de sortie que lui a ouverte le président russe Vladimir Poutine, en proposant la simple mise sous tutelle internationale de l’arsenal chimique syrien, trahit sans équivoque le renoncement définitif de la première puissance mondiale à soutenir un processus insurrectionnel dont l’évolution est de plus en plus problématique.  
La France du président François Hollande, va-t-en-guerre au verbe très haut jusque récemment, a aussi adopté un profil plus bas concernant la Syrie… Et plusieurs gouvernements européens envisagent désormais, si ce n’est déjà fait, de rouvrir leur ambassade à Damas.  
Deuxièmement, si les rangs de l’ASL se sont amenuisés en faveurs des organisations djihadistes, ils se sont aussi fissurés du fait du développement presque systématique d’un phénomène de banditisme qui détourne les miliciens rebelles des objectifs de la révolution. Et il n’est pas rare d’observer des rixes parfois meurtrières entre différentes factions de l’ASL, au sein d’une même agglomération, les combattants se disputant le contrôle de tel ou tel quartier marchand ou industriel pour s’assurer le monopole de l’impôt qu’ils prélèvent sur la population et les commerces encore en activité.  
Cette involution de la révolution a considérablement affaibli l’ASL et a permis au gouvernement syrien de lui reprendre plusieurs villes et villages des gouvernorats de Damas et de Homs, notamment, victoires dont le siège d’al-Qousseyr, entre avril et juin 2013, constitue un exemple significatif. La Syrie occidentale ou « Syrie utile », la partie la plus peuplée du pays, qui va de Deraa et Damas, au sud, à Homs et Hama, au centre, jusqu’à Alep, au nord, est ainsi peu à peu reconquise par le gouvernement de Bashar al-Assad.  
Troisièmement, enfin, l’affaiblissement de l’ASL a également profité aux islamistes de l’EIIL, qui n’hésitent plus à attaquer les brigades de l’ASL pour en enlever les positions, comme Azaz, ville frontière avec la Turquie tenue par l’ASL et conquise en septembre 2013 par les combattants de l’EIIL. Et, à Alep même, les brigades de l’ASL sont régulièrement la cible d’attaques islamistes qui se sont déjà soldées par la mort de plusieurs centaines de miliciens rebelles.
Cette guerre interne à la rébellion, qui oppose les démocrates aux islamistes (hostiles tant à la dictature baathiste qu’à toute forme d’État démocratique inspiré du modèle occidental) et dorénavant les islamistes syriens aux islamistes venus de l’étranger, fait bien évidemment le jeu du gouvernement syrien.
Ce dernier, avec en outre l’appui de milliers de combattants du Hezbollah libanais, peut donc espérer, aujourd’hui, reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire syrien, des villes en tout cas, et poursuit dès lors ses efforts de reconquête, d’où la reprise de l’offensive à Alep.
 
       

Pierre Piccinin da Prata sur France Culture (24 janvier 2014)

"La startégie de la faim..."

 

 

Pierre Piccinin da Prata sur France Inter (26 janvier 2014)

"En Syrie, il y a plusieurs oppositions antagonistes"

 

 

Question à Hala Kodmani - Le Bar de l'Europe

(TV5 Monde - Rtbf-La Trois - 26 janvier 2014)

"Le djihadisme a submergé la révolution syrienne..."

 

Dans ce contexte, il convient de s’interroger sur l’opportunité de réunir à Genève la conférence prévue ce 22 janvier 2014 (« Genève II »), qui a pour ambition de réunir tous les acteurs du conflit syrien autour de la table des négociations, dans le but d’aboutir à une solution politique à la crise actuelle.  
Quels acteurs, en effet, seront-ils présents ?
Le gouvernement du président al-Assad, certainement, qui a beau jeu d’accepter des négociations et joue en la matière « l’interlocuteur responsable », tout en sachant que le processus n’aboutira pas.
La branche politique de l’opposition (les différents mouvements qui constituent la Coalition nationale syrienne – CNS, solidaire de l’ASL) et des officiels de ASL, peut-être, qui sont tous très partagés sur l’opportunité d’accorder ce gain de temps au régime et dont le poids réel, sur le terrain, n’est cela dit plus bien lourd…
Mais, en aucun cas, les islamistes de l’EIIL et des autres mouvements intégristes actifs sur le terrain.
Des négociations n’ont bien évidemment aucun sens pour ces acteurs majeurs du conflit, pour lesquels le renversement de Bashar al-Assad n’est qu’une étape vers un objectif global et qui n’ont pas l’intention non plus de s’entendre avec les démocrates. La guerre sainte, le service de Dieu et la recherche du martyre ne souffrent aucune forme de concession.
Avec qui, dès lors, le gouvernement al-Assad va-t-il discuter à Genève ? Et de quoi ?
La dégénérescence du conflit syrien, dans laquelle les États-Unis et l’Europe ont une lourde responsabilité, a sans nul doute mené la crise à une impasse diplomatique totale. Et ce seront les armes, dès lors, qui départageront le régime et les « Fous de Dieu », les deux seuls protagonistes désormais en lice.
 
Lien(s) utile(s) : Agoravox 
 
*Voir aussi, un bilan historique et analytique de trois ans de conflit en Syrie : SYRIE – Islamismes et banditisme - L’involution de la révolution syrienne  (et les liens proposés sous cet article).
 
 
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Publié le par Pierre PICCININ da PRATA
France - François Hollande : le président, les sondages et la sale guerre… (Le Huffington Post, 13 décembre 2013) - Texte intégral 
 
 
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Portrait journal 2Depuis ses premiers pas à l’Élysée, François Hollande n’a pas désangoissé : sa cote de popularité a dégringolé dans les sondages comme une balle de caoutchouc rebondissant de marche en marche dans un escalier.
 
Celui de Matignon, probablement… Car le baromètre n’y est pas plus au beau fixe : la popularité du premier ministre, Jean-Marc Ayrault, est en chute libre, elle aussi, et l’on commence à chuchoter, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, que, finalement, les Français préféraient Nicolas à François.
 
Lui, le Nico, il en avait ! Il ne s’embarrassait pas de considérations très protocolaires sensées lui donner l’allure d’un véritable chef d’État : le verbe haut et la grammaire très approximative, « Racailles ! » par-ci et « Ta gueule, pauv’ con ! » par-là, puis un petit coup dans l’aile en sortant du Kremlin ou encore le sourire narquois aux dépends de ce vieux brigand de Sylvio, presqu’un incident diplomatique majeur… Il n’eût plus manqué qu’une main au popotin de la Merkel ! En un mot : il était des « nôtres », le Nico !
 
D’aucuns se demandent dès lors ce qui leur a pris, en ce matin-là de mai 2012, lorsqu’ils ont coché sur le bulletin le nom du petit mou un peu rougeaud et à l’air toujours essoufflé… Peut-être, tout simplement, était-ce un pied-de-nez à l’autre, le teigneux colérique, ce qu’il était devenu, à la fin de son mandat, lui qu’un certain PPdA avait « maladroitement » qualifié de petit garçon débarqué dans la cour des grands…
 
En effet, les chantiers ouverts par ce président élu à défaut d’un candidat plus engagé se résument à quelques écrans de fumée, beaucoup de bruits sur des questions sociétales, mais rien (ou si peu) pour lutter contre la désindustrialisation, et rien sur les questions sociales, économiques et financières… Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, était très populaire avant son entrée au gouvernement ; il est aujourd’hui invisible, n’étaient quelques coups de com’, qui n’ont eu pour effet que de trahir plus encore le désaveu dont il a fait les frais.
 
L’action et la composition même du gouvernement sont illisibles : c’est le grand écart entre le ministre de la Justice et celui de l’Intérieur : Christiane Taubira, c’est l’esprit des réformes sociétales de mai 1968, c’est la justice compassionnelle ; Manuel Valls, c’est ce ministre de gauche préféré des gens de droite, partisan des sanctions dures contre les illégaux et les petits délinquants.
 
S’y côtoient des gens aussi éloignés que Benoît Hamon, qui plaide pour endiguer les effets nuisibles du libre-échange, et Pierre Moscovici, un proche de Strauss-Kahn, l’homme du FMI et de la dérégularisation du marché.
 
Les Verts militent aussi bien dans le gouvernement que dans l’opposition ; ils n’épargnent pas le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, porté par le premier ministre lui-même, ancien Conseiller général de la Loire-Atlantique…
 
Chacun n’en fait donc qu’à sa tête : Ayrault proclame la réforme fiscale sans même consulter Moscovici, le ministre de l’Économie et des Finances, qui s’en émeut bruyamment. La cacophonie règne au sein de l’équipe du président.
 
Les classes populaires et moyennes ont ainsi le sentiment que, avec la hausse des impôts, de la TVA notamment, et la désindustrialisation qui mine l’économie française, elles payent la crise provoquée par la haute-finance et les détenteurs du grand-capital, ces milieux perçus comme associés au « pouvoir socialiste ». L’affaire Cahuzac n’a fait que renforcer cette perception.
 
Bref ! François va mal ! Il faut remonter la pente, redresser la barre ! Mais comment ? Parce que, pour dire la vérité, le président n’est pas responsable de la crise : il n’y peut rien. Quoi que…
 
Les vieilles recettes, alors ? Hé, ben, oui… Quand tout va mal en politique intérieure et qu’on n’y peut rien faire, on se détourne vers un petit conflit à l’étranger, une petite guerre à mener rondement ou qui sera de toute façon ficelée comme telle par une presse française qui, à quelques mauvais caractères près, a toujours su où était son devoir : « aux ordres ! » ; et « sous les drapeaux ! »
 
Ça paraît tout couillon, dit comme ça ; mais ça marche à tous les coups ! Ou presque.
 
Rappelez-vous : Margareth Thatcher, la « Dame de fer », championne du néo-libéralisme. Au début des années 1980, quand elle avait décidé de tailler dans la chair, de fermer les charbonnages britanniques et d’abandonner à la misère des milliers de foyers, poussant des régions entières du pays à la révolte.
 
Quand les mineurs descendent dans la rue, « ça rigole pas ! » ; en exagérant à peine, on aurait pu parler de guerre civile…
 
Et, hop ! Le miracle ! L’Argentine réclame et envahit l’archipel des Malouines, ces quelques kilomètres carrés de terre sur lesquels flotte encore l’Union Jack, à trois encablures des rivages sud-américains. Margareth a rassemblé derrière elle la nation outragée et elle a gagné la guerre. Les Anglais ont oublié leurs gueules noires ; les mineurs eux-mêmes se sont oubliés et ont planté des petits drapeaux dans les jardinets des corons, friches industrielles en devenir. Le tour était joué.
 
Ou bien William Clinton (« Bill », pour les intimes), empêtré qu’il était dans le Monicagate. Du nom de cette stagiaire de la Maison blanche qui lui avait fait le plaisir d’une turlutte dans le Bureau ovale. C’était en 1998. Monica s’en était plainte, toutefois ; le président démocrate avait affirmé son innocence, sous serment ; la petit avait alors ressorti sa robe, tâchée du sperme présidentielle, qu’elle avait soigneusement mise de côté ; et la majorité républicaine du Congrès avait exulté et demandé la tête de Bill qui, pour éviter le vote de « l’impeachment », sa destitution, prétexta d’une violation par Saddam Hussein des accords internationaux pour balancer quelques bombes sur l’Irak. On ne destitue pas le chef du pouvoir exécutif lorsque les États-Unis sont en guerre…
 
Ainsi, l’occasion a fait le larron : lorsque des islamistes fanatiques encouragés par la chute de Mouammar Kadhafi en Libye ont fait alliance avec les indépendantistes du désert touareg et que tout ce petit monde a en outre menacé les gisements d’uranium nigériens exploités par le puissant groupe français Areva, François a remercié le ciel et, devenu chef de guerre, a dépêché l’armée au Mali.
 
Dans les quotidiens de l’Hexagone, on a écrit les mots « victoire » et « droits de l’homme ». On a minimisé la résistance d’une guérilla qui s’accroche et frappe quotidiennement. On a très peu évoqué les massacres perpétrés par l’armée malienne contre les populations arabe et touarègue, sous les yeux, fermés, des forces françaises. La presse a préféré parler de quelques exactions « isolées » ; surtout pas « d’épuration ethnique », ni de « charniers ».
 
Je les ai pourtant vus, ces massacres, ces charniers, les fosses communes creusées dans le sable des dunes, tout autour de Tombouctou… Je les ai vus, les corps décharnés. Celui du vieil Ali. De lui non plus, la presse française n’a pas parlé (lire : MALI - Grand-reportage : L'illusion malienne).
 
Que du bonheur pour François ? Non ! Il y a eu le gros cassage à propos de la Syrie, une autre guerre...
 
« Quoi qu’il arrive, je ne change pas de cap au grès des sondages. Les Français sauront reconnaître la stabilité, le calme, le sérieux », aurait déclaré le président Hollande. En effet, il ne change pas la politique de la France initiée par son prédécesseur : fiscalité à l’avantage des nantis (qui, sans cela, pourraient « se sauver à l’étranger ») ; soutien inconditionnel à Israël ; et interventionnisme en Syrie pour complaire aux investisseurs qataris.
 
Du Nicolas Sarkozy tout craché !
 
Mais, la Syrie, ce n’était pas pour plaire au grand-frère d’outre-Atlantique : à Washington, Obama n’a jamais voulu de cette guerre inutile. Il a toujours reculé. Et, lorsque la « ligne rouge » a été dépassée, lorsque le régime syrien a été accusé d’avoir utilisé des armes chimiques contre sa propre population, Barack, pour ne pas devoir frapper, s’est engouffré dans la porte de sortie que lui ouvrait Vladimir depuis Moscou : on mettra l’armement chimique syrien sous tutelle internationale ! « C’est bien trouvé, ça ! Ouf ! » Et Barack Obama, qui avait oublié de prévenir l’Élysée de son brusque revirement, de laisser le petit François gesticuler, tout seul, sans plus aucun appui. « Zut, alors ! La Syrie, ç’aurait été pas mal ! On en avait bien pour quelques années ! »
 
Mais une bonne fée s’est penchée sur le berceau de ce gros bébé joufflu : l’Afrique a toujours été un très vaste terrain de jeu pour la France. Il y a de l’espace ; on n’y manque pas d’air non plus : « La France vient défendre la dignité humaine ! » ; « Il était temps d’agir, pour empêcher le carnage ! »
 
La Centrafrique, c’est moins spectaculaire, mais on fera avec… Ah ! Il est content, le François ! Il fallait l’entendre, à Bangui, lyrique !
 
Dis, François ! Et ton électorat socialiste ? La vieille gauche (comme la nouvelle, d’ailleurs, réveillée par la crise qui s’éternise) ? Ne l’entends-tu pas regimber et grogner ? S’ils t’ont élu, ces gens-là, « la base », c’est pour que tu dames enfin le pion aux chantres du marché à tout va et pour que tu jugules les velléitaires de la financiarisation de l’économie européenne ! Européenne, oui ! La France ne devait-elle pas montrer l’exemple… et les dents ? Et, toi, tu vas courtiser les centristes… Tu l’avais dit, pourtant : « Mes promesses, je les tiendrai ! »
 
Tombés, main dans la main, à moins de 20% de soutien de l’opinion publique, François Hollande et Jean-Marc Ayrault font désormais figure de polichinelles : les sondages ne valent pas élections, bien sûr ; mais qu’en est-il de leur légitimité à gouverner encore ?
 
Si la guerre en Centrafrique n’arrange pas un peu les bidons, il faudra changer son fusil d’épaule : à n’en pas douter, on pourrait bien humer quelques relents de remaniement.
 
Rue de Solferino, à Paris, deux éléphantes se frottent déjà les mains. Martine ronge son frein et l’ex-petite copine du président se verrait bien jouer la revanche, dit-on…
 
« Il est où, l’avion !? »
 
 
 
Lien(s) utile(s) :  Huffington post
 
 
 
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