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Monde arabe

Monde arabe

Pierre PICCININ da PRATA (Historien - Politologue)

 
Tunisie - Liberté
 
 
      « Je me suis rendu compte que, dans les pays sous-développés, quand vous dites la chose qui ne plaît pas, on vous coupe la langue; alors que, dans les pays développés, quand vous dites des choses qui ne plaisent pas, on vous ignore. Mais c'est le même rejet de la réalité. »
 

(Entretien entre Pierre Piccinin da Prata

 et Moncef Marzouki, Président de la République de Tunisie)

 

 


 
Pierre Piccinin da Prata a assisté aux événements majeurs du Printemps arabe. Il a rencontré les Frères musulmans au Caire. En Libye, il a accompagné les rebelles de Benghazi sur les lignes de front. Il s’est aussi rendu au Yémen et a effectué de nombreux séjours en Syrie, au péril de sa vie, où il a été arrêté par les services secrets du régime et torturé à Homs, puis retenu comme otage par des combattants islamistes.
 
En Tunisie, Pierre Piccinin da Prata a suivi l’évolution d’une révolution triomphante, depuis la chute du dictateur Ben Ali, jusqu’au naufrage d’une démocratie mort-née, minée par la corruption et menacée par le développement spectaculaire de l’islamisme fanatique.
 
Pierre Piccinin da Prata est aussi enseignant ; et c'est avec pédagogie qu'il démonte les arcanes et ressorts des printemps arabes, dans une introduction qui en rend la synthèse accessible à un large public.

   

Pierre Piccinin da Prata, comme il l’a montré pendant la guerre de Syrie, est un intellectuel de terrain, qui expose son torse au risque des balles et son cerveau à la connaissance directe des peuples en guerre.

Il a son sens de l’analyse globale des enjeux, son indépendance d’esprit, son franc parler et surtout un rapport de première main au monde arabe.

On peut ne pas être d’accord avec tout ce qu’il dit, mais on ne devrait jamais ignorer complètement son point de vue.

Cette fois-ci, il retourne aux sources des révolutions du « printemps arabe », la Tunisie, et rencontre son président.

L’ouvrage permet de comprendre, de l’intérieur, le processus révolutionnaire tunisien, et l’analyse qu’en fait un de ses acteurs principaux.

Ainsi, sont clairement exposés les espoirs et les dangers qui ont animé la vie politique du pays, des risques d’une sécession organisée par les pro-Ben Ali, à la montée en puissance des Frères musulmans et des salafistes.

Les propos de Moncef Marzouki sont régulièrement entrecoupés de commentaires de Pierre Piccinin da Prata, qui remettent en perspective les événements et offrent notamment d’intéressants points de comparaison avec l’autre grand « printemps arabe », celui d’Égypte.

Comme son titre l’indique, l’ouvrage se termine sur une note assez pessimiste quant aux chances du peuple tunisien de sauvegarder les acquis de la révolution face aux éléments conservateurs, et de garder un contrôle effectif sur le pouvoir politique et les moyens de son émancipation collective.

Un jugement qui a le mérite de tordre le cou à l’optimisme stéréotypé qui caractérisait les médias occidentaux à propos des « printemps arabes », il y a trois ans, et qui même, par endroits, incite à se défaire carrément de cette expression, dans la mesure où les « printemps » n’ont pas donné beaucoup de fleurs, et n’ont finalement concerné que bien peu de pays arabes…

 

Frédéric DELORCA (Parutions.com)

 

 

 
 
 
 
Couverture Tunisie du triomphe au naufrageEXTRAIT
 
 
Quand il a pris le pouvoir, par hasard et par effraction, j’ai tout de suite téléphoné à mon père. Je lui ai dit : « Ben Ali a pris le pouvoir ! ». Il m'a répondu : « Qui ça !? Tu rigoles!? Est-ce bien l'ancien attaché militaire qui était ici, chez nous, au Maroc ? » 
« Oui », lui dis-je.              
Mon père était devenu un peu le Tunisien incontournable, au Maroc. Quand des Tunisiens se rendaient à Marrakech, ils allaient voir mon père, presque comme le doyen des Tunisiens ; ça faisait des années qu'il était là. Il avait une grande table de seigneur, ouverte à tous...              

Donc, Ben Ali était allé voir mon père. Et mon père l'avait reçu, à la maison, une ou deux fois ; et, apparemment, il a eu la même impression que moi quand je l'ai rencontré : « C'est quoi, ce crétin !? »        

Alors, au téléphone, il s’est exclamé : « Quoi !? Cet homme est devenu chef de l'État !? Et toi, qu'est-ce que tu fais !? »        

Quand je lui ai téléphoné, il recevait à dîner ; et il hurle, devant les gens : « Mais attends, si ce type est président... Et toi ? Hé, monsieur ! Qu'est-ce que tu fais là, toi !? »        

Moi, je lui réponds : « Mais papa, s'il te plaît, parle tranquillement, parle doucement... ». Il y avait des écoutes téléphoniques. J'étais très inquiet...        

Mais, effectivement, il avait compris quel type de bonhomme c'était et il n'avait aucun respect pour lui.

Pour mon père, s'il y avait quelqu'un qui devait être chef de l’État, c'était moi, pas Ben Ali.

     
Ce livre rassemble quatre entretiens exclusifs dans lesquels Moncef Marzouki, le Président de la République de Tunisie, se confie à son interlocuteur. Pierre Piccinin da Prata l’a rencontré aux moments-clefs de la révolution : lors de son retour d’exil, le lendemain des premières élections libres et tout au long de son mandat présidentiel, au Palais de Carthage.
 
L’ouvrage, que Pierre Piccinin da Prata signe avec Thibaut Werpin, spécialiste en communication et en sciences de l’information, démontre, de manière magistrale, comment se sont effondrés les espoirs de la jeunesse tunisienne, confisqués par les éléments conservateurs d’une société mafieuse et les appétits dévorants de courants religieux antagonistes.
 
Photos---illustration--3 1218Pierre Piccinin da Prata, en conversation avec le Président de Tunisie, Moncef Marzouki
(Palais de Carthage)
 
 
Politologue et historien du Monde arabo-musulman, Pierre Piccinin da Prata est le seul observateur qui fut présent sur tous les terrains du Printemps arabe, au cœur de chacune des révolutions. Il a été l’envoyé spécial du magazine Afrique-Asie en Syrie et au Liban et le correspondant de The New Times en Syrie et au Mali. Il est l’auteur, notamment, de « La Bataille d’Alep, Chroniques de la révolution syrienne » et d’un film documentaire paru sous le même titre, aux éditions de L’Harmattan.
   

Tunisie, du triomphe au naufrage (Entretiens avec le Président Moncef Marzouki), L'Harmattan, 2013 - 197 p. - Info : Editions L'Harmattan 
   
ISBN : 978-2-343-01949-9
 
 
 
 
 
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