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Monde arabe

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Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

Benoît XVI et l'Église : entre tradition et progrès. 

 

 

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Avortement, contraception, canonisation de Pie XII, retour de la messe en latin… L’Eglise catholique fait de plus en plus l’objet de polémiques et de virulentes attaques.

Plus récemment, ce sont les «affaires de pédophilie» qui ont ébranlé l’Eglise, en proie à une campagne de presse sans précédent qui, à force de raccourcis et d’amalgames, a endommagé considérablement l’image du prêtre et de toute l’institution.

A la tête de l’Eglise catholique, Benoît XVI est la première cible de ces attaques, caricaturé et réduit à l’image conservatrice et réactionnaire qui colle à ce Pape depuis le début de son pontificat.

Certes, dès l’instant de son intronisation, le ton avait été donné : Benoît XVI était apparu coiffé du camauro de velours rouge, symbole du pouvoir pontifical, qui n’avait plus été porté depuis le pape Jean XXIII. Le message était clair : le cardinal Joseph Alois Ratzinger, jusqu’alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, devenu pape, avait la nette intention de ramener l’Eglise apostolique et romaine sur le sévère chemin de la tradition et le strict respect de la foi catholique et de ses règles.

 

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Benoît XVI, sur ce point, poursuit l’œuvre entreprise par Jean-Paul II, qui, dans son encyclique Veritatis Splendor, rappelait leurs devoirs aux Catholiques tout en essayant de corriger les excès de ceux qui, ayant mal interprété les conclusions du Concile Vatican II, se sont peu à peu éloignés des dogmes et doctrines du catholicisme romain : «la parole de Dieu n’est pas soumise aux fluctuations du monde».

La reprise du dialogue avec les chrétiens intégristes de l’église schismatique de Monseigneur Lefebvre (la Fraternité Saint-Pie-X), ensuite, ou la remise à l’honneur de la célébration du culte en latin ont contribué à renforcer cette image d’un pape doctrinaire et conservateur.

Pourtant, le Vicaire du Christ étonne par sa fermeté à défendre la justice et la vérité. Benoît XVI surprend, par bien des aspects de son message…

En effet, en 2008, c’est en ces termes que le pape s’était élevé contre les effets de la crise économique qui s’annonçait alors : «il ne faut  pas capituler  face à la faim et à la malnutrition, comme s'il s'agissait simplement de phénomènes endémiques et sans solution. (…) Dans la communauté mondiale, la vie économique devrait être orientée vers le partage des biens, vers leur usage durable et la juste répartition des bénéfices qui en découlent».

De même, peu de temps après, le général des Jésuites déclarait, à propos de la Théologie de la libération, de ces prêtres d’Amérique latine qui s’étaient rangés au côté des masses populaires misérables : «c’est là une réponse courageuse et créative face à une situation d’injustice insupportable en Amérique latine» !  Jamais, sous Jean-Paul II, le supérieur des Jésuites n’aurait pu soutenir cette position.

 

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Mais c’est plus encore par la publication, en juillet 2009, de l’encyclique sociale Veritas in Caritate, que le pape Benoît XVI surprend, défendant avec verve les droits sociaux et soutenant les plus humbles de par le monde, fustigeant «la visée exclusive du profit qui, s'il n'a pas le bien commun pour but ultime, engendre la pauvreté» et appelant les Etats à reprendre le contrôle de l’économie. Le pape y dénonce aussi les délocalisations, la dérégularisation du monde du travail, les politiques d’équilibre budgétaire et les coupes dans les dépenses sociales, qui «ont entraîné l'affaiblissement des réseaux de protection sociale en faveur de la compétitivité, faisant peser de graves menaces sur les droits des travailleurs (...) et qui laissent les citoyens désarmés face aux risques nouveaux et anciens». Et Benoît XVI invite les syndicats à résister, pour la défense des droits des travailleurs, et les appelle à s'organiser internationalement pour faire face à la mondialisation de l'économie : «c’est l'homme qui est l'auteur, le centre et la fin de toute vie économico-sociale (...) et toute décision économique a une conséquence de caractère moral».

Beaucoup moins «médiatique» et «populaire» que son prédécesseur, Benoît XVI est cependant plus préoccupé par la question sociale que ne l’avait été Jean-Paul II.

Bien loin de l’image d'un pape réactionnaire, à l'opposé de la réalité virtuelle forgée par les médias, il a su repositionner la question sociale au coeur même des préoccupations de l'Église.

Et son message constitue presqu’un aboutissement de cette lente transformation de l’Eglise, amorcée à la fin du XIXème siècle, sous le pontificat de Léon XIII, qui appela la bourgeoisie à se préoccuper du sort des ouvriers, misérables, et l’enjoignit à cesser de les traiter comme des bêtes de somme : l’encyclique Rerum Novarum ne préfigurait-elle pas, dès 1891, ce grand tournant du catholicisme, poursuivi par l’encyclique Populorum progressio de Paul VI, en 1967, et que parachève aujourd’hui Veritas in Caritate ?

Dans la règle et dans le siècle, déjà, le pontificat de Benoît XVI a changé le visage de l’Eglise, dans la tradition et le progrès.






Voir aussi :

Amalgames, acharnement et stigmatisation : l’Eglise catholique dans la tourmente.
- Qui veut la peau de l'Eglise catholique ?.
Benoît XVI : entre tradition et progrès.

- Le pape et la capote : la dernière blague belge.