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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

 

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Qui veut la peau de Benoît XVI et, à travers lui, de toute l’Eglise catholique romaine ?

Ce mardi 30 mars, en direct de Rome, Arte présentait une série « Théma » de deux reportages suivis de débats (sans aucun représentant de l’Eglise), intitulée « Qu’en pense le Vatican ? ».

Ce n’est certes pas la première fois qu’Arte s’en prend au Saint Siège ; cette fois, cependant, la mesure dépassait les bornes.

D’emblée, par une suite d’assertions ambigües, de sous-entendus, de raccourcis malhonnêtes et de mauvaise foi, par des questions inductives aboutissant à des conclusions biaisées et orientées, le présentateur, Daniel Lecomte, non sans une maligne complaisance, annonçait la couleur : «  que pense le Vatican de cette affaire de pédophilie qui, en Allemagne, salit toute l’Eglise, jusqu’au Pape lui-même ?». Comme si l’Eglise était seule détentrice de ce triste privilège et comme si tous les prêtres, la grande majorité en tout cas, « jusqu’au Pape lui-même », étaient des pédophiles.

« Que pense le Vatican du mariage des prêtres pour éradiquer la pédophilie de ses rangs ? » Comme si le mariage d’un pédophile allait le « guérir »… Rappelons que 80 à 90% des actes de pédophilie ont lieu au sein des familles et sont le fait d’hommes mariés.

« Que pense le Vatican d’aujourd’hui du Vatican d’hier, de celui de Pie XII ? », c’est-à-dire de ce pape qui n’aurait pas levé le petit doigt pour aider les juifs persécutés par les nazis… Pourtant, les historiens ont depuis longtemps montré comment Pie XII a organisé la protection des juifs, par l’intermédiaire de tous les monastères de l’Europe, ce pourquoi il a été remercié, à maintes reprises, par le Grand Rabin de Rome. En outre, secrétaire de Pie XI, c’est lui qui fut l’un des principaux rédacteurs de l’encyclique Mit brennender Sorge qui, en 1937, condamnait le nazisme.

« Souvenez-vous de cette jeune mexicaine de neuf ans, violée par son beau-père et que sa mère a fait avorter : l’Eglise n’a rien dit sur le violeur ; en revanche, elle a excommunié la mère! Scandale! Scandale absolu! ». Mais pas un mot, ensuite, sur le fait que cette excommunication, due à un évêque extrémiste, fut révoquée par Benoît XVI et provoqua l’émoi du Saint Siège.

Ainsi, d’entrée de jeu, ce fut haro sur le baudet : le Vatican n’avait aucune chance de s’en sortir et le téléspectateur peu averti, confiant dans la « probité » supposée de la chaîne culturelle, ne pouvait que succomber aux sirènes de l’anti-vaticanisme et s’indigner face à cette Eglise résumée aux questions d’avortement, à l’ignorantisme scientifique et aux affaires de pédophilie.

Spécialement produits pour Arte, les deux documentaires qui suivirent étaient du même tonneau, adoptant parfois un ton goguenard : « à quoi sert le pape ? » ; « trois quart des catholiques français déclarent que la religion n’a pas à se mêler des questions de procréation » ; « quand le pape parle de science, ses propos semblent venus d’un autre âge, obscurantistes ». Trahis par quelques extraits bien ciblés et choisis, les intervenants en faveur du Vatican sont marginalisés, opposés à leurs détracteurs qui eurent quant à eux la partie belle. Et, par des procédés indignes, jouant sur l’affectif, utilisant à nouveau l’amalgame, l’Eglise est stigmatisée : tandis qu’un petit garçon apparaît à l’image, la voix off annonce « en 2006, en France, alors que le public se mobilise pour sauver des enfants lors de la grande fête du Téléthon, l’évêque de Toulon dénonce les manipulations sur l’embryon ».

Et l’Eglise n’aurait plus d’objet, car, dorénavant, « l’homme peut créer de l’homme » ; alors « que devient Dieu ? » Ainsi, « la médecine moderne a dévoilé le mystère de l’Eglise ». Exit, donc, l’Eglise ? Autres raccourcis faciles! Car, si l’homme peut en effet trafiquer l’embryon, il ne peut créer le vivant.

Et l’Eglise, par peur de la science, ne ferait alors qu’interdire, pour protéger ce mystère qui serait sa seule raison d’être ? Etrange interprétation du message de l’Eglise en la matière, alors que toutes les prises de position de l’Eglise en ce domaine, sans ambiguïté, n’ont d’autre objet, moral, que la protection de la personne et de la dignité humaine.

Et de brosser de Benoît XVI le portrait d’un ultraconservateur, despotique, opposé aux réformes du Concile de Vatican II et favorable à la réaction.

Et, bien sûr, de ressortir la « réintégration » à l’Eglise des intégristes schismatiques Lefebvristes et du négationiste Williamson, alors que, en réalité, ils n’ont pas été « réintégrés » : Benoît XVI a seulement levé l’excommunication dont ils étaient frappés, et ce pour restaurer le dialogue et tenter de réunifier l’Eglise, comme il a de même tendu la main aux Anglicans et aux Orthodoxes.

En revanche, pas un mot sur le saisissant message social de Benoît XVI, exprimé dans sa récente encyclique Veritas in Caritate (pourtant évoquée), dans laquelle le pape montre du doigt les multinationales et appelle les Etats à reprendre le contrôle de l’économie et à la réguler, dénonce la paupérisation qui touche même les classes moyennes des pays riches, les délocalisations, le détricotage de l’Etat social, la dérégularisation du monde du travail, et invite les syndicats à résister, pour la défense des travailleurs, et les appelle même à s’organiser internationalement pour faire face à la mondialisation… Est-ce bien là le discours d’un pape conservateur et réactionnaire ?

Bref, ce soir-là, Arte n’a certainement pas présenté « ce que pense le Vatican ».

Au-delà de l’inquiétude que suscite ce genre d’émission, face à la malhonnêteté intellectuelle, une question se pose : mais qui donc, chez Arte, veut la peau de l’Eglise ? Qui ? Et pour quelle raison ?

 

Lien utile :  Arte - "Qu'en pense le Vatican?".