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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

 

Un témoignage émouvant et miraculeux...

(Le Vif - L'Express)

 

Dans l'histoire de la littérarture, très nombreuses sont les pages qui ont su conduire le lecteur dans un face à face avec l'ignominie ineffable, avec la souffrance incompréhensible et aveugle que peut générer le Mal.

Mais aucunes n'égalent la puissance narrative des mots écrits par ceux qui ont réellement vécu, dans leur chair, les offenses du Mal; les faits, les actes, les petits gestes par lesquels il se manifeste...
L'humiliation, comme l'exprimait Primo Levi, de risquer de mourir « pour un morceau de pain » ou bien « pour un oui ou pour un non ».
(Ed. Neri Pozza) 
  

Le 6 avril 2013, Pierre Piccinin da Prata et Domenico Quirico s’engagent sur un sentier escarpé qui serpente entre les rochers et les cerisiers en fleurs accrochés sur les contreforts des montagnes de l’Anti-Liban. À leur passage, les pétales blancs se détachent des arbres et virevoltent dans le vent encore frais du printemps. Après quelques heures, ils pénètrent dans la Syrie en guerre.

Deux jours plus tard, alors qu’ils quittent la ville assiégée d’al-Qousseyr, les rebelles de l’Armée syrienne libre qui les escortent les livrent à un groupe de djihadistes, qui les entraînent vers leur pick-up en hurlant et en tirant en l’air des rafales de kalachnikov.

Commencent alors 152 jours de souffrances et de colère, d’enfermement, d’aventures angoissantes, à travers les villes ruinées, les campagnes ravagées, dans le sang et le désespoir. Marches forcées, tentatives d’évasion, punitions, humiliations, rencontres aussi. Ce sont cinq mois d’une Odyssée extraordinaire et terrifiante.

Celle de deux Occidentaux emportés dans le conflit syrien, de deux Chrétiens perdus en terre d’Islam, où domine le dégoût, celui d’appartenir au genre humain…

 
 
Couverture Le Pays du Mal - L'HarmattanEXTRAIT
 
« La fatigue, la faim et la soif, auxquelles s'ajoute cet état de somnolence répétée, rendent la nuit fantastique : j'en perds complètement la notion du temps et, à la lueur des fusées éclairantes tirées en contre-jour, les miliciens qui se suivent en files indiennes prennent des allures de géants et ressemblent aux ombres que produit le théâtre chinois pour conter avec des marionnettes les légendes antiques.
 

Le 7 juin, peu avant l'aube, cette fantasmagorie devint dantesque, lorsqu'il fallut forcer les lignes gouvernementales pour la deuxième fois…

Nous nous mettons à courir sur un chemin bombardé où l’on meurt tout autour de nous. Dans les fossés, des blessés hurlent, grimaçants, et tendent vers nous leurs mains ensanglantées, tandis qu’explosent dans la campagne les obus de l’artillerie ennemie et que retentissent les tirs saccadés des mitrailleuses. Partout, dans les champs en friche, les herbes folles brûlent sous le vent, et les hautes flammes qui s'en élèvent font se contorsionner les noirs reflets des corps qui se bousculent en une cohue infernale, danse macabre où, en cherchant un peu, l’on aurait probablement pu distinguer parmi les danseurs les pieds fourchus de Satan, si l’obligation d’avancer sans se retourner n’avait été aussi pressante. Des tourbillons de fumée épaisse, chargés de paillettes de végétaux calcinés, sont repoussés vers le sol par la furie du ciel, qui rend ainsi l'air âcre et sec, dont chaque inspiration nous griffe la gorge et étouffe nos poumons. (...)

Alors que nous avons presque atteint la ville, dont les édifices de béton clair se reflètent dans le ciel, ajoutant ce prodigieux phénomène à la vision hallucinée de cet enfer, nous sommes pris sous le feu d'une mitrailleuse. Les balles ricochent sur le sol et fendent l'air tout autour de nous. Notre avancée est arrêtée par les corps de jeunes djihadistes qui nous précédaient, fauchés par une rafale. L'infâme et les deux esclaves, apeurés, ne sachant comment se protéger, se sont presque accroupis et hurlent, sans plus avancer. Depuis que nous nous sommes élancés vers la ville, ils se sont agrippés à nos vêtements et ne nous lâchent pas, de peur que, profitant du désordre, nous nous enfuyions. (...)

Lorsque je parviens au sommet de la colline, à l'entrée de la ville, je me retourne pour, d'un regard, embrasser le tableau infernal et fabuleux que produit toute cette foule ainsi bombardée et mitraillée ; et j'ai le sentiment, à ce bref instant, de découvrir la vision extatique de la Géhenne, grande ouverte à mes yeux, à mes oreilles, à mon odorat, béante, peuplée des âmes des damnés qui se débattent et se tordent dans la douleur, emprisonnées des hautes flammes qui tournoient tout autour d'elles et brûlent leur peau. L'effroyable spectacle est surréaliste, monstrueux... »

 

Pierre Piccinin da Prata, historien et politologue, enseignant et reporter de guerre, spécialiste du Monde arabo-musulman, a couvert les terrains de toutes les révolutions du Printemps arabe. Il a effectué neuf voyages en Syrie, depuis le début des troubles, et, en mai 2012, il avait été arrêté par les services secrets du régime et torturé dans leurs prisons de Homs et de Damas. Il collabore à plusieurs quotidiens et revues. Depuis mai 2014, il est rédacteur en chef du mensuel électronique Le Courrier du Maghreb et de l’Orient. Aux Éditions de L’Harmattan, il a déjà publié La Bataille d’Alep (chroniques de la révolution syrienne) et Tunisie, du triomphe au naufrage (entretiens avec le Président Moncef Marzouki).

Domenico Quirico est journaliste, grand-reporter à La Stampa. Il a couvert les principaux événements de ces vingt dernières années en Afrique, de la Somalie au Congo, du Rwanda au Printemps arabe. Il a reçu les prix Cutuli et Premiolino du journalisme italien. Il a accompagné Pierre Piccinin da Prata en Syrie durant cinq de ses voyages. Il est l’auteur de Primavera araba, aux Éditions Bollati Boringheri.

 

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Domenico Quirico et Pierre Piccinin da Prata

reçoivent le très prestigieux prix Estense 2014 de journalisme

pour Il Paese del Male - 152 giorni, in ostaggio in Siria (la version italienne)  

 

 

Le Pays du Mal - Otages du djihad en Syrie, 152 jours, L'Harmattan, 2014 - 212 p.
   
ISBN : 978-2-343-04011-0  -  Pour acheter le livre, cliquez ici : Amazon - FNAC (ou sur commande dans toutes les librairies).
 
 
 
 
 
 
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