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Monde arabe

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Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Iran : une offensive cybernétique est-elle en train de préparer une attaque d’envergure ? (article diffusé par Alterinfo).

 

           ahmadinejad[1] 

 

 

En août 2010, l’Iran avait annoncé avoir démarré la centrale nucléaire de Bouchehr, située sur le Golfe persique, face au Koweït.

 

Certes, cette centrale, bien que pièce maîtresse dans le programme de développement nucléaire civil du pays, ne peut pas produire un armement atomique. Toutefois, l'acquisition d'uranium enrichi et son utilisation dans le nucléaire civil constituent un pas supplémentaire vers la maîtrise de la technique qui permettrait un jour à l’Iran d'accéder à la puissance nucléaire.

 

Dans cette perspective, plusieurs déclarations en provenance de la Maison blanche avaient laissé entrevoir l’imminence d’une attaque et du bombardement de la centrale de Bouchehr. Or il n’en fut rien.

 

C’est qu’il apparaît aujourd’hui qu’Israël et les Etats-Unis ont opté, du moins à ce stade du développement nucléaire iranien, pour un type d’intervention moins risqué qu’un bombardement massif (il ne faut pas oublier que, outre Boushehr, l’Iran possède plusieurs autres centres de recherche nucléaire, dont ceux de Natanz, Ispahan et Arak : la destruction du potentiel de ces différents sites demanderait un important déploiement de forces et, du fait de la défense iranienne, impliquerait un pourcentage de pertes non négligeable).

 

Ainsi, peu après son démarrage, la centrale de Bouchehr a connu de graves avaries, consécutives à divers dysfonctionnements de son parc informatique. Et des phénomènes similaires sont apparus sur l’ensemble du réseau informatique des centres de recherche nucléaire iraniens, puis sur ceux des stations de pompage pétrolières et gazières, et même sur ceux des forces armées. Plusieurs unités de défense aérienne seraient déjà clouées au sol…

 

                                      israel-strike-on-iran[1]

 

Le responsable de ces dysfonctionnements, c’est le virus informatique « stuxnet », véritable exploit technique en matière d’offensive cybernétique, une forme de guerre qui a fait son apparition à la fin du XXème siècle et qui, loin de confiner à la science-fiction, devrait se développer de plus en plus largement au XXIème : apparemment capable de cibler une infrastructure en particulier et de la détruire, mais comprenant aussi un programme d’espionnage des ordinateurs infectés, ce virus constitue une arme de guerre informatique jamais vue jusqu’à présent.

 

Toute tentative de circonscrire le virus a d'ailleurs échoué et de nombreuses sources ont révélé que les ingénieurs iraniens n’espèrent plus y parvenir, même si des déclarations contraires émanent des porte-paroles du gouvernement, qui se veulent rassurants. Pire : à chaque tentative de le combattre, la réaction du virus a aggravé la situation.  La seule parade serait donc d’attendre que le virus disparaisse de lui-même. Mais, en attendant, il continue de rendre les installations inopérantes et de transmettre des informations à l’étranger.

 

La complexité de ce virus informatique et la technologie mise en œuvre à cet effet semblent indiquer que seul un Etat aurait eu les moyens de le développer et de l’implanter, d’où l’hypothèse très probable d’une intervention israélienne et/ou états-unienne. Et ce d’autant plus que les services secrets iraniens avaient dans le même temps constaté des fuites d’informations importantes vers les services de renseignement israéliens et états-uniens, au point de soupçonner une infiltration par des agents doubles et de lancer une véritable chasse aux sorcières au sein de leur propre personnel (les Etats-Unis ont en effet transmis plusieurs rapport à l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA), qui utilisaient ces informations pour démontrer la volonté de l’Iran de se doter d’un programme nucléaire militaire). Désormais, il semble donc que l’origine de ces fuites puisse être identifiée et imputée au virus. De même, en 2007, juste avant le bombardement israélien du réacteur nucléaire de Deir-ez-Zor, en Syrie, le réseau informatique de la défense avait brusquement cessé de fonctionner, empêchant toute riposte des forces armées syriennes…

 

Dans ce contexte, certains analystes vont jusqu’à penser que, suite à ces avaries graves de la centrale, l’uranium n’aurait pas encore été chargé dans le réacteur et que, dès lors, une attaque est toujours possible.

 

Israël et/ou les Etats-Unis pourrai(en)t donc bien être en train d’attendre que le virus ait achevé de déstabiliser les forces armées iraniennes pour lancer une attaque d'envergure.

 

 

  Lire aussi : IRAN - Une attaque imminente ?